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CHAPITRE XL

Accroîssemens successifs et séparation de Grenelle.

Yaugirard ne pouvait manquer de profiter avec les années des avantages que lui assuraient la proximité de la capitale et sa situation géographique. En effet, les clôtures de Paris, qui n'étaient encore en 1787 que des murailles informes et grossières, furent élargies sous le ministère de M. de Galonné, lequel, à la demande des fermiers-généraux, conçut le projet de renfermer la ville dans une enceinte plus vaste et plus régulière. Alors furent construites les barrières, auxquelles on voulait donner le nom et la magnificence des Propylées de l'ancienne Grèce. Si Yaugirard perdit du terrain d'un côté, il en gagna de l'autre, je veux dire du côté de la chaussée du Maine ; et ses relations avec la

capitale deyinrent d'autant plus aisées , qu'il communiquait avec elle par huit barrières, et qu'il n'ëtait distant de Notre-Dame que d'une lieue, car la colonne leugaire, portant le n** 2, se trouve au milieu de la Grande-Rue, en face la maison de M. Groult. Tout récemment, on vient de placer deux inscriptions rue du Parc : l'une au coin de la Grande-Rue, l'autre au coin de la place de l'École ; elles indiquent les distances exactes en mesures métriques. La première porte :

De Paris 0,6

Des Invalides I96 ,

De la place de la Concorde. 2,1

La deuxième porte :

D'Issy 2,0

De Meudon 5,2

De Sèvres. ...... 6,2

Un air pur et beaucoup plus sain que celui qui règne de l'autre côté de Paris, où les vents du Midi repoussent habituellement les miasmes fétides et les exhalaisons mauvaises de la capitale, un sol très-propre à la culture , au jardinage, aux praieries artificielles, à cause du voisinage de la Seine ; une grande facilité pour les

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constructions f motivëe par l'exploitation de tant de carrières ouvertes depuis long-temps, et <jue les bâtimens de l'École-Militaire, ainsi que tous les besoins de Paris étaient loin d'avoir épuisées : toutes ces causes offraient des élémens de prospérité àVaugirard. Sans doute, il n'y avait aucune propriété appartenant à la. commune, et par conséquent nulles promenades publiques ; mais le voisinage de Meudon, Fleury, Bellevue, Auteuil, le bois de Boulogne, Saint-Goud, suppléaient à cette privation, qui, aujourd'hui , moins que jamais , ne se fait pas sentir, àcause du grand nombre de jardins particuliers qui accompagnent chaque maison.

Ainsi favorisé, Yaugirard donc était en voie d'agrandissement. Bientôt des rues nouvelles furent percées; des maisons, des manufactures, des usines pour les produits chimiques et les acides, s'élevèrent à l'envi du côté de Grenelle. La route de Yaugirard à Issy, bordée autrefois de champs ensemencés, se couvrit de constructions ; un hameau tout entier, celui du Braçe homme, fut formé en 1818 par l'industrie de M. Desrues. A la place de vastes propriétés, possédées autrefois par les communautés religieuses, mais morcelées depuis la révolution, se groupèrent une multitude de petits bâti-

mens qui, par leur bon marché, attirèrent les petites fortunes ; tel fut, enfin, le progrès de ce village, que sa population doubla presque à chaque période de dix ans. En voici la gradation successive, depuis son commencement :

En i5oo 35o âmes.

181 2 3ooo

1820 44oo

1825 56oo

i83o . 85oo

Acluellement, dit-on, près de 10,000

La diminution que nous remarquons, en i83i , tient aune série de faits dont nous allons parler. Avant de les raconter, disons que la ville de Paris avait long -temps opposé un obstacle

(i] Arch. mun., 16 oct. 1790.

très - grave au développement de Vaugirard, eu choisissant un vaste clos, situé entre la barrière de Yaugirard et celle de Sèvres, pour le consa* crer aux sépultures des arrondissemens voisins. Ce cimetière, qui ne subsista que vingt*cinq ans environ, fut un motif d'éloignement pour la population , qui se serait agglomérée dans ce quartier. Il ne renfermait les dépouilles mortelles d'aucun personnage distingué, si Ton en excepte un très -petit nombre^ tels que de Laharpe le littérateur; Beaudelocque , célèbre praticien et professeur de médecine ; Clairon , actrice renommée ; Chaudet, statuaire de réputation supérieure et membre de l'Institut; Nicolas Séjan, organiste du roi, et Monthyon, le héros de la philantropie. Après avoir été abandonné depuis une dixaine d'années, il vient d'être heureusement détruit en majeure partie , et la moitié de son emplacement est convertie, aux frais de l'administration départementale, en un boulevard large et spacieux. C*est ce qui a facilité cette année Tachèvement de la belle route extérieure qui unit la barrière de Sèvres à celle du Maine. Revenons cependant à notre sujet.

En 1824 9 la plaine de Grenelle faisait encore partie du territoire de Yaugirard : elle était presque entièrement livrée à la culture ; seulement

quelques constnictions apparaissaient ça et là vers laCroix-de-NÎTert et sur le bord de la Seine. Au mois de mai de la même année, M. Léonard Violet acheta cette plaine , dans le dessein d'y fonder un village : il s'associa M. Letellier ; et dès ce moment il forma de ce côte un quartier distinct, sous l'invocation de saint Jean, et sous la dénomination de Beau-Grenelle. D'après les plans de M. Heer, arpenteur-géomètre, et par les travaux de M. Bontat , architecte estimé, s'élevèrent comme par enchantement des habitations gracieuses, de vastes hôtels, des villas entourées de jardins élégaos. En 1828, quelques dissensions éclatèrent dans le sein du conseil municipal , relativement aux améliorations qu'exigeait la partie de la commune située sur Grenelle , et à l'emplacement qu'occuperait la nouvelle église , dont on reconnaissait unanimementla nécessité; elles donnèrent lieu à dés pensées de séparation qui, en 1829, devinrent plus sérieuses , et se formulèrent alors en pro» positions nettes et pressantes. Enfin , le 3o dé. cembre i33o, une ordonnance royale prononça sur ces différends; et le 6 février suivant, la constitution de la nouvelle commune était définitive. Un conseil municipal particulier fut formé selon les prescriptions de In loi* M. Juge

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