CHAPITRE PREMIER
lotroduclioti.
Vaugirard, village considérable de l'Ile-de- France, maintenant département de la Seine, relève de l'arrondissement, du canton et de la justice de paix de Sceaux, Tune des deux souspréfectures de Paris; il est situé au sud- ouest de la capitale et au nord de la sous-préfecture. Il fait partie de la banlieue de Paris, aux barrières duquel il est contigu, et n'est distant de Sceaux que d'une lieue et demie. Si nous consultons les historiens des environs de Paris et les Dictionnaires géographiques, ce qu'ils en disent se réduit à quelques noies de mépris
plutôt que d*intërét. C'est, disent-ils, un village sans importance, où se réunissent, les jours de dimanches et de fêtes, les ouvriers des faubourgs de la capitale, pour s'y livrer à des joies bachiques, dont les résultats sont presque toujours les excès, les querelles, souvent même TefFusion du sang.
J'essaierai de réparer cette injustice, et j'espère y parvenir facilement, en recueillant les matériaux ça et là répandus dans les diverses archives, en y joignant les observations des hommes amis de la science que j'ai pu consulter, les souvenirs des anciens du pays et les connaissances parfaites que j'ai de l'état actuel de ce village.
Non moins que toute autre localité, dans l'état de prospérité où se trouve chaque portion du sol de la France, Vaugîrard s'est accru depuis un siècle d'une manière notable ; les faits qui s'y sont accomplis offrent, comme partout, au philosophe, des sujets de réflexion graves ; à l'ami de la science, des souvenirs utiles, des objets d'étude et des remarques instructives» Si l'on considère en outre qu'il est riverain, pour ainsi parler, de la capitale, et par conséquent que ce voisinage a dû produire sur lui une réaction continuelle, on conviendra qu'il
méritait quelque chose de mieux que Tinsulte et roiiblî.
D'ailleurs, j*aî pense faire une chose bonne et utile en me liyrant à cette monographie ; car si Ton faisait pour d'autres lieux ce que j'ai entrepris pour Vaugirard , nous aurions une histoire entière de notre patrie, dont la véritë serait incontestable. Que dans chaque bourg, chaque village , il se trouve une plume qui se consacre au récit des faits, des curiosités, des ressources qui s'y rattachent , bientôt de ces lambeaux divers, un historien savant et judicieux composera le tout le plus complet et le plus vëridique que Ton puisse imaginer. Cette idée n'est pas nouvelle ; elle était le vœu que formait l'érudit abbéLebeuf, qui en a tracé le premier modèle. La réaliser, autant que possible , serait une œuvre patriotique : car aimer, servir le lieu que Ton habite, c'est le devoir d'un ami de la patrie. Dans quelque cercle étroit que l'on se trouve placé par la Providence , il est possible de marquer son zèle ; et quelque petits que soient les services, on ne doit pas se décourager. Les travaux partiels sont nécessaires à l'achèvetnent de l'œuvre la plus vaste , comme la prospérité particulière est la base de la prospérité publique.
En travaillant dans ce but, j'ai considère d'ailleurs les heureux avantages qui en seraient les résultats ; faire mieux connaître Vaugirard , engager l'administration supérieure à s'occuper plus activement , s'il est possible , de son avenir, fixer sur lui l'attention des spéculateurs qui seront tentés de le choisir pour leur séjour et d'y asseoir leur fortune : telles sont les fins ultérieures que je me suis proposées. Au reste, qu'on ne s'étonne pas si les détails religieux reviennent souvent dans la suite de cet ouvrage; il ne pouvait en être autrement.
J'ai fait tout mon possible pour ne rien omettre des faits que présentent la science, l'histoire, l'industrie, les intérêts matériels; mais les souvenirs religieux occupent toujours et naturellement le premier rang. Les Mémoires qui nous restent sur les petites localités sont bien plus l'histoire du clocher que l'histoire de la commune, parce que dans un village autrefois tout se groupait autour de la religion, tout s'animait h, son influence : pour être fidèle à la vérité, je ne pouvais donc que marcher dans cette route.
Avant d'entrer en matière, je dois rendre hommage à ceux qui m'ont rendu la tâche moins pénible : autorités civiles, simples par*-
ticuliers se sont empressés de concourir à mon projet: je dois le dire -par reconnaissance, et aussi pour donner plus de poids à mes rensei-^ gnemens. Les archives de la mairie, un manuscrit laissé par M. de Préneuf, Tun des curés les plus vénérables de Vaugirard , les historiens de la ville et du diocèse de Paris, quelques Dictionnaires biographiques et autres , le» cartons des archives du royaume, un petit nombre de manuscrits de la bibliothèque royale; enfin, les traditions des anciens habitans , telles sont les sources où j*ai puisé. Quand on bâtit à neuf, les matériaux de la vieille maison trouvent heureusement place dans la construction nouvelle : c*est pour cette raison que je n*ai point balancé à faire entrer dans cet ouvrage tout ce que m'ont appris ceux qui m'ont précédé.
Grâces leur soient donc rendues , et généralement à tous ceux qui m'ont aidé de leurs conseils, de leurs souvenirs, de leurs récits : heureux si chacun, selon notre pouvoir, nous avons été utiles à notre pays!