‹ Histoire de vénérable P. Claude de la Colombière de la Compagnie de JésusChapitre 11 sur 38 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

PROGRES DU P. DE LA COLOMBIERE DANS LA PERFECTION SES RAPPORTS AVEC LA B. MARGUERITE-MARIE

Crescamus in illo per omnia qui est capul. (Éphés., iv, 15.)

Croissons de toutes manières dans le Christ, qui est notre chef.

Dans la multitude de ses occupations, le P. de la Golombière ne perdait pas de vue l'œuvre de sa sanctification personnelle. Il continuait à gravir la montagne de la perfection. Il puisait à deux sources principales l'élément de vie qui entretenait sa vigueur spirituelle. La première était l'exacte observance de ses règles, auxquelles il était fidèle dans le palais de Saint-James comme dans la cellule d'une maison professe.

« La parfaite observance des règles, disait-il, est en vérité une source de bénédictions : les miennes

sont tout mon trésor, et j'y trouve tant de biens renfermés, qu'il me semble que quand je serais tout seul dans une île au bout du monde, je me passerais de toute autre chose, et je ne désirerais pas d'autre secours , pourvu que Dieu me fît la grâce de les bien observer. 0 saintes règles ! Bienheureuse est l'âme qui a su vous mettre dans son cœur et connaître combien vous êtes avantageuses l ! »

« Que nous sommes obligés à Dieu, disait-il encore, de nous avoir donné une règle pour toute notre conduite! Que nous sommes aveugles quand nous croyons que , nous éloignant de cette règle , nous trouverons quelque chose de meilleur! Croyez -moi , tout notre bonheur est attaché au respect que nous aurons pour les plus menues ordonnances. Les esprits libertins (les esprits forts) regardent cela comme une gêne, comme une torture. Mais il y a un trésor caché dans cette exacte fidélité, une certaine abondance de douceur; et quand on le fait avec amour, une espèce de liberté, mille fois plus agréable que les faux plaisirs des personnes déréglées 2. »

11 s'exprime avec trop de conviction et de chaleur pour qu'on ne soit point persuadé qu'il faisait ce qu'il recommandait si vivement aux autres , et qu'il avait expérimenté par lui-même le bonheur que l'âme religieuse goûte dans l'observance de sa règle et de ses vœux.

On sait, d'ailleurs, qu'il s'était engagé tout spé-

1 Lettre civ.

- Lettre cv..

cialement à pratiquer les règles de son Ordre, et la délicatesse de sa conscience, la pureté de son âme, nous répondent de sa fidélité.

La seconde source de grâces où il puisait la force de soutenir ces luttes généreuses, dont la perfection était le but, et où il trouvait la fécondité pour son ministère apostolique, c'était la dévotion au Cœur de Jésus. Heureux de s'être consacré à ce Cœur aimable du Sauveur, il l'aima de plus en plus, et se crut obligé de le faire connaître et aimer. Il se vit inondé de grâces, et il ressentit l'influence de la vertu divine d'une manière si sensible, qu'il en était confondu. Déjà, lorsqu'il était à Paray, il avait remarqué combien Dieu bénissait ses travaux, et cette pensée l'encourageait puissamment.

C'est pendant sa retraite de 1677 qu'il examine et met à découvert l'état de son âme. En parcourant les réflexions et les résolutions qu'il a écrites, nous pouvons assister au travail secret qui se faisait en lui. Il constate d'abord qu'il est dans une disposition opposée à celle où il était deux ans auparavant. La crainte des pièges de la vie active l'éloignait de l'action; et à cette heure sa crainte était dissipée, il se sentait porté à travailler à la sanctification des âmes.

Il reconnaît ensuite qu'il y a en lui beaucoup moins de penchant pour la vaine gloire. Les emplois éclatants ne le touchent plus comme autrefois; il est moins sensible à l'estime et aux louanges des hommes. Cette tentation, qui lui ôtait le courage d'agir et le portait à vivre dans la solitude, le met-

.tait dans l'impossibilité de faire un grand bien. Maintenant il en est maître.

Il rappelle à cette occasion un entretien qu'il eut avec une personne pieuse , qu'il ne désigne pas , mais qu'on peut facilement reconnaître : « Cette personne me dit que, pendant qu'elle priait Dieu pour moi, Xotre-Seigneur lui avait fait entendre que mon âme lui était chère et qu'il en avait un soin particulier. — Hélas ! répondis-je, comment cela peut-il s'accorder avec ce que je sens en moi-même. Notre- Seigneur aimerait-il une personne aussi vaine que je le suis, une personne qui ne cherche qu'à plaire aux hommes, qu'à s'en faire considérer; une personne toute remplie de respects humains? — 0 mon Père, me répliqua-t-on, tout cela n'habite point en vous. » Cette parole me calma, et comme je commençai à me troubler moins de ces tentations, aussi commencèrent -elles à s'affaiblir et à être moins fréquentes. »

Ce qui l'animait encore dans les travaux du saint ministère, c'était le souvenir des paroles que la B. Marguerite- Marie lui avait laissées par écrit à son départ de France. Voici ce billet précieux :

« 1° Le talent du P. de la Colombière est d'amener les âmes à Dieu ; c'est pourquoi les démons feront tous leurs efforts contre lui. Même des personnes consacrées à Dieu lui donneront de la peine et n'approuveront pas ce qu'il dira dans ses sermons pour conduire les âmes à Dieu. Mais la bonté du Seigneur dans ses croix sera son soutien autant qu'il se confiera en lui.

« 2° Il doit avoir une douceur compatissante pour les pécheurs , et ne se servir de la force que lorsque Dieu le lui fera connaître.

a 3° Qu'il ait grand soin de ne pas tirer le bien de sa source. Cette parole est courte, mais elle contient beaucoup. Dieu lui en donnera l'intelligence selon l'application qu'il y fera. »

Sans comprendre d'abord le sens de ce billet prophétique, un peu obscur, comme tout ce qui cache l'avenir, le P. de la Colombière l'avait religieusement conservé, et il vit peu à peu les événements justifier la sagesse de ces avis. Il l'affirme dans le journal de sa retraite, et surtout dans une lettre à la Mère de Saumaise que nous citerons de préférence.

Londres, 7 février 1677. « Vous serez bien aise d'apprendre que le billet que vous me donnâtes à mon départ était rempli de presque autant de mystères que de paroles. Je n'en ai compris le sens que dans une retraite que je fis il y a dix jours. Mais il est vrai que Notre-Seigneur n'avait rien laissé à dire, et qu'il y avait des préservatifs contre tous les maux qui me pouvaient arriver. Tout est accompli, à la réserve de la persécution dont il est parlé au premier article, et qu'une personne consacrée à Dieu doit me susciter. Car, pour celles du démon qui sont prédites au même point, il est vrai qu'il n'y a sortes de pièges qu'il ne m'ait tendus.

ce Le deuxième et le troisième article étaient de la dernière conséquence pour le repos de ma vie et pour ma perfection. Je m'imaginai d'abord, et je l'ai cru pendant trois mois, que ce n'étaient que des avis

généraux qui s'étendaient à toute la vie; mais j'ai connu que c'étaient des conseils pour des occasions présentes, et des remèdes contre des pensées et des desseins qui me troublaient et étaient fort opposés à ceux de Dieu.

a Le dernier surtout, que je n'avais jamais pu comprendre, s'ouvrit tout d'un coup à mon esprit avec une si grande clarté, qu'il n'y avait rien au monde de plus net. »

Le cinquième jour de sa retraite il comprit enfin ce que voulaient dire ces mots : ne pas tirer le bien de sa source. Dieu lui demandait le sacrifice d'une pension qu'il recevait de sa famille , et qui pouvait lui être d'un grand secours dans les circonstances extraordinaires où il se trouvait. Un vœu spécial limitait, d'ailleurs, l'usage et déterminait l'emploi de cet argent; bien plus, il refusait d'acheter une montre anglaise que son frère désirait , parce qu'il ne pouvait , disait-il, disposer de rien.

Malgré ces précautions, il lui parut que cette pension blessait la délicatesse et la perfection de la vie religieuse. Dieu voulait que son âme fût dans un dépouillement absolu , et le saint religieux , suivant l'inspiration d'en haut , renonça généreusement à cette pension, et éprouva une grande joie d'avoir rencontré la pensée de Dieu sur lui. Aussi il ajoutait dans la lettre que nous avons citée :

« Je ne vous dis pas tous les trésors que j'ai découverts dans ce petit mémoire, je serais trop long. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, si c'est le mauvais esprit qui l'a dicté , il est entièrement con-

traire à lui-même, vu que j'y ai puisé dé si grands

secours contre ses attaques, et qu'il fait sur moi tous les effets que le Saint-Esprit a coutume de produire '. »

Le sixième jour de sa retraite , considérant le

vœu particulier qu'il avait fait d'observer toutes ses règles , il remercie Dieu qui lui a inspiré la pensée de prendre cet engagement, qu'il renouvelle de tout son cœur.

Le dernier jour, un grand sentiment de confiance en Dieu envahit son âme et lui cause une immense joie. Il voit dans le billet de la sœur Marguerite- Marie que le Seigneur promet d'être sa force selon la confiance qu'il aura en lui, et il s'écrie : « Vous serez donc ma force , ô mon Dieu , vous serez mon guide, mon directeur, mon conseil, ma patience, ma science, ma paix, ma justice, ma prudence. J'aurai recours à vous dans mes tentations, dans mes sécheresses, dans mes dégoûts, dans mes ennuis, dans mes craintes, ou plutôt, je ne veux plus craindre ni les illusions, ni les artifices du démon, ni ma propre faiblesse , ni mes indiscrétions , ni même ma défiance. Car vous devez être ma force dans toutes mes croix, vous me promettez que vous le serez à proportion de ma confiance; et ce qui est admirable, ô mon Dieu , c'est qu'en même temps que vous mettez cette condition , il me semble que vous me donnez cette confiance -. »

1 Lettre du 7 février 1G77.

2 Retraite de 1G77.

Le fruit de cette retraite fut un accroissement de zèle et de générosité : il ressentit un plus grand amour pour Jésus-Christ, son chef et son modèle, et il promit de vénérer d'une foi plus vive l'adorable Eucharistie , de promouvoir autant qu'il le pourrait la dévotion au sacré Cœur de Jésus.

Alors il cite tout au long la révélation mémorable que la sœur Marguerite- Marie lui avait communiquée à Paray, et que nos lecteurs n'ont pas oubliée. Il termine cette retraite par une donation entière de lui-même à ce Cœur aimable, lui abandonnant le mérite et la satisfaction de tous les actes de vertu et de toutes les bonnes œuvres qu'il pourra pratiquer jusqu'au dernier moment de sa vie.

« Cœur sacré de Jésus, s'écrie-t-il , apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c'est la seule voie par où l'on peut entrer en vous. Puisque tout ce que je ferai à l'avenir sera à vous, faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de vous. Enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m'avez inspiré le désir. Je sens en moi une grande volonté de vous plaire et une grande impuissance d'en venir à bout sans une lumière et un secours très particulier que je ne puis attendre que de vous. Faites en moi votre volonté, Seigneur; je m'y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien ne pas m'y opposer; c'est à vous à tout faire, divin Cœur de Jésus-Christ, vous seul aurez toute la gloire de ma sanctification si je me fais saint. Cela me paraît plus clair que le jour, mais ce sera pour vous une grande gloire, et c'est

pour cela seulement que je veux désirer la perfection. »

Ainsi l'oubli de lui-même, cet abandon à Dieu sans réserve qui lui a fait peur si longtemps, lui paraissent moins difficiles. Il entrevoit en quoi consiste cet état parfait d'une âme qui n'a plus de réserve pour Dieu, et il y parviendra avec le secours de la grâce. Il se sent tout heureux de l'entière liberté de son cœur, d'être au service du Roi des rois , honneur bien préférable à la faveur des princes de la terre; enfin il renouvelle son engagement de travailler à établir le culte du sacré Cœur.

Un changement admirable s'était fait dans son intérieur. Les dispositions que nous offre cette seconde retraite sont bien plus parfaites que celles de la première. Alors il redoutait les fatigues de cette lutte continuelle de l'esprit contre les sens ; cette vigilance de tous les instants contre les surprises de la vaine gloire lui semblait accablante ; cette nécessité de vivre au milieu des existences mondaines , agitées de mille passions, lui paraissait incompatible avec le recueillement, et, au milieu de ces tristes pensées, il laissait échapper ce cri douloureux : « Tœdet me vitœ meœ : J'ai la vie en dégoût. »

Maintenant ce découragement est passé... Jésus- Christ, à qui il s'est donné sans partage, a changé son cœur; il l'a dilaté et fortifié en même temps contre les séductions de l'amour -propre. Grâce aux conseils que Dieu lui avait adressés par l'intermédiaire de sa fidèle servante, il a cherché dans le Cœur de Jésus ces puissants secours qui l'ont élevé

au-dessus des dernières faiblesses de la nature; et, affranchi de toute crainte, libre de tout sentiment pusillanime , il s'élance courageusement dans la carrière ouverte devant lui.

Puissent les hommes apostoliques, tous ceux qui travaillent au salut des âmes, comprendre cette grande leçon! S'ils veulent réussir dans l'œuvre sainte et sublime de la conversion des pécheurs , qu'ils commencent par faire régner Jésus- Christ en eux-mêmes sans nul partage, alors ils auront part aux magnifiques promesses du Cœur sacré, et ils soumettront les âmes à sa douce et heureuse domination.

Désormais le P. de la Colombière est prêt à tout entreprendre, à tout souffrir pour la gloire de Dieu. Il unit au zèle le plus actif le recueillement profond d'une âme à qui Dieu est toujours présent. La B. Marguerite-Marie ne cesse de prier pour lui et de lui envoyer les conseils inspirés par Dieu même, et il trouve dans ces avis une véritable direction pour sa conduite. Ainsi le billet prophétique qui lui fut remis à son départ prédisait tout à la fois les événements et indiquait la conduite à tenir.

Le P. de la Colombière était averti de se préparer à souffrir la contradiction , et il fut en effet inquiété au sujet de sa manière de prêcher. Avait-il donné lieu à cette critique? Non, assurément. Nous avons tous les discours qu'il donna pendant son séjour en Angleterre, et ils sont irréprochables sous le rapport de la doctrine.

Quelle était donc cette personne, ou ces personnes

consacrées à Dieu qui devaient lui donner de la peine et n'approuvaient pas ce qu'il disait dans ses sermons pour conduire les âmes à Dieu? Il y avait à Londres, pour les religieux de la Compagnie, un supérieur et un provincial, de qui dépendait le P. de la Colômbière; et si sa manière de prêcher eût été répréhensible , il aurait été averti charitablement, et l'obéissance du religieux eût bien vite cédé aux avis ou aux ordres de l'autorité.

Ce n'est pas non plus un religieux bénédictin : l'ordre de Saint- Benoît vivait en bon accord avec les PP. de la Compagnie. Il paraît probable que c'était un prêtre séculier, peut-être quelque esprit imbu des idées jansénistes , qui aura été choqué d'entendre le jésuite français exalter la bonté et la clémence du Sauveur des hommes, porter les âmes à l'amour, à la confiance et à la fréquentation des sacrements.

Ce qui confirmerait cette supposition !, c'est que

i On sait que Louis Stuart, duc de Richmond et de Lennox, plus connu sous le nom de lord d'Aubigny, était disciple de Saint-Cyran. Ce qui ne l'empêcha pas d'être grand aumônier de la reine Catherine. 11 mourut en 1672. 11 n'était sans doute pas le seul à partager ces erreurs. Le jansénisme avait fait invasion dans la haute société, et le P. de la Colômbière convertit une grande dame de la cour qui avait les préjugés de la secte.

Dans les mémoires du P. R. Rapin , S... J., il est fait mention de deux dames anglaises, lady Hamilton et lady Muschery, réfugiées à Paris et dirigées par un prêtre nommé Collogham, imbu des doctrines jansénistes. On voit également que les deux filles de lord et de lady Muschery, devenus en 1632 comte et comtesse de Clancarthy, furent élevées chez les religieuses de Port-Royal jusqu'au rétablissement de Charles II.

le P. de la Colombière prêchait en français; il fallait donc que son critique possédât également l'usage de cette langue étrangère.

Supposons qu'un ecclésiastique anglais ait fait ses études théologiques en France, qu'il y ait vécu un certain temps en rapport avec des jansénistes; à son retour en Angleterre il va entendre le prédicateur français, un de ces jésuites regardés par la secte comme des adversaires implacables. Cet ecclésiastique entend bien des propositions contraires à ses idées. De là un mécontentement qu'il ne craint pas d'exprimer tout haut. Il critique en public et en particulier les discours qu'il a entendus. Peut-être faitil partager à d'autres sa manière devoir. Nous avons ainsi l'explication des persécutions qu'eut à supporter le prédicateur de la duchesse d'York.

Il ne fut pas le seul à éprouver la contradiction. Le P. Lourenso, confesseur de la reine, ce saint religieux, qui ne vivait que pour aimer Dieu, malgré sa haute vertu et sans aucune faute de sa part, fut deux fois soumis à des épreuves qui eussent fait chanceler une âme moins généreuse dans sa vocation. Mais l'homme de Dieu se laissa maltraiter et humilier sans faire entendre un seul mot de plainte, ni chercher à se justifier '.

Ayant reconnu combien les conseils de la sœur Marguerite-Marie lui étaient utiles, le P. de la Colombière ne cessa de lui demander le secours de ses lumières et d'entretenir des rapports avec elle par le canal de sa supérieure.

1 Ménologe. Assistance du Portugal, 28 mars.

Le 20 novembre 1676 , il écrivait de Londres : « On ne trouve point ici de filles de Sainte- Marie, et beaucoup moins encore de sœur Alacoque; mais on trouve Dieu partout quand on le cherche , et on ne le trouve pas moins aimable à Londres qu'à Paray. Je le remercie de tout mon cœur de la grâce qu'il me fait d'être dans le souvenir de cette sainte religieuse; je ne doute pas que ses prières ne m'attirent de grandes grâces. Je tâcherai de faire un bon usage des avis que vous me donnez par l'écrit, et surtout de celui que vous marquez avoir été confirmé dans la dernière solitude... »

Londres, 3 mai 1677. « Je me réjouis avec notre sœur Alacoque du sacrifice qu'elle a fait à Notre- Seigneur et des marques d'approbation que Dieu lui en a données. Dans le dernier billet de la sœur Alacoque, il me semble que j'ai tout bien compris, excepté ce dernier mot : sans réserve. Gela est d'une si grande étendue , que -je crains extrêmement de ne point remplir ce conseil. »

Londres, 25 novembre 1677. « Le billet de la sœur Alacoque me fortifie beaucoup et me rassure sur mille doutes qui me viennent tous les jours. Je suis bien en peine sur ce qu'elle désire de moi, et ne sais que lui répondre. Le bon Dieu ne se découvre pas à moi comme à elle, et je suis bien éloigné de la conseiller en rien. Néanmoins, pour contenter son humilité, je lui écrirai aujourd'hui.

« Que de joie me cause tout ce que vous me dites de cette sœur! Que Dieu est admirable, mais qu'il est aimable dans ses saints! Je ne saurais la plaindre

dans son mal ; il me semble que les coups que l'on reçoit de la main de Dieu sont plus doux mille fois que les caresses qui nous viennent de la main des hommes. »

Londres, 30 avril 1678. « Je vous remercie très humblement de la lettre de la sœur Alacoque ; je lui ferai réponse, et si vous le jugez à propos, vous la lui rendrez, sinon vous ferez ce qu'il vous plaira. Je suis fort édifié de tout ce qu'elle m'écrit, et me confirme si fortement dans la foi des choses que Notre- Seigneur lui découvre, soit du passé, soit de l'avenir, que je pense que je n'ai plus de mérite à croire. »

Londres, 9 mai 1678. « Il faut nécessairement se remettre du succès à Celui qui en peut donner un bon à mes peines , selon le salutaire avis de la sœur Alacoque. J'en ai reçu d'elle trois ou quatre qui me servent de règle pour ma conduite, et qui font tout le bonheur de ma vie. Dieu soit béni éternellement qui daigne nous éclairer, nous, pauvres aveugles, par Les lumières des personnes qui communiquent plus intimement avec lui. »

Londres, a Je répondrai volontiers à la lettre de noire sainte sœur Alacoque, laquelle m'a extrêmement édifié. Mais je me sens incapable de lui dire quelque chose, et je crains si fort d'interrompre ses occupations intérieures, que je ne me puis résoudre à suivre en cela mon inclination. Je la trouve si savante et si éclairée, et d'ailleurs je suis persuadé que Dieu se communique à elle d'une manière toute particulière... Elle me parle d'un second sacrifice que Dieu

demande d'elle, qui est le soin du corps et de la santé; pour moi, je tiens ce sacrifice encore plus parfait que celui des prières, parce qu'il est fort humiliant. »

Londres, 27 juin 1678. « La lettre de notre sœur Alacoquc m'a causé beaucoup de confusion. Mais je ne saurais assez vous faire comprendre combien ses avis me sont venus à propos. Quand elle aurait lu dans le fond de mon âme, elle n'aurait rien pu me dire de plus précis. Je ne sais ce que je vais lui répondre : j'espère que Notre-Seigneur me l'inspirera. »

Ces citations, un peu longues peut-être, nous ont paru dignes d'intérêt. Elles nous font connaître les rapports de ces âmes saintes, et l'estime réciproque dont elles s'honoraient l'une l'autre. Ces lettres peignent au naturel les sentiments du P. de la Golombière. Nous voyons son humilité, sa défiance de luimême, sa tendance à la plus haute perfection et son respect pour les vertus et les lumières de la B. Marguerite-Marie. Elle, de son côté, continuait à réclamer la direction de celui que Dieu lui avait donné pour guide et pour appui; et nous pouvons juger avec quelle prudence, quelle mesure et quel esprit surnaturel le saint religieux dirigeait sa fille spirituelle.

Nous allons maintenant le voir dans l'action et au milieu de la mêlée, dévoué à tous les labeurs, et, grâce à la vertu divine du Cœur de Jésus, riche des plus beaux succès apostoliques.

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