‹ Histoire de vénérable P. Claude de la Colombière de la Compagnie de JésusChapitre 13 sur 38 · LE P. DE LA COLOMBIEHE EST EXILE D ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LE P. DE LA COLOMBIEHE EST EXILE D ANGLETERRE

Bcaii qui persecutionem patienlur propter justiliam.

(Matth., v, 10.)

Heureux ceux qui souffriront persécution pour la justice.

Averti par sa fille spirituelle de se préparer à souffrir, le P. de la Colombière attendait sans crainte les nouvelles tribulations qu'on lui annonçait. Bien lui en avait pris de souhaiter d'être calomnié, traîné en prison , accablé de mauvais traitements pour l'amour de Jésus-Christ: il touchait au moment où il verrait ses désirs satisfaits. Il pourrait ainsi s'enivrer des amertumes de la croix : Fac me cruce inebriari.

Ses supérieurs n'ayant pas jugé à propos de le remplacer, il demeura dans le poste périlleux qu'il occupait au palais de Saint- James, et ce fut alors,

dans l'automne de cette année, que se déchaîna une furieuse tempête dont l'histoire a rapporté les émouvantes péripéties.

Nous avons vu précédemment qu'il existait en Angleterre un parti fanatique auquel tous les moyens étaient bons pour détruire le catholicisme et pour exclure le duc d'York du trône. A ces hommes aveuglés par la passion rien ne coûtait, ni les calomnies les plus absurdes, ni les accusations les plus invraisemblables. Ils pouvaient tout oser; ils savaient que rien n'est plus crédule que l'esprit des masses, et que le peuple suit aveuglément les meneurs habiles qui caressent et exploitent ses passions.

Nous n'avons pas à retracer ici l'historique de ce qu'on a nommé le complot papiste (popish plot). Il faudrait consacrer à ce récit un trop grand nombre de pages, et ce serait inutile. Cette scène de l'histoire d'Angleterre a très bien été décrite dans une revue catholique1, et nous ne voulons pas refaire un bon travail. Nous nous contenterons de quelques traits nécessaires pour l'intelligence des faits dont nous avons à parler.

Ce complot était un tissu de fables imaginaires, un ensemble d'invraisemblances , de contradictions et d'impossibilités; et, chose étrange, il réussit de manière à indigner le bon sens contre la sottise humaine. Jamais on n'avait vu une crédulité plus aveugle et plus stupide. On en jugera quand nous aurons dit les absurdités qu'on acceptait.

1 G. Eludes religieuses, historiques et littéraires, par les Pères de la Compagnie de Jésus. Nouvelle série, tome X.

Ainsi, le pieux pontife Innocent XI, voulant s'emparer du trône d'Angleterre, avait chargé le P. Oliva, général des jésuites, d'organiser une vaste conspiration dans laquelle entraient Louis XIV, le P. de Lachaize, les principaux seigneurs catholiques anglais, le P. Withbread, provincial des jésuites, et dont le but était de renverser Charles II du trône, même de l'assassiner, et d'étouffer le protestantisme dans le sang, pour établir le règne du catholicisme. Rien moins que cela.

Cet affreux complot était l'œuvre principale des jésuites, auteurs et complices de tout ce qui se tramait contre l'Église établie. Le duc et la duchesse d'York, la reine elle-même n'étaient pas à l'abri de tout soupçon de complicité, et rien ne semblait plus grave, plus terrible aux yeux de tout bon protestant.

Le dénonciateur du complot était un certain Titus Oates ', dont le nom devint un instant populaire dans toute la Grande-Bretagne, mais qui depuis a été voué à l'opprobre et classé définitivement parmi les noms les plus infâmes de l'histoire. Tous les écrivains, catholiques et protestants, Hume, Lingard, Fox, Macauley, flétrissent ce nom et proclament que c'est une honte pour la nation de s'être laissée prendre à une si grossière et si lâche imposture.

« Titus Oates , dit Macauley, s'était composé un roman plus semblable au songe d'un homme malade qu'à des combinaisons admissibles dans le monde réel. De semblables fictions trouvaient crédit

i Alias Ambroise.

dans le vulgaire , et des magistrats éminents faisaient semblant d'y croire. Les juges du royaume étaient corrompus, cruels et timides; les chefs du parti du pays encourageaient l'erreur dominante; les plus respectables d'entre eux étaient dupes au point de croire à la véracité de la plupart des témoignages. Des hommes de la trempe de Shaftesbury et de Buckingham voyaient bien sans doute que cela n'était que fausseté; mais cette fausseté servait leurs intérêts, et la mort d'un innocent ne pesait pas plus sur leur conscience flétrie que la mort du gibier qu'ils tuaient à la chasse '. »

L'ambitieux Shaftesbury dans le comité des lords, Russel dans la chambre des Communes, Danby dans le conseil privé, agissaient avec ardeur, non pour découvrir la vérité, mais pour faire croire à la réalité du complot. Le premier surtout, qui tira un grand parti de cette odieuse machination contre le duc d'York, son ennemi personnel, poussait jusqu'au cynisme le mépris de la justice et de l'humanité. « Un lord de sa confidence lui demanda un jour ce qu'il entendait faire avec ce complot si dépourvu de raison , qu'à peine il pouvait être cru par des gens

1 Histoire d'Angleterre depuis l'avènement de Jacques II ' , chap. ii, traduction du baron de Peyronnet. Cependant Macauley comme d'autres historiens glissent rapidement sur des faits aussi humiliants pour leur nation que pour leur réforme religieuse, et se hâtent de plaider les circonstances atténuantes. Plusieurs auteurs français de l'école dite libérale jugent de même les événements et n'accusent guère les protestants que de crédulité. A leurs yeux les catholiques ne sont pas tout à fait innocents.

qui ne seraient pas tout à fait des idiots, et comment il se proposait d'en imposer la croyance à des hommes de sens , aux membres surtout du parlement. — Peu importe, répond Shaftesbury ; plus absurde il est, meilleur il sera. Si nous ne pouvons pas leur faire avaler quelque chose de plus absurde encore, nous ne ferons rien de bon avec eux '. »

Lingard lui-même, quoique animé d'un loyal patriotisme, arrivé à cette époque de l'histoire d'Angleterre, s'exprime ainsi :

« Il faut maintenant que le lecteur détourne son attention de la politique pour la porter sur l'un des événements les plus extraordinaires de notre histoire domestique , sur l'imposture généralement connue sous la dénomination de complot d'Oates ; imposture qui, pratiquée à une époque de mécontentement populaire et secondée par les artifices et les déclamations d'un parti nombreux, souleva les passions humaines jusqu'à la folie et parut avoir momentanément éteint le bon sens naturel et l'humanité du caractère anglais1. »

Il est bon de savoir ce qu'était ce fameux dénonciateur. Titus Oates, fils d'un ministre besoigneux de la haute Église , entra de bonne heure dans les ordres. Curé anglican à Hastings, deux faux témoignages prêtés avec serment l'obligèrent à s'enfuir. Devenu chapelain à bord d'un vaisseau de l'État,

i Norths, Examen.

- Histoire d Angleterre , tome IV, 3e édit., p. 146. Hume exprime les mêmes pensées, Histoire de la maison de Sluart, tome 111, p. 252.

il perdit cette place pour s'être rendu coupable « d'excès honteux qu'on craint de nommer ». C'est alors que, réduit à la dernière détresse, cherchant des protecteurs, il rencontra le docteur ïonge, recteur de Saint-Michel dans Wood-Street , fanatique, sombre et bizarre, homme crédule et faible autant qu'astucieux et méchant, dont l'imagination ne se nourrissait que de visions, de complots et de conspirations.

Titus Oates était un instrument propre à ses desseins; et comme l'exemple de Lusancy encourageait toutes les accusations contre les catholiques, il fut convenu que le jeune ministre anglican feindrait de% se convertir au catholicisme et qu'il chercherait, à l'aide de cette supercherie, à s'immiscer dans tous les secrets des jésuites.

Le prêtre1 qui reçut son abjuration le mercredi des Cendres 1677, lui obtint, sur sa prière, une place dans le séminaire anglais de Valladolid en Espagne. Les habitudes du prétendu néophyte ne s'accordaient pas avec la discipline d'un collège, et il fut congédie dans le mois d'octobre de la même année.

D'après l'avis de Tonge il fait une seconde tentative et s'en va frapper à la porte du collège anglais de Saint- Orner. Ses larmes et ses prières hypocrites triomphent de la répugnance du P. Strange, provincial, mais six mois après il est une seconde fois expulsé.

1 C'était un nomme Berry (alias Hufchinson), qui passait pour avoir la tète dérangée. (Voir Lingard, Histoire d'Angleterre, t. IV, c. v. — Note au bas de la page 14G.

Revenu auprès de Tonge le 23 juin 1678, ils se mirent à échafauder l'édifice du mensonge qu'ils méditaient. Les informations de l'espion étaient presque nulles. Il avait appris les noms de quelques jésuites ; il avait entendu dans quelques conversations des séminaristes, ou peut-être même des religieux, exprimer leurs espérances en faveur du rétablissement du culte catholique ; il savait qu'une réunion de jésuites avait eu lieu à la fin d'avril, et c'était là le fait le plus saillant : voilà les éléments dont l'imposture allait faire sortir le monstrueux complot papiste.

Cette réunion était l'assemblée triennale de la province d'Angleterre; elle se composait du provincial et de trente- neuf profès les plus anciens. Les deux intrigants en firent un conciliabule extraordinaire, où figurèrent tous les jésuites dont les noms étaient connus.

La réunion s'était tenue au palais Saint- James , dans une salle écartée, avec beaucoup de précautions ; ils la placèrent dans une auberge du Strand dont on ne put découvrir les propriétaires. Elle avait eu pour but la nomination d'un procureur et l'arrangement des affaires intérieures de la société ; ils la dépeignirent comme une délibération sur les moyens les plus convenables pour assassiner le roi et détruire la religion protestante, et ils déposèrent ce rapport entre les mains du lord trésorier.

Danby le fit examiner; mais les lettres accusatrices , données comme preuves à l'appui , furent reconnues être l'œuvre d'un faussaire, et les assertions

des délateurs déclarées mensongères. Il restait à examiner certains papiers secrets. Ceux des jésuites se composaient d'une collection de lettres, de livres de comptes et des actes de l'assemblée. Comme il était facile de s'y attendre , on ne trouva pas la moindre trace d'un complot, pas même quelques lignes auxquelles, avec un peu d'adresse, on pût donner un mauvais sens.

Mais les papiers de Coleman , secrétaire de la duchesse d'York, fournirent les prétextes dont on avait besoin pour donner l'ombre d'une apparence au fameux complot. Coleman, homme vain et ambitieux, s'était beaucoup mêlé à la politique; il fournissait à l'ambassadeur de France , Barillon , des comptes rendus des séances du parlement, et il en recevait des subsides; il favorisait le parti catholique, mais il avait des relations avec les fanatiques du parti protestant. On connaissait ses intrigues, et Charles avait conseillé à son frère de le renvoyer de son service.

On trouva parmi une foule de papiers inutiles le double de la correspondance étrangère de Coleman pendant les années 1675 et 1676. Ce qui attira l'attention du conseil ce fut une proposition qu'il faisait au P. de Lachaize. Il l'engageait à demander au roi de France une somme de vingt mille livres sterling, qui serait employée à un objet également avantageux aux intérêts de la France et de l'Église catholique, a Le succès, disait-il, porterait à la religion protestante le coup le plus terrible qu'elle ait jamais reçu depuis sa naissance... Nous avons entre les mains

un grand ouvrage. Tl ne s'agit pas moins que de la conversion de trois royaumes. »

Tout homme de sang- froid et un peu au fait de l'état des partis aurait vu dans ce langage une figure de rhétorique employée pour exciter, en faveur de son projet, le zèle du confesseur de Louis XIV. Mais la défiance était excitée; on crut que ces mots cachaient plus de choses qu'ils n'en disaient. Le grand œuvre mentionné par Coleman pouvait être le commencement de la conspiration dénoncée , et le secrétaire de la duchesse d'York fut conduit en prison.

Les chefs du parti exploitèrent l'alarme causée par les fréquentes réunions du conseil privé et par de nombreuses arrestations; ils excitèrent au plus haut point les passions populaires, et les deux Chambres votèrent une résolution portant « qu'il avait existé un complot infernal tramé et poursuivi par les récusants papistes pour assassiner le roi, changer violemment le gouvernement et détruire la religion protestante ». (2 octobre 1678.)

Une terreur panique se répand dans Londres ; en quelques jours les prisons renferment plus de deux mille suspects. Des perquisitions sont faites chez les catholiques ; tous ceux qui refusent le serment d'allégeance et de suprématie ', au nombre de trente mille, sont obligés de s'éloigner à dix mille de Whitehall, et cinquante mille hommes sont sous les armes pour combattre des ennemis imaginaires*.

i Voir noie à la fin, n° 10.

2 On peut voir dans VHisloire cV Angleterre de Lingard et

Enfin, pour augmenter la confusion et l'épouvante, un nouveau délateur, Redloé, aussi peu digne de foi que les autres , vient corroborer de son témoignage, et par d'autres accusations, les dénonciations précédentes. Un véritable délire s'empare alors de la nation ; Charles II, tout en ne croyant pas un mot de toutes ces fables, dut laisser agir le parlement pour calmer l'agitation du peuple. Il laissa le torrent rouler ses flots impétueux , parce qu'il était impuissant à le retenir. De nouvelles arrestations eurent lieu, le duc d'York fut exclu du conseil privé, et les pairs catholiques qui refusèrent le serment du Test ne furent plus admis à siéger à la Chambre des lords.

On sait la vie retirée que menait la reine d'Angleterre dans son palais de Somerset-House. Elle ne fut pas à l'abri des attaques les plus violentes. Sa demeure fut signalée comme un repaire de conspirateurs ; elle-même fut accusée de haute trahison et d'avoir trempé dans un complot contre la vie du roi. Son médecin, sir George Wakeman, fut arrêté; trois domestiques du palais furent exécutés comme criminels de lèse-majesté ; Antonio , domestique du confesseur de la reine, fut également arrêté, sous la prévention de crime de haute trahison. Le P. Lourenso évita la prison en vertu du traité fait avec le Portugal à l'époque du mariage de l'infante, et surtout parce qu'il ne fut pas dénoncé.

dans V Histoire des Conspirations le tableau de cette (erreur religieuse.

Le P. de la Colombière ne pouvait échapper à l'orage qui frappait tout autour de lui. Selon Lingard, ce serait Luzancy qui, reparaissant sur la scène après trois ans , aurait dénoncé le prédicateur de la duchesse d'York, comme autrefois il avait dénoncé le P. de Saint-Germain.

En cela, l'historien catholique est d'accord avec l'auteur protestant de Y Histoire des Conspirations d'Angleterre *. Voici comment ce dernier raconte l'arrestation du P. de la Colombière :

« Cela arriva le 21 novembre, jour auquel le roi fut en son parlement. Toutes sortes de personnes, étrangers et autres, allaient et venaient dans la salle basse de Westminster pourvoir passer les seigneurs, conduire des prisonniers et apprendre des nouvelles. Le délateur s'entretenait avec un Français nommé Petit, commissionnaire des marchands; il lui échappa de dire : « Le jésuite de notre pays a bien aussi parlé; il ne croyait pas que tout ceci dût arriver. S'il avait des ennemis, ils lui pourraient bien faire des affaires. » Petit releva ce discours et le pressa de lui dire ce qui en était, et, après l'avoir écouté, il lui dit qu'il était absolument obligé à le dénoncer, et que s'il ne le faisait pas il le dénoncerait luimême... »

Alors le délateur énuméra les griefs qu'on pouvait alléguer contre le jésuite français, et qui furent, en

1 Les Conspirations d'Angleterre, ou Histoire des troubles suscités dans ce royaume depuis l'an 1680 jusqu'à l'an 1697 inclusivement. Ouvrage assez mal écrit, composé par un protestant, Jones Zingar.

effet, les six chefs d'accusation portés contre le P. de la Colombière.

« Afin d'avoir moyen d'aborder les seigneurs du conseil, il s'avisa d'aller trouver un jeune ministre français, nommé Luzancy, pour le consulter sur les expédients qu'il pouvait prendre. Luzancy digéra et mit en net, avec le dénonciateur, les différents chefs d'accusation. Il présenta Prance, avec le mémoire, à l'évêque de Londres, qui est son protecteur, et ensuite au grand chancelier1. Cette accusation ayant paru (grave), le jésuite la Colombière fut mis en arrêt (en arrestation), dans sa chambre du palais de Saint- James, le 24 du mois de novembre ; et le 26 , à midi , on le mena en prison 2. »

Ainsi, le Père ne fut conduit en prison que le 16, selon Lingard, ou le 26 novembre en tenant compte de la différence de calendrier. Que se passa-t-il durant ces deux jours? Sans doute on examina ses papiers, et on le soumità des interrogatoires. Le récit que nous venons de donner s'explique et se complète par ce que le P. de la Colombière écrit à un jésuite de ses amis, au sujet de son arrestation. Il

1 Miles Prance, Irlandais catholique, était orfèvre à Londres. 11 devint malgré lui, en cédant aux menaces, un délateur officiel. 11 faut, à ce qu'il semble, admettre deux délateurs, Luzancy et Prance, et deux témoins à charge, qui les premiers ont dénoncé le P. de la Colombière, Olivier du Fiquet et François Verdier. Quoi qu'il en soit, il est acquis que c'est un Français qui a trahi le P. de la Colombière.

2 Voyez aussi Histoire d'Angleterre, par Lingard, vol. IV, p. 169. Rapin de Thoyras raconte autrement le fait, mais il demeure avéré que c'est la peur qui fit du faible Prance un dénonciateur.

en parle avec la sérénité d'un esprit évangélique, la charité d'un bienheureux et l'humilité d'un saint.

« Je fus accusé, à Londres, par un jeune homme du Dauphiné que je croyais avoir converti et que j'avais, depuis sa prétendue conversion, entretenu durant l'espace de trois mois environ. Sa conduite, dont j'avais quelque sujet de me plaindre, l'impuissance où j'étais de lui continuer les mêmes services, m'ayant obligé de l'abandonner, il crut qu'il s'en vengerait s'il découvrait le commerce que nous avions eu ensemble; il le fit, et m'imputa en même temps certaines paroles contre le roi et le parlement. Comme il savait une partie de mes affaires, il ne manqua pas de me faire de grands crimes du peu de bien que j'avais fait parmi les protestants ', et me fit même paraître beaucoup plus zélé et plus heureux dans mes travaux que je n'étais effectivement. Sur sa déposition, je fus arrêté en ma chambre, à deux heures après minuit, et ensuite mené en prison, d'où je fus tiré deux jours après pour être examiné et confronté avec mon accusateur, devant douze ou quinze commissaires de la chambre des seigneurs; après quoi on me ramena en prison, où je fus gardé étroitement durant trois semaines *. »

Ainsi , il s'était vu trahi et livré par un jeune homme qu'il avait nourri des dons de sa charité, qui

1 On remarquera que les lords dans leur décret parlent d'un grand nombre d'abjurations de Français et d'Anglais que le Père avait reçues. Quoique la haine soit clairvoyante, il est probable que l'on ne connaissait pas à Londres tous ceux qui se convertissaient.

2 Lettre lvhi.

avait été son disciple et son enfant spirituel. L'ingratitude se joignait à la perfidie pour le frapper, et il n'a pas un seul mot pour se plaindre ou pour flétrir le traître! Toutes ses préoccupations sont pour sauvegarder les intérêts de son humilité. Il ne veut pas qu'on prenne trop à la lettre les accusations de son dénonciateur, parce qu'elles mettent en relief l'ardeur de son zèle.

« Son attitude, pleine de calme et de dignité, frappa d'admiration toute l'assistance. Obligé d'attendre dans une salle du parquet, on le vit, sans se mettre en peine des regards de la foule curieusement attachés sur lui , prendre son bréviaire et réciter paisiblement l'office divin. Il se présenta ensuite avec une modeste assurance. »

Inutile de dire qu'on ne put rien tirer de lui sur une conspiration imaginaire. Voici les chefs d'accusation articulés contre lui1. On lui reprochait : 1° d'avoir dit en discours familier que le roi était catholique dans l'âme; 2° que le parlement ne serait pas toujours le maître ni dans le même pouvoir; 3° d'être l'intime ami de Goleman ; 4° d'avoir conseillé à un moine apostat de rentrer (retourner) dans son couvent*, à une femme retournée au pro-

i Nous lirons ces chefs d'accusation de l'Histoire des conspirations d'Angleterre. L'auteur protestant prétend être bien informé (son récit concorde avec ceux de Lingard et celui du P. de la Colombière).

2 II y a dans le texte : D'avoir suborné un nommé Saloirwn , autrefois récolkt en France, pour le faire retourner à la moi~ nerie, et qu'il avait fait aussi quitter à la femme dudit Salomon la religion protestante, qu'elle avait reprise depuis.

testantisme d'abjurer ses erreurs; 5° de prendre soin d'un couvent de religieuses qui étaient cachées à Londres ; 6° d'avoir fait envoyer des missionnaires à la Virginie et en Terre-Neuve. »

C'est pour cela que, sans respect pour l'hospitalité royale à laquelle il s'était confié, sans égard pour sa qualité de Français , on l'avait fait saisir comme un criminel. Il paraît, d'après l'auteur protestant, que Luzancy fut un de ceux qui prirent à tâche de pousser à bout le jésuite. Mais toutes ces fausses imputations échouèrent devant la fermeté de ses réponses. On essaya de l'intimider par des menaces. Il ne s'en émut pas. Qu'avait-il à craindre? il était entre les mains de Dieu, et il savait qu'un seul cheveu de sa tête ne tomberait pas sans l'ordre de la divine Providence : d'ailleurs il eût été si heureux de mourir pour le nom de Jésus !

Il s'en fallut peu que ses désirs ne fussent satisfaits. Pendant ces trois semaines de prison, où il fut tenu en secret, les commissaires du parlement appelèrent plusieurs fois les témoins à charge. Ils ne purent articuler de nouveaux faits. L'intention des lords était de rattacher cette affaire à celle de la conspiration imaginaire, voulant unir le sort du jésuite français à celui des jésuites anglais arrêtés avant lui. Peut-être y seraient- ils parvenus à l'aide de quelques faux témoins, lorsqu'une intervention puissante vint au secours du P. de la Colombière.

L'ambassadeur français, de Barillon', avait pris

1 Paul Barillon d'Arnoncourt, marquis de Branges, fils de Jean- Jacques de Barillon et de Bonne Fay, et reçu conseiller

on main la défense de l'accusé, et cela d'autant plus volontiers qu'il ne croyait pas un mot de tout ce qu'on disait au sujet du complot. Dès le 20 octobre il écrivait :

« On continue toujours ici la visite des papiers du sieur Goleman et des autres catholiques qui ont été arrêtés. Tous les gens raisonnables croient que la conspiration contre la personne du roy de la Grande-Bretagne n'a aucun véritable fondement. Les commissaires du conseil qui instruisent l'affaire parlent de même manière sur cela. Mais en même temps ils disent qu'il paroist un commerce fort dangereux pour l'État avec les étrangers ; qu'il s'employe de grandes sommes pour soutenir les cabales et pour augmenter la religion catholique, et que par les lois d'Angleterre la plupart de ceux qui sont arrestés sont criminels. Ils parlent bien plus affirmativement du sieur Coleman. On a trouvé dans les papiers du sieur Coleman des minutes de toutes les lettres qu'il écrivait à Rome, en France et ailleurs. On prétend qu'il y a quantité de projets qui tendent à la ruine de la religion protestante en Angleterre , et à l'établissement d'une autorité souveraine en Angleterre, et d'un changement de gouvernement par le papisme ; c'est ainsi qu'en parlent les commissaires du conseil qui instruisent l'affaire de la

d'État le 13 février 1650 et maître des requêtes le 6 juillet 1657, épousa en 1663 Marie- Madeleine Mangot de Villarceaux; plénipotentiaire à Cologne en 1673 et ambassadeur à Londres en 1677. 11 mourut à Paris le 23 juillet 1693. Son frère Antoine de Barillon, seigneur de Morangès, fut conseiller, maître des requêtes, et intendant à Metz., à Alençon et à Caen.

conspiration. Les lettres du sieur Coleman au P. de Lachaize sont remplies , à ce qu'on prétend , de propositions et de desseins. Mais celles de ce Père sont fort sages et fort mesurées, et entre autres une qui a esté prise à Douvres depuis peu de jours.

« Le roy d'Angleterre a parlé à Newmarket du sieur Coleman comme d'un homme qui ne pouvoit éviter la mort, si on lui fait justice '. »

Le 28 novembre, l'ambassadeur français envoyait à Versailles cette nouvelle dépêche :

« Un jésuite, prédicateur de Mme la duchesse d'York, nommé le P. delà Colombière, a été arresté à Saint-James. Il est accusé d'avoir voulu convertir un protestant et de lui avoir dit que le roy d'Angleterre étoit catholique dans le fond de son cœur2. »

Paul de Baiïllon reçut naturellement l'ordre d'interposer le nom du roi de France et de travailler à délivrer le prisonnier. Il y eut échange de notes diplomatiques entre les deux cours. Louis XIV réclamait la mise en liberté d'un de ses sujets contre lequel on n'articulait aucun grief sérieux. Le gouvernement anglais voulait le retenir comme accusé de complot contre la vie du roi d'Angleterre et indigne de la protection du roi de France.

Arnaud de Pomponne , secrétaire d'État aux affaires étrangères , transmit à l'ambassadeur fran-

1 Archives des Affaires étrangères. Dépêche (chiffrée) de Barillon, ambassadeur de Louis XIV. Copie due à l'obligeance de M. Prosper Faugères, alors sous-directeur au ministère des Affaires étrangères.

- Dépèche chiffrée, archives des Affaires étrangères.

çais à Londres des instructions conformes à la volonté du roi. Le gouvernement anglais dut céder devant l'insistance du cabinet de Versailles. Ainsi couvert de la protection de la France, le P. de la Colombière put échapper à la mort.

Après avoir langui trois semaines dans une dure captivité ', le jésuite français fut enfin jugé. Les lords commissaires lui reprochèrent surtout la parole vraie au fond , mais compromettante aux yeux des protestants, qu'il avait dite au sujet du roi. Charles II était bien catholique depuis longtemps par ses convictions, mais il ne craignait rien tant que d'être soupçonné d'appartenir à la foi de l'Église romaine. De leur côté, les lords pensaient que faire passer le roi pour catholique était une offense et une injure à sa royale personne.

Voici les termes de la sentence portée contre le P. de la Colombière. A ce sujet la chambre décrète ce qui suit :

« D'après le rapport fait par la commission des lords nommés pour entendre les témoins pour la

1 On peut ainsi calculer le temps que dura la captivité du Père : d'après une lettre datée du 16 janvier 1678 adressée au P. Louis de Camaret , provincial de Lyon, nous voyons que le Père était à Paris au commencement de janvier; dans une autre lettre il affirme avoir été cinq semaines prisonnier (lettre 77), et ailleurs il parle de trois semaines pendant lesquelles il a été gardé fort étroitement (lettre 58). Si l'on compte les cinq semaines de captivité depuis le 26 novembre, y compris les dix jours où il fut prisonnier sur parole, nous arrivons au 4 janvier. En comptant huit jours pour l'embarquement, la traversée, le voyage de Calais à Paris, nous arrivons au 10 janvier 1079, époque probable de son arrivée à Paris.

découverte de l'horrible attentat contre la personne de Sa Majesté et le gouvernement, il ressort de l'interrogatoire d'Olivier du Fiquet et de François Verdier, répondant tous deux avec serment, que la Colombière (un jésuite et prédicateur de la duchesse), maintenant prisonnier dans le King's Bench, a eu de longs et fréquents entretiens avec M. Coleman et qu'il avait une grande correspondance avec le P. de Lachaize et le cardinal Bouillon, et qu'il s'est forcé de pervertir lesdits Olivier du Fiquet et François Verdier et d'autres à la religion papiste , usant pour arriver à cette fin d'arguments de dangereuse nature , et qu'il a reçu dans sa chambre un grand nombre d'abjurations , soit de sujets français, soit d'Anglais ; qu'il a secrètement envoyé des prêtres en Virginie, parmi lesquels Mac-Carthy, prêtre irlandais.

« Toutes ces choses étant de dangereuse conséquence et un obstacle à la paix de l'État et du gouvernement du royaume, il est ordonné par les lords spirituels et temporels assemblés en parlement que les lords, avec les verges blanches, exposent humblement à Sa Majesté le désir de cette chambre : qu'il plaise à Sa Majesté de donner l'ordre que ledit la Colombière soit à jamais banni de ce royaume et de tous les territoires et domaines de Sa Majesté. Samedi vingt-troisième jour de novembre1.

« La chambre fut ajournée durant les réjouissances, et les lords allèrent à la conférence, laquelle

1 Journal de la Chambre des lords, vol. XIII, p. 368, A D 1678, car. h, du soir, 21e de novembre.

étant finie, la chambre se résuma. Lord Magnard conclut: que les lords, avec les verges blanches, présenteraient à Sa Majesté les deux adresses de la chambre, 1° pour le bannissement de la Colombière de tous les domaines de Sa Majesté. Ce à quoi Sa Majesté répondit que l'ordre était donné. Conformément à ces conclusions , le roi donna ordre à un de ses officiers de conduire le jésuite français jusqu'au vaisseau qui devait le conduire en France, et de prendre acte de son embarquement, etc. »

Mais les souffrances endurées pendant sa captivité avaient influé d'une manière fâcheuse sur la santé du Père; une nouvelle crise d'hémoptysie se déclara, et il fallut demander au roi un sursis. On lui accorda dix jours, pendant lesquels on le laissa prisonnier sur parole. Il eut ainsi le loisir de dire adieu à plusieurs personnes qu'il désirait voir avant son départ. Cette rechute était venue bien à propos pour sa propre consolation et pour celle des nombreux enfants de son apostolat. La Providence l'avait vraiment tenu sous ses ailes et protégé d'une manière étonnante.

Lui-même disait : « Je serais bien long si je voulais vous faire un détail entier de cette petite affaire, et surtout si je vous disais toutes les miséricordes que Dieu m'a faites en chaque point et presque à chaque moment ; ce que je puis vous dire c'est que je ne me suis jamais trouvé si heureux qu'au milieu de cette tempête, qu'il m'a fâché d'en sortir, et que je suis tout prêt à m'y engager de nouveau. J'étais indigne d'un plus grand bonheur, et je suis tout

confus, quand je fais réflexion que Notre-Seigneur a été obligé de me retirer de sa vigne, pour n'avoir pas trouvé en moi la ferveur et la fidélité qu'il demande de ses ouvriers1. »

A part ces dernières lignes inspirées par une profonde humilité, nous admettons toute l'expression de ses regrets. Nous comprenons les sentiments de joie surnaturelle qu'il éprouvait. Oui, c'était un bonheur pour lui d'être calomnié, diffamé publiquement, jeté en prison et condamné à l'exil avec la conscience de son innocence et pour rendre témoignage à la foi de l'Église. X'avait-il pas souvent désiré une occasion de souffrir beaucoup et même de mourir pour Jésus- Christ? Déjà il entrevoyait l'instrument du supplice et le saluait avec ces transports de joie surnaturelle qu'éprouve une âme désireuse d'aller à Dieu par le martyre. Le Seigneur récompensa son généreux soldat, en le visitant dans son cachot, par les plus douces consolations. Mais le confesseur de la foi dut se résigner à vivre. 11 partit l'àme navrée, martyr par les désirs de son cœur, laissant ses frères dans les prisons et sur le point de subir le dernier supplice, les enfants de son apostolat dans l'abandon et les larmes, une Église désolée, ruinée pour longtemps.

Assis tristement sur le pont du vaisseau , il regardait les côtes d'Albion qui disparaissaient peu à peu dans la brume. 11 ne pouvait en détacher ses regards, et, au milieu de ses soupirs, il murmurait des paroles

1 Leltre lviii.

d'adieu à sa chère et infortunée Angleterre. « Seigneur, disait-il au fond de son cœur, vous m'êtes témoin que je suis tout disposé sur un mot de mes supérieurs, à un signe de leur volonté, à revenir sur cette terre pour y travailler et y souffrir. S'il faut une autre victime à votre justice, prenez ma vie et que cette nation se convertisse! Oui, Seigneur, faites que ce peuple rentre dans le sein de l'Église romaine , et vous trouverez en lui bien des esprits droits, bien des cœurs généreux, qui glorifieront, comme autrefois, votre nom adorable. »

C'est l'esprit plongé dans ces réflexions et tout absorbé en Dieu qu'il toucha les rives de la France. Il aimait, sans doute, sa patrie, et il lui était agréable de la revoir, mais il ne vivait plus que pour la patrie du ciel.

Le bruit de cette tourmente politique et religieuse qui agitait l'Angleterre excita dans toute l'Europe un douloureux étonnemerit; et lorsque, après la publication des pièces du procès faite en Hollande par des mains protestantes, on pût réviser toute l'affaire et en appeler de la sentence des lords au tribunal de l'opinion publique, les apologistes ne manquèrent pas , et la lumière ne tarda pas à se faire.

Parmi ces défenseurs de l'innocence et de la vérité, nous en citerons deux dont le témoignage ne sera pas suspect, un janséniste et un protestant. Le premier, quoique adversaire implacable des jésuites, cédant à un généreux mouvement d'indignation, les vengea de leurs calomniateurs.

Dans un ouvrage publié en 1682, l'année même de

la mort du P. de la Golombière, il démasqua « cette fourbe diabolique, qui passera dans la postérité pour un des exemples les plus horribles de la malice des hommes l. On aurait tort de vouloir que ce qui se passe aujourd'hui en Angleterre ne soit qu'une comédie et une feinte. C'est une tragédie barbare dont le poète et le principal acteur est le démon de la calomnie. »

Après avoir rapporté les futiles imputations accumulées sur la tête du P. de la Golombière, Antoine Arnaud s'écrie : « Je demande à tout homme raisonnable s'il y a rien dans ces six articles qui ait l'ombre de conjuration contre la vie du roi et contre l'État? Mais ce que disait Isaïe du peuple juif est vrai aujourd'hui du peuple anglais : Ornnia quœ loqiietur populus iste conjuratio est. Tout y est proprement conjuration 9. »

Antoine Arnaud poursuit avec une logique écrasante sa vigoureuse démonstration :

« Un jésuite autorisé par le roi, étant aumônier de sa belle- sœur, conseille à un moine apostat de retourner dans son couvent, c'est une conspiration.

1 « De nobles lords, la fleur de l'aristocratie anglaise, furent enfermés à la Tour de Londres ; cinq jésuites périrent de la main du bourreau, trois autres dans les prisons; et après deux années d'une dure captivité le plus illustre vétéran de la cause monarchique, William Howard, comte de Stafiord, montait surTécha-

aud en protestant de son innocence et en pardonnant à ses uges. »

2 Apologie pour les catholiques contre les faussetés et les calomnies d'un livre intitulé : Politique du clergé de France, parJurieu; Lié-e, 10>J.

Il conduit quelques filles catholiques qui veulent vivre dans Londres en religieuses, conjuration. Il désirait que quelques prêtres pussent aller prêcher la foi aux infidèles dans quelques endroits de l'Amérique occupés par les Anglais, conjuration. Rien, sans doute, n'est plus ridicule. Mais c'est de plus un outrage signalé qu'on a fait à la première princesse d'Angleterre après la reine, d'avoir arrêté jusque dans son palais et ensuite emprisonné le directeur de sa conscience, ou pour des bagatelles ou pour des choses dignes de louanges, eu égard à sa religion et à sa profession , étant sous la protection du roi tant pour l'une que pour l'autre. » Le P. de la Colombière était donc « l'un des plus illustres calomniés dans les dernières persécutions d'Angleterre. »

Un second témoignage en faveur de l'innocence du saint religieux nous est donné par l'auteur protestant qui a écrit le livre intitulé Les Conspirations d'Angleterre. 11 s'exprime ainsi : « Ce jésuite, aumônier de Mmc la duchesse d'York, fut accusé d'être de la conspiration. Il était fort estimé et considéré de ceux de sa religion , passant pour un homme fort dévot, sage, zélé, etc.; » et après cet éloge il donne à entendre qu'il n'était nullement coupable1. Il cite ce fait avec d'autres pour montrer combien en ce temps il était facile d'être victime d'une accusation fausse et calomnieuse.

Tel est l'apanage des hommes apostoliques; ils

1 Les Conspirations d'Angleterre, par Jone Zingan

doivent souffrir les outrages et les insultes pour le nom de Jésus, contumeliam pati, être en butte aux accusations, aux calomnies et aux mauvais traitements. C'est ainsi que s'élabore l'œuvre de Dieu. Dans cette dernière persécution soulevée contre l'Église d'Angleterre, l'esprit de l'abîme n'oublia pas le prêtre dont la doctrine et les exemples étaient le plus ferme appui de la foi en Angleterre. L'enfer crut un instant triompher, mais Dieu sut déjouer ses funestes desseins. Le sang des martyrs, les souffrances des confesseurs de la foi, la prière des catholiques, les sueurs des missionnaires n'avaient pas été stériles. Quand on sème dans les larmes, d'autres recueillent dans la joie.

Charles II est mort catholique. Jacques II, son frère, professait publiquement la foi de Marie Stuart. Il est vrai, ce roi catholique est précipité du trône; le schisme triomphe par l'usurpation d'une autre branche de cette maison; tout semble perdu pour la cause du catholicisme, et l'Océan, sur lequel flottent les vaisseaux d'Albion et qui sépare l'île superbe du continent, paraissait être l'image d'une séparation non moins profonde entre elle et l'Église romaine. Mais ces prévisions étaient celles de la sagesse humaine. Le bon grain avait été déposé dans un sol remué par la tempête; l'Angleterre, si longtemps rebelle, se soumet enfin à la foi de l'Église romaine. Chaque jour elle revient par la science honnête et sincère , fruit d'une étude approfondie des monuments primitifs du christianisme. Elle s'éprend d'un nouveau zèle pour les cérémonies et les

rites d'un culte qu'elle avait proscrit. Elle envoie ses illustres enfants visiter le Père commun des fidèles, en qui elle ne voulait voir que l'Antéchrist. Elle réfléchit, elle étudie, et les préjugés disparaissent. La hiérarchie catholique est rétablie, les couvents se multiplient. On compte des églises par milliers, les fidèles par millions. Qu'elles sont belles les conquêtes que le divin Cœur a faites dans ce peuple! Qu'elle est touchante la manière dont ce Cœur aime à se venger de ceux qui le méconnaissent et l'outragent! Encore un peu de temps, et l'église Saint- Paul de Londres sera rendue au culte catholique, et les victimes du fanatisme anglican seront publiquement honorées comme des confesseurs de la foi, et des martyrs de Jésus-Christ,

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