‹ Histoire de vénérable P. Claude de la Colombière de la Compagnie de JésusChapitre 17 sur 38 · LETTRES SPIRITUELLES DU P. DE LA COLOMBIERE · texte numérisé non relu

LETTRES SPIRITUELLES DU P. DE LA COLOMBIERE

Non ut confundam vos hœc scribo, sed ut filios meos charissimos moneo.

(I Cor., iv.)

Je ne vous écris pas pour vous confondre, mais pour vous avertir comme mes enfants bien- aimés.

Les lettres du P. de la Colombière forment un recueil des plus instructifs et des plus précieux. Écrites , pour la plupart , à des religieuses ou à des personnes vivant dans le monde, dont il avait gagné la confiance par sa haute piété, et qui recouraient à lui pour la direction de leur conscience, elles roulent presque toutes sur des matières de spiritualité. On les a recueillies après sa mort, mais beaucoup sont perdues. Elles ont été imprimées à Lyon, en 1715 1.

1 Ces lettres ont été imprimées avec une précipitation malheureuse. Elles n'ont pas leur date et souvent pas d'indication du lieu d'envoi. L'ordre chronologique n'est point observé. Telle lettre écrite après le retour d'Angleterre se trouve placée

En parcourant ce recueil on s'apercevra que la plupart des lettres sont adressées à des religieuses de la Visitation. Le P. de la Colombière s'était trouvé engagé , par une disposition de la Providence , à la direction de plusieurs filles de Saint- François -de- Sales; et comme il avait le même esprit, c'est-à-dire la même doctrine spirituelle et la tendance bien arrêtée d'établir la vie intérieure, il était vivement apprécié par ces religieuses, animées d'une grande ferveur. Cependant il s'adresse aussi aux personnes vivant dans le monde; il écrit à des dames et des demoiselles de qualité qui le consultaient sur les choses de leur conscience.

Ces lettres portent le cachet irrécusable de la sainteté, mais elles reflètent aussi le caractère de l'homme apostolique. La gloire de Dieu, la sanctification des âmes, la charité la plus vive comme la plus tendre, l'inspiraient et conduisaient sa plume. C'est le cœur d'un apôtre plein d'humilité, de douceur, et quelquefois d'énergie, qui a dicté ces pages. Dans sa correspondance de famille se révèlent l'affection d'un frère et la pieuse sollicitude d'un saint. Loin de briser les liens qui l'unissent aux siens , il s'en sert pour porter ces êtres chéris à l'amour de Dieu. Dans ses lettres de direction il se montre tantôt un

avant celles qui ont été envoyées de Londres. « Plusieurs des personnes à qui ces lettres ont été adressées étant alors vivantes, on jugea à propos de supprimer leurs noms et même certains articles qui les auraient peut-être trop marquées. »> Ainsi il est difficile de se reconnaître au milieu d'une telle confusion. Il y a donc lieu de faire une nouvelle édition des Lettres spirituelles du P. de la Colombière.

médecin habile et charitable qui touche aux plaies de l'âme d'une main sûre, prudente et discrète; tantôt un guide expérimenté qui indique la voie où il faut marcher; tantôt un moraliste profond qui a sondé tous les mystères du cœur humain ; tantôt enfin un maître consommé dans la science de la spiritualité et de l'ascétisme chrétien.

Il y a peu de détails sur les choses qui le concernent personnellement. Dans ses lettres écrites d'Angleterre , il raconte une partie de ses travaux apostoliques dans l'intention d'édifier et d'obtenir le secours de la prière. On y trouve peu de renseignements pour la biographie. Écrites au courant de la plume, sans la moindre prétention, elles ont ce qui plaît en ce genre de littérature, beaucoup de naturel et de simplicité. C'est bien l'expression de l'âme du P. de la Colombière. Il s'est peint lui-même, et nous voyons à découvert une âme des plus belles et des plus saintes1.

Ce recueil offre une lecture très instructive et très édifiante, et l'on ne saurait trop le conseiller aux personnes désireuses de la perfection. Le pieux auteur ignorait sans doute qu'il écrivait pour la postérité un livre excellent. Il n'avait d'autre horizon que le Calvaire , l'autel et le Cœur de Jésus. Aussi

i On peut sans doute relever dans cette correspondance quelques incorrections. Les unes viennent de la rapidité de la composition, les autres doivent être attribuées à l'éditeur. Nous ne parlons pas de certaines locutions ou manières de parler, usitées alors et conformes à l'état de la langue française à cette époque; il en est très peu qui soient hors d'usage, et le style est parfaitement, clair et intelligible.

il ne parle que de sacrifice, d'immolation, d'anéantissement, d'amour divin; il répand dans ses pages les pures et brûlantes inspirations de son âme.

On peut dire des lettres du P. de la Golombière ce qu'on a écrit au sujet de celles de la bienheureuse Marguerite-Marie : « Il y a dans ces lignes tant de lumière et de beauté, avec si peu d'étude et de combinaison, tant de force et d'onction, unies à tant d'humilité, et l'amour divin, surtout, y paraît si bien qu'il est impossible de n'y pas sentir le souffle inspirateur du Cœur de Jésus. »

Elles peuvent donc devenir l'instrument de sa grâce et le canal des miséricordes du Rédempteur. C'est une véritable mine d'or à exploiter, et d'un accès facile. Ici, en effet, nuls termes mystiques, nuls systèmes. « Ce ne sont point, dit un contemporain, des ramas de termes mystérieux, qui souvent ne signifient rien et qui sont moins propres à nourrir une piété solide, qu'à flatter la vanité de certaines personnes qui se croient d'une perfection fort relevée, parce qu'on leur parle un langage qu'elles ne comprennent pas. » Il est net et précis , et marche directement au but. Rien pour flatter la vanité, tout pour la piété solide. Il n'a pas la prétention d'indiquer des chemins nouveaux vers la perfection , des méthodes inconnues avant lui. Les nouveautés sont toujours quelque peu suspectes, et conduisent souvent au précipice ceux qui se laissent séduire par leur mirage trompeur. Esprit éminemment positif, vrai disciple de saint Ignace, le maître de la vie pratique par excellence, il ne détourne jamais la dé-

votion de son but véritable. Avec lui il n'y a pas à craindre qu'il remplace l'essentiel et le solide par le superficiel et l'accessoire. On rencontre dans le recueil certaines lettres qui sont de vrais petits traités sur un point de la vie spirituelle.

La plupart des questions qui touchent à la perfection chrétienne et religieuse y sont exposées ou résumées dans un style simple et noble tout à la fois. Quiconque suivra cette doctrine , dont la substance est tirée de la moelle de l'Évangile et des auteurs les plus approuvés, est assuré de s'unir parfaitement à Dieu , par la destruction de tout amour sensuel et terrestre , et d'élever l'édifice de sa sainteté sur les ruines des passions vaincues. Chacun peut profiter de la lecture de ces lettres spirituelles.

Le sage directeur s'adressait à différentes catégories de personnes, et les avis qu'il leur donnait ne sont pas tellement personnels, qu'ils ne conviennent à tous ceux qui se trouvent dans cette même situation. Ceux-là mêmes qui sont chargés de la direction des consciences trouveront d'excellentes règles pour la conduite spirituelle des âmes.

« Ils apprendront à ne pas jeter dans le trouble et le découragement ceux qui ont eu le malheur de tomber en de grandes fautes, mais à profiter de ces chutes pour les porter à une plus grande sainteté , par une grande confiance en la miséricorde infinie , une humilité profonde, une vigilance plus exacte, une mortification plus austère. Ils verront que, si l'on doit quelquefois ménager certains tempéraments faibles et délicats par rapport aux macérations du

corps, il ne faut jamais permettre aucun partage dans les sentiments du cœur que Dieu demande et qu'il mérite tout entier. Ils comprendront que la vi 'ritable vertu et la sainteté la plus parfaite consistent à remplir entièrement les devoirs de son état dans la vue de plaire à Dieu , et à quitter les dévotions de goût et de choix, quelque saintes qu'elles soient d'ailleurs , dès qu'elles sont incompatibles avec les devoirs essentiels.

« Enfin ils sauront, à l'exemple de ce directeur éclairé, redouter un emploi qui demande tant de perfection dans ceux qui en sont chargés, et à insister particulièrement dans la conduite des religieuses , sur la nécessité d'accomplir exactement ce qui est prescrit dans leurs règles ou ordonné par leurs supérieurs. Elles épargneront ainsi des heures précieuses employées à chercher quelque chose de plus parfait, aux dépens de la régularité monastique et de la solide vertu. »

Il nous reste maintenant à entrer dans quelques détails pour faire connaître ces lettres dont nous venons de donner un aperçu général.

Déjà, dans le cours de ce récit, nous avons eu souvent l'occasion de recourir à ces documents pour retracer les faits ou pour exprimer les sentiments du P. de la Golombière; nous les considérerons ici surtout au point de vue ascétique.

Signalons tout d'abord trois lettres adressées à sa sœur, religieuse à la Visitation de Gondrieu. La pre» mière traite de la manière de se conduire pour être heureux dans la religion, où parmi plusieurs belles

pensées nous remarquons celle-ci : « Une bonne religieuse ne devrait pas avoir plus de peine à obéir à un enlant qu'elle ferait à son fondateur, ou même à la sainte Vierge , si elle prenait visiblement la direction du monastère. » La seconde est sur le contentement intérieur, où il énonce ce principe remarquable : « Toutes les fois que vous ressentirez quelque atteinte de trouble au fond de votre cœur, soyez sûre que c'est quelque passion mal mortifiée qui le cause, ou un fruit de l'amour-propre qui vit encore. » La troisième ' est sur la tiédeur et Y insensibilité de cœur, et il s'exprime avec une force et une énergie bien propres à faire réfléchir les personnes qui se trouveraient dans ce malheureux état. Il ne craint pas de dire à sa sœur : « J'aimerais mieux que vous fussiez morte plutôt que tiède. »

D'autres lettres roulent sur V oraison*, sur Yacceptalion de la mort 3, sur Yesprit de sacrifice *, où on lit ce beau passage : « A cette heure que le monde triomphe, que le péché règne, que Dieu est outragé, qu'il souffre une cruelle passion, la même qu'il endura au jardin des Oliviers , lorsqu'à la vue de nos péchés il sua le sang et l'eau , il faut que ses bons amis prennent part à son deuiî, et qu'ils tâchent de lui rendre toute la gloire que les autres lui ravissent. Imaginez -vous donc, ma chère fille, que vous êtes la victime publique; chargez -vous, pour

1 C'est la quatrième du recueil.

2 Lettre x.

3 Lettre xi.

* Lettre xin.

l'amour de Dieu, de tous les désordres qui se commettent présentement dans tout le monde; et, pour les expier, ne vous contentez pas d'accepter toutes les peines intérieures que vous souffrez , offrez -vous à en sentir encore de plus cruelles. »

Nous trouvons dans la quinzième lettre une excellente règle pour les confessions générales : « Préparez-la, cette confession, sans vous troubler, offrant à Notre-Seigneur la peine et la confusion que vous devez souffrir, et la faisant en partie pour vous procurer cette confusion. Mais gardez -vous bien de vous embarrasser dans nul scrupule. Il faut que ce soit l'amour et non la crainte qui vous porte à faire cette revue. Il ne faut pas que vous prétendiez tout dire ; les choses conside'rablcs se peuvent mettre en détail, et les autres en gros , autrement on n'aurait jamais fini. »

Il y a des choses admirables de vérité pratique dans la dix-neuvième lettre, sur la négligence dans le service de Dieu. Il indique les signes auxquels on peut reconnaître une âme lâche et pusillanime, et en même temps le remède opposé au mal. Il parle ensuite des distractions dans Voraison, et il s'écrie : « 0 la grande illusion , et pourtant qu'elle est commune! de s'imaginer qu'on a peu ou beaucoup de vertu, selon qu'on a peu ou beaucoup de distractions en ses prières! J'ai connu des religieuses qui étaient élevées en un haut degré de contemplation et qui étaient souvent distraites depuis le commencement de l'oraison jusques à la fin. La plupart de ces personnes qui souffrent une si grande peine à avoir de

ces égarements d'esprit, sont des âmes toutes remplies d'amour-propre, qui ne peuvent souffrir la confusion que cela leur fait devant Dieu et devant les hommes , qui ne peuvent supporter l'ennui et la fatigue que leur causent leurs exercices spirituels, qui voudraient être récompensées des mortifications qu'elles pratiquent par des consolations sensibles. »'

Il faudrait tout citer, mais il y a des limites. La vingt et unième lettre renferme l'exhortation la plus persuasive sur l'humilité el la simplicité. C'est là qu'il fait cet aveu bien digne d'attention : « Pour moi, je vous confesse qu'à mesure que je deviens plus raisonnable, plus je trouve ridicule la confiance que je n'ai que trop eue en mon propre esprit ; plus j'acquiers de lumière par l'expérience et par l'étude de moi-même, plus je trouve de facilité à être humble et à pratiquer cette admirable simplicité qui renonce à ses propres vues et à ses intérêts pour obéir à Dieu et aux hommes. Je ne sais si je me trompe; mais, après avoir assez examiné la chose, toute la sagesse me semble renfermée dans ces deux vertus. »

En examinant les lettres écrites aux personnes vivant dans le monde, nous remarquerons ce même sens pratique qui rendait la direction du Père si utile et si précieuse. Il va droit au but sans compliments ni sans phrases. Nul n'a mieux connu les natures féminines qui ont besoin d'être menées avec autorité et douceur.

La lettre quarante- septième contient une sorte de règlement de vie où tout est prévu , et où certaines questions de détail, qui ont aussi leur utilité, re^

çoivent une solution. 11 en est de même de la lettre quarante-neuvième, où il donne des conseils qui conviendraient à plus d'une chrétienne de nos jours. Il insiste sur la modestie des vêtements ; il proscrit une jupe de couleur trop éclatante, certains nœuds formant rosette, les robes de soie, etc. Il ne veut pas qu'on inspire la vanité aux petites filles en les habillant d'une manière mondaine; il recommande la simplicité, etc. •<

Qu'on ne croie pas que ce soit chez lui étroitesse d'idées, ou défaut de connaissance des usages du monde : il était parfaitement instruit de ce qu'exigeaient les bienséances ; mais il tenait plus à l'intérieur qu'à l'extérieur, et il savait aussi qu'il faut détruire tous les aliments dont la vanité se nourrit.

Ce qui prouve la largeur, et l'on pourrait même dire l'indépendance de ses idées , ce sont certaines décisions qui semblent en dehors des voies ordinaires. On sent qu'il suit uniquement l'inspiration de sa conscience en conseillant cette démarche qui paraît contraire à la prudence commune.

Ainsi il engage une demoiselle à entrer de préférence dans « une maison où les choses ne sont pas tout à fait dans l'ordre , afin de contribuer à la rétablir dans la ferveur ». Il y voit la gloire de Dieu intéressée; « et si Jésus-Christ lui faisait l'honneur de la choisir pour rétablir sa maison , lui ramener ses épouses et préparer à beaucoup d'âmes, qui seront reçues plus tard, un asile contre le libertinage

1 Lettres, passim.

et les périls qu'elles courraient dans un monastère déréglé, il l'estimerait fort heureuse. »

En finissant, citons une lettre du Père à la bienheureuse Marguerite- Marie. On verra comme un saint parle à une sainte...

« Ma chère sœur dans le Cœur de Jésus-Christ,

« Je me suis privé jusqu'à aujourd'hui de la consolation que j'aurais eue à vous écrire, parce que j'ai cru que Dieu souhaitait de moi que je lui fisse ce petit sacrifice. Plût à la miséricorde infinie que je fusse fidèle à obéir à toutes ses volontés ! Mais , hélas! je vis d'une étrange manière, et je sens que le regret que j'en ai et la plainte que j'en fais, bien loin de me justifier devant Dieu, me rendent encore plus coupable. Je ne sais ce qui m'empêche de devenir bon et d'avancer dans la voie de Dieu; je crois que le désir que j'en ai n'est pas assez pur. Il s'élève divers désirs en mon âme d'entreprendre plusieurs choses pour expier mes péchés et pour glorifier mon aimable Maître; mais dans l'état où je suis pour ma santé, je crains que ce ne soient des illusions, et que Notre-Seigneur ne me juge pas digne de rien faire pour son amour. Il me semble que rien ne me serait difficile, si je connaissais ce qu'il demande de moi... »

Il parle ensuite de l'état de sa santé, des soins qu'il prend pour la rétablir et où il commet, dit-il, bien des lâchetés; de l'oubli de lui-même, auquel il voudrait parvenir, et qui seul peut lui donner entrée

dans le Cœur de Jésus-Christ. Et il ajoute ces mots : « Demandez pour moi à notre bon Maître que je ne fasse jamais rien contre sa volonté, et qu'en tout le reste il dispose de moi selon son bon plaisir. Remerciez-le, s'il vous plaît, de l'état où il m'a mis. La maladie était pour moi une chose nécessaire, sans cela je ne sais ce que je serais devenu ; je suis persuadé que c'est une des plus grandes miséricordes que Dieu ait exercées sur moi. Si j'en avais bien profité, elle m'aurait sanctifié. »

Voilà qui paraît bien contraire aux idées de la sagesse humaine , et la nature comprend peu un pareil langage, qu'une maladie soit une des plus grandes miséricordes du Seigneur. Il lui parle ensuite de ce qui la concerne ; il la rassure et l'encourage, et il finit ainsi : « Je prie Notre-Seigneur Jésus- Christ qu'il vous unisse de plus en plus à son divin Cœur, qu'il augmente et qu'il purifie en vous le désir qu'il vous a inspiré de sa croix et de ses précieuses abjections. C'est en lui et pour lui seul que je suis tout à vous. »

En terminant cet aperçu sur les lettres du P. de la Colombière, nous n'hésitons pas à lui attribuer ces paroles de l'Apôtre : « En tout ce que je vous ai écrit, Dieu m'est témoin que j'ai dit la vérité. Quœ aulem scribo vobis, ecce coram Deo non mentior. » (Gai., i, 20.) C'est vraiment l'esprit de Dieu qui conduisait sa plume. Voici maintenant le jugement que portait sur les Lettres spirituelles le célèbre Journal de Trévoux (26 avril 1726). On verra que l'opinion n'a pas varié au sujet de ce recueil.

« Ces lettres posthumes sont réelles ; elles furent envoyées, dans le temps, à des personnes effectives (non supposées); et la plupart même furent écrites à la hâte... Quoiqu'elles n'aient point été faites pour être données au public et qu'elles soient comme dérobées à la mémoire de leur auteur, le public n'en sera que plus curieux ; il sera au moins plus porté à faire grâce sur les redites , sur l'air naïf et négligé et sur certaines particularités personnelles.

« On ne laissera pas de trouver dans ce recueil, outre la pureté de langage et de l'expression , en quoi le P. de la Colombière a excellé au témoignage même de M. Patru, une infinité de traits de cet esprit de religion et de zèle dont le fervent auteur fut animé , mille belles maximes de la perfection la plus relevée et en même temps la plus sublime, un grand nombre de pratiques saintes, d'un détachement pur, d'une pauvreté rigoureuse, d'une régularité austère , mais surtout une abondance incroyable de sentiments et d'affections vives et ardentes.

« Ces lettres seront donc très utiles, non seulement dans les communautés et à des religieuses, mais à des séculiers, aux femmes du monde et aux jeunes personnes. Tous y rencontreront des principes sûrs de conduite, des règles de mœurs, des devoirs propres de leurs états, beaucoup de points de conscience décidés, beaucoup de doutes résolus, beaucoup de difficultés éclaircies. »

On reconnaît, au style et à la manière de présenter les choses, un auteur du xvnr9 siècle. Il est loin

d'exagérer le mérite des Lettres spirituelles, et on peut l'en croire lorsqu'il affirme leur utilité. Le P. de la Colombière a donc fait, à son insu, un nouveau don à la postérité.

Ainsi vivait, dans sa cellule du collège de la Trinité, le pieux et doux malade, dont les jours étaient encore utilement remplis , lorsqu'il plut au P. Provincial, à la fin de l'année scolaire 1680, d'essayer si l'air natal pourrait lui être salutaire.

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