DE LA SECONDE EDITION
L'histoire du P. Claude de la Colombière a paru au mois de décembre 1876. Déposée aux pieds du souverain pontife Pie IX, elle a été honorée d'un bref de Sa Sainteté le 5 juin 1878.
Cette première édition , malgré ses imperfections, a été accueillie avec bienveillance, et cet accueil nous fait un devoir de ne rien nésrlieer pour compléter ce premier travail. Des recherches et des renseignements nouveaux nous permettent de rectifier quelques légères inexactitudes et d'ajouter quelques détails.
Un grave érudit nous a reproché d'avoir fait des conjectures et d'avoir profité de la coïncidence des événements dans ce que nous avons dit au sujet de l'enfance et de la jeunesse du P. de la Colombière. En un mot, ce critique aurait voulu que l'on supprimât ces détails et ces développements comme inutiles. Nos lecteurs jugeront si ces observations sont fondées. D'abord si nous nous sommes permis de faire des conjectures, c'est quand la parole d'un auteur ou quelques traditions nous y autorisaient, et alors
nous en avons loyalement averti le lecteur. Voici la note de la page 9 du chapitre premier.
« Avant d'aller plus loin, nous devons prévenir nos lecteurs que dans les quatre premiers chapitres, le récit ne s'appuie pas toujours sur des documents d'une certitude indiscutable. Il a fallu recourir à des traditions locales et particulières qui présentent moins de garantie. Toutefois nous n'avons pas cru devoir négliger ces sources d'informations, qui ont offert quelques détails intéressants. »
Ainsi ces assertions conjecturales qu'on nous reproche et qui ont, d'ailleurs, toute la vraisemblance possible et beaucoup de probabilités, reposent sur quelque chose de sérieux. Nous les avons exposées avec un style coloré et en faisant quelques réflexions. Ces développements déplaisent à notre estimable critique. Mais la plupart des historiens agissent ainsi, et nous ne sommes point embarrassé pour citer des exemples.
Parce qu'on ne s'est pas occupé de donner des détails sur l'enfance et la jeunesse de saint Ignace de Loyola et de saint François Xavier, ce n'est pas un motif pour laisser dans l'ombre les vingt ou trente premières années d'un homme mort à quarante et un ans. Quand à force de recherches on a pu reconstituer tout un passé, faut -il y renoncer parce que personne n'a encore tenté de le faire?
Certes, nous aurions préféré avoir entre les mains, comme ceux qui ont écrit la Vie de la B. Marguerite-Marie, d'amples relations et une histoire déjà faite. Cela eût été plus facile. Ce n'était plus qu'une question de style, où le succès est au plus éloquent.
Quelques personnes auraient désiré voir surtout dans cette vie l'apôtre du sacré Cœur de Jésus, entendre les effusions de son âme méditant sur cet admirable objet de sa foi et de son amour, connaître la manière dont il comprenait cette dévotion. Nous prions ces pieux lecteurs de se rappeler qu'une histoire, si elle veut être complète, embrasse l'existence entière d'un homme. Ce qui regarde le sacré Cœur de Jésus en particulier a été traité largement dans les Vies de la B. Marguerite -Marie, et dans des ouvrages spéciaux; il ne fallait donc pas faire double emploi.
Cependant, pour répondre en partie au désir des pieux fidèles, nous indiquerons la manière dont le P. de la Colombière comprenait cette dévotion.
Le premier éditeur des Œuvres du P. de la Colombière disait dans la préface placée en tête du premier volume: « Un jour peut-être, la vie de cet illustre mort lui donnera un rang considérable dans l'histoire des Jésuites, et ce n'en sera pas l'endroit le moins éclatant. » Ces paroles se sont vérifiées, et la béatification du
serviteur de Dieu leur donnera une réalisation complète.
La cause est maintenant introduite à la sacrée congrégation des Rites, et nous pouvons donner au P. Claude le titre de Vénérable. Espérons que la marche rapide du procès commencé nous permettra bientôt de donner au serviteur de Dieu un titre plus glorieux.
Lyon , le 1er mai 1880,