‹ Histoire de vénérable P. Claude de la Colombière de la Compagnie de JésusChapitre 3 sur 38 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LIEU DE NAISSANCE, FAMILLE ET PREMIERES ANNEES DE CLAUDE DE LA C0L0MB1ÈRE. — LE COLLÈGE DE LA TRINITÉ A LYOX

Puer eram ingeniosus et sorlitus sum animam bonam.

(Sag., vin, 10.)

J'étais un enfant bien doué et j'ai eu en partage une âme bonne.

Parmi les localités qui portent le nom de saint Symphorien, le jeune martyr d'Autun , il en est une, la moins connue peut-être, qui doit fixer un instant notre attention. Elle occupe, il est vrai, une très modeste place dans l'histoire; mais elle a produit au xvne siècle un grand homme dont la mémoire n'est pas seulement illustre, mais encore vénérée.

Saint-Symphorien d'Ozon est un bourg situé entre Lyon et Vienne. Il entretient avec ces deux villes de nombreuses relations industrielles. Son climat doux, son air pur, la fertilité du sol, la fraîche vallée dont

il occupe le centre, les gracieuses collines qui l'environnent, les flots paisibles de l'Ozon, qui coule entre des rives ombragées, tout cet ensemble présente un aspect agréable.

On remarque dans une partie du bourg les ruines d'une enceinte fortifiée dont les fossés sont devenus des promenades ou des voies de communication; et, si vous consultez l'histoire et la tradition, vous apprendrez que Saint-Symphorien était autrefois une petite place forte.

En 1238, le comte Pierre de Savoie était maître de ce petit territoire. Pour mieux assurer sa domination sur un fief enclavé dans les États du Dauphiné , il construisit une enceinte de remparts flanqués de huit tours, et un château qu'on appelait le palais. Saint-Symphorien cessa de faire partie de la Savoie le 25 août 1355'. Plus tard il fut dévasté pendant les guerres religieuses du xvie siècle, surtout en l'année 1567. Le terrible baron des Adrets s'en empara, et ses bandes y séjournèrent pendant trois mois. Entre autres sinistres exploits, les calvinistes fondirent les tuyaux de l'orgue pour en faire des balles et mirent le feu à l'église. Ils furent forcés de se retirer devant les troupes royales commandées par le comte de Maugiron'.

Le bourg s'étendit librement dans la vallée, principalement le long de la grande route de Lyon à Vienne; l'activité industrielle des habitants répara bien vite les désastres de la guerre; ils se montrèrent

1 Guy Allard, Histoire des co7nles de Grcsivaiidan et d'Albon.

2 Voyez note n° 2, à la fin du volume.

plus attaches que jamais aux croyances catholiques: les familles nobles donnaient l'exemple, et l'on peut dire que Saint -Symphorien était un heureux pays où florissaient les bonnes mœurs et la religion.

Vers la fin du xvi° siècle, les archives et les registres de la commune mentionnent plusieurs noms honorables , tels que ceux-ci : de Mélat, de Radiais , du Mas de Charconne, de Beauvoir, de Giraud, de Muzzino, de la Colombière, etc. Arrêtons-nous à ce dernier nom, qui nous intéresse plus particulièrement.

Pierre Colombier de la Colombière exerce alors les fonctions de notaire royal, et il est probable qu'il succède à son père dans cette charge. Comme les archives de la commune ne remontent pas au delà de la fin du xvi° siècle, nous devons demander aux historiens quelques renseignements sur cette famille. Or Guy Allard, le célèbre généalogiste du Dauphiné, nous apprend que les la Colombière étaient nobles, originaires de la Bourgogne, et qu'ils sont venus s'établir en Dauphiné vers 1360. Leurs armoiries portaient d'azur à trois colombes d'argent, becquées et onglées de gueule '.

Dès le commencement du xvie siècle nous trouvons au nombre des chanoines de la cathédrale de Saint- Maurice de Vienne un membre de cette famille. Ce chapitre était noble; pour y entrer, il fallait donc faire preuve de noblesse.

Pierre de la Colombière eut deux fils : Fleury, qui

i Voyez note n° 3, généalogie des la Colombière, à la fin du volume.

t devint chanoine et archidiacre de la cathédrale de Saint-Maurice, et Bertrand, qui lui succéda dans sa charge de notaire royal en 1630. Vers cette même époque il acheta de noble du Mas de Charconne une maison située dans la rue principale du bourg, non loin de celle qu'il habitait. Elle était plus spacieuse et avait un clos assez vaste. Ce fut désormais sa demeure habituelle.

Bertrand de la Colombière, sur la fin de l'année 1633, épousa une jeune et pieuse demoiselle de Vienne, orpheline très riche et nièce d'un de ses amis, honnête Marguerite Coindat*. Six enfants furent les fruits bénis de cette union. Voici leurs noms par ordre de naissance: Humbert, Isabeau, Claude, le plus célèbre de tous, René, Marguerite et Joseph. Tous sont baptisés à Saint-Symphorien*; mais tous n'ont pas leur acte de baptême bien en règle sur les registres. Le curé ou vicaire perpétuel faisant les fonctions de curé, messire Bascon, était un homme d'esprit, comme le prouvent certaines requêtes adressées au parlement de Grenoble pour obtenir qu'on fasse des réparations urgentes à son église; mais il était âgé et infirme, et à cause de cela il ne tenait pas ses registres avec exactitude. Il termine ainsi l'année 1651 : « Il y a eu d'autres enfants baptisés, desquels je n'ai pas tenu registre à cause de mes incommodités. » Chose remarquable! nous ne devons l'acte de baptême de Claude de la Colombière

i Voyez note n° 4 sur la famille de Mme Bertrand de la Colombière.

2 A l'exception de Joseph, qui serait né à Vienne en 1651.

qu'à un heureux retour de mémoire de messire Bascon. Car, entre le 8 avril et le mois d'octobre 1641, se trouve une lacune considérable occasionnée par un accident'. Plus tard, interrogeant ses souvenirs, il se rappelle avoir baptisé quelques enfants de nobles familles , et il cherche à réparer un peu au hasard une omission regrettable. Ainsi, après avoir écrit l'acte de baptême de Nicolas de Reclaine, il ajoute : « Item, Claude, fils du sieur Bertrand Colombier (de la Colombière)2, et de dame Marguerite Coindat, qui avait pour parrain M. le comte (Claude) de Maugiron, et pour marraine la susdite conseillère Puthod. »

Du reste point de date, pas d'autre indication. On voit qu'il a rédigé l'acte de la manière la plus abrégée. Il a mis simplement les noms du parrain et de la marraine , sans parler des témoins qui ont assisté à la cérémonie. Au baptême d'Humbert, l'aîné des enfants de M. Bertrand.de la Colombière, il avait relaté la présence de « nobles Jacques du Mas de

i Voici, comment le curé explique cet accident dans une noie, écrite de sa main : « C'est par la négligence de Jean Archien mon neveu et mon serviteur, que le ch'.n (nommé Partisan) a dévoré le papier sur lequel j'avais écrit les noms de plusieurs enfants des deux sexes qui ont reçu le sacrement de baptême. » Xotanclum est quod incuria Joannis Archien, nepotis et famuli, canis Partisan voravit cartaceam in qua descripseram nomina multorum et multarum qui et quœ acceperunt sacramentum Baptismi.

2 On trouve indifféremment dans les actes de l'époque les noms de Colombier (abréviation populaire et usitée), celui de la Colombière et même les deux réunis, Colombier de la Colombière.

Charconne, châtelain de Saint- Symphorien, Pierre de Mélat et Pierre de Beauvoir. » Il est à présumer que quelques parents ou amis de la famille assistèrent à cette cérémonie. Mais le bon vieillard allait au plus pressé et s'attachait à l'essentiel. Nous savons avec certitude que Claude a été baptisé ; toutefois nous ignorons l'année , le mois et le jour du baptême, qui est probablement aussi celui de la naissance, puisque le parrain et la marraine n'étaient pas éloignés '.

Pour connaître la date de la naissance de Claude de la Colombière , il faut donc recourir à un autre document. Nous l'avons rencontré. Un ancien catalogue de la fin du xvne siècle, renfermant la liste des religieux de la province de Lyon , nous indique le jour, le mois et l'année où est né Claude de la Colombière. Cet enfant de bénédiction serait venu au monde le 2 février 1641, le jour de la fête de la Purification de la bienheureuse vierge Marie2.

Ainsi dans cet anniversaire où le Fils de Dieu , revêtu de notre humanité, s'offrait comme victime à son Père au temple de Jérusalem , on présentait au Seigneur l'âme d'un petit enfant purifié par l'eau baptismale; et sans doute la Vierge Immaculée, répondant aux vœux d'une pieuse mère qui consacrait à Dieu son fils, abaissa un regard de bonté maternelle sur ce nouveau-né et lui obtint la faveur d'une bénédiction particulière.

Le parrain et la marraine de l'enfant étaient dignes

i Voyez note n° 5 sur la date du baptême.

2 Voyez Nobiliaire des dauphins, par Guy Allard.

de cet honneur. Celui qui lui donna son nom est Claude de Maugiron, comte de Montléans, mestre do camp de cavalerie, gouverneur devienne, qui servit glorieusement son pays '.

M. de Maugiron possédait à Saint-Symphorien la maison forte de la Roche avec de vastes domaines, et il y venait souvent. Des relations d'amitié s'étaient établies entre lui et M. de la Golombière, qui d'ailleurs entretenait de nombreux rapports avec la noblesse. C'est dans cette circonstance que le noble comte accepta le parrainage de Claude de la Colombière.

La marraine n'était pas moins illustre. Ce fut noble demoiselle Anne Coste, fille de François Coste, comte de Charmes, maître des comptes, et femme de noble Jacques Puthod, conseiller du roi au parlement de Grenoble. Une ancienne amitié unissait les deux familles des Puthod et des la Colombière, et l'on y trouvait également le mérite , l'honneur et la religion2. La conseillère Puthod était aussi recommandable par ses vertus que par sa noblesse. Les écrits du temps ne parlent d'elle qu'avec respect. Elle était digne d'être la marraine d'un saint.

1 11 devint lieutenant général en 1651, et fut envoyé auprès du duc de Lorraine pour traiter plusieurs affaires. Il mourut en voyage vers 1660 et fut enterré à Dijon. (Voir Rochas, Biographie des hommes célèbres du Dauphinc. )

2 La maison paternelle des Puthod, à Saint-Symphorien, se trouvait, d'après un ancien parcellaire, très rapprochée de celle des la Colombière. 11 y avait dans la chapelle de Sainte-Claire, à Grenoble, deux monuments funéraires avec épilaphe élevés à la mémoire d'Antoine de Puthod et de Pierre- Antoine de Puthod.

Ainsi rien de plus honorable que la situation de Bertrand de la Colombière. Il était vraiment un homme considérable par ses relations, sa fortune, son caractère personnel et sa capacité pour les affaires.

Mais à raison même de ses nombreuses occupations il avait peu de temps à consacrer à l'éducation de ses enfants. Ce fut Mmo de la Colombière qui dut remplir dans toute sa plénitude ce doux office , cher au cœur d'une mère chrétienne.

Elle eut donc la plus grande part à la formation de Claude, au développement de cette jeune âme dont 1" Esprit-Saint venait de prendre possession par le baptême. Elle nourrit d'abord son enfant de son lait pour être entièrement sa mère, et souvent, agenouillée au pied de son berceau, elle pria pour lui ce Sauveur aimable qui a voulu se laisser bercer tout petit enfant sur les genoux d'une vierge.

Mme de la Colombière unissait à la gravité des mœurs une modestie aisée et gracieuse, à beaucoup de douceur la force de caractère, aux ferveurs d'une àme pieuse les tendres sollicitudes de l'amour maternel. Elle préférait aux l'êtes et aux sociétés mondaines cet intérieur de la famille, si doux, si plein de charmes pour les âmes sérieuses et aimantes. On peut dire qu'elle embellissait par sa présence et sanctifiait par ses vertus ce sanctuaire béni de la famille1.

Claude était le portrait vivant de sa mère. Il avait, son air gracieux et aussi ses goûts. A peine son âme

Souvenir» transmis par la tradition.

s'ouvrait-elle aux lueurs de la raison, que sa mère se hâta d'en profiter pour lui enseigner les vérités élémentaires de la religion.

Les premiers mots qu'elle lui apprit à balbutier furent ceux de Jésus et de Marie, ces deux noms plus aimables encore quand ils sont prononcés par des lèvres innocentes. Elle lui enseigna ensuite les simples et belles formules de la prière catholique, et, comme l'enfant avait une intelligence précoce, elle sut l'intéresser par le récit des principaux mystères du Christianisme. « L'Évangile a des teintes adoucies , des aspects sympathiques pour les petits enfants , comme il a d'immenses horizons et des flots de lumière pour les plus grands génies. »

Claude aspirait avec bonheur cet air pur et viviliant de la vérité. Son àme se développait sous l'influence des enseignements maternels. L'ange du Seigneur veillait avec amour sur cet enfant confié à sa garde, et Dieu versait chaque jour quelques gouttes de cette rosée et de ce parfum du ciel qu'on appelle la grâce.

On voyait poindre, comme les premières lueurs d'une belle aurore, les qualités d'un heureux naturel. Ses parents étaient charmés de sa soumission respectueuse, du désir qu'il témoignait de s'instruire, de son caractère naturellement sérieux et de sa piété naissante1. A l'église il était tranquille et recueilli.

1 Avant d'aller plus loin nous devons prévenir le lecteur que dans les quatre premiers chapitres le récit ne s'appuie pas toujours sur des documents d'une certitude irrécusable. 11 a fallu recourir à dos traditions locales ou particulières qui présentent moins de garantie. Toutefois nous n'avons pas cru devoir né*

L'autel, les statues, les tableaux, les cérémonies attiraient son attention 1.

A l'âge de huit ans il avait acquis assez d'instruction élémentaire pour commencer des études de grammaire et d'histoire. Son père, homme lettré et instruit, ayant renoncé au notariat en 1650 % put dès lors consacrer quelques heures à l'instruction de ses enfants 3.

M. Bertrand de la Colombière voulait que ses fils

gliger ces sources d'informations, qui ont offert quelques détails intéressants.

1 L'église de Saint- Symphorien à cette époque ne possédait pas cette belle statue, ce marbre idéal, qui représente le jeune martyr patron de la paroisse dans la joie du triomphe, ni cette toile où l'artiste Thomas Blanchet, peintre du roi, a reproduit la scène émouvante du martyre. La statue, œuvre de M. Fabisch, aujourd'hui directeur de l'école des Beaux-Arts à Lyon, est un don récent, et le tableau porte la date de l'année 1677. Mais si, selon la tradition locale et un usage général, l'église possédait une image quelconque de son glorieux patron ou la scène du martyre, remplacée plus tard par une meilleure peinture, elle a d*i être l'occasion d'une grande leçon pour l'enfant.

2 11 fut alors nommé conseiller du roi en l'Election de Vienne.

3 Pour donner une idée complète de l'éducation domestique que reçut le jeune Claude, nous devons rappeler l'influence qu'avaient alors certains ouvrages renommés. Sans parler du livre d'Honoré d'Urfé qui faisait alors les délices de la société polie et lettrée, M. de la Colombière ne put ignorer les écrits récents d'un auteur qui portait le même nom que lui.

La Science héroïque, le Vrai Théâtre d'honneur et de chevalerie ou le Miroir héroïque de la noblesse, par Marc-Vulton de la Colombière, avaient alors un grand succès. Ils répandaient dans les classes élevées cet amour de l'estime et de la gloire que méritent le courage et la vertu. Ces deux ouvrages de Marc- Vulton de la Colombière sont les plus connus. L'auteur appartenait à une famille d'origine écossaise établie en France et pro-

fussent de véritables gentilshommes. Peut-être même

son ambition personnelle aspirait à les voir succéder aux emplois qu'avaient remplis les la Colombière de la branche aînée, alors éteinte; l'exemple de deux de ses oncles du côté de sa femme1, devenus conseillers du roi au parlement de Grenoble, lui faisait désirer qu'au moins l'un de ses fils fût honoré de fonctions semblables2.

En attendant, il ne négligeait rien pour les former à la politesse et aux manières de la bonne société, pour développer en eux les généreux sentiments du cœur qui font le vrai noble. Claude entendit souvent son père lui répéter ce que saint Louis , roi de France, disait à Philippe le Hardi, son fils : « Aime ton honneur; » et plus tard il affirmait qu'il avait appris de bonne heure « la science des bienséances mondaines, les traditions d'honneur et la manière de traiter avec les hommes ».

Quelque désireux que nous soyons de passer rapidement sur les faits de cette époque , nous ne pouvons omettre certains détails qui indiquent le milieu dans lequel a vécu Claude de la Colombière et en môme temps l'éducation qu'il a reçue.

testante. Aucun lien de parenté n'existait entre cette famille et celle des Colombier de la Colombière.

1 Ces deux oncles maternels étaient Humbert Pouze et Benoît Pouzc.

2 Les la Colombière de la branche de Saint - Symphorien avaient un peu dérogé en exerçant la charge de notaire, et on comprend que Bertrand de la Colombière voulût que ses fils reprissent dans la société le rang qui leur appartenait par la naissance. Les lois sur la dérogeance ont été en vigueur jusqu'en 1780.

En 1651 , six enfants partageaient les soins d'un père sincèrement religieux et d'une mère dévouée. Dieu voulut cueillir dans ce jardin deux petites fleurs à peine écloses: Isabeau et René moururent en bas âge. Les quatre survivants ne donnèrent que de la joie à leurs parents. « L'adolescent, selon la parole inspirée, suivra la voie qu'on lui aura enseignée, et jusque dans la vieillesse il ne s'en écartera pas. » Prov. xxiv.)

Claude, cet enfant prévenu des bénédictions du Ciel, croissait en âge et en sagesse. Le regard attentif de ses parents découvrait en lui des dispositions qui le charmaient. On pensait dès lors à le mettre au collège.

Depuis bien des années il existait à Lyon un établissement célèbre appelé le collège de la Trinité1, où les jésuites recevaient, en qualité de pensionnaires, un certain nombre d'enfants appartenant aux meilleures familles du pays. Claude fut admis dans ce collège. Il dut quitter la maison paternelle, mais pour entrer dans une autre famille où, avec l'affection et les soins de ses maîtres, il trouverait une large culture intellectuelle et morale, l'émulation qui stimule les facultés, et ces habitudes viriles qui contribuent à former le caractère.

Il y avait au collège de la Trinité , ou plutùt dans ce pensionnat, une réunion d'enfants appartenant à l'élite de la société. Les plus jeunes, semblables à ces petits oiseaux qui viennent de quitter l'aile maternelle, avaient tous les charmes de la candeur.

1 Voyez note n° 6.

I ilaude n'était pas le moins aimable. Bientôt il se fit remarquer par son intelligence et ses saillies spirituelles, et par son ardente émulation.

Le seul événement digne d'intérêt pendant son séjour au collège fut sa première communion. Garnir, dont l'inclination naturelle était d'exceller en tout, apporta dans cette circonstance la meilleure volonté. Plein de foi et de piété, il s'approcha de Fautelavec un recueillement angélique, et sans doute l'aimable Sauveur prit avec joie possession d'un cœur qui devait être un jour le sanctuaire d'un parfait et héroïque amour.

Tout entier à l'étude , Claude travaillait avec ardeur et méritait constamment les premières placer Toutefois, comme la crainte de Dieu dominait dans son cœur, les pensées de la foi devinrent un antidote contre le poison de l'amour-propre. Il était membre de la congréation érigée en l'honneur de Marie Immaculée , et l'influence bénie de la Vierge si humble et si pure lui révélait le prix de ces deux vertus. Pour plaire à sa mère du ciel, il cultivait avec soin le lis de- la pureté , et il s'efforçait d'embaumer son âme du doux parfum de l'humilité <.

Claude eut pour professeur de rhétorique le P. Claude- François Menestrier, né à Lyon, un des auteurs les plus célèbres que cette ville eût produits depuis plusieurs siècles2. Jeune encore, il conquit bien vite la célébrité.

i Souvenirs traditionnels.

2 C'est ainsi que s'exprime le P. de Colonia. (Histoire littéraire de Lyon, t. II.) Le P. Menestrier est regardé comme le

« En l'année 1658, dit le P. de Colonia, le P.Menestrier eut l'occasion de faire admirer les ressources de son esprit. Louis XIV vint à Lyon le 23 novembre, et y reçut la visite du duc de Savoie, de sa tante Christine de France , mère du duc , et de la princesse Marguerite, sa fille. Le roi devait honorer de sa présence le collège des jésuites; le professeur de rhétorique fut chargé de préparer une séance littéraire 1 .

Nous avons vu la liste des élèves qui parurent dans ce drame. C'est un élève nommé de Damas de Digoin qui fait le compliment au roi. Le jeune de la Colombière, à cause du rang qu'il occupait dans sa classe, de sa distinction naturelle, de son aisance à parler en public, aurait eu sans doute l'honneur de

fondateur de la bibliothèque du collège de la Trinité, devenue plus tard celle de la ville de Lyon. C'est pour honorer sa mémoire qu'on a placé au fond de la belle et immense salle son portrait en pied. 11 semble que le savant religieux préside encore à la conservation de ces monuments du génie humain.

1 11 composa une sorte de drame dont le sujet était : L'Ancien Autel d'Auguste consacré à Louis -Auguste. On sait que les peuples de la Gaule avaient élevé à Lyon un temple en l'honneur d'Auguste vers le lieu où a été bâtie l'église de Saint- Martin-d'Annay. Ce drame renfermait une flatterie un peu forte; et quand on pense qu'une pareille adulation s'adressait à un roi de vingt ans, on est tenté de blâmer cette louange excessive. Mais cet éloge exagéré était dans le goût du temps : personne ne le trouva mauvais. Le P. Menestrier parlant de cette scène littéraire dit avec simplicité: « On fit des récits en douze langues, et toute la cour y assista avec satisfaction. » (Eloge historique de la ville de Lyon, année 1658.) De son côté, le P. de Colonia écrit : « La pièce de théâtre que le P. Menestrier fit représenter devant le roi, le 12 décembre 1658, eût un grand succès. » (Histoire littéraire de Lyon, t. IL)

figurer dans cette solennité littéraire; mais il n'était plus en rhétorique; il suivait alors le cours de philosophie.

Des choses plus sérieuses occupaient d'ailleurs sa pensée. Il avait songé à la carrière qu'il devait embrasser. Il espérait à la fin de sa rhétorique suivre son attrait. Mais son père ayant exigé qu'il fit sa philosophie avant de prendre une détermination, il dut obéir.

Ainsi, quand il quitta le collège, après avoir achevé glorieusement le cours de ses études, il possédait non seulement une instruction solide, mais encore le goût de la vertu , l'amour du souverain bien qui fait trouver les choses de la terre insuffisantes, l'énergie chrétienne qui ne recule pas devant la violence contre soi-même, une vigilance attentive qui lui faisait fuir jusqu'à l'ombre du mal. Devançant les années, il unissait la maturité d'un vieillard à la candeur d'un enfant, et, encore dans la saison des fleurs, il donnait les fruits de la vertu. Heureux celui qui a porté le joug aimable du Seigneur dès ses premières années !

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