GS
Morialur anima mea morte jnslorum.
(INum., xxm, 10.)
Que je meure de la mort des justes.
Les Supérieurs consentirent volontiers à ce que le P. de la Colombière demeurât à Paray. Le saint religieux remercia son frère du touchant intérêt qu'il lui avait témoigné , et lui fit comprendre que Dieu désirait le voir terminer sa vie en ce lieu. M. Humbert avait trop de foi et de piété pour ne pas se soumettre à une détermination qui était l'expression de la volonté divine. Il dit adieu à son frère avec le pressentiment qu'il ne le reverrait plus en ce monde , quoiqu'il eût fait promettre au supérieur de l'avertir promptement, si l'événement redouté arrivait. Pour le Père, une seule chose l'occupait; il songeait à se préparer avec plus de soin au dernier
passage. Il n'avait pas à craindre la mort, ayant vécu toujours en véritable religieux, c'est-à-dire en homme crucifié au monde et à lui-même.
Qu'avait-il à redouter? On ne ressent pas deux fois les douleurs du trépas ; et sa vie avait été une mort prolongée. Son âme avait vécu dans une union étroite avec Dieu, elle avait été la maîtresse du corps qu'elle animait, elle allait quitter sa prison mortelle. 11 saluait avec joie l'heure de sa délivrance.
Quelques jours après le départ de M. Humbert de la Golombière, une rechute vint aggraver l'état du malade. Il fut pris d'un nouveau crachement de sang qui épuisa bien vite le peu de forces qui lui restaient.
Pénétrons par la pensée dans la chambre que le malade occupe. C'est une vraie cellule de religieux : la simplicité et la pauvreté en sont tous les ornements'. Le Père est étendu sur une couche austère ou bien placé dans un modeste fauteuil. Il se prête avec une docilité d'enfant aux soins que le frère infirmier lui prodigue. C'est un point de la règle d'obéir pendant la maladie aux ordres du médecin et de l'infirmier ; le Père n'a garde d'y manquer ; il est si heureux d'accomplir l'obéissance qu'il a doublement promise à Dieu. Un jésuite doit obéir jusqu'à son dernier soupir, et il doit dire comme le bienheureux Pierre Lefèvre : « Il n'est pas néces-
1 La maison des jésuites existe; elle appartient à la noble famille de B***. De grands changements ont été laits, et l'on ne sait plus quelle chambre habitait le P. de la Colombière. La chapelle seule est à peu près ce qu'elle était autrefois.
saire de vivre, niais il est nécessaire d'obéir. » Une douceur aimable, qui n'abandonna jamais le cher malade, lui faisait accueillir gracieusement les soins et les attentions dont il était l'objet. Il trouvait alors quelques mots du cœur pour remercier ses frères de leur tendre sollicitude pour lui. 11 s'excusait avec un profond sentiment d'humilité et de reconnaissance auprès du P. Supérieur de la peine et de l'embarras qu'il lui causait. Il souriait au bon docteur Billet, son ami dévoué, qui venait le visiter souvent et qui ne cachait pas ses appréhensions. On n'a pas à dissimuler l'approche de la mort quand le malade est un saint. '
Parmi les rares visiteurs qu'on laisse approcher du malade, et qui venaient s'édifier au spectacle du juste mourant, un des plus assidus est le vénérable curé de Paray. Il a eu souvent l'occasion d'apprécier les vertus du saint religieux , cet ami véritable qui l'encourageait par ses affectueuses paroles à se dévouer, malgré les peines et les fatigues, pour le peuple confié à sa sollicitude pastorale.
Quelques membres de la Congrégation furent aussi admis à voir leur Père : ils considéraient, avec une émotion pleine de tristesse, cette pâle et noble figure, dont la souffrance avait altéré les traits ; mais elle avait encore une expression de calme et de sérénité qui inspirait un sentiment de pieux respect. On y lisait le recueillement d'une âme habituellement unie à Dieu. Ses lèvres murmuraient quelques courtes prières, mais le plus souvent son cœur était en adoration devant Dieu.
Depuis longtemps il avait médité sur l'état où la mort nous réduit à l'égard des choses créées, et il s'était fortifié dans un détachement complet et universel, afin de n'avoir pas à redouter ces brisements douloureux causés par la suprême séparation. Quelle consolation pour lui, à ses derniers moments, d'avoir vécu comme un homme qui supporte avec patience l'existence, afin de mourir avec délices: Patienter vivit et delectabiliter moritur. ( S. Aug.)
Toute sa vie, et surtout depuis sa grande retraite, il avait eu d'admirables sentiments de confiance en Dieu. Il s'était dit qu'avant de mourir il ferait comme un monceau de tous ses péchés qui se présenteraient à son esprit, connus ou inconnus, et qu'il les jetterait aux pieds de Notre- Seigneur pour être consumés par le feu de son amour miséricordieux. « Plus le nombre en sera grand, disait-il, plus ils me paraîtront énormes , d'autant plus volontiers les lui offrirai-je à consumer ; car ce que je lui demanderai sera d'autant plus digne de son éternelle miséricorde. Je ne saurais rien faire alors de plus raisonnable ni de plus glorieux à Dieu , et dans l'idée que j'ai conçue de sa bonté je n'aurai pas de peine à me déterminer à cela, parce que je m'y sens porté de toute mon âme 1 . »
Plus d'un lecteur, en voyant cette expression sublime d'une confiance sans bornes, si digne de notre Dieu qui est bonté et amour, se rappellera ce passage de l'Écriture, où David, le saint roi pénitent, qui
1 Retraite spirituelle*
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a chanté les éternelles miséricordes, s'écrie dans un magnifique élan de confiance : « Seigneur, vous me pardonnerez mes péchés , parce qu'ils sont grands et nombreux. Propiliaberis peccalo, multum est enim. » (Ps. xxiv.)
Sans doute, nous disons avec le prophète de l'Idumée : Nul homme placé en face de Dieu ne sera trouvé exempt de reproche * ; nulle créature mortelle n'est assez pure pour comparaître sans crainte devant la Sainteté infinie; et les visions du passé, se mêlant à celles de l'avenir qui va se dévoiler, ont effrayé plus d'un juste mourant. La confiance est une grâce que Dieu accorde à quelques âmes.
Le P. de la Colombière avait obtenu cette faveur, et il saluait d'un regard plein d'espérance cette terre de la patrie où le Seigneur l'appelait. D'ailleurs, les pages de sa vie ne contenaient aucune cause d'inquiétude sérieuse : la charité chasse la crainte.
Sa jeunesse s'était écoulée dans l'innocence; pendant sa vie religieuse, il n'avait eu d'autre souci, d'autre préoccupation que celle de purifier son âme et d'acquérir la perfection : il s'était dévoué avec un entier abandon aux travaux de l'apostolat; il s'était offert au martyre, et, s'il n'avait pu verser son sang, il avait confessé la foi dans les liens de la captivité. Il allait mourir avant le temps, comme saint François Xavier et saint François Régis, épuisé de fatigues et de mortifications, consumé par un
1 Scio quod non justificelur homo compositus Deo. (Job,
ix, 2.)
long martyre de souffrances, et il acceptait cette destruction de lui-même avec un héroïque amour. N'avait-il pas dit autrefois : « La santé et la vie me sont pour le moins indifférentes; mais la maladie ou la mort, lorsqu'elles m'arriveront pour avoir travaillé au salut des âmes, me seront très agréables et très précieuses ! » Nous avons ainsi le secret de cette paix inaltérable qui remplissait le cœur du religieux mourant.
L'heure de la délivrance était venue. La fièvre reprit plus intense; l'épuisement fit place à de vives douleurs, supportées avec une invincible patience et sans faire entendre la moindre plainte. Son âme restait unie à Dieu, et il regardait son crucifix. Les paroles de foi et de piété qu'on lui adressait paraissaient lui causer un vif plaisir, comme si elles répondaient à ses propres sentiments. Il prenait son chapelet dans ses mains, et, ne pouvant plus prononcer les paroles, il s'unissait d'intention à celui qui le récitait.
Il conserva jusqu'à la fin la lucidité de son intelligence; il put remercier, plus par l'expression de sa figure que par des paroles, ceux qui l'avaient entouré de leurs soins, de leur affection et de leur dévouement pendant sa maladie ; et, en véritable religieux, il demanda pardon à ses frères de la mauvaise édification qu'il leur avait donnée pendant sa vie , et se recommanda aux prières de la communauté.
Il reçut les derniers sacrements avec une angélique piété; puis, tout absorbé dans l'amour de ce Sauveur' aimable qui l'avait chargé de manifester
les richesses miséricordieuses de son Cœur sacré, « il expira doucement et suavement sur le Cœur de son divin Maître, » goûtant à cette heure suprême la vérité de ces paroles écrites au journal de sa Retraite spirituelle : « Il n'y a que ceux qui ont été à Dieu sans réserve qui doivent s'attendre à mourir avec douceur. »
Ainsi mourut, à sept heures du soir, le 15 février 1682, dans la quarante et unième année de son âge, après vingt-deux ans de religion, un des hommes les plus éminents de la Compagnie de Jésus. Il ne lui a manqué que de vivre plus longtemps pour acquérir cette illustration que le monde ne refuse pas aux talents supérieurs; mais il possédait du moins cette gloire meilleure que Dieu accorde aux âmes saintes et héroïques.
MUo de Bisefrand, dont la piété filiale était pleine de sollicitude pour tout ce qui concernait le P. de la Golombière, fut une des premières à connaître sa mort. Elle en fît aussitôt prévenir la bienheureuse Marguerite-Marie, qui répondit d'un ton fort triste : « Priez et faites prier pour lui. » frétait à cinq heures du matin qu'elle apprit cette nouvelle, et, à dix heures, elle écrivit à Mllc de Bisefrand le billet suivant : « Cessez de vous affliger; invoquez -le, ne craignez rien ; il est plus puissant pour vous secourir que jamais '. »
Et comme la supérieure s'étonnait que la sœur Marguerite-Marie ne lui demandât pas la permission de faire pour lui, comme pour d'autres défunts,
1 Contemporaines.
des prières et des pénitences extraordinaires : i Ma chère mère, répondit-elle d'un air doux et content, il n'en a pas besoin ; il est en état de prier pour nous, étant bien placé dans le ciel par la bonté et la miséricorde du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Seulement , pour satisfaire à quelques négligences qui lui étaient restées dans l'exercice du divin amour, son âme a été privée de voir Dieu, dès la sortie de son corps, jusqu'au moment qu'il fut déposé dans le tombeau. »
La mère Greyfîé, qui rapporte ce fait, parlant de l'impression causée par la mort du P. de la Colombière sur la sœur Marguerite-Marie, ajoute ces mots : « Ce fut pour elle une perte bien sensible ; cette chère sœur perdait en lui le meilleur ami qu'elle eût au monde. Cependant elle ne se troubla ni ne s'inquiéta nullement, parce qu'elle aimait ses amis pour la gloire de Dieu et pour leur avancement propre, en son divin amour et non pour son intérêt... Je ne le lui ai jamais vu regretter, mais ouï bien souvent se réjouir de son bonheur éternel, auquel elle prenait part en rendant grâces au sacré Cœur de Jésus -Christ, de toutes celles qu'il avait faites à ce disrne religieux en sa vie et en sa mort '. »
Le P. de la Colombière mourant avait éprouvé la vérité de ces paroles de la bienheureuse Marguerite- Marie : « Il est doux de mourir après avoir eu une constante dévotion au Cœur de Celui qui doit nous juger. » Il jouissait de la béatitude dans la patrie du ciel. 11 était bien placé, avait dit la Bienheureuse,
1 Conlemporain'S.
et elle se réjouissait de son bonheur éternel ; elle le voyait plus puissant que jamais pour secourir ceux qui l'invoqueraient. Quoique l'âme du Père eût été privée, pendant quelques heures, de la vision de Dieu, elle n'en était pas moins placée bien haut dans le séjour de la gloire. Ce court passage dans le purgatoire s'explique par le généreux renoncement que le serviteur de Dieu avait fait de tout mérite satisfactoireen faveur des âmes souffrantes, et cédé même à d'autres les suffrages qu'on ferait pour lui après sa mort. Mais cette attente momentanée à la porte du ciel, sans autre peine que celle de ne pas contempler l'éternelle et divine beauté, ne diminue en rien ni l'étendue de ses mérites ni la grandeur de sa récompense.
Semblable à un soldat qui, après avoir noblement fait son devoir, ne perd rien de ses droits à une glorieuse récompense pour attendre un peu avant de la recevoir, l'âme du P. de la Colombière n'avait rien perdu de ses droits acquis par d'innombrables mérites. Nous comprenons d'ailleurs que des âmes, même après une longue purification dans les flammes expiatrices, puissent posséder un jour plus de béatitude, plus de puissance et plus de gloire que d'autres âmes, entrées dans le ciel aussitôt après la sortie de leur corps. L'âme d'un petit enfant, mort après le baptême, est reçue aussitôt dans le ciel; mais elle possède très peu de mérites et, par conséquent, n'a pas droit à une grande récompense.
La fin prématurée du P. de la Colombière excita des regrets universels; Paray le pleura comme son
apôtre; les familles religieuses perdaient en lui un directeur éclairé et bienveillant ; les pauvres regrettaient leur bienfaiteur; le peuple, celui qu'il vénérait comme un saint. Toute la ville vint, pour ainsi dire, s'agenouiller auprès de son corps exposé dans la chapelle. On se pressait pour faire toucher des objets de piété ; on ne se lassait pas de regarder cette figure qui, toute défaite qu'elle fût par la mort, paraissait radieuse d'une lumière céleste. Les magistrats de la ville se réunirent et prirent une délibération pour élever, aux frais du trésor public, un monument où seraient déposés les restes de ce saint prêtre. Mais les religieux de la Compagnie de Jésus ne voulurent pas se séparer de celui que Dieu leur avait donné pour être leur modèle et un puissant protecteur.
Ils ne purent toutefois empêcher le concours spontané de tous les ordres et de tous les rangs de la population. Les funérailles avaient l'air d'un triomphe. C'était moins la dépouille mortelle d'un pauvre religieux que l'on portait à sa dernière demeure, que les restes sacrés d'un bienheureux auxquels on rendait des honneurs publics. Quels que fussent les regrets du peuple en perdant cet homme, objet de sa vénération, un sentiment de joie se faisait jour dans tous les cœurs. Chacun était heureux au milieu de ce deuil , par la pensée du bonheur de cette âme immortelle, et par l'espérance d'avoir dans le ciel un intercesseur.
Ces témoignages unanimes d'attachement et de respect donnés par toute la population adoucirent
beaucoup la douleur de M. Humbert de la Colombière. Il était venu trop tard pour dire adieu à son frère. Il assista du moins à la pompe funèbre, et il recueillit précieusement quelques objets qui avaient été à l'usage du cher défunt 1.
Le corps du P. de la Colombière ne fut pas mis dans une sépulture commune : enterré à part, il fut cinq ou six ans après exhumé et transporté dans la nouvelle chapelle des jésuites s.
« On pourrait être étonné qu'on ait pu ainsi exhumer un corps enseveli depuis quelques années. Mais le mode d'inhumation alors en usage pouvait le permettre sans inconvénient. La chaux vive, répandue en quantité considérable sur le corps avant de fermer le cercueil , consumait les chairs et ne laissait au bout de peu de temps que les seuls ossements. On usa de ce procédé à l'égard du serviteur de Dieu, ainsi que l'attestent les traces de chaux qui se remarquent sur son chef et sur quelques parties de ses ossements 3. »
1 Ces objets transportés dans la maison de Saint -Symphorien étaient quelques instruments de pénitence, une discipline en fer et une chaîne de fer, hérissée de pointes; un double reliquaire, le cachet dont il se servait en Angleterre. Ils furent conservés précieusement par les petits -neveux du Père, et les nouveaux possesseurs de l'hôtel les gardèrent comme des souvenirs religieux.
2 11 n'y a pas longtemps qu'on voyait encore le caveau de la chapelle primitive, où les restes du P. de la Colombière avaient été déposés, et qui servait de sépulture pour les religieux défunts. La nouvelle chapelle reçut la caisse conttuant les ossements.
3 Contemporaines , t. II, p. 166.
Ici nous devons mentionner un fait prodigieux attesté par le docteur Billet, dans une lettre au P. Beau, de la Compagnie de Jésus, alors au collège de Vienne.
Paray, ce 26 mars 1715.
« Mon Révérend Père, Mmo de la Garde, supérieure du monastère de la Visitation de cette ville , m'a lu aujourd'hui une de vos lettres par laquelle je suis invité, de votre part, à vous marquer ce que j'ai observé dans les reliques du bienheureux P. de la Colombière.
« Il est vrai que son corps entier ayant resté plus d'un mois en terre, le R. P. de Langeron l'en fit retirer, pour transporter les os dans le caveau de votre nouvelle église. Ce qui ne se fit pas sans la séparation de toutes les chairs, et les os furent mis dans un coffret. Comme je me trouvais absent de cette ville dans tous lesdits temps et de la mort et de la translation, je priai le R. P. Froment de m'en faire voir les reliques. Je maniai le crâne de cet homme de Dieu. J'y passai mon doigt dans le grand trou, j'y touchai la substance du cerveau, qui n'était
pas (illisible) ni corrompue, après plus de deux
mois ; et mon doigt en sortit parfumé d'une odeur très suave et comme ambrée. Voilà la gloire que j'en puis donner à Dieu , et à vous , et à tous qu'il appartiendra. J'ai encore ouï lire, par la susdite dame de la Garde, votre rapport de la bienheureuse sœur Alacoque. Et vous ne pouvez rien écrire que
ce soit toujours du P. Beau, dont je suis respectueusement
« Très humble et très obéissant serviteur,
« Billet'. »
Cette lettre nous apprend d'abord un fait prodigieux, cette conservation de la substance cérébrale et cette odeur suave qu'elle exhalait. Ensuite elle nous montre l'estime que les contemporains avaient du P. de la Colombière, puisqu'ils n'hésitent pas à l'appeler bienheureux, à entourer ses reliques d'hommages et de vénération; enfin nous voyons que l'on s'occupait de recueillir les dépositions qui pouvaient servir à la béatification du serviteur de Dieu.
Ce fut dans cette translation , comme nous le voyons par une lettre de la bienheureuse Marguerite-Marie, que l'on distribua plusieurs reliques*. Elle écrit à la mère de Saumaise : « Je me fais un plaisir de celui que vous- aurez des reliques de notre saint P. de la Colombière, le corps duquel les Piévérends Pères jésuites ont fait transporter dans leur nouvelle église. L'on nous a fait présent d'un petit
1 L'autographe est aux archives de la maison, rue Lhomond, 18, à Paris.
2 11 paraît qu'on a distribué beaucoup de reliques, soit au moment de cette première inhumation, soit dans les années qui s'écoulèrent depuis; car on a pu constater, dans la vérification qui en fut faite le 3 juillet 1865, l'absence de tous les petits os, de toutes les côtes et de plusieurs vertèbres*. Quoi qu'il en soit, le corps peut être considéré comme entier.
* Voir aux pièces justificatives le procès-verbal de la vérification faits le 3 juillet 1865, à Paray, par Mgr Bouange, vicaire général.
os de ses côtes et de la ceinture, mais en grand secret. Je veux bien partager avec vous, sachant que vous en ferez l'état qui convient par rapport à l'estime que vous avez pour ce grand serviteur de Dieu '. »
Le saint dépôt demeura entre les mains fraternelles jusqu'aux mauvais jours, où les membres de la Compagnie de Jésus durent se disperser et abandonner leurs demeures. Alors, avant de quitter cette maison, sanctifiée par le souvenir et les ossements du serviteur de Dieu , cette ville du sacré Cœur, où la Compagnie de Jésus avait reçu une mission particulière, bien chère à sa piété, le dernier supérieur s'agenouilla devant la châsse, la baisa respectueusement et la fit baiser aux membres de la communauté; puis, avec un serrement de cœur inexprimable , il la fit porter en secret au monastère de la Visitation. Les religieuses, prévenues d'avance, accueillirent avec une sorte de piété filiale les ossements du Père, et les placèrent dans le caveau mortuaire à côté de ceux de la sœur Marguerite-Marie.
Ce sont les filles de la Visitation qui conservèrent religieusement ce dépôt sacré. Ce sont elles qui , dans les jours néfastes, lorsque la tempête révolutionnaire les chassa de leur asile, confièrent ces ossements à des mains fidèles. La Compagnie de Jésus n'oubliera jamais ce service rendu à la mémoire d'un de ses enfants, et le moindre des témoignages de sa reconnaissance sera de proclamer ce généreux dévouement.
1 Leltre lv.
L'humble chasse, après avoir été longtemps cachée à l'ombre de leur cloître, repose maintenant dans la chapelle de la nouvelle maison des jésuites à Paray.
Le 22 juillet 1877, cette translation eut lieu en présence de nombreux témoins. Après les cérémonies d'usage, la châsse, renfermée dans un coffre de chêne, fut placée dans un petit caveau. C'est là, sous le marbre noir qui les recouvre et qu'une simple inscription latine signale aux regards des pieux visiteurs, que ces dépouilles vénérables attendront les honneurs de la béatification, s'il plait à Dieu d'exaucer les prières des fidèles dévoués au culte du sacré Cœur.
11 est bon que ces ossements sacrés soient dérobés aux pieux empressements et à des hommages qui nuiraient à la procédure régulière du procès de béatification. Mais rien n'empêche d'invoquer avec confiance le P. de la Colombière, et nous aimons à espérer que, dans un avenir prochain, lé Souverain Pontife, sollicité par l'Église de France, par les évoques de tous les pays catholiques, par tout le peuple chrétien, placera sur les autels, à côté de la bienheureuse Marguerite-Marie, celui qui a été l'apôtre privilégié du sacré Cœur de Jésus.
Si, dans certaines circonstances, la voix du peuple est celle de Dieu , nous pouvons affirmer qu'il jouit clans le ciel des prérogatives de la sainteté. Cette conviction est demeurée dans les esprits et s'est perpétuée avec les siècles; c'eêt ce qui fera l'objet du chapitre suivant.