CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
OPINION GENERALE DE LA SAINTETE DU P. DE LA COLOMBIERE — TÉMOIGNAGE CÉLESTE DES MIRACLES
Xon recedet memoria ejus, et nomen ejus requirelur a generalione in gnierationem. (Eccli.. xxxix.)
Sa mémoire ne périra pas , et son nom ira de génération en génération.
A peine le P. de la Colombière eut-il rendu le dernier soupir, qu'un même sentiment se manifesta en public et en particulier, et tous, d'une voix unanime, proclamèrent sa sainteté. Chacun parlait de lui comme d'une àme bienheureuse, qui avait émigré de la terre au ciel et qui jouissait d'une magnifique récompense. Les peuples du Charolais commencèrent aussitôt à l'invoquer avec la même confiance que les populations du Velay et du Vivarais invoquaient saint François Régis.
Les contemporaines qui ont écrit la vie de la sœur Marguerite- Marie disaient, quelques années après la mort du Père : « Il est proclamé saint par
tout le peuple, bien qu'il ne puisse pas encore être canonisa, mais l'on espère qu'avec le temps il le sera '. »
Nous avons dit (chapitre XX) que les magistrats de la ville de Paray, voulant donner un témoignage d'estime et de reconnaissance au P. de la Colomlière, avaient délibéré et résolu de lui faire des funérailles solennelles aux frais du trésor public. Il eût été intéressant de reproduire les considérants et les termes de cette délibération. Mais aux jours néfastes de 1793 , le délire révolutionnaire poussa quelques démagogues à brûler sur la place publique les archives de la commune avec les livres d'église, missels et autres ; il n'est donc plus possible de trouver ce document.
Toutefois dans un manuscrit de la fin du xvne siècle, échappé au vandalisme de l'époque de la Terreur, et qui porte ce titre : Règlement de l'hôpital de Saint- Joseph, on lit ces mots significatifs qui expriment les sentiments de la population : « Ce n'est qu'en 1679 que, par les soins du vénérable P. Claude de la Colombière, de la Compagnie de Jésus, mort en cette ville le 15 de février 1682, en opinion de sainteté, les principaux de cette ville s'assemblèrent et firent un fonds pour la subsistance des pauvres malades. »
Il est à remarquer que dans les plus mauvais jours de la révolution, lorsque les farouches républicains de l'endroit faisaient des perquisitions chez
1 Contemporaines, p. Iuj.
la pieuse femme qui avait en dépôt les châsses contenant les corps de la sœur Marguerite- Marie et du P. de la Colombière, ils n'insultèrent jamais à ces restes vénérés. Bien plus, quelques personnes, bravant les menaces et les dangers, apportaient des linges et les faisaient toucher aux reliques, espérant que ce contact communiquerait aux objets la vertu de guérir les malades.
Ce sentiment de vénération a survécu. Aujourd'hui comme il y a deux siècles, les habitants de Paray parlent du P. de la Colombière comme d'un saint dont la présence a honoré leur ville.
Les religieuses de la Visitation ont plus particulièrement donné à cette mémoire bénie les témoignages de leur profonde vénération. Dans une circulaire imprimée en 1765, et envoyée par le monastère de Paray à toutes les maisons de l'Institut, on lit ces mots :
« C'est toujours pour nous affermir de plus en plus dans ce sentiment (d'humilité), que, par un trait de Providence aussi impénétrable que singulier, nous nous trouvons en possession des précieuses dépouilles du vénérable P. de la Colombière, mort en odeur de sainteté dans le collège de cette ville... Ce précieux dépôt nous fut confié lors de la destruction de ce collège. 11 repose dans notre sépulture intérieure, dans une châsse, près de celle de notre vénérable sœur Alacoque. C'est là que nous invoquons journellement ces deux grands serviteurs de Dieu 1. »
1 Archives de la Visitation de Paray.
Enfin, en 1867, les religieuses de la Visitation de Paray, publiant la vie de la Bienheureuse par les contemporaines, disent : « La tradition nous transmet la vénération constante qui s'attache toujours à la glorieuse mémoire du P. de la Colombière1. »
Cette même opinion de la sainteté du Père existait dans les autres monastères de la Visitation qui avaient eu des rapports avec lui ou qui avaient entendu parler de lui.
Dans un manuscrit du xvne siècle, conservé dans les archives du monastère de Gondrieu, nous lisons ces paroles : « La dévotion au sacré Cœur de Jésus augmente aussi beaucoup, principalement dans notre communauté ; les soins que le grand serviteur de Dieu, le R. P. de la Colombière, avait pris durant sa vie à l'y établir, ont contribué aux progrès qu'elle y a faits. »
Dans une notice biographique consacrée à la mémoire de la sœur Marie -Madeleine de Vellein, nous remarquons ce passage : « Cette très honorée sœur est issue d'une famille qu'on peut appeler la famille des saints. Petite-nièce du P. de la Colombière, elle en avait hérité la piété, elle en a soutenu les vertus '. »
Aujourd'hui encore le nom du P. de la Colombière est vénéré par les religieuses, qui se souviennent avec bonheur des rapports d'autrefois avec le saint prêtre. Nous pourrions multiplier ces témoignages de vénération donnés à cette mémoire bénie par les
« Tome II, p. 163.
2 Archives du monastère de Condrieu.
religieuses de la Visitation; mais on croira facilement que cet institut a toujours professé l'opinion de la sainteté du directeur de la sœur Marguerite- Marie, et que, pendant deux siècles, il ne les séparait point dans le culte privé qu'il rendait à leurs reliques.
De leur côté, les Pères de la Compagnie de Jésus avaient apprécié le beau présent que Dieu leur avait fait en leur donnant un religieux si parfait. Aussi , dans une sage prévision de l'avenir, ils prirent un soin particulier de ses restes vénérés. La révélation faite à la sœur Marguerite-Marie touchant la gloire et la béatitude dont il jouissait, leur était connue. Ils pensèrent avec raison que Dieu, pour confirmer la vérité de sa parole, glorifierait peut-être un jour son serviteur, celui qui avait été son instrument dans rétablissement du culte public du sacré Cœur, et que la voix de l'Église proclamerait sa sainteté.
C'est ainsi que pensait le P. Rollin, supérieur de la maison de Paray (1685), et second directeur de la sœur Marguerite-Marie, lorsqu'il lui écrivait au moment où un prince de la terre la menaçait de la 'prison et de son indignation : « Ne craignez rien pour moi, le saint P. de la Colombière est mon garant1. »
Il partageait le même sentiment , ce Père jésuite qui mit en latin et arrangea , selon les convenances théologiques prescrites par Urbain VIII, les litanies et les oraisons composées par la Bienheureuse, et
i Contemporaines , p. 240.
qui se montre si pénétré d'un sentiment de pieuso vénération.
Nous pouvons encore citer l'auteur anonyme de la préface placée en tète des Œuvres du P. de la Colombier e , qui, tout en voulant résumer sa vie, fait une sorte de panégyrique; les PP. Groiset et de Galliffet ', qui tous deux rendent un témoignage public à la sainteté de l'apôtre du sacré Cœur; les divers supérieurs de Paray, qui ont veillé avec une sollicitude religieuse sur les dépouilles sacrées du vénéré Père. « Le P. de la Golombière a été un des plus grands saints du xvn° siècle, » a écrit le P. Rossignol de Vallouise, un jésuite de l'ancienne Compagnie, mort au commencement de ce siècle.
Nous ne craignons pas d'affirmer hautement que l'opinion de la sainteté du P. de la Golombière s'est perpétuée parmi ses frères, et si la cause de la béatification n'a pas été introduite pendant les deux siècles écoulés depuis sa mort, c'est d'abord parce qu'il fallait laisser la dévotion au sacré Cœur s'établir clans l'univers chrétien ; ensuite parce qu'il convenait de voir auparavant honorée d'un culte public celle qui avait reçu la première la mission de propager le culte du sacré Cœur. En ce moment le procès a commencé, et la Compagnie de Jésus ne néglige rien pour assurer la gloire d'un de ses plus illustres enfants.
La tradition locale nous fournit un nouveau témoignage en faveur de la sainteté reconnue du P. de
1 Excellence de la dévotion au sacré Cœur, p. 13.
la Côlombière. A Saint- Symphorien d'Ozon, son pays natal , le peuple , avant la grande révolution , avail la plus grande vénération pour le pieux jésuite. C'est peut-être à ce sentiment que la demeure où il est né a dû d'avoir été respectée dans les mauvais jours. Lorsque Pie VII vint en France pour le sacre de Napoléon, deux cardinaux s'arrêtèrent à Saint- Symphorien, se firent montrer la chambre qu'avait habitée le Père, et en baisèrent à genoux les quatre angles.
Depuis ce temps, il est vrai, les habitants de Saint- Symphorien pour la plupart ont perdu le souvenir de leur compatriote, soit parce que la population s'est renouvelée et accrue par des étrangers, soit parce que l'indifférence religieuse y domine malheureusement. Cependant un petit nombre d'anciennes familles ont gardé cette pieuse tradition. Quelques vieillards racontent encore la vie du P. de la Côlombière en y mêlant des faits apocryphes ou imaginaires. Cette légende populaire est toujours un hommage rendu à sa sainteté.
Une des grandes preuves qui militeront en faveur du P. de la Côlombière, dans la discussion de sa cause devant la congrégation des Rites, sera certainement le culte particulier rendu par la B. Marguerite-Marie à son vénéré directeur. Les lettres qu'elle a écrites, les prières qu'elle a composées en son honneur l'affirment hautement.
Citons d'abord quelques extraits de sa correspondance. On verra avec quel accent de conviction el avec quelle ingénuité elle manifeste son estime, sa
confiance et sa vénération pour celui qui a été le père de son âme. Elle écrit à la Mère de Soudeilles, à Moulins, le 16 juillet 1686:
« Je ne sais, ma chère Mère, si vous savez ce que c'est que la dévotion au sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont je vous parle, laquelle fait un grand fruit et changement en tous ceux qui s'y consacrent et adonnent avec ferveur. Je souhaite ardemment que votre communauté soit de ce nombre. Nous avons trouvé cette dévotion dans le livre de la Retraite du Révérend Père de la Colombière, que l'on vénère comme un saint. »
S'adressant à la même, le 15 septembre 1686, elle lui dit : « Vous ne sauriez croire les bons effets que cela (la dévotion au sacré Cœur) produit dans les âmes qui ont le bonheur de la connaître, par le moyen de ce saint homme (le P. de la Colombière), qui lui-même lui était tout dédié (dévoué), et ne respirait que pour le faire aimer, honorer et glorifier. Aussi est-ce là, je pense, ce qui Va élevé à une si haute perfection et en si peu de temps... Vous ne sauriez croire la grande dévotion que nos sœurs de Sémur, en Auxois, témoignent avoir pris à l'adorable Cœur de Jésus par la lecture du livre de la Retraite du P. de la Colombière. »
Nous avons déjà cité la lettre où elle annonce à la Mère de Saumaise qu'elle aura le plaisir de lui envoyer des reliques du saint P. de la Colombière...; elle sait l'estime qu'elle a pour ce grand serviteur de Dieu. (Lettre 51.)
Au mois de mars 1687, elle avouait à la Mère do
Saumaise que toutes ses prières et tout ce qu'elle peut faire ne tendent qu'à ce seul but d'établir le règne du sacré Cœur, et d'obtenir de Rome la permission demandée. Puis elle ajoute : « Je ne manque pas d'y intéresser la très sainte Vierge et notre bienheureux P. de la Colombière, lequel, j'espère, nous y sera d'un Grand secours. »
Dans une autre lettre à la Mère de Saumaise elle répète et affirme ce qu'elle lui avait déjà .confié : « Pour vous, ma bonne Mère, je vois l'effet d'une pensée que Notre- Seigneur m'a donnée dès longtemps , qu'il vous a substituée à la place de notre bon saint P. de la Colombière pour l'établissement de la dévotion à son saint Cœur, qui est l'une des plus grandes grâces qu'il pourrait vous faire. »
Nous voyons par sa correspondance que chaque année, au jour anniversaire de la mort de son directeur, elle en célébrait la fêle l. « Le divin Cœur a promis d'être une source abondante et inépuisable de miséricorde et de grâces à notre bon P. de la Colombière, le jour de sa fête , je veux dire le jour de sa mort, que je fis célébrer à notre chapelle... » Puis elle ajoute : « Ce vous doit être une grande consolation d'avoir une si étroite union avec notre bon P. de la Colombière, en sorte qu'il fait dans le ciel, par ses intercessions, ce qui s'opère ici-bas pour la gloire de ce sacré Cœur. »
Elle nous révèle aussi qu'une des principales fonctions du saint religieux admis en partage de la gloire
1 Cf. Lettre du 23 février 1CS0.
céleste, est de s'intéresser au culte du sacré Cœur et d'y contribuer par sa puissante intercession.
Tous ces témoignages de la B. Marguerite-Mario déposent en faveur de la sainteté de l'humble religieux, et nous le montrent comme un médiateur puissant et privilégié auprès de Dieu. Elle affirme donc hautement l'opinion qu'elle avait conçue des vertus et des mérites du vénéré Père; et cela, non par un sentiment naturel d'affection et de reconnaissance, mais en suivant les clartés de cette lumière divine qui remplissait son âme et inspirait sa conduite.
Le plus beau et le plus magnifique témoignage de la sainteté du P. de la Colombière se trouve dans le récit d'une apparition qui eut lieu au mois de juillet 1687, le jour de la fête de la Visitation. On ne peut pas dire que c'est une apothéose. Le mot renferme une idée qui manque d'exactitude, et, de plus, rappelle les déifications du paganisme; mais du moins c'est une vision de la gloire dont jouit le bienheureux Père, une sorte de canonisation faite dans le ciel.
La B. Marguerite-Marie , ayant passé la plus grande partie du jour devant le très saint Sacrement, fut gratifiée de plusieurs faveurs particulières : « Il me fut présenté un lieu fort éminent, spacieux et admirable en sa beauté, au centre duquel il y avait un trône de flammes sur lequel était l'aimable Cœur de Jésus avec sa plaie, laquelle jetait des rayons si ardents et si lumineux, que tout ce lieu en était éclairé et échauffé. La très sainte Vierge était d'un côté, notre P. saint François de l'autre, avec
le saint P. de la Colombière , et les filles de la Visitation paraissaient dans ce lieu, leurs bons anges à leur côte qui tenaient chacun un cœur en main. » La sainte Vierge fait l'éloge du divin Cœur, sanctuaire d'amour et de miséricorde; puis continuant de s'adresser à ses filles, elle leur dit en leur montrant le Cœur adorable :
g Voilà ce divin trésor qui vous est particulièrement manifesté par le tendre amour que mon Fil? a pour votre Institut..., et pour cela le veut avantager de cette possession par-dessus les autres. Et il faut que non seulement celles qui le composent s'enrichissent de ce trésor inépuisable, mais encore qu'elles distribuent cette précieuse monnaie de tout leur pouvoir... » Et puis se tournant vers le bon P. de la Colombière, cette mère de bonté lui dit :
« Et vous, fidèle serviteur de mon divin Fils, vous avez grande part à ce précieux trésor, car s'il est donné aux filles de la Visitation de le faire connaître, aimer et distribuer aux autres, il est réservé aux Pères de la Compagnie de Jésus d'en faire voir et connaître futilité et la valeur, afin qu'on en profite, en le recevant avec le respect et la reconnaissance due à un si grand bienfait '. n
Ainsi, d'après cette vision, le P. de la Colombière se trouve placé dans le ciel à côté de saint François de Sales, et auprès de la source inépuisable de toutes les grâces.
A tous ces témoignages de vénération , à toutes
'■ Contemporaines, tome Ier.
ces preuves d'une profonde conviction de la sainteté du Père, vient s'ajouter, comme conséquence, une autre démonstration. Nous voulons parler des prières composées par la bienheureuse Marguerite- Marie pour honorer et invoquer le serviteur de Dieu.
Avec l'innocente audace d'une âme simple qui ne soupçonne aucun empêchement à l'élan de sa confiance, elle lui rendait une sorte de culte. Mais, tout en devançant le jugement de l'Église (Dieu peut-être lui avait révélé l'avenir), elle ne dépassait pas les limites prescrites. Elle ne rendait au P. de la Golombière qu'un culte privé, et, comme l'a remarqué un de ses historiens, elle disait seulement : Priez pour moi.
C'était donc pour satisfaire sa piété qu'elle avait composé des litanies1, où elle donnait à son saint directeur les titres et les louanges qu'il lui semblait avoir mérités, et qu'elle avait rédigé en style liturgique plusieurs oraisons dans lesquelles elle proclamait ses vertus et sa puissance d'intercession.
Le texte authentique de ces prières a été conservé dans les archives du monastère de la Visitation de Parayj On y voit deux livrets de prières composés par la Bienheureuse, et écrits en partie de sa propre main et pour son usage particulier. Dans le premier, les litanies et les oraisons sont en français ; dans le second, elles sont écrites en latin. Mais cette traduction latine est peu littérale; le texte français est souvent modifié, et l'on remarque l'intention manifeste d'éviter les expressions, les formules qui fc-
t Voyez l'Appendice n° o. Histoire de la D. Marguerile-Maric, par le P. Ch. Daniel.
raient songer à un culte public, tout ce qui semblerait anticiper sur les décisions de la sainte Église.
Toutefois la piété du traducteur n'en est pas moins touchante. Son intention, à l'aide de ces changements , est de pouvoir mettre , sans inconvénients , entre les mains des personnes dévouées à la mémoire du P. de la Colombière des prières qui provoquent à la plus vive confiance. Quel est le nom de ce traducteur? Il nous semble, d'après l'étude du texte, qu'il a dû être l'heureux témoin de la mort du saint religieux et qu'il en a conservé le plus édifiant souvenir. Ne serait-ce pas un jésuite de la résidence de Paray?
Quoi qu'il en soit, ces deux livrets étaient achevés en 1687, cinq ans après la mort du P. Claude et trois années avant celle de la bienheureuse Marguerite- Marie; par conséquent on peut dire que ces formules de prières ont été comme consacrées par l'usage habituel qu'en faisait la sainte. Ce qui eût été, de la part d'une autre, une témérité répréhensible , était chez elle certitude et acquiescement aux lumières surnaturelles dont son âme était inondée. Rien ne prouve donc mieux la réputation de sainteté dont jouissait celui qui était l'objet de ces hommages et de ces invocations. Voici les deux oraisons composées à l'honneur du P. de la Colombière; nous placerons les litanies à la fin du volume.
« 0 glorieux saint qui avez été prévenu des grâces célestes , dont la mortification a été si généreuse et si continuelle que vous vous êtes privé de tout plaisir pour l'amour de Jésus-Christ, et qui vous êtes rendu
infatigable en la conversion des hérétiques et au salut des âmes; vous qui avez excellé en la ferveur de l'amour de Dieu, en la continuelle présence de sa divine Majesté, dans une sévère mortification de vos sens ; vous dont la vie et les mœurs ont fidèlement exprimé celles de Jésus-Christ, obtenez-nous la grâce qu'imitant vos vertus dans ce monde, nous puissions adorer éternellement le sacré Cœur de Jésus avec vous, par les mérites et intercessions de Marie et Joseph. Ainsi soit-il. »
« 0 Dieu éternel et tout-puissant, qui avez donné en ces derniers temps un modèle de sainteté en la personne du P. de la Colombière, votre fidèle serviteur, nous vous supplions de nous octroyer par ses saintes et puissantes intercessions auprès du sacré Cœur de Jésus , la grâce de l'imiter en ses vertus de charité , de simplicité et d'humilité , afin que nous parvenions au bonheur éternel par le même Jésus- Christ, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il '. »
1 Voici comment le traducteur a rendu la première oraison :
« Pater venerande, precare Deum, ut vivamus et moriamur in sacro Corde dulcissimi Domini nostri Jesu Christi. Oremus.
« Pater colendissime, quem Deus replevit donis cœleslibus, cujus mortificalio nullam admisit voluntatem , cujus chantas Deum prœlulit et proximum rébus omnibus, cujus zelus nullum passus est limitem in convertendis hsereticis, cujus vox confregit impiorum animos, cujus mores, virtutes et habitus amorem Christi in omnium cordibus impressere, cujus vita sanclissima fuit, cujus patientia fuit invictissima, cujus silentium fuit in morbis et doloribus mirandum; o Pater colendissime, cujus virtutes fuerunt innumerœ , impetra nobis tuis precibus ut moriamur mundo et vivamus in cœlo. Amen. »
Le miracle est la preuve la plus convaincante et la plus incontestable de la sainteté. C'est le sceau apposé par Dieu môme sur les vertus et les mérites d'un saint. Le miracle n'a pas manqué, et plusieurs prodiges sont venus attester l'influence dont jouit le P. de la Colombière dans le ciel.
Le premier prodige opéré par lui, après sa mort, a eu lieu en faveur de la bienheureuse Marguerite- Marie , sa fille spirituelle. Elle écrit à la Mère de Saumaise, le 6 juin 1688 : « Je dois à l'intercession du P. de la Colombière la guérison d'un doigt, où j'avais le même mal qu'à un que l'on m'ouvrit l'année passée avec un rasoir, en plusieurs endroits. » C'était un panaris, mal, comme l'on sait, très douloureux.
Nous apprenons, d'un auteur contemporain, « que des personnes les plus qualifiées, les plus vertueuses et les plus spirituelles du royaume, ont assuré qu'il s'est opéré des prodiges par son entremise '. »
La bienheureuse Marguerite- Marie dit. dans une lettre à la Mère de Saumaise : « Pour ce qui est des grâces accordées en faveur du saint P. de la Colombière, une de nos sœurs m'a promis de les écrire pour vous les envoyer. » (6 juin 1687.) On ignore si ce travail a été fait, et quelles faveurs y étaient consignées.
Dans une circulaire imprimée et envoyée par les religieuses de la Visitation de Paray (5 novembre 1765), nous lisons que les ossements du
1 Cf. Préface dés Œuvres dti P. de la Colombière.
P. de la Colombière reposent dans une châsse voisine
de celle où sont renfermés les ossements de la sœur Marguerite- Marie, et que « leurs tombeaux sont incessamment couverts de quantité de Linges que l'on y apporte de toutes parts pour les faire toucher, pour le soulagement des malades qui fréquemment en ressentent les heureux effets. »
Enfin, depuis que l'on parle de la béatification du P. de la Colombière, et que la pensée des pieux fidèles s'est reportée sur le serviteur de Dieu, plusieurs personnes l'ont invoqué et ont obtenu des grâces spirituelles et temporelles dont quelques-unes pourront servir à sa cause •.
Ces faits prodigieux attestent assurément la sainteté et la puissance d'intercession que possède cette âme bienheureuse dans le séjour de la gloire. Qui pourrait s'en étonner? N'est- il pas celui que Dieu a nommé un de ses plus fidèles serviteurs et de ses plus chers amis 2 ? Ces mots seuls , bien médités et bien compris, ont une signification qui emporte l'idée de la sainteté.
Le serviteur fait la volonté de son maître, et celui-là seul qui accomplit parfaitement cette volonté mérite d'être appelé un serviteur fidèle. Lorsque la voix du Ciel désigne le P. de la Colombière sous ce
1 Voyez la Semaine catholique de Limoges, où est racontée la guérison miraculeuse de Mlle D***. Le rapport adressé à Mer révoque est signé Arbellot, curé^archiprêtre de Rochechouart. Notice sur le P. de la Colombière, par le P. Pouplart, S. J. 3e édition. Messager* du sacre Cœur. — Beaucoup d'autres prodiges ont eu lieu en divers endroits.
2 Lettre cxxv de la B. Marguerite- Marie,
nom, elle lui donne un titre d'honneur, elle décerne un éloge à sa fidélité, et cette parole de l'éternelle vérité demeure. Celui qui a mérité cette louange est donc heureux et puissant dans la céleste patrie.
D'ailleurs n'a-t-il pas acquis d'immenses mérites devant Dieu par cette mort volontaire de tous les instants, par ce renoncement absolu qu'il pratiquait avec tant d'héroïsme, et par les souffrances d'une longue maladie de trois années? Il avait donc des droits à une grande, à une magnifique récompense. Loin de nous, sans doute, la pensée de prévenir le jugement de l'Église, à qui seul appartient de décerner les honneurs du culte; mais il nous semble que l'opinion de la sainteté de l'humble religieux repose sur des motifs solides , et qu'elle offre toutes les certitudes que peuvent donner une vie et une mort admirables.
Puisse l'Église, par une décision solennelle, confirmer cette pieuse persuasion de la sainteté du vénérable serviteur de Dieu! Ce sera un nouveau triomphe pour le Cœur de Jésus. Le P. de la Colombière, dans un transport du divin amour, s'écriait : « Cœur de Jésus, vous seul aurez la gloire de ma sanctification, si je me fais saint. » L'Église, en le plaçant sur les autels , procurera une nouvelle gloire au Cœur adorable.
Après la survivance de la sainteté, il y a celle du talent et de l'éloquence que nous ne devons pas négliger pour être un historien complet. Nous allons considérer le P. de la Colombière comme orateur et écrivain.