‹ Histoire de vénérable P. Claude de la Colombière de la Compagnie de JésusChapitre 26 sur 38 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

l'apostolat du sacré- cœur

continué l'ait le p. de la colomb1ère dans le ciel

et par les religieux ses frères

dans le monde

Per illam defunclus adhuc loquitur.

(Hebr., xi, 4.) Quoique mort , il parle encore par sa foi.

C'est la bienheureuse Marguerite-Marie qui a révélé l'apostolat mystérieux que le P. de la Colombière exerce encore dans le Ciel par ses supplications et son intercession puissante auprès de Dieu. Il semble qu'elle a vu dans la gloire le disciple du sacré Cœur sollicitant l'éternel amour en faveur de l'humanité, et le Seigneur lui promettant que le Cœur de Jésus serait une source abondante et inépuisable de grâce et de miséricorde. « Notre bon P. de la Colombièrc, disait-elle à la Mère de Saumaise, fait dans le ciel, par ses intercessions, ce qui s'opère ici-bas pour la gloire du sacré Cœur *. »

1 Conlcmp., j>. llJ2.

Il contribua, en effet, après sa mort, à répandre cette belle dévotion. Sa Retraite spirituelle, qui fut imprimée en 1684, était lue dans toutes les maisons de la Visitation, comme dans plusieurs autres maisons religieuses. La bienheureuse Marguerite-Marie, bien qu'elle eût reçu pendant cette lecture au réfectoire des confusions effroyables, mettant de côté les intérêts de son humilité , espérant n'être pas reconnue ailleurs, distribuait volontiers des exemplaires de ce petit ouvrage et en recommandait la lecture. Elle déclare elle-même, dans une de ses lettres, que les sœurs de la communauté de Sémur-en-Auxois ont pris la dévotion au sacré Cœur en entendant lire la Retraite du révérend Père de la Colombière 1.

Elle écrivait à la Mère de Soudeilles, à Moulins : « Nous avons trouvé cette dévotion dans le livre de la Retraite du révérend Père de la Colombière , que l'on vénère comme un saint. Je ne sais si vous en avez connaissance et si vous avez le livre dont je vous parle, car je me ferais un grand plaisir de vous le faire avoir2. »

Ainsi le saint religieux eut la joie de contribuer, après avoir quitté la terre, à étendre la dévotion qui lui fut si chère ; et l'un de ses plus ardents désirs , encore maintenant, c'est que le Cœur de Jésus soit connu, aimé, glorifié. Ce désir, il le réalise autant qu'il le peut, et surtout par le moyen de ses frères en religion.

1 Letlre xxxix. Conlcmp.

- Leitre xlv,

Dans la célèbre vision que la Bienheureuse a eue le jour de la Visitation , et que nous avons citée au chapitre XXI, la sainte Vierge déclarait au P. de la Colombière que les Pères de la Compagnie de Jésus avaient pour mission spéciale de faire connaître au monde l'utilité et la valeur de cette dévotion. Elle ajoutait qu'à mesure qu'ils lui feront plaisir, ce divin Cœur, source féconde de bénédiction et de grâce, se répandrait surabondamment sur les fonctions de leur ministère, qu'ils produiraient des fruits au delà même de leurs travaux et de leurs espérances, et même pour le salut et la perfection de chacun d'eux en particulier.

La Bienheureuse revient à plusieurs reprises sur la mission spéciale réservée aux Pères de la Compagnie de Jésus. Elle affirme 1 que le P. de la Colombière a obtenu pour ces religieux qu'ils soient gratifiés, après l'institut de la Visitation, de toutes les grâces et privilèges particuliers de la dévotion du sacré Cœur ; elle renouvelle en même temps toutes les promesses de bénédiction annoncées précédemment. Elle ne pouvait manquer de les communiquer elle-même à son second directeur, le P. Bollin. « Jésus-Christ, lui écrit-elle, m'a fait connaître, de manière à n'en pouvoir douter, que c'était par le moyen des Pères de la Compagnie de Jésus qu'il voulait établir partout cette dévotion et, par elle, se

1 Cf. Contemp., p. 288, et Lettre civ. « Dieu veut que les PP. Jésuites fassent connaître l'utilité et la valeur de celte dévotion (au sacré Cœur), cela leur est réservé. »

faire un nombre infini de serviteurs fidèles, de parfaits amis et d'enfants reconnaissants '. »

« Ainsi, dit un historien récent de la bienheureuse Marguerite-Marie, pendant que la Visitation gardera le dépôt du sacré Cœur et qu'elle le distribuera à travers ses grilles, pour en enrichir le monde, les Pères de la Compagnie de Jésus en seront les docteurs. Ils lui aplaniront les voies. Catéchistes, prédicateurs, apologistes, apôtres, et, au besoin, martyrs du sacré Cœur, voilà leur rôle. Et que les autres Ordres religieux ne leur envient pas ce privilège! Chacun d'eux a eu le sien 2. »

En effet, les enfants de saint François d'Assise ont reçu comme un apanage particulier, la dévotion à la Croix et à la passion du Sauveur. L'Ordre de Saint- Dominique possède celui du rosaire en l'honneur de la Vierge immaculée. Quand Dieu voulut que les chrétiens portassent sur leur poitrine, comme un bouclier, le nom et l'habit de la Vierge, il choisit Tordre des Carmes et le chargea de propager dans le monde et de distribuer le saint scapulaire. Chaque Ordre, dans sa laborieuse mission, a ses armes, son drapeau, son moyen d'action. D'ailleurs, ce qui est à quelques-uns n'est pas tellement à eux qu'il n'appartienne à tous. Il n'y a donc point de place à la jalousie dans la grande armée du Christ. Sur le vaste terrain du monde on ne doit envier que le bonheur de conquérir des âmes. La Compagnie de Jésus

1 Cf. Contemp., p. 189.

- Histoire de la B. Marguerite- Marie , par l'abbé Èin. Buugaud.

est entrée avec joie dans cette carrière ouverte à son zèle; et depuis le jour où Notre-Seigneur réclama son concours pour le culte du sacré Cœur, jusqu'à ce moment, elle s'est efforcée de publier, dans les cinq parties du monde, les ineffables tendresses du Cœur de Jésus.

Le P. Gette compose le premier un office du sacré Cœur; il le remet à la bienheureuse Marguerite- Marie, qui en témoigne une grande joie. Un peu plus tard le P. Croiset, ami du P. de la Colombière, publie, en 1691, un livre sur la dévotion au sacré Cœur qui renferme un abrégé de la vie de la Bienheureuse.

Voici ce qui donna lieu à cette publication. Un jeune professeur du collège de Lyon reçut un jour, d'une personne pieuse , un petit livre imprimé à Dijon et composé par la sœur Madeleine-Bénigne Joly, de la Visitation , en l'honneur du sacré Cœur. 11 le fait connaître à ses élèves, et ceux-ci y prennent tant de goût qu'ils en font un grand nombre de copies, et ils récitent les prières et les litanies avec beaucoup de dévotion. Ces enfants parlent à d'autres écoliers, et tous veulent avoir l'ouvrage. Comme on ne pouvait assez multiplier les copies, ils s'adressent à la personne qui avait fait connaître ce petit livre, et la prient de leur procurer de plus amples notions sur le sacré Cœur, parce qu'ils voulaient faire imprimer, à leurs frais, cet ouvrage. Un jeune ouvrier poussa si vivement cette affaire qu'itTallut céder aux désirs de sa piété.

On s'adressa à l'un des plus fameux braires de

Lyon !, et celui-ci se sentit tellement touché de l'amour du divin Cœur, qu'il voulut imprimer l'ouvrage à ses frais. Ce fut alors un pieux et noble combat entre le jeune homme et le libraire; mais celui-ci l'ayant emporté, il prit le livre et alla trouver un de ses amis qu'il pria de compléter l'ouvrage en y ajoutant quelques pages. Cet ami était un professeur du collège, le P. Croiset. Il fut tellement pressé qu'il ne put résister, et il fit ce qu'on lui demandait.

On imprima l'ouvrage ainsi augmenté, et il devint un livre. Il s'écoula si rapidement que bientôt il fallut penser à une troisième édition. Un an après la mort de la Bienheureuse, le P. Croiset refondit tout l'ouvrage et y ajouta un abrégé de la vie de sœur Marguerite- Marie*. Ce livre contribua beaucoup à répandre la dévotion du sacré Cœur de Jésus.

En môme temps un Jésuile, excellent prédicateur, en parlait publiquement dans les chaires d'une grande ville (en 1689); et la môme année la Bienheureuse écrivait : « Je vous dirai que les PP. Jésuites ont pris cette dévotion fort à cœur et l'ont établie dans leurs collèges. » (Lettre cix.)

Mais celui qui travailla peut-être le plus solidement clans cette belle entreprise, fut le P. de Gallilïet. Il la

1 Horace Molin , le même qui imprimera l'ouvrage plus considérable du P. Croiset, De la Dévotion au sacré Cœur.

2 Plus tard, ce livre fut mis à l'index, soit à cause de quelques expressions inexactes, soit parce qu'on y avait joint des offices ou litanies qui n'avaient pas eu la sanction de l'autorité ecclésiastique. Ce qui prouve que ces imperfections étaient légères , c'est que la traduction italienne est plusieurs fois citée avec éloge dans la vie de la Bienheureuse.

fit accepter par Rome, et, par là, on peut dire qu'il l'introduisit dans l'univers chrétien. Ayant eu le bonheur, dans sa jeunesse religieuse, d'être le disciple du P. de la Colombière, et, comme lui, dévoué au Cœur de Jésus, il fut choisi par la Providence pour être l'interprète des vœux de la chrétienté auprès du Souverain Pontife, et pour obtenir que ce divin Cœur fût honoré d'un culte spécial et solennel.

La vocation du P. de GallifTet à cette sainte entreprise est assez remarquable pour n'être point passée sous silence. En servant les malades à l'hôpital , pendant qu'il faisait à Lyon sa troisième année de probation , il fut saisi d'une fièvre maligne qui le conduisit en peu de jours aux portes du tombeau.

Abandonné des médecins , il reçut les derniers sacrements et. perdit la connaissance. On attendait d'un moment à l'autre qu'il rendit le dernier soupir l.

Alors un de ses amis , regardé comme un saint , se sentit inspiré d'aller devant le saint Sacrement et d'y faire un vœu pour sa guérison. Il promit à Notre- Seigneur que s'il lui plaisait de conserver la vie à ce mourant, elle serait employée tout entière à la gloire de son sacré Cœur. Sa prière fut exaucée : au grand étonnement du médecin , la mort recula. Le P. de GallifTet ignorait le vœu fait à son insu, mais il le ratifia de tout son cœur quand son ami le lui présenta par écrit. Dès lors il se regarda comme

1 Nous avons emprunté tous ces détails à V Histoire de la B. Marguerite- Marie , par le P. C. Daniel.

un homme dévoué, par un choix marqué de la Providence, au Cœur adorable du divin Maître. Tout ce qui regardait sa gloire lui devint précieux, et il en fit l'objet de son zèle.

Ayant entendu parler de la Vie de la sœur Marguerite-Marie, écrite par elle-même, il obtint de la lire, et cette lecture le combla de consolations. Elle fit sur lui des impressions de grâce qu'il n'oublia jamais. Persuadé qu'il en serait de même pour beaucoup d'autres, il souhaitait ardemment pouvoir répandre cet écrit; et ce fut la Providence qui lui en ménagea l'occasion.

En 1725 il fut appelé à Rome, par le général de son Ordre, pour y remplir les fonctions d'assistant de France. « Cet emploi, dit-il, me parut au-dessus de moi , et le sentiment de ma faiblesse me fît hésiter si je l'accepterais. Je fus soutenu par un autre sentiment qui me fut donné, que Dieu voulait de moi ce voyage, et qu'il m'envoyait à Rome pour travailler à faire connaître la dévotion au sacré Cœur de Jésus- Christ. »

Là, en effet, après l'accomplissement des devoirs de sa charge, ce fut sa grande et principale occupation, comme nous le prouvent les lettres qu'il adressait à l'évêque de Soissons, qui composait la Vie de la Rienheureuse, et les travaux qui nous sont restés de lui. Son premier soin fut d'écrire, en latin, un traité dogmatique sur le culte du Cœur de Jésus, qu'il dédia au pape Renoît XIII.

L'ouvrage parut en 1726; il sortait des presses du Vatican et était revêtu des approbations les plus

imposantes1. L'auteur s'attachait à prouver que la dévotion au Cœur de Jésus n'était pas nouvelle dans l'Église; que le même esprit qui se révélait dans les écrits de Marguerite-Marie, en avait déjà déposé le germe en beaucoup d'âmes privilégiées, et qu'elle était suffisamment autorisée par les exemples et la pratique des saints. Il démontra la solidité de cette dévotion d'après les principes les plus sûrs et les plus universellement admis de la science . théologique; il en déroulait les progrès admirables depuis les révélations de Marguerite- Marie. Enfin il déposait aux pieds du Souverain Pontife les vœux de tout l'institut de la Visitation, d'un grand nombre d'évêques, de plusieurs princes chrétiens, et sollicitait l'établissement de la fête du sacré Cœur, avec messe et office propre, non seulement dans quelques Ordres religieux ou quelques diocèses , mais dans tout l'univers catholique.

La question fut soumise à la Congrégation des Rites, qui émit cette fois encore un vote négatif. Les jansénistes battirent des mains. « Qu'y avait-il cependant qui pût étonner dans les hésitations de la papauté? Il s'agissait d'une révélation privée qui n'avait pas encore été examinée canoniquement, d'une religieuse morte en odeur de sainteté, mais dont le procès de canonisation, commencé en 1715, était sous les scellés ; d'une dévotion qui touchait aux

1 « De cultu sacrosancti Cordis Dei et Domini nostri Jesu Christi in variis christiani orbis provinciis jam propagato. Aucore R. P. Josepho de Galliflet, S. J. Sacerdote. Romee, apud S. M. Salviani, 1726, Superiorum.permissu; in-4°. »

plus profonds mystères du christianisme, mais dont les premiers théologiens ou historiens avaient parlé d'une manière inexacte ; d'autre part cette dévotion confinait de si près à la question physiologique des fonctions du cœur dans l'organisme humain , qu'au dire des jansénistes on ne pouvait pas résoudre l'une sans trancher l'autre. »

Le P. de Gallifîet avait fondé sa thèse théologique en faveur du sacré Cœur sur cette vérité populaire : le cœur est le siège des affections. Ce qui pouvait être contesté. La physiologie moderne lui donnerait peut-être raison. D'ailleurs il suffit , selon la remarque de saint Liguori , que le cœur joue un rôle essentiel dans les fonctions de la vie, et surtout qu'il soit le symbole le plus naturel et le plus populaire de la partie affective de notre âme. Ce que tout le monde admet. Il y avait donc lieu, pour tous ces motifs, à regarder de près avant de donner une solution définitive, et au lieu de blâmer la papauté il faut admirer sa prudence.

Le P. de Galliffet ne se découragea point. Il attendit que le temps se chargeât de mûrir la question, et quand il quitta Rome, après un séjour de huit années, il eut la consolation d'y laisser une confrérie du Sacré- Cœur, dont le siège était à l'église de Saint-Théodore in campo Vaccino, et qui fut, peu de temps après, érigée en archiconfrérie (1732).

En France , il continua de travailler avec un zèle infatigable au succès de la sainte cause à laquelle il avait voué son temps et ses forces. Il reprit la plume pour mettre son ouvrage en français, le perfection-

ner, le compléter; et, tout en y faisant une large part à la théologie dogmatique, il le rendit précieux à la piété. A chaque édition nouvelle il avait le bonheur d'enregistrer de nouveaux progrès de la dévotion au Cœur de Jésus. Ce qui démontrait d'une manière plus forte sa thèse et devait tôt ou tard lui faire gagner sa cause.

Ce n'était plus, en effet, qu'une question de temps. La cause était portée devant le Souverain Pontife; pendant trente-six années les théologiens étudièrent cette dévotion, en discutèrent tous les points, et enfin Clément XIII, éclairé par les menées des jansénistes, pressé par les sollicitations des évêques, donna une décision qui fut reçue avec applaudissement par tous les catholiques. Un décret, en date de 1765, accordait aux évêques de Pologne et à l'archiconfrérie romaine la permission de célébrer, avec messe et office propres, la fête du sacré Cœur de Jésus, et liberté était laissée aux autres évêques d'en solliciter l'extension à leurs diocèses. A peine, en effet, ce décret était-il rendu que l'assemblée du clergé de France, réunie à Paris, se hâtait d'y souscrire sur les instances de la pieuse reine Marie Leczinska, et décidait que la dévotion et le culte du sacré Cœur de Jésus seraient établis dans tous les diocèses de France.

Un autre service éminent a été rendu par le P. de Galliffet à la dévotion dont il était l'apôtre et le défenseur ; nous lui devons la première édition de la Vie de la Bienheureuse , écrite par elle-même. L'évêque de Soissons, toujours préoccupé des attaques

des incrédules et de l'abus que la malignité du siècle pouvait faire de certains passages , n'avait pas cru cette publication très opportune. Ces craintes n'arrêtèrent point le P. de Galliffet, qui était singulièrement frappé des assurances données par Notre-Seigneur à sa servante : « qu'il serait glorifié par cet écrit, qu'il voulait que les grâces dont il avait pris plaisir d'enrichir son âme ne restassent point cachées ; qu'il répandrait sur son écrit l'onction de sa grâce ; qu'il s'en servirait pour le bien des âmes et pour en retirer plusieurs de la perdition. » En conséquence, pendant son séjour à Rome, il se procura une copie authentique du Mémoire, en fit faire, sous ses yeux, une traduction fidèle qui fut approuvée et qui parut avec son ouvrage.

La chose souffrit plus de difficultés lorsqu'il voulut le faire imprimer en France. Il dut réfuter un certain nombre d'objections faites par le censeur royal , et il écrivit une préface apologétique qu'il plaça en tête de l'écrit de la Bienheureuse.

Désormais les principaux obstacles étaient surmontés. Semblable à un fleuve qui, d'abord retenu et embarrassé par des rochers, trouve ensuite un lit commode où il peut dérouler ses flots, dont le volume augmente sans cesse, la dévotion au sacré Cœur, après avoir triomphé des premières difficultés, allait suivre son cours et se développer au sein des nations catholiques.

Partout elle était accueillie comme quelque chose d'harmonieux et de doux que réclamait le cœur de l'homme et du chrétien. De même qu'une huile par-

fumée s'insinue suavement en répandant sa bonne odeur, ainsi le culte du Cœur adorable pénétrait les âmes de sa divine onction.

Les Pères de la Compagnie de Jésus continuèrent à remplir leur mission d'apôtres du sacré Cœur par leurs écrits ', par les prédications, par les confréries qu'ils instituèrent dans les collèges, dans les villes et dans les missions lointaines. Ils ont largement contribué à la diffusion de ce culte d'amour; et, « après avoir été les premiers serviteurs et les premiers adorateurs du Cœur de Jésus2, ils ne cesseront de travailler et de se dévouer pour cette sainte cause; ils n'oublieront jamais qu'ils sont les frères et les successeurs du P. de la Colombière. Un dernier fait, éclatant et mémorable, le prouve.

Lorsqu'en 1870 la pensée de recourir au Cœur de Jésus se présenta aux vaincus , plus vive et plus pressante à la lueur sanglante de nos désastres, qui a eu l'idée de précipiter les populations au sanctuaire du berceau de la dévotion au sacré Cœur? N'est-ce pas un membre de la Compagnie de Jésus?

Le pèlerinage de Paray-le-Monial, en 1873, est un phénomène étonnant par le temps de sa durée, par la quantité des personnes dont il se composait, par l'enthousiasme sacré qui les animait, et surtout par la manière dont il se fit. Elle tranchait tellement

1 On trouvera à la fin du volume une liste indiquant les noms, le nombre des jésuites auleurs d'ouvrages sur la dévotion au sacré Cœur de Jésus, note 14.

2 Histoire de la B. Marguerite -Marie, par l'abbé Ém. Bougaud , p. 303.

avec les habitudes prises, qu'on se croyait revenu à ces âges de foi simple et naïve où l'on se montrait chrétien sans nul souci de l'opinion. Cette solennelle manifestation de la foi et de la piété de la nation française a été le commencement du retour de tout un peuple à Jésus-Christ, son premier souverain, et l'espérance d'un meilleur avenir pour la France. Combien un pareil spectacle fut agréable à la bienheureuse Marguerite-Marie et à l'âme bienheureuse du P. de la Colombière! Quelle joie pour eux de contempler ces magnifiques hommages rendus à ce divin Cœur qu'ils avaient tant aimé !

En terminant cette histoire du P. de la Colombière, que nous déposons aux pieds du divin Sauveur, nous exprimons le vœu de voir cet écrit contribuer à la gloire du sacré Cœur. Puisse la vie du disciple et de l'apôtre du Cœur de Jésus exciter de plus en plus dans les cœurs cette belle et chère dévotion !

Elle seule peut régénérer la France. Depuis les affreux désastres marqués d'un si haut caractère dechâtiment, depuis les horreurs de la Commune, dont la torche a éclairé d'une lueur sinistre l'abîme des misères sociales, depuis le sang des otages accepté par Dieu comme une expiation , il y a une France nouvelle dont tous les cœurs chrétiens saluent l'apparition. C'est elle qui a déployé sur le champ de bataille l'étendard du sacré Cœur, elle qui a voté et qui construit l'église du vœu national à Paris , elle qui vient chaque année s'agenouiller au pied de l'autel où Jésus a dit : « Voilà ce Cœur qui a tant

aimé les hommes, » elle qui demande au ciel un gouvernement fort, régulier et surtout religieux.

0 Cœur de Jésus, achevez l'œuvre de régénération si bien commencée ; faites mûrir ces bons germes aux rayons de votre amour. Étendez à toutes les âmes ce qui n'est encore que le privilège de quelques-unes. Mettez, ô Jésus, votre Cœur sur le cœur de la France. Vous savez quelle est sa nature, comme il serait bon si l'enthousiasme divin le soulevait, combien il a été grand quand l'amour le suspendait à votre croix. Que ne ferait-il pas, s'il montait jusqu'à votre Cœur, s'il se laissait ravir par votre beauté ! Comme il mettrait son épée, son génie et son cœur au service des bonnes causes ! Il serait alors ce fils aîné de l'Église qu'elle a tant aimé et que le monde regardait autrefois avec une admiration jalouse. O serviteur de Dieu, quoique vous ne soyez pas encore placé sur les autels, vous n'en êtes pas moins glorieux et puissant dans le ciel ; intercédez pour la France, votre patrie; obtenez-lui une dévotion plus universelle et plus tendre au sacré Cœur de Jésus ; hâtez, par vos supplications , le jour où, consacrée pleinement à ce divin Cœur, elle aura enfin trouvé le gage de son salut et de sa grandeur.

J-J. O. KJt C»

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