SAINT-SYMPH0R1EN D'OZON
Les comtes de Savoie habitaient le château quand ils venaient dans le pays. La tradition locale appelle cet endroit le palais, et il y a encore le quartier et la rue du palais. En 1354 tout ce qui appartenait à la Savoie , dans le Dauphiné, revint à la France en vertu d'un traité.
On trouve dans l'histoire du Dauphiné, par le président de Valbonne (tom. II, p. 97), une liste très curieuse des droits et redevances qu'imposaient les comtes de Savoie en 1328. On voit que dans Fart de tirer de l'argent par les taxes et les impôts, les siècles passés étaient tout aussi avancés que le nôtre.
Saint- Symphorien a donné naissance au célèbre jurisconsulte Etienne Guillon , que son seul mérite éleva au rang de président du conseil delphinal. Il était l'ami de Guy Pape, jurisconsulte lyonnais. L'illustre famille des Puthod est originaire de ce bourg. Dès le xvi° siècle elle
fournit des chanoines au chapitre de Saint-Maurice et des conseillers au parlement. Cette terre fut érigée en marquisat en faveur de M. le marquis de Villeroy, gouverneur de la ville de Lyon et des provinces du Lyonnais , du Forest et du Beaujolais, seigneur de Mions et de Saint- Symphorien.
En 1671 , au bas de la copie d'une enquête faite en la paroisse de Saint- Symphorien au sujet de foires à établir, on lit ce qui suit :
« Humbert de la Colombière, docteur en droit, lieutenant particulier du marquisat de Saint- Symphorien d'Ozon, certifions , etc. : en foi de quoi nous avons signé les présentes et fait apposer le scel du jnarquisat le 21 septembre 1671. Signé : De la Colombière. »
Sous le rapport ecclésiastique, le bourg de Saint- Symphorien appartenait au diocèse de Lyon. Il y avait un prieuré dépendant de la célèbre abbaye de Saint- Martin d'Ainay, et le titulaire était curé primitif, le prêtre desservant la paroisse n'avait que le titre de vicaire perpétuel et que le droit à la portion congrue, M. Bertrand de la Colombière, d'après les conseils et le dire de noble Jacques Puthod, conseiller du roi au parlement de Grenoble, termina le 7 mai 1642, par une transaction, un différend qui s'était élevé entre messire Bascon , vicaire perpétuel de l'église de Saint-Symphorien,etle sieur Henri de Molin, religieux en l'abbaye royale de Saint-Martin d'Ainay, prieur du prieuré de Saint- Symphorien et curé primitif, touchant la portion congrue.
L'église est du xmc siècle. La nef a, été reconstruite au xvue siècle , mais non dans le style primitif. Alors le gothique était peu en faveur. Les chapelles latérales ont été conservées. Le clocher, par sa lorme bizarre, excite la curiosité et donne à penser aux architectes; il est très ancien et semblerait avoir appartenu à une église primitive. Le
chœur a été orné d'une sorte de coquille, et au fond il y a, dans un encadrement, un tableau représentant le martyre de saint Symphorien, de Thomas Blanchet, peintre du roi, chef de l'école lyonnaise; il porte la date de 1677.
GÉNÉALOGIE DES DE LA COLOMBlÈRE
« La Colombière, dit Guy Allard, a été une famille noble originaire de la Bourgogne i, qui portait d'azur à trois colombes d'argent. Elle a paru en Dauphiné depuis l'an 1360 et a fini à la fin du dernier siècle. Des deux branches Tune s'est éteinte vers 1560, par Gaspard de la Colombière , trésorier et receveur général de cette province , qui ne laissa que trois filles. L'autre branche (établie dès le xvie siècle à Saint -Symphorien d'Ozon) est aussi tombée en quenouille par Louise de la Colombière, fille de Sébastien-Victor de la Colombière et épouse de Jean de Veynes, bien qu'elle eût plusieurs frères, mais ils sont morts sans postérité. »
1 Cf. Dictionnaire du Dauphiné, par Guy Allard; Bibliothèque du Dauphiné , par Guy-Allard; Généalogies des familles nobles du Dauphiné. D'après une noie qui se trouve dans les Généalogies des familles nobles de la province du Dauphiné , par Guy-Allard (manuscrit appartenant à la bibliothèque de Grenople), « cette famille est venue de Chàlon en Bourgogne, et le premier de ceux que nous avons dans cette province du nom de la Colombière vint habiter à Valence et s'appelait Guyot Gaude, dit de la Colombière, fils du chancelier de Bourgogne : lequel Guyot, après la mort de son père et par les continuelles guerres qui étaient audit pays, fut contraint de se retirer avec sa femme en Dauphiné. L'an 1300 ou environ, la maison des Gaude est tenue pour noble audit Bourgogne , et elle avait une maison-forte auprès dudit Chàlon , laquelle fut rasée au temps des guerres. »>
Le même auteur, citant les hommes illustres de cette famille, mentionne :
1° Trésoriers uniques et receveurs de cette 'province (le Dauphiné). Aymar de la Colombière, 1483; Charles de la Colombière, 1500; François de la Colombière, 1530; Gaspard de la Colombière, 1560.
2° Membres de la chambre des Comptes. Jean de la Colombière, 4525; Antoine de la Colombière, 1546; Charles de la Colombière, 1578; et Humbert de la Colombière (frère aîné du P. Claude de la Colombière), 1082.
3° Chanoines de la calliédrale de Vienne. Antoine de la Colombière, 1500 (il fut aussi grand vicaire de l'archevêque); Pierre de la Colombière, 1533 (ami du chanoine Puthod); Anne de la Colombière, 1658; Fleury de la Colombière, 1660 . oncle du P. Claude de la Colombière et grand archidiacre.
Il est vrai que l'éditeur du Dictionnaire du Dauphiné par Guy Allard, M. Gariel, parlant de la seconde branche des de la Colombière, supprime ces mots : établie dès le xvic siècle à Saint-Sympltorien d'Ozon. Mais les documents authentiques recueillis aux archives de la commune prouvent surabondamment qu'une famille de la Colombière. celle précisément qui est indiquée comme seconde branche tombée en quenouille par Louise de la Colombière, épouse de Jean de Veyncs, existait à Saint- Symphorien depuis de longues années. On peut remonter, à l'aide d'actes officiels, jusqu'à la fin du xve siècle, et dresser exactement la généalogie de Louise de la Colombière depuis Pierre de la Colombière, père de Bertrand de la Colombière. Ainsi l'éditeur des œuvres de Guy Allard. mieux renseigné, n'aurait pas supprimé les mots par lesquels le célèbre généalogiste affirmait l'existence d'une seconde branche des de la Colombière à Saint Symphorien d'Ozon.
V Armoriai du Dauphiné , édité par M. Rivoire de la
Bâtie, renferme des vérités et des erreurs, erreurs qui tiennent uniquement à ce que l'auteur de ce livre n'a pas connu suffisamment les archives de Saint- Symphorien. A l'article la Colombière (Gièrcs), nous lisons ces mots : « Originaire de la Bourgogne, où elle était connue dès l'an 1 300 ; son nom primitif était Gaude. Guyot Gaude, dit la Colombière, est mort en 1399; Alexandre de la Colombière était chevalier de Malte en 1461. »
L'auteur parle ensuite de Gaspard de la Colombière; receveur-trésorier général du Dauphiné, 1560, fils de François de la Colombière, qui exerçait la même charge en 1541 ; et il affirme que Gaspard de la Colombière ne laissa que trois filles, savoir : Jeanne de la Colombière, femme d'Arthur Prunier; Guyonne, mariée à Gabriel de Morges, seigneur de la Motte , et Louise , mariée à Balthasar de Bourchenu, tige des Moret de Bourchenu, marquis de Valbounay. On peut voir dans Y Armoriai du Dauphiné, par R ivoire de la Bâtie, les notices généalogiques de ces trois familles. Il ajoute ensuite ces mots : «Il existait une autre branche venue d'un maître des Comptes (Humbert) père de Joseph de la Colombière, conseiller au Parlement vers 1710 : elle est tombée en quenouille par Louise de la Colombière, mariée à Jean de Veynes. »
« Nous ignorons si Joseph de la Colombière et Sébastien- Victor de la Colombière de Gières , conseillers au Parlement en 1737 et 1740, étaient issus de la même souche, ainsi que le P. Claude de la Colombière qui s'est fait un nom comme prédicateur et surtout comme directeur de la célèbre Marie Alacoque , religieuse au couvent de Parayle-Monial, institutrice de la dévotion au sacré Cœur de Jésus. Il était né en 1641 , à Saint-Symphorien d'Ozon. Il mourut en 1682.
« Voici ce que nous avons retrouvé au sujet de cette branche originaire de Saint-Symphorien d'Ozon. »
« Armes. D'azur à trois colombes d'argent becquées et onglées de gueules. La deuxième branche portait : d'azur au chevron d'or, accompagné de trois colombes d'argent becquées et onglées de gueules. »
Si M. Rivoire de la Bâtie avait compulsé les archives de Saint-Symphorien, il n'aurait pas ignoré si Joseph de la Colombière et Sébastien- Victor de ta Colombière étaient issus de la même souche. Il aurait vu clairement qu'ils descendaient d'Humbert de la Colombière , maître des Comptes en 1682, au parlement de Grenoble, et que le P. de la Colombière était son frère.
Nous croyons qu'on peut affirmer, avec ces deux auteurs rectifiés d'après les documents officiels des archives de Saint-Symphorien, que la famille de la Colombière est bien la branche cadette établie dès le xvie siècle à Saint- Symphorien; mais ses représentants, étant pauvres apparemment, avaient dû, pour se créer des ressources, exercer le notariat ou d'autres emplois peu éclatants. Or, dit Guy Al lard, l'an 1550, par une ordonnance, le roi ôta aux nobles la liberté d'être notaires sans déroger. Les ancêtres de M. Bertrand avaient donc dérogé. Mais ce ne fut que pour un temps. Dès que cette famille fut assez riche pour reprendre son rang, elle abandonna les fonctions de notaire , et Humbert de la Colombière nous apparaît avec tous les privilèges de la noblesse.
C'est ce que M. Rivoire de la Bâtie constate en nous parlant de cette branche des de la Colombière venue d'un maître des Comptes, originaire de Saint-Symphorien d'Ozon. Humbert de la Colombière, en reprenant les armes de ses ancêtres , put y ajouter un chevron d'or, qui était signe de famille ancienne et de noblesse confirmée.
En résumé la famille de la Colombière, quoique ancienne et réellement noble, s'était vue réduite à une modeste forlune. Toutefois la dignité de sa vie, la noblesse de ses sen-
timents, le choix de ses relations et sans doute ses vertus héréditaires, la rendaient très honorable et très respectée. On voit que les familles du Dauphiné et du Lyonnais entretenaient avec elle des rapports d'amitié. M. Bertrand , père du célèbre jésuite , est appelé dans un acte de baptême : honestissimus et discrelissimus vir Bcrtrandus de la Colombier e (1653).
Nous avons dit qu'on nomme indifféremment dans les actes les membres de cette famille Colombier, de la Colorabière ou Colombier de la Colombière. Ce qu'il y a de certain , c'est que dès 1606 nous voyons paraître M. Pierre de la Colombière , aïeul du P. Claude de la Colombière.
Il est inutile de dire que les Gaude de la Colombière n'ont rien de commun avec les Vulson de la Colombière, famille protestante , originaire d'Ecosse et établie aussi dans le Dauphiné.
FAMILLE DE Mmo BERTRAND DE LA COLOMBIERE
« Vers le commencement du xvn° siècle , haut et puissant seigneur messire Nicolas de Neuville, marquis de Villeroy, bailla à ferme et admodiation , au sieur Michel Pause, bourgeois et châtelain de Feysin, sa terre et seigneurie de Mions et ses possessions de Saint-Symphorien. » Le sieur Michel Pause, ami de Bertrand de la Colombière, notaire royal , avec lequel il avait de nombreux rapports d'affaires, lui céda ce qu'on appelait le terrier des Gordes, consistant en servis, portant Laods et Vends et tous droits seigneuriaux, honneurs et gloire dus à icelui. » On s'enrichissait vite à pareil jeu. Michel Pause devint très riche; il avait quatre enfants, qui firent tous de bons établisse-
ments. Claude Pause devint négociant à Vienne; Benoît Pause fut auditeur, puis maître des Comptes à Grenoble en 1G31 et y mourut en 1670. Humbert Pause, d'abord avocat au bailliage de Vienne, puis conseiller du roi, 1647, fut trésorier de la généralité du Dauphiné à Grenoble. La sœur de ces trois Pause, qui, grâce sans doute à la protection du marquis de Villeroy et à leurs talents , avaient si bien réussi, épousa le sieur Coindat, riche citoyen de Vienne , sur lequel il y a peu de renseignements. Ce qui paraît certain, c'est que Marguerite Coindat, leur fille, fut orpheline de bonne heure et élevée avec la plus vive sollicitude par son oncle Humbert Pause.
Quoique Viennoise de naissance, elle habitait souvent Saint-Symphorien ou Feysin , qui en est proche, surtout lorsqu'au temps des vacances son oncle venait se délasser de ses travaux dans ses belles propriétés.
Marguerite Coindat, jeune, riche et aimable, était souvent demandée pour être marraine. C'était un hommage rendu à sa piété. Une fois , n'ayant pu se rendre à un baptême, elle se fit remplacer par sa tante Marguerite Denicourt, belle- sœur de M. Humbert Pause. Elle paraît deux fois comme marraine avec ses oncles, choisis également pour parrains.
On comprend, d'après ces détails, comment M. Bertrand de la Colombière eut l'occasion de connaître et d'apprécier la pupille et la nièce de son ami. Il la demanda en mariage et il l'épousa vers la fin de l'année 1633.
Ainsi Marguerite Coindat est de Vienne et appartient à une famille riche et honorable. Elle nous apparaît comme une jeune fille bonne, aimante et pieuse, aussi bien élevée que possible. Elle avait vingt ans à l'époque de son mariage, elle mourut à peine âgée de quarante-huit ans.