VOCATION ET NOVICIAT
Egredere de terra tua, et de cognatione tua, et de domo patris tui, et veni in ierram quam monstrabo tibi.
(Gen., xii , 1.)
Sors de ton pays, de ta famille, de la maison de ton père, et viens dans la terre que je te montrerai.
Un des plus doux mystères de la Providence, celui où se cache la main paternelle de Dieu et où il fait à l'homme les plus beaux présents, se nomme la vocation. La vocation! c'est l'appel de Dieu, c'est son invitation à embrasser une carrière dans laquelle lame docile et fidèle trouvera les grâces de salut et de sanctification. Aussi rien de plus important pour un chrétien que de répondre à cette voix d'en haut qui daigne lui indiquer le chemin du salut.
Celui que Dieu, de toute éternité, avait destiné à être l'apôtre du sacré Cœur, était sans doute l'objet
d'une attention particulière de la divine Providence. Dieu voulait qu'il vécût loin du monde et tout entier aux saintes préoccupations d'acquérir la perfection. Sa place était marquée dans un ordre religieux, et dans un ordre qui faisait profession particulière d'honorer le divin Sauveur Jésus.
Mais les vocations les plus surnaturelles, s'il est permis de parler ainsi, rencontrent ordinairement des difficultés. Ces obstacles viennent souvent de l'affection mutuelle des parents et des enfants ; il faut sinon briser les liens de la chair et du sang, les rendre moins étroits et moins assujettissants. Dieu permet ces résistances de la nature pour mieux assurer le triomphe de la grâce.
Dans la vie de la bienheureuse Marguerite-Marie , nous pouvons étudier l'action divine préparant et conduisant les âmes au but marqué dans les conseils éternels. On se souvient de ces combats intimes dont le cœur de la jeune fille était le théâtre. Elle ne pouvait se résoudre à délaisser sa mère tendrement aimée; et quand elle se fut enfin décidée à faire ce généreux sacrifice , elle se vit pressée d'entrer dans des maisons religieuses qui n'étaient pas celle où le Ciel l'appelait. Que de prévenances et que d'attentions paternelles de Dieu pendant ces années d; hésitation et de résistance ! Avec quel art plein de douceur et de force il disposait toutes choses à l'accomplissement de ses desseins ! Enfin la colombe , dégagée de toute entrave , put prendre son vol vers le monastère de Paray-le-Monial, l'asile sacré où
elle devait vivre et se consumer d'amour. In nidulo meo moriar.
Claude de la Colombière eut aussi des obstacles à surmonter pour obéir à l'appel de Dieu. Il lui fallait le consentement de son père, et il l'avait demandé sans pouvoir l'obtenir.
M. Bertrand de la Colombière n'était pas assurément hostile aux idées religieuses. Tous les écrits du temps le représentent comme un chrétien fervent, et dans les dernières années de sa vie il était un sujet d'édification pour la paroisse de Notre- Damede-la-Yie 1 , et , on peut le dire , pour toute la ville de Vienne. Mais il crut remplir un devoir vis-à-vis de son fils en s'assurant de la réalité de cette vocation qui le portait à embrasser la vie religieuse.
Cette vocation était réelle. Il suffisait à un esprit observateur de remarquer les goûts studieux, les inclinations pieuses et les aspirations de ce jeune homme qui avait soif d'action et de dévouement.
Le désir d'embrasser un genre de vie parfait s'était fortifié par la réflexion. Les discours où l'on parlait de la nécessité de tout sacrifier pour assurer le salut de l'âme, du bonheur de ceux qui renoncent
îXotre-Dame-de-la-Vie est le nom d'une des sept paroisses qui existaient autrefois dans la ville de Vienne. L'église de cette paroisse était le Temple de Livie transformé en temple catholique. Depuis un siècle on a rendu au monument romain son ancien aspect, et il fait l'ornement d'une des places de la ville.
La paroisse de Notre-Dame-de-la-Vie était celle de la noblesse et de la magistrature. La noble famille des Pasquet, alliée à la famille des la Colombière, habitait sur cette même paroisse.
à tout pour suivre Jésus -Christ, de la grandeur de l'immolation volontaire par laquelle on rend au Sauveur dévouement pour dévouement, le confirmaient
dans sa résolution. Ces hauteurs sublimes de la foi charmaient et attiraient ses regards. Lui aussi, il voulait gravir la montagne de la perfection chrétienne.
Il connaissait les jésuites, ses maîtres, pour les avoir vus de près. Il admirait le noble but que saint Ignace s'était proposé en formant la compagnie de Jésus, et cette belle devise : « Pour la plus grande gloire de Dieu , Ad majorera Dei gloriam, » faisait tressaillir son âme d'une généreuse ardeur.
Il s'était donc senti porté à embrasser cet Institut. Il avait fait confidence de son projet à sa pieuse mère, qui l'approuvait pleinement, et en bénit le Seigneur. Il n'en fut pas de même pour son père. Obéissant aux conseils de la prudence et se défiant de ce qu'il appelait un engouement passager, et peut-être le rêve pieux d'une imagination ardente, il avait ajourné toute détermination de ce genre à la fin des études scolaires. Le moment était venu, mais M. de la Colombière ne paraissait pas encore disposé à donner son consentement.
Quoique profondément religieux, il éprouvait un certain déplaisir de cette vocation. Il voyait son fils doué de tous les talents propres à le faire réussir dans le monde; il n'avait rien négligé pour le rendre un gentilhomme accompli, et il devait renoncer à toutes les espérances qu'il avait fait reposer sur lui.
C'était un véritable sacrifice qu'on lui demandait; et, qui l'ignore? tout sacrifice coûte à la nature.
Les choses en étaient là, et le jeune homme, fort de l'approbation donnée à son projet par le directeur de sa conscience, soutenu par une conviction de plus en plus inébranlable , persistait dans son dessein. On lui avait commandé d'attendre avec patience le consentement de son père et d'implorer par des prières fréquentes l'assistance du Ciel. Il se conformait à ces sages conseils.
Cependant le temps s'écoulait, les vacances touchaient à leur terme, et rien n'était encore décidé. Or, la résignation coûte beaucoup à la jeunesse, Claude ne pouvait dissimuler l'impatience de ses désirs. Des nuages de tristesse se répandaient sur son front, et la pâleur de son visage accusait un chagrin secret. Le regard maternel s'aperçut bientôt de l'altération qui paraissait sur la figure aimée. Mmo de la Colombière, craignant de voir son fils tomber malade, avertit son époux et l'engagea doucement à ne pas contrarier davantage une vocation qui semblait venir de Dieu.
Après avoir bien réfléchi et consulté des personnes prudentes, M. de la Colombière n'éhsita plus. Il fit venir son fils auprès de lui, et, après lui avoir annoncé qu'il le laissait libre d'embrasser la sainte carrière où Dieu l'appelait, il ouvrit ses bras et pressa contre son cœur son fils ému et reconnaissant.
Claude écrivit aussitôt au supérieur de la province de Lyon pour demander sun admission dans
la Compagnie. La réponse ne se fit pas attendre. Il était envoyé au noviciat d'Avignon *.
Quelques jours après, une sorte de désolation régnait dans la noble demeure. Le moment du départ île Claude pour le noviciat était venu. Il est facile de se représenter la douleur d'une famille à l'heure d'une séparation. Des larmes silencieuses coulent sur le visage pale d'une mère ; des regrets mêlés de pleurs s'échappent des lèvres des frères et des sœurs. On s'aime beaucoup dans les familles chrétiennes, et le cœur est douloureusement atteint quand il faut renoncer à des rapports pleins de charmes. Claude, quoique inébranlable dans sa résolution, n'était pas le moins ému.
Coulez , larmes de tendresse et de regret ! Dieu n'est point offensé de ces témoignages d'une juste et légitime douleur. Coulez sans honte ni remords , vous êtes le sang du sacrifice que le cœur offre à Dieu. Mais, selon la belle pensée d'un saint docteur, le chrétien n'est pas seulement composé d'un corps et d'une âme; il possède encore la grâce, et c'est l'onction de cette vertu divine qui rend capable d'un généreux effort, le baume céleste qui guérit et adoucit les blessures du cœur.
M. de la Colombière fit appel à tout son courage pour abréger une scène déchirante. Il entraîna son fils, et bientôt, montant à cheval, ils s'éloignèrent
1 II y avait alors deux noviciats : celui d'Avignon, qui existait depuis lo71 , et celui de Lyon , fondé en 1606. On comprend d'ailleurs la sagesse de la mesure qui envoyait le jeune homme loin de sa famille.
de la chère valide à laquelle Claude disait tout bas un éternel adieu.
Peu à peu le mouvement, les distractions du voyage,
calmèrent l'émotion et dissipèrent la tristesse du jeune homme; et tout en causant avec son père des personnes aimées qu'il laissait, ils se rapprochaient du terme de leur voyage. Pendant qu'ils se dirigent vers la ville des papes , nous pouvons voir une mère qui prie et qui pleure. Quoique pleinement résignée à la volonté de Dieu, heureuse même de la vocation de son fils, Mme de la Colombière n'en avait pas moins ressenti une douleur profonde. Plus on aime, plus 1rs séparations sont cruelles.
Le supérieur du noviciat accueillit avec bonté le jeune homme présenté par son père. Claude était agréé d'avance. Dès le soir même, il entrait dans la maison du noviciat'.
On dit que son père, en l'embrassant une dernière fois, lui fit entre autres recommandations celle-ci : « J'espère que vous vous conduirez toujours de manière à honorer le nom que vous portez. — Oui, mon père, aurait alors répondu Claude, je vous le promets, et puisque l'honneur du religieux consiste à être saint, je tacherai de le devenir, m — Il devait tenir parole.
Les jésuites firent le meilleur accueil au jeune novice. La renommée de ses talents et de ses succès, la maturité précoce de sa raison, sa piété, son
1 C'était le noviciat de Saint-Louis. Cet établissement est deyenu plus tard une succursale de l'hôtel des Invalides, et aujourd'hui un hospice pour les vieillards.
caractère aimable et la générosité avec laquelle il sacrifiait les espérances d'un brillanl avenir dans le monde, lui gagnaient toutes les sympathies. On espérait qu'il rendrait de grands services à la cause de Dieu et de l'Église. On ne se trompait pas. Dieu, qui l'avait choisi et appelé, lui réservait une belle et sainte mission.
Il avait dix-huit ans accomplis quand il entra dans la Compagnie de Jésus. C'était le 22 octobre 1639. Voici comment un auteur contemporain1, qui nous a laissé un très court abrégé de la vie du P. de la Colombière, parle de son entrée au noviciat.
« Il entra dans la Compagnie de Jésus dès les premiers temps de sa jeunesse, et il y apporta les plus heureuses dispositions pour remplir tous les devoirs de sa vocation : une complexion assez robuste, un esprit vif et naturellement poli, un jugement solide, délicat et pénétrant, une grande âme, des inclinations nobles , des grâces mêmes propres à donner de l'éclat et de l'agrément à ses divers talents. Un si riche fonds eut toute la culture dont il était susceptible, et l'on a recueilli tous les fruits qu'on en pouvait attendre 2. »
1 Cet auteur contemporain est le F. Nicolas de la Pesse, jésuite de la province de Lyon qui se distingua par son talent oratoire. 11 mourut à Chambéry le 11 juin 1724. 11 a composé plusieurs ouvrages et a laissé six volumes de sermons imprimés à Lyon en 1700. Le journal de Trévoux en parle avec éloge. 11 loue égolemment la préface si eslimée, placée en tête des sermons du P. de la Colombière, édités par le P. de la Pesse.
2 Ces lignes sont tirées de la prélace placée en tête de la première édition des œuvres du P. de la Colombière. Los édi-
Ces deux années de solitude furent laborieuses et fécondes. Claude de la Colombière y a jeté les fondements de cette sainteté éminente à laquelle il est parvenu. Il est un axiome admis par tous les maîtres de l'ascétisme chrétien et qu'on peut formuler ainsi : « Tel on se montre pendant le noviciat , tel on sera dans le cours de sa vie religieuse. » p
Ce temps d'initiative doit être, en effet, le point de départ d'une marche progressive vers la perfection; si l'on est fervent novice, on sera ordinairement bon religieux, et le bon religieux réalise ces paroles du sage inspiré : « Le sentier du juste est semblable à une lumière qui croît jusqu'à ce qu'elle resplendisse. » (Prov. iv, 18.)
Il en fut ainsi pour le jeune novice. Dans les premiers jours, il fut inondé de douceurs célestes. Dieu récompensait son généreux sacrifice, et consolait son cœur, quelquefois attristé par l'absence de personnes bien chères. C'était comme une fête perpétuelle dans sa conscience, elle lui rendait témoignage qu'il était bien dans la voie où Dieu l'avait appelé.
Nous avons peu de détails sur les années de son noviciat. Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il eut à lutter et à combattre, qu'il dut faire d'énergiques efforts sur lui-même. Il ne craignait pas d'avouer plus tard « qu'il avait une horrible aversion de la vie à laquelle il s'engageait, lorsqu'il se fit religieux». A force de vertu il triompha de ces étranges
tions successives n'ont fait que reproduire, en l'abrégeant, cette préface renfermant l'abrégé de la vie du Vénérable Père.
répugnances. Bien plus, grâce à la rectitude de son jugement et à l'énergie de sa volonté, il ne recula devant aucune des conséquences du renoncement et de l'abnégation , ces deux principes de toute vie parfaite, et on le vit exceller clans les vertus religieuses, comme autrefois dans les études littéraires et scientifiques. Ajoutons que le Seigneur l'avait élu pour en faire un serviteur fidèle, et que la grâce, cette ouvrière habile, travaillait activement à l'œuvre de sa sanctification.
Ici se place un petit événement qui nous a été conservé par une tradition constante, et qui vient d'être consigné dans un ouvrage récent '. Louis XIV fit un voyage en Provence, à l'occasion des troubles de Marseille , ou plutôt pour visiter cette partie de la France , et de là se diriger vers les frontières de l'Espagne. On négociait alors son mariage avec l'infante Marie-Thérèse.
Le roi, revenant d'Aix, passa par Avignon. Il se trouvait en cette ville le 18 mars 1660 -. Ce fut alors qu'Anne d'Autriche, la grande et pieuse reine, dont on connaît les sentiments pour les Pères de la Compagnie de Jésus , voulut leur donner un témoignage de sa haute bienveillance. Elle visita le collège et le noviciat. Louis XIV accompagnait sa mère. « Le lundi de Pâques, 29 mars, Leurs Majestés vinrent entendre la messe au noviciat de Saint- Louis , et le prince, voulant laisser un éclatant sou-
1 Les Jésuites à Avignon, par Auguste Canron.
2 D'après Montglas.
venir de son passage et de sa royale magnificence dans une enlise consacrée à son bienheureux aïeul , y lit suspendre au-dessus du tabernacle un diadème en or pur. »
On rapporte qu'avant de se retirer, le roi se fît présenter les novices. « Il en distingua un entre tous les autres qui le frappa par la noblesse de son maintien et la douceur de sa modestie. Il s'appelait Claude de la Colombière, et appartenait à une famille illustre du Dauphiné. »
Il commençait sa seconde année du noviciat, lorsqu'il fut appelé en grande hâte à Saint-Symphorien. Sa mère, jeune encore, mais épuisée avant le temps par les saints labeurs de la maternité, était gravement malade, et avant de mourir, car on désespérait de sa vie, elle demandait à voir son fils une dernière fois.
Claude partit aussitôt, revêtu du costume religieux, et il arriva juste à temps pour assister sa pieuse mère. Le fervent novice remplit auprès d'elle les fonctions d'un ange consolateur. Il trouva dans sa piété et dans son cœur les inspirations les plus propres à encourager la mourante. C'est alors que sa mère, l'entendant parler avec une onction merveilleuse , lui dit : « Mon fils , tu seras un saint religieux. •»)
Il recueillit pieusement son dernier soupir, et il garda toute sa vie le souvenir de celle qui avait formé son cœur aux sentiments de la foi. Ce fut pour lui un nouveau motif de marcher d'un pas ferme dans le chemin de la perfection, et toujours
il entoura des hommages de la piété filiale Pin
de cette mère chérie.
Elle était digne d'être regrettée de tous. Dana l'acte de décès 1 rédigé par messire Pons Bcsson, curé de Saint- Symphorien, nous remarquons ces mois simples et significatifs : décodée en très bonne catholique. Il semble que le pasteur n'a pu s'empêcher d'exprimer un hommage et un regret pour la meilleure brebis de son bercail, la bienfaitrice de Péglise et des pauvres , un modèle de piété et de vertus chrétiennes.
Le novice, en fils reconnaissant, s'efforça de hâter par ses prières l'entrée de cette âme dans le séjour de la béatitude, et s'appliqua tout entier à l'étude de la perfection religieuse. Nous avons surpris un aveu, échappé à son humilité, qui nous révèle la ferveur de son âme et comment il travaillait à se rendre digne de sa sublime vocation. Dans sa Retraite spirituelle y examinant sa conduite, il se prend à dire : « D'où vient que je ne suis plus ce que j'étais au noviciat? » Et cependant, depuis cette époque. il n'était pas resté stationnaire dans les voies de la perfection.
En récompense de sa bonne volonté, Dieu lui accorda la grâce de bien comprendre ce que doit être un religieux. Car tous ceux qui franchissent le seuil
1 Demoiselle Marguerite Coindat, femme du sieur Bertrand de la Colombière, conseiller du roi en l'Election de Vienne, mourut le 3 août 1661, et le lendemain fut enterrée dans l'église (de Saint-Syiîiphorien ) , étant décédée en très bonne catholique. (Extrait des registres de la paroisse.)
d'un cloître n'ont pas cette intelligence claire et pratique de leurs obligations. Une certaine inconsidération, ordinaire dans la jeunesse, ou un manque de sérieux empêche fréquemment de réfléchir sur la nature des devoirs qu'on s'impose, et l'on marche au hasard dans une route où il est facile de s'égarer, et où le moindre danger est de perdre un temps précieux.
Le P. de la Golombière a fait plus tard cette observation judicieuse : « On n'est pas religieux parce qu'on en porte l'habit. Il y a certains renoncements inséparables de la vie monastique; mais tant que la volonté n'accepte pas le renoncement intime, l'immolation du moi égoïste et personnel, on n'est pas vraiment religieux. » Il agit au noviciat selon cette maxime, et c'est ainsi qu'il éleva l'édifice de sa sainteté.
Ce fut alors qu'il connut plus à fond le défaut dominant de sa nature. Il aimait la gloire humaine et l'éclat de la renommée. Gomme autrefois François Xavier avant sa conversion cherchait la réputation dans l'enseignement des sciences, ainsi Claude de la Golombière la désirait dans l'étude des lettres et dans ses actions. Il est vrai que son jugement, naturellement droit, l'avait averti déjà du néant des choses périssables. Les lumières de la foi le lui démontraient mieux encore. 11 prit dès lors la résolution de combattre énergiquement cette misérable passion , et il engagea une lutte sans trêve ni merci.
On sait quels sont les exercices en usage dans les
maisons religieuses, et surtout dans les noviciats. Il y a des humiliations publiques , des pratiques de pénitence , des macérations et des austérités corporelles, des emplois où l'humilité et la charité trouvent un aliment. Claude était un des plus intrépides à embrasser ces mille moyens de dompter l'homme charnel; il se jetait, pour ainsi dire, à corps perdu dans l'abnégation. Aussi son âme prenait un rapide essor vers la perfection , et au terme de son noviciat il possédait la réputation d'un véritable religieux, dont les vertus solides annonçaient une perfection peu commune.
On pouvait le présenter comme un modèle par la possession de ces fleurs célestes appelées obéissance, pauvreté, chasteté, douceur, humilité, modestie; par son esprit de foi qui le faisait vivre dans un monde surnaturel; par son courage dans la lutte spirituelle où il montrait la sainte obstination d'une conscience solidement attachée au devoir ; par l'ardeur généreuse de la jeunesse unie à la virilité du caractère et à des convictions arrêtées. Nous verrons que, loin de se démentir dans la suite, il n'a fait que se perfectionner davantage et vivre de plus en plus dans la familiarité de Dieu. Il semblait avoir hâte d'atteindre les sommets de la perfection religieuse, comme si déjà il avait eu le pressentiment qu'il n'aurait pas les années de la vieillesse.
Heureuses années du noviciat ! saison printanière de la vie religieuse trop vite écoulée et vers laquelle le cœur se reporte volontiers, on ne vous oublie jamais! Le P. de la Colombière, à la fin de sa car-
rière, n'avait point perdu ces frais souvenirs de sa jeunesse, et en écrivant à un de ses amis qui habitait Avignon, il lui disait qu'?7 aiwait bien des raisons de lui rportcr envie, si Dieu ne l'arrêtait à Lyon.