II. Sœur Marie-Madeleine de Vellein
Jeanne de Vellein , née au mois d'août 1693, à Saint- Symphorien , vint à l'âge de neuf ans au monastère de Condrieu. C'était une enfant aimable et gracieuse qui ouvrit bien vite son cœur à la piété. Elle voulut, comme sa sœur Marguerite, embrasser la vie religieuse.
« L'année 1708, le 20 décembre, j'ai été examinée, pour ma profession, par M. Vany, notre digne confesseur, et pour cela j'ai été seule au parloir pour dire en toute liberté ce que bon me semblait; et avec la même liberté j'ai parlé à M. de la Golombière et de Vellein, mon père et grandpère; j'ai fait mes vœux entre les mains de M. de la Colombière, chevalier de l'église de Saint-Maurice de Vienne, mon oncle , lesquels rendront témoignage que c'est de mon plein gré et franche volonté que j'ai fait la sainte profession. »
Elle prononça ses vœux le 4 mai 1710, à l'âge de dixsept ans. Cette très honorée sœur est issue d'une famille qu'on peut appeler la famille des saints. Petite-nièce du P. de la Colombière, elle en avait hérité la piété, elle en a soutenu les vertus. Son caractère était bon, compatissant ; tout ce qui intéressait les autres la touchait sensiblement elle-même. Pleine d'amour pour la sainte religion, elle Pa servie utilement dans les emplois où l'obéissance l'appela. Appliquée à méditer nos constitutions et les écrits de notre saint fondateur, elle en possédait si bien la lettre et
l'esprit qu'elle faisait notre ressource dans nos difficultés et nos doutes.
Nous pouvons dire qu'elle a été pour nous une règle toujours vivante et un modèle accompli de mortification et de pénitence. Elle était si dure à elle-même qu'on la voyait disputer à la nature ce qu'elle ne pouvait indispensablement lui refuser; si laborieuse, qu'elle aurait voulu prendre sur elle tout ce qui pouvait surcharger les autres; si humble, que tout ce qu'il y avait de plus abject et de plus bas dans le ministère de la maison faisait ses empressements.
Consacrée à Dieu dès sa plus tendre jeunesse, toujours la première à tous nos saints exercices, elle a rempli jusqu'à la fin les devoirs de religion avec une exactitude et une ferveur peu communes. Son zèle pour le saint office était des plus ardents, son dévouement des plus parfaits et sa dépendance des plus entières. Mais c'est surtout dans sa maladie que ses vertus ont éclaté.
Elle souffrait depuis une année des oppressions de poitrine, et, quoiqu'elles n'annonçassent rien de dangereux, elle ne laissa pas, par un pressentiment particulier, de se préparer à mourir.
Dès lors, ne se regardant plus comme de ce monde, elle rapporta tout à sa dernière fin ; aussi la mort n'a rien eu d'effrayant pour elle; loin de la craindre, elle l'a désirée. « Si vous avez à prier pour moi, disait-elle, que ce ne soit point pour que Dieu prolonge mon exil, mais plutôt pour qu'il le termine et me fasse miséricorde. »
Fatiguée d'une hydropisie universelle, accablée d'infirmités et de maux, plus sensible aux peines qu'elle donnait qu'à celles qu'elle endurait, elle avait toujours à la bouche quelques paroles d'attention et de reconnaissance envers celles qui s'empressaient de la soulager. Les derniers jours de sa maladie, les douleurs ayant vivement aug-
mente, elle les a supportées avec une paix et une patience admirables , unissant sans cesse ses souffrances à celles de son Sauveur, lui témoignant l'amour le plus tendre, la soumission la plus parfaite et la résignation la plus entière. C'est dans ces pieux sentiments qu'elle a reçu les sacrements de l'Église et tous les autres secours des mourants.
Elle a laissé un écrit en ces termes : « Je supplie très instamment qu'on ne dise rien de moi après mon décès, si ce n'est de demander à l'Ordre les prières accoutumées pour le repos de mon âme ; et celles qui voudraient me faire la charilé d'y ajouter un acte de contrition , une amende honorable au sacré Cœur de Jésus et un Ave Maria à la très sainte Vierge selon mon intention, je les assure de ne les point oublier devant le Seigneur, s'il me fait miséricorde, ce que je n'espère que de son infinie bonté et de la très sain le Vierge , ma bonne mère. »
Elle est morte le 4 janvier 1759, après quelques moments d'angoisse, dans une tranquillité et une sérénité d'âme, image de celle dont nous avons lieu d'espérer qu'elle jouit dans le ciel. -Elle était âgée de soixante-six ans, dont quarante-sept de religion.