DÉTAILS SUR LA FAMILLE DU P. DE LA COLOMB1LRE
Son aïeul , Pierre de la Colombière , était notaire à Saint-Symphorien d'Ozon. Il eut deux fils, Fleury et Bertrand. Le premier fut chanoine de l'église cathédrale de Vienne; le second, Bertrand, succéda à son père dans la charge de notaire en 1(330. Il épousa, en 1633, honnête demoiselle Marguerite Coindat, de laquelle il eut six en-
fants : Humbert , lsabeau , Claude , René , Marguerite et Joseph.
A l'époque de son mariage, M. Bertrand avait acheté la maison de M. du Mas de Chacorne; cependant il ne possédait pas des biens considérables ; ce fut après la mort de sa femme qu'il acheta les fonds de M. de Mussino , consistant en vastes prairies , terres et moulins , situés à Saint- Symphorien et à Sérézin. A partir de ce moment, M. Bertrand de la Colombière devint un des principaux propriétaires du pays. Conseiller du roi en l'élection de Vienne, en 1650, époque où il renonça à la charge de notaire, il devient conseiller honoraire en 1665, et il mourut à Vienne le 15 juillet 1676.
Humbert de la Colombière, né en 1635, docteur en droit, avocat à la- cour devienne, devient conseiller du roi en l'élection de cette ville; mais, quoique habitant Vienne, il n'avait point abandonné Saint- Symphorien. Ce qui le prouve, c'est son titre de lieutenant particulier du marquisat de ce nom.
En 1681 il devient maître ordinaire en la Chambre des comptes de Grenoble, et il se fixe en cette ville. Il revient souvent à Saint -Symphorien , où sont les domaines et la maison de sa famille. Il y paraît dans divers actes sous cette dénomination. Ensuite il est désigné comme conseiller et maître honoraire en la Chambre des comptes. Agé de soixante et onze ans, il était venu se reposer de ses travaux dans son pays natal, où probablement il mourut. Nous le voyons assister à la profession de ses deux petitesfilles au monastère de Condrieu.
lsabeau et René moururent en bas âge.
Claude de la Colombière est celui dont nous écrivons la vie.
Marguerite de la Colombière, née le 8 octobre 1648, fut religieuse de la Visitation au monastère de Condrieu.
C'était une personne aimable, gracieuse et obligeante. Son charmant caractère la fit aimer de ses compagnes, qu'elle édifiait par sa piété. La supérieure qui la reçut était la mère Marie-Catherine de Villars, fille du fondateur et de la fondatrice du monastère de Condrieu , religieuse d'un grand mérite, qui exerça les fonctions de directrice à diverses reprises, pendant dix-huit ans, et celles de supérieure pendant vingt-quatre ans, avec les interruptions voulues par les constitutions. Elle accepta volontiers le culte du sacré Cœur, comme dévotion privée , en attendant la permission de l'autorité ecclésiastique pour rendre des hommages publics à cet objet adorable ; et la sœur Marguerite-Elisabeth eut toute liberté de suivre les inspirations de son frère pour les pratiques en l'honneur du sacré Cœur suggérées par la bienheureuse Marguerite- Marie.
Rien n'égalait la vénération de la Mère de Villars pour le P. de la Colombière, sentiment d'ailleurs partagé par toute la communauté. Il nous en est resté un monument dans cette relation manuscrite déjà citée. Voici comment elle parle du saint religieux : « Il n'oublia rien pour nous faire comprendre l'utilité que nous devons attendre du sacré Cœur de Jésus, répondant parfaitement au choix que Dieu aurait tait de lui pour en établir le culte dans notre institut, où nous ne doutons pas qu'il n'attire de très grandes bénédictions. »
La sœur Marguerite-Elisabeth vécut près de soixante ans dans la religion. Elle fut plusieurs fois conseillère, et eut la consolation de voir deux petites-nièces chercher un abri contre les dangers du monde dans ce saint asile : Marguerite de Vellein , âgée de seize ans , et Jeanne , sa sœur, âgée de douze ans. Elles ont vécu dans l'innocence et la piété, et ont fait dire qu'elles étaient issues d'une famille qu'on peut appeler la famille des saints.
Joseph de la Colombière, né en 1650 ou 1651, partit pour les missions étrangères. Le 27 décembre 1691 , messire Joseph de la Colombière, prêtre et missionnaire du Canada, donne une bénédiction nuptiale en présence de noble Humbert de la Colombière , maître des Comptes. Plus tard les registres mentionnent le baptême de Joseph- Humbert de la Colombière, fils de noble Joseph de la Colombière, conseiller du roi au parlement, aides et finances du Dauphiné, et de dame Françoise Dupuy, née le 18 octobre 1706 ; parrain : messire Joseph de la Colombière , son grand-oncle paternel , prêtre-vicaire général de M** Tévêque de Québec, archidiacre dudit lieu, conseiller au conseil souverain de ladite ville, etc.
1° Humbert de la Colombière épousa Madeleine Paquet ou Pasqueti en 1660, dont il eut :
Marguerite, née en 1667 à Vienne, ainsi que les autres;
Marie -Charlotte, née en 1669, morte le 19 mars 1675;
Joseph, né le 3 mai 1674;
Jean - Baptiste , né le 19 novembre 1673; il eut pour parrain noble Jean -Baptiste Pasquet, avocat à l'élection de Vienne, son oncle maternel. Jean-Baptiste fut chanoine chevalier de Saint-Maurice;
Louise, le 3 décembre 1676;
Jean-François, né le 30 août 1678; il eut pour parrain messire Fleury de la Colombière , grand archidiacre de Saint-Maurice;
Marie- Madeleine , née à Saint-Symphorien en 1679.
Marguerite de la Colombière épousa noble Pierre-Joseph de Vellein, conseiller du roi au parlement de Metz. De ce mariage naissent Marguerite de Vellein, en 1690, et Jeanne
1 Son frère Henry Pasquet était contrôleur général des finances en Dauphiné en 1695. Un de ses descendants, Joachim Pasquet de Valbonne, fut lieutenant du roi en la citadelle de Grenoble, el épousa demoiselle Françoise Dupuy de Saint- Vincent en 1763.
de Vellein, en 1693, que nous voyons entrer au monastère de la Visitation de Condrieu à l'âge de douze ans et de neuf ans. Joseph de la Colombière , conseiller du roi au parlement de Grenoble, épousa Françoise Dupuy de Saint-Vincent, fille de Sébastien Dupuy de Saint-Vincent, ancien président au bureau des finances.
Nous n'avons pas de détails sur Louise de la Colombière et Jean-François de la Colombière.
Marie-Madeleine épousa noble François-Joseph de Réclame.
2° Joseph de la Colombière eut deux fils : Joseph, né à Saint-Symphorien en 1706, qui meurt bientôt;
3° Sébasiien-Victor, né en 1708. Celui-ci devint seigneur de Gières et conseiller au parlement de Grenoble. Il épousa, le 17 juin 1729, dame Paule Leblanc, dont il eut plusieurs enfants, Paule, Louise, et des fils dont on ignore les noms. Louise est mariée à noble Jean de Veynes. Paule s'est probablement mariée aussi.
4° Un des fils devient conseiller au parlement, et épouse une demoiselle de Marseille, dont le P. Rossignol de Vallonné raconte la conversion. De ce mariage était né un fils qui mourut en bas âge.
« Mais, dit Guy Allard en parlant des fils de Sébastien- Victor,' ils sont morts sans postérité. »
Ainsi finit la descendance mâle de cette famille. Elle s'éteignit après avoir eu ses jours d'éclat et d'honneur, mais il lui reste un nom qui ne périra pas.
Le nom de la Colombière a été transmis par les femmes à plusieurs familles. Nous connaissons des Serre de la Colombière qui habitaient Vienne en 1739, des Leclerc de la Colombière, des Régis de la Colombière qui habitent Marseille, des Hardy de la Colombière qui habitaient la Champagne à la fin du xvnc siècle.
Dans les négociations qui eurent lieu entre Charles II et la cour de Rome, lorsqu'il s'agissait de son abjuration (1672;. on voit figurer un jésuite français, selon toute apparence, qui, sous un costume laïque, devait se présenter au roi comme un ami du prince Henri de Rohan. Cette mesure, que commandait la timidité de Charles, lui plut tellement, que lors du second voyage de son fils, le P. Jacques Stuart, de la Compagnie de Jésus, il réclama instamment du P. Général le retour de ce môme religieux dont il a su apprécier les talents et les vertus.
Ce jésuite français qui était-il? Le Révérend P. Boero a cru, dans une Notice sur le P. Jacques Stuart, pouvoir nommer le P. de la Colombière. Il y a manifestement une erreur de date. Le jésuite français , prédicateur de la duchesse d'York, ne vint en Angleterre qu'en 1676. C'était probablement le P. de Saint-Germain.
Si l'on dit que peut-être cette mission fut confiée au P. Claude en souvenir des services rendus en 1668, nous répondons que c'est une supposition purement gratuite et même contredite par les faits. En 1668 le P. de la Colombière avait vingt- sept ans, et il commençait son cours de théologie.
D'ailleurs, quand le P. de la Colombière fut désigné pour remplir les fonctions de prédicateur dans la chapelle royale, ni le roi Charles II ni le P. Oliva n'eurent aucune part à ce choix, dont le promoteur unique fut le P. de Lachaize , qu'une estime profonde et une vive amitié unissaient au P. de la Colombière.
S Eli ME NT DU TEST
Le serment du test (épreuve, témoignage) était destiné à faire connaître quelle religion on professait. Il renfermait:
1° Le serment d'allégeance, par lequel on condamne comme une hérésie l'opinion de ceux qui admettent une puissance supérieure à celle du roi , de quelque nature qu'elle soit;
2° Le serment de suprématie, par lequel on reconnaît le roi chef de l'Église, et l'on fait une profession formelle d'anglicanisme.
Le bill, qui fut voté par les deux chambres, était ainsi conçu :
« Que tout Anglais occupant une charge civile ou militaire serait tenu de prêter serment d'allégeance et de suprématie. Qu'il recevrait le sacrement selon les rites de l'Eglise établie, et signerait une déclaration contre la transsubstantiation, sous peine d'une amende de 500 liv. sterling et d'inhabileté à remplir une fonction ou dignité quelconque, à poursuivre aucune affaire devant les tribunaux, à se porter pour tuteur ou exécuteur testamentaire. à recueillir de qui que ce fût un legs ou une donation. » C'est, à peu de chose près la mort civile de nos codes français pour celui qui refusait.
HABITATION DE LA FAMILLE DE LA COLOMBiÈUE A SA1NT-SYMPIIORIEN D'OZON
M. Bertrand de la Colombière acheta, vers l'époque de son mariage (1633), la maison de M. du MasdeCharconne;
elle devint dès lors la maison paternelle, ou, comme Ton disait alors, Y hôtel des seigneurs de la Colombière. C'est là qu'est né le P. Claude de la Colombière.
Après avoir été plus d'un siècle en la possession des membres de cette famille, elle en sortit par suite du mauvais état des affaires de son dernier représentant.
On trouve dans des anciens papiers une vente passée par messire Sébastien-Victor de la Colombière, seigneur de Gières, conseiller au parlement de Dauphiné, et procédant de l'autorité de messire Joseph de la Colombière, aussi conseiller audit parlement, de diverses pièces de fonds situés à Sérézin du Rhône. Cette vente fut passée le 26 octobre 1738, et l'acte dressé à Saint- Symphorien d'Ozon dans Y hôtel desdits seigneurs de la Colombière.
Ledit messire Sébastien de la Colombière vendit , le 12 mars 1742, tous les biens de Saint- Symphorien à M. Philibert Lombard (marchand à Lyon), par- devant M ~ Roseau et Révol, notaires à Grenoble.
M. Sébastien étant mort à peu près ruiné, en 1770, sa veuve se vit dans la triste nécessité de poursuivre les tiers acquéreurs qui ne s'étaient pas mis en règle pour le recouvrement de ses droits dotaux.
M. Lombard avait acheté, le 12 mars 1742, la maison avec tous ses meubles.
Voici quelques passages d'une lettre écrite par M. le baron Lombard de Buffières, 12 août 1874 :
« Il s'est écoulé plus d'un siècle depuis lors, et, pendant ce temps, une bonne partie des souvenirs matériels qui avaient été transmis à ma famille ont dû disparaître ou périr. Il reste quelques registres d'affaires, le cachet de l'abbé (le P. de la Colombière), sa croix, son portrait en surplis, peint à l'huile, un reliquaire, des instruments de pénitence en fer, un saint Suaire du temps avec leurs noms, et un petit tableau qui représente le Cœur de Jésus
entouré d'anges, le Père éternel dominant toute la composition. Ce tableau a toujours été considéré comme une préciense relique de l'origine de ce culte...
« La chambre qu'il habitait a dû disparaître dans mes travaux d'amélioration. Le cabinet d'archives et de travail a été conservé, j'en ai fait une chapelle. Lorsque Pie VII se rendit à Paris pour le couronnement, deux cardinaux de sa suite s'arrêtèrent à Saint- Symphorien , se firent montrer cette chambre, et en baisèrent à genoux les quatre angles. La maison a été rebâtie au moins pour le côté qui fait façade sur la rue; mais, du côté du parc, elle est restée à peu près ce qu'elle était autrefois , sauf la disposition intérieure. » C'est maintenant un élégant hôtel avec un parc planté de beaux arbres, appartenant à M. Louis Lombard de Buffières.
LES RESTES VENERES DU P. DE LA COLOMBlÈRE DE LA COMPAGNIE DE JESUS
Dans une procédure extrajudiciaire faite le 4 juillet 1865 par M^Bonange, protonotaire apostolique, vicaire général, archidiacre d'Autun, nous trouvons les renseignements suivants :
« La châsse contenant les ossements du R. P. Claude de la Colombière a la forme d'un sarcophage ; elle est en bois de noyer et surmontée d'une croix. A la partie supérieure, elle a une glace sur chaque face, et, dans la partie inférieure, elle n'en a qu'une, de forme ovale. A l'intérieur, dans la partie supérieure se voit, attachée à l'une des glaces, la cédule suivante, écrite sur une feuille de papier adaptée à une pièce de toile, et scellée en six endroits du sceau
de la Compagnie de Jésus : « A la gloire de Dieu et de ses serviteurs , je déclare que les ossements renfermés dans cette caisse, et auxquels j'ai apposé le sceau de notre maison de Paray, sont véritablement les ossements du R. P. Claude de la Colombière, jésuite, mort en odeur dr sainteté, dans ladite maison des jésuites de Paray, le quinzième de février de Tannée mil six cent quatre-vingtdeux, dans la quarante et unième année de son âge. En fo: de quoi j'ai signé le présent papier, et Fai scellé de notre sceau pour servir de témoignage autant que de besoin sera. Ce quatorzième avril de l'année mil sept cent soixantetrris.
« Hubert, jésuite, « Supérieur de la résidence de Paray.
x Déposée chez les Dames de la Visitation à Paray. »
Elle contient : 1° Une tablette de plomb perforée aux quatre angles portant l'inscription suivante :