CHAPITRE SIXIEME
PARAYLE-.MOMAL. — LE I*. DE LA COLOMBIERE DEVIENT LE DIRECTEUR SPHUTL'EL DE LA B. MABGLEIUTE- MARIE
Servus meus es tu, elegi le.
(Isaïe, 41.) Tu es mon serviteur, je l?ai choisi.
Ce fut vers la fin de l'année 1674 que le P. de la Colombière vint à Paray1. Cette jolie petite ville, si gracieusement groupée autour de sa splendide église, au bord de la Bourbince, et au milieu de magnifiques prairies, avait été choisie, par un décret d'en haut, pour être le berceau d'une dévotion pleine de charmes et propre à ranimer la piété chrétienne. Là devait paraître le vase d'élection destiné à un merveilleux apostolat ; là fleurissait et s'épanouis-
1 11 succédait au P. Papon, religieux plein de rondeur, de franchise et de bonté.
sait, clans la beauté intérieure, la plus éclatante des marguerites.
Dieu avait tout préparé de loin et en dehors des perspectives humaines. Il avait inspiré en 1617, à une pieuse dame, Hippolyte de Gondi, sœur d'Albert de Gondi, général des galères, femme du marquis du Ragny, gouverneur du Gharolais, et belle-sœur de l'évoque d'Autun , Msr Claude de la Madeleine du Ragny, la pensée de fonder une maison de jésuites à Paray, afin de combattre l'hérésie, et pour ranimer la foi dans les âmes. Dès le commencement des guerres de religion , la ville avait été saccagée par les huguenots, et s'ils n'étaient pas restés maîtres du pays, leur doctrine avait pénétré dans les esprits, au grand dommage des croyances catholiques.
Les jésuites se mirent à l'œuvre, et Dieu bénit les travaux des missionnaires. « Le P. Paul de Barry habitait cette petite ville, où son influence grandissait chaque jour. Il fit comprendre aux habitants que pour réparer les ravages du calvinisme parmi eux et faire refleurir la religion de leurs pères, il serait important d'établir dans leur ville une communauté de religieuses de stricte observance, qui consacreraient leur zèle à l'éducation chrétienne des jeunes personnes, et qui édifieraient, par la sainteté de leur manière de vivre, en même temps qu'elles offriraient un asile aux âmes que Dieu appelle dans la solitude. »
Ainsi parlent les contemporaines qui ont écrit la vie de leur bienheureuse sœur Marguerite-Marie; et
comme l'institut naissant de la Visitation répandait déjà au loin un suave parfum de piété et de vertu, quelques jeunes filles de Paray, ayant témoigné le désir d'embrasser ce genre de vie, demandèrent aux échevins la permission d'établir une maison de Sainte-Marie. « Les syndic et échevins agréèrent cette requête, persuadés que cet établissement serait un bien inestimable à la gloire de Dieu et au salut des âmes, convaincus d'ailleurs que l'institution de plusieurs religieux, de l'un et de l'autre sexe, favorise ordinairement les villes. »
On voit que l'esprit de foi ne craignait pas de s'aflirmer hautement dans les délibérations du conseil municipal. Aussi, ces bons catholiques de Paray eurent l'honneur d'édifier, en quelque sorte, l'autel où Jésus -Christ devait manifester son Cœur. Ce fut encore le P. de Barry qui alla solliciter des protections pour la réussite du projet. « Bientôt tous les obstacles furent levés, et le 4 septembre de Tannée 1626 , une petite colonie de religieuses de la Visitation, sorties du monastère de Bellecour, à Lyon , venait s'implanter à Paray 1 . » Les mêmes pieuses annalistes ajoutent gracieusement ces paroles :
« Les enfants de saint Ignace de Loyola ne pouvaient demeurer étrangers à cette fondation ; car la Providence les destinait à avoir une grande part dans la propagation du culte du sacré Cœur, dont le monastère de Paray devait être le berceau *. »
1 Les Contemporaines , t. I, 38i.
* ld., ibid.
Les privations, toutefois, ne manquèrent pas tout d'abord, et sainte Chantai craignit un moment de se voir forcée de rappeler ses filles dénuées de secours; mais la Providence, qui avait ses vues sur cette maison naissante, leur vint en aide. Quarantecinq ans après sa fondation, le monastère de Paray donnait asile à une jeune fille inconnue, destinée à devenir une des plus belles gloires de l'Ordre de la Visitation.
Marguerite Alacoque habitait depuis trois ans cette maison qu'elle devait rendre à jamais célèbre. Cette âme, prévenue de tant de bénédictions, n'avait pas été comprise parles directeurs de sa conscience. Peu familiarisés avec les voies intérieures, inhabiles à discerner les mouvements de l'Esprit de Dieu, ils ne voyaient dans l'humble Marguerite- Marie qu'un esprit abusé, une imagination ardente portée aux illusions ; et la timide vierge demeurait dans l'anxiété la plus pénible.
Obéir aux inspirations de la grâce, suivre les mouvements de sa conscience, c'est s'exposer aux risées et aux moqueries, c'est encourir les censures amères de ceux qui doivent la diriger. Que faire donc? Et quelles tortures pour cette âme qui craint d'offenser Dieu, et qui doit lutter, pour ainsi dire, contre lui! Marguerite- Marie a bien, il est vrai, entendu cette parole de Notre-Seigneur : « Sois tranquille, je t'enverrai mon serviteur. » Mais où est ce directeur promis? Elle l'attendait avec une douloureuse pal ion ce.
Il était venu. Le nouveau supérieur des jésuites
de Paray était cet homme choisi de Dieu pour diriger et soutenir la Bienheureuse. Il arrivait au moment des grandes perplexités, presque au lendemain de la seconde révélation de Notre- Seigneur, relative au sacré Cœur, révélation mal comprise des gens de doctrine de Paray; à la veille de la troisième et dernière révélation, plus importante que toutes les autres. C'était lui qui devait faire la lumière au milieu des ténèbres et entrer en participation de cette mission de premier ordre confiée à la servante de Dieu.
Entendons-la elle-même nous exprimer le besoin qu'elle avait du saint prêtre : « Parmi les peines et les craintes que je souffrais, je sentais toujours mon cœur dans une paix inaltérable. On me fît parler à quelques personnes doctes, lesquelles, bien loin de me rassurer dans ma voie, augmentaient mes peines jusqu'à ce que Notre- Seigneur envoya ici le P. de la Colombière. Conformément à la promesse que mon souverain maître en avait faite, quelque temps après m'être consacrée à lui, qu'il m'enverrait un sien serviteur pour me rassurer dans sa voie, m'ordonnant de lui manifester, selon l'intelligence qu'il m'en donnerait, tous les trésors et tous les secrets de son sacré Cœur, m'assurant qu'il lui départirait de grandes joies de cette source sacrée, qu'il les répandrait abondamment dans nos entretiens *. »
Des rapports de charité mutuelle existaient entre la maison des jésuites et le monastère de la Visita-
i Vie de la Bienheureuse, écrite par elle-même.
tion. C'est ce qui explique comment, à peine arrivé, le nouveau supérieur put entrer en communication avec la sœur Marguerite-Marie. Lorsque le Père vint, pour la première fois, présenter ses hommages à la communauté, la sœur Marguerite-Marie entendit une voix qui lui disait : « Voilà celui que je t'envoie. » Elle reconnut bientôt la vérité de ces paroles; car aux Quatre-Temps le supérieur des jésuites, qui remplissait les fonctions de confesseur extraordinaire, lui parla comme s'il eût compris tout ce qui se passait en elle. Il la retint longtemps, — une heure et demie. — Mais, quoiqu'elle sût très bien que l'intention de Dieu était qu'elle s'ouvrît à ce prêtre, elle ne voulut pas le faire, afin, sans doute, de ne pas prévenir les ordres de sa supérieure.
Le Père, s'apercevant qu'elle désirait se retirer par crainte d'incommoder les autres, lui demanda si elle agréerait qu'il vînt une autre fois l'entretenir au confessionnal; elle lui répondit que n'étant pas à elle, elle ferait ce que l'obéissance lui ordonnerait.
Quelques jours après, le Père fut invité à donner une conférence spirituelle aux religieuses. Pendant qu'il parlait, il fut si frappé de la grâce extraordi* naire qui brillait dans la personne de la Bienheureuse, — il ne l'avait jamais vue, — qu'il ne put s'empêcher de la remarquer. Le même esprit qui avait révélé l'une à l'autre l'âme de saint François de Sales et celle de sainte Chantai, allait établir entre ces deux âmes une mystérieuse correspon-
dance et les unir pour le grand dessein de miséricorde et d'amour préparé par le Seigneur.
Après la conférence, le Père, cédant à ce mouvement d'en haut, demande à la supérieure, la mère de Saumaise, quelle était cette religieuse dont l'attitude recueillie l'avait frappé. La supérieure lui nomma la sœur Marguerite- Marie, et alors le Père lui dit : « C'est une âme bien prévenue des dons de la grâce. »
Cette parole avait sa portée. Comme la mère de Saumaise était inquiète au sujet des voies extraordinaires de l'humble sœur, et qu'elle avait une haute idée de la sainteté et des lumières du P. Claude, elle jugea utile, autant dans l'intérêt de la sœur Marguerite-Marie que pour dégager sa propre responsabilité, d'ordonner à la sœur de s'ouvrir entièrement au R. P. supérieur des jésuites. Elle le fit prier de venir au monastère. La Bienheureuse se rendit au confessionnal avec une certaine répugnance, et, dans l'ingénuité de son âme, et elle en fit l'aveu au Père , qui répondit avec douceur : « Ma fille, je suis bien aise de vous donner occasion de faire à Dieu un sacrifice. » A ces mots les répugnances disparurent, et alors, sans peine ni façon, elle découvrit le fond de son âme, manifestant le bien et le mal en toute simplicité.
Le sage directeur, si savant clans la science des saints, reconnut bien vite les caractères de l'action divine en cette âme. Les voies surnaturelles dans lesquelles elle marchait étaient réellement celles de l'Esprit- Saint. Il n'eut donc qu'à la consoler et à
l'encourager. D'ailleurs la piété, la soumission, l'humilité profonde de la sœur Marguerite-Marie étaient une preuve irréfragable de la sainteté de l'esprit qui agissait en elle. Il n'y avait donc pas à craindre l'illusion et l'erreur.
Le P. de la Colombière admira l'infinie bonté qui ne s'était point lassée de tant de résistances. Il apprit à sa fille spirituelle à estimer les dons du Ciel,. à recevoir avec respect les communications célestes et les entretiens familiers dont le Seigneur daignait l'honorer, à reconnaître cette excessive bonté par de continuelles actions de grâces. 11 lui recommanda de suivre toujours la direction de l'obéissance, de lui abandonner tout son être pour le sacrifier et l'immoler selon le bon plaisir de Dieu , et de ne pas révéler à d'autres, sans motifs, les faveurs qu'elle recevait.
La sœur Marguerite- Marie lui parla encore de la difficulté qu'elle éprouvait à prier vocalement, et le Père lui dit de se contenter de réciter les prières vocales d'obligation, d'y ajouter le chapelet et de ne pas se forcer à faire ce qui était contre son attrait.
Dans cet entretien il fut bien question des divines tendresses de Jésus et de l'ineffable union que l'amour opérait entre elle et son bien -aimé Sauveur, mais elle ne révéla rien de ce qui concernait le Cœur sacré de Jésus. Le Père se contenta de l'exhorter de nouveau à s'humilier profondément à la vue des miséricordes du Seigneur à son égard. En sortant du confessionnal, la Bienheureuse avait l'âme
pleine de lumières et de consolations, le cœur pénétré de la plus vive reconnaissance pour le divin maître qui lui avait donné ce guide éclairé et cet appui si nécessaire dans le sentier où elle marchait. Désormais elle se sentait pleine de force et de courage pour exécuter en toutes choses la volonté de Dieu.
Les personnes du monde qui ne voient dans le prêtre que le ministre du Sacrement de la réconciliation , comprennent peu les anxiétés douloureuses qui viennent assiéger les âmes les plus saintes admises à l'honneur de ces communications surnaturelles. Ces voies mystérieuses tracées, pour ainsi dire, sur les hauteurs, côtoient de profonds abîmes. Le touriste imprudent qui tenterait, sans guide, l'ascension de quelques sommets des Alpes, s'exposerait à un danger manifeste. Qui peut gravir la montagne de la sainteté sans le secours d'un guide éclairé?
Plus une fleur est délicate et précieuse, plus elle demande les soins d'un habile jardinier. Ces âmes choisies, comme sainte Thérèse et sainte Chantai, où la grâce s'épanche à flots et produit des phénomènes surnaturels, ont besoin des soins d'un directeur prudent et instruit qui écarte les causes d'erreur, prévienne les illusions ou les signale, reconnaisse ce qui vient réellement de Dieu, soutienne l'âme dans ses épreuves et la maintienne dans l'humilité. Ainsi fortifiée et instruite, elle peut prendre son essor, et rien ne vient plus la troubler dans ses merveilleuses ascensions.
Tel fut l'heureux résultat de la direction du P. de la Colojnbière. On verra , par la lettre que la Bien-
heureuse écrivit plusieurs années après la mort du saint religieux, combien elle lui fut redevable. Rappelant ces temps d'angoisses où plusieurs personnes croyaient qu'elle était trompée par l'esprit qui la c< induisait, elle ajoute :
« Je fis tous les efforts possibles pour obéir, croyant certainement être dans l'erreur, mais tous mes efforts furent inutiles. Je ne doutai plus pour lors que je ne fusse abandonnée de Dieu et que je ne fusse du nombre des réprouvées, puisqu'on me faisait accroire que ce n'était pas l'esprit de Dieu qui me possédait, et que, quelque effort que je fisse, il m'était impossible de résister à cet esprit.
« Je fus en cet état plus rigoureux qu'on ne peut s'imaginer jusqu'à ce que mon souverain Maître m'envoyât le P. de la Colombière, me faisant connaître que c'était un de ses plus fidèles serviteurs et de ses plus chers amis. Ce saint directeur fît cesser toutes mes peines en m!assurant que c'était l'esprit de Dieu qui me conduisait, et il m'ordonna de marcher sans crainte par les voies où il lui plaisait de me conduire. J'entrai pour lors dans cette grande tranquillité de cœur et dans cette douce paix en laquelle mon divin Sauveur m'a toujours, depuis ce temps-là, conservée parmi les croix, les humiliations et les souffrances dont il n'a jamais cessé d'honorer son indigne esclave, et dans lesquelles seulement je puis trouver ma consolation, mon plaisir et mon repos 1 . »
t Lettre delà B. Marguerite-Marie au P. Ignace Rollin, son nouveau directeur.
Celui que Dieu avait appelé son serviteur, celui qui joignait à la science spéculative l'expérience des voies surnaturelles, était assurément l'homme le plus capable de porter un jugement certain sur l'état d'âme de la sœur Marguerite- Marie, et on pouvait s'en rapporter à son discernement. Toutefois , telles étaient les préventions soulevées contre l'humble religieuse, qu'on n'en continua pas moins de la traiter de visionnaire, de folle, — on aurait dit : hallucinée, si le mot eût été alors en usage. — On plaignait le P. de la Colombière, dont la bonne foi avait été surprise et qui avait été trompé, comme les autres, par les vaines imaginations d'une fille mélancolique. Le saint religieux laissa dire, et ne fut nullement troublé de ces bruits mensongers. Il continua de donner ses soins à sa fille spirituelle, tout le temps qu'il fut supérieur à Paray , l'on peut même dire tant qu'il vécut.
La Bienheureuse s'est souvent étonnée de ce qu'il ne l'avait pas abandonnée, soit à cause des ennuis qu'elle lui attirait, soit par la manière dont elle traitait avec lui. Elle avoue que sa conduite eût été capable de rebuter tout autre. Son humilité exagère sans doute. Elle veut probablement faire allusion à des inquiétudes nouvelles, doutes de l'esprit, faiblesses de la volonté, renaissant malgré les conseils et les décisions du directeur. Quoi qu'il en soit, elle ne lassa pas sa patience et sa charité. Il la traitait d'ailleurs comme on traite les âmes généreuses, ne lui épargnant pas les humiliations et les mortifications, ce qui causait un grand plaisir à ce cœur magnanime.
Nous ne devons pas oublier ici une communication faite par la Bienheureuse au P. de la Colombière. Elle a son importance, parce qu'elle éclaire certains faits dont nous parlerons plus tard dans le cours de ce récit. Un jour elle dit à son directeur :
a Notre-Seigneur m'accorde plusieurs grâces qui regardent certaines âmes auxquelles il veut que je les découvre pour sa gloire, soit de vive voix ou par écrit, selon qu'il me le fera connaître, sans me mettre en peine de la manière de les dire ou de les écrire , parce qu'il y attachera l'onction de sa grâce pour produire l'effet qu'il prétend obtenir dans ceux qui les recevront bien. Je souffre beaucoup de la résistance que je fais d'écrire pareilles choses et de donner certains billets, d'où il me revient de grandes humiliations. »
Le saofe directeur lui ordonna de suivre les mouvements qu'elle avait là-dessus, quelque peine et humiliation qu'il lui en dut coûter. Elle devait présenter à sa supérieure les billets qu'elle aurait écrits et elle ferait ce qui lui serait ordonné. Elle s'en tint a cette décision, et cela lui attira bien des confusions. Par ce moyen elle put communiquer dans la suite avec le P. de la Colombière, lorsqu'il fut éloigné de Paray.
Elle reçut aussi l'ordre d'écrire les opérations de la grâce qu'il plairait à la bonté divine d'accomplir en son âme. Sa répugnance à exécuter cet ordre fut extrême; aussi, après avoir écrit, croyant avoir suffisamment obéi, elle brûlait ces papiers. On lui fit comprendre, et les scrupules de sa conscience le lui
disaient assez, qu'en agissant ainsi elle manquait à l'obéissance. Elle se résigna donc plus tard à garder ce qu'elle avait écrit.
Signalons encore une apparition dans laquelle Notre -Seigneur lui demande de faire, en sa faveur, un testament ou une donation entière et sans réserve, comme elle la lui avait déjà faite de bouche, de tout ce qu'elle pouvait faire et souffrir, de toutes les prières et biens spirituels qu'on offrirait pour elle pendant sa vie et après sa mort. Il lui ordonna de prier sa supérieure d'écrire cet acte, se chargeant de la récompenser, et, si elle refusait, de s'adressera son serviteur le P. de la Colombière (1678).
Il semble que le divin Maître s'applique à faire comprendre à sa fidèle servante que le saint prêtre est bien l'homme de sa droite, celui qui secondera ses desseins et à qui elle doit s'adresser dans toutes ses difficultés. Notre-Seigneur, en le désignant, l'appelle son serviteur. N'est-ce pas un éloge devant lequel pâlissent tous les autres, et qui suffirait seul pour rendre à jamais précieuse la mémoire de ce religieux? C'était si bien les vues de la Providence qu'il fût destiné tout particulièrement à être le directeur de la Bienheureuse, que des personnes éclairées avaient entrevu cette destination spéciale. Une des filles spirituelles du Père, M1Ie Rosalie de Lyonne, demanda un jour au P. Forest, alors préfet des études au collège, pourquoi on avait envoyé à Paray un homme d'un si grand mérite : « Mademoiselle, répondit-il , c'est en faveur d'une âme de choix qui avait besoin de sa conduite. »
Si l'anecdote est vraie, elle expliquerait en partie la nomination du supérieur de Paray. La Providence avait tout conduit pour ménager un secours opportun à une âme d'élite. »
Le P. de la Colombière paraît au moment critique, lorsque tout semble déchaîné contre la Bienheureuse, n'ayant plus que Dieu pour appui. Le saint prêtre apaise les troubles , calme les alarmes de l'humble vierge, rassure la supérieure inquiète et hésitante. Sa parole a quelque chose d'élevé, de doux, de sensé, de pieux; elle porte la conviction. Lorsqu'il a rempli ce ministère qui l'initie aux desseins secrets et miséricordieux du Ciel, il se retire. Plus tard, lorsque la Bienheureuse , assaillie de violentes tentations de désespoir, soutenait de rudes assauts contre le démon, Dieu permet que le P. de la Colombière passe quelques jours à Paray , et il peut rassurer et consoler sa fille spirituelle.
Il y a plus encore. Dieu semble avoir donné aux Pères de la compagnie de Jésus les grâces nécessaires pour sa direction; après le P. Claude ce fut un de ses frères en religion, le P. Ignace Rollin, qui devint le dépositaire des grâces merveilleuses accordées à l'humble religieuse. Les jésuites eurent toujours pour elle une profonde estime, une sorte de vénération; de son côté elle leur donnait toute sa confiance.
Mais ce n'était pas seulement pour diriger la bienheureuse Marguerite- Marie que le P. de la Colombière avait été appelé à Paray, il devait encore y être investi des fonctions d'un grand et sublimcapostolat.