CHAPITRE Vni
Deuxième guerre contre les Turcs. — Alliance des Vénitiens avec le foi de France Louis XII, contre Louis le More, duc de Milan. — Deuxième invasion du royaume de Naples.
— Guerre de la république contre l'Autriche. — Ligue de Cambrai. — Le pape Jules IL — Guerre de la Sainte- Ligue.
— Gaston de Foix. — (1497-1516.)
Après la reddition de Novare, Louis le More avait fait la paix avec le roi de France, sans s'occuper des intérêts des Vénitiens. Ceux-ci, pour se venger d'un voisin sans foi, s'occupèrent à former d'autres alliances. Pendant trois ans ils soutinrent de leur argent et de leurs troupes les Pisans , qui s'efforçaient de secouer le joug de Florence. Le duc de Milan, le roi de Naples et les Florentins, persuadés que cette protection de la Seigneurie n'était pas désintéressée, et qu'elle espérait établir sa domination en Toscane, rérolurent de lui créer des embarras ailleurs. Poussé en secret par les agents de ces puissances, le sultan Bajazet rompit tout à coup
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la paix conclue par son prédécesseur avec la république, et fil investir la ville de Lépante par terre et par mer (I4U9). Pour repousser celte agression, Venise n'avait dans la mer de Grèce que quelques vaisseaux commandés par Antoine Grimani, général sans résolution et jaloux de la gloire de son lieutenant André Loredano. Les flottes ottomanes et vénitienne se livrèrent, près de Tîle de Sapienza, au sud -ouest de la Morée, un combat qui se termina à l'avantage de l'escaire musulmane. Grimani , découragé par ce premier revers, n'osa pas secourir Lépante; et le commandant, se voyant abandonné, crut devoir rendre la citadelle dès qu'il vit la flotte ■vénitienne s'éloigner. La république punit de Texil l'inactivité et l'irrésolution de son amiral.
Les Vénitiens se vengèrent de la perte de Lépante ens'emparanldel'iledeCépbalonie, queMahometH avait conquise vers la (in de son règne. Modon, Navarin et Coron tombèrent au pouvoir des Osmanlis (1300), mais Napoli de Malvoisie, défendue par le brave Paul Contaiino, résista à tous les eflbrts de Bajazet. Venise, craignant de ne pouvoir à elle seule arrêter le progrès des armes musulmanes, implora ie secours des puissances chrétiennes, dont la plupart répondirent favorablement à ses instances. Une ligue offensive et défensive se forma entre la république, le pape et le roi de Hongrie. Le France et l'Espagne fournirent une flotte qui se réunit aux forces navales hongroises et vénitiennes. L'amiral Benedelto Pesaro surprit l'escadre QttO'
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mane près de Voïssa. cnptura onze galères et brûla la douzième; et tandis que Gonsalve de Cordoue, à la tête des vaisseaux espagnols, ravageait les côtes de l'Asie Mineure, les forcps navales du pape dévastaient les possessions turques de l'Archipel jusqu'à l'entrée des Dardanelles. En même temps l'amiral français Ravenstein, avec vingt-deux hâlimenls, faibles commencements de notre marine, effectuait une descente dans l'île de Mitylène, dont ilassiégea la capitale; mais à l'approche des forces ottomanes il leva l'ancre, et sa flotte, surprise à la hauteur de Cerigo par un ouragan violent, périt tout entière (1501).
En 1502, Pesaro, par un hardi coup de main, pénétra dans le port de Prevesa, y brûla huit galères turques , enleva l'île de Santa-Maura , et parcourut l'Archipel en vainqueur. Cette guerre avec Venise et la Hongrie se prolongeant et devenant dangereuse pour lui, Bajazet,qui avait en même temps à repousser les attaques des Persans sur ses frontières orientales, se détermina à faire la paix. Venise, occupée en Italie d'affaires beaucoup plus importantes pour elle, accepta ses propositions. Un traité fat conclu en vertu duquel la république garda Céphalonie, et céda à Bijazet Santa-Maura, Modon, Coron et Lépante. Cette négociation fut conduite par le patricien André G ritti, alors cà Gonstantinople pour ses affaires commerciales, et destiné à rendre plus tard à sa patrie d'émiuents services dans la guerre, dans la captivité et sur le trône.
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D?piiisqi]ft Venise éîait devenue puissance tcrritorialeen Italie, sa polilicjue se rédiiisit à chercliep \>^s moyens de s'agrandi''. Par ses intrigues ou par ses armes elle était parvenue successivement à faire disparaître les Scala à Vérone, les Carrare à F'adoae , cà dépouiller les princes de Ferrare et de Kavenne d'une partie de leurs États, à enlever le Frioul au patriarche d'Aquilée , et à chasser les Visconti de Milan, en s'appropriant la moitié de leur duché. Maintenant c'était contre les Sforza, possesseurs de ce duché morcelé, qu'était dirigée son inimitié. Il est vrai que le duc actuel, Louis le More, ne mentait guère qu'on us-ât de ménagement à son égard. Ce prince, dont toute la conduite rappelait la versatilité commune aux princes italiens de cette époque, changeait continuellement d'amis et d'ennemis. Après avoir attiré sur son piys le fléau d'une armée française, qu'il avait ensuite combattue avec acharnement, il songeait de nouveau à réclamer le secours de cette puissance contre les Vénitiens, qui lui causaient des inquiétudes. La Stigneurie instruite de son projet résolut de le prévenir.
Louis XII, successeur de Charles VIII, prétendait non -seulement au royaume de Naples, mais encore au duché de Milan dont il se croyait légitime seigneur, comme petit -fils de Valentine Visconti. Ce prince conclut d'abord avec le pape une alliance, à laquelle accédèrent bientôt Venise et Florence. II traita ensuite avec les Suisses, dont il prit un corps à sa solde, et avec le duc de Savoie, qui lui livra
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le passage des Alpes. Les Vénitiens convinrent d'attaquer le Milanais à l'est, et de fournir six mille hommes. Louis le More ne conserva d'allié que le roi de Naples, qui n'avait pas de trop de toutes sps forces pour défendre son propre roy;iume.
Dès que l'armée française, forte de seize cents lances, de huit mille hommes d'ioFanterie nationale et de six mille Suisses, eut passé les Alpes, toutes les villes de la Lombardie se rendirent ; rien ne résista à ce que les Italiens appelaient la furiafrancese (l'impétuosité française). Louis le More, trahi par les seigneurs qui commandaient son armée, haï de ses sujets à cause des impôts excessifs qu'il faisait peser sur eux, se sauva dans le Tyrol, adressant aux ambassadeurs vénitiens, en quittant sa capitale, ces paroles prophétiques : « Vous m'avez amené les Français à dîner, soyez certains qu'ils iront souper chez vous. » L'armée française entra dans Milan sans obstacle. Louis XII accourut, prit possession du duché, lui donna une bonne administration, disposa tout pour une campagne prochaine contre le royaume de Naples, et retourna en France, laissaut le gouvernement de sa conquête à Trivulzio, général milanais, qui avait, quelques années auparavant, quitté le s*^rvice de Naples pour celui de France.
TrivulzJo, esprit fier et bauîain, exerça son auîorite avec passion, et réduisit les Milanais à regretter Louis Sforza. Celui-ci, averti par ses partisans de la disposition des esprits, accou;ut avec vingt mille
aventuriers, qu'il était parvenu à réunir. Tout se souleva eu sa faveur; les garnisons françaises furent massacrées; Trivulzio, attaqué dans Milan par les habitants, se retira sur Novare en combattant sans cesse; Sforza rentra dans sa capitale. Louis XII fit alors un nouvel efloit ; la Trémoille fut chargé de réparer les fautes de ïrivulzio. Les Suisses, qui depuis Charles VIII vendaient leurs services à qui voulait les payer, étaient à la lois en grand nombre dans Tarmée ffauçai-e et dans l'armée milanaise. Quelques capitaines de cette nation flétrirent sa gloire par l'amour de l'or et du pillage; ils gardaient dans Novare Louis le ûlore, qui leur avait confié la garde de sa personne; mais, loin de mériter cette confiance, ils firent accord avec les Français (1500). Sforza, se voyant trahi, voulut se rendre; ces mercenaires le retinrent de force. Tout ce qu'il put en obtenir, ce fut de sortir avec eux déguisé en soldat; mais ceux qui l'avaient vendu le firent bientôt reconnaître. Il fut pris et transféré en France, où il mourut accablé de cliagrin, après avoir été enfermé pendant dix ans dans le château de Loches en Touraine. Milan obtint sa grâce moyennant quelques supplices et d'énormes contributions, et tout le pays rentra sous la domination française. Venise reçut le prix de son alliance : Louis XII lui abandonna Crémone et tout le pays qu'elle avait conquis le long de TAdda.
Ce fut au milieu de ces événements que mourut le doge Augustin Barbarigo, qui par la fermeté de
son caractère avait su reconquérir les prérogatives dont le sénat avait dépouillé ses prédécesseurs. Il eut pour successeur Léonard Loredano.
Louis XII, maître du Milanais et de Gênes, annonça hautement ses prétentions sur Naples; mais il redoutait ce même Ferdinand d'Espagne qui en avait déjà cha=!sé les Français. Au lieu d'accéder à la proposition de Frédéric, successeur de Ferdinand II, qui lui offrait de se reconnaître son feudataire, il conclut un traité secret avecle roi d'Espagne, par lequel il était convenu que les deux rois feraient ensemble la conquête de Naples et se partageraient ce royaume. Le roi catholique envoya une seconde fois Gonsalve de Gordoue à Naples sous prétexte de défendre son parent, mais, en effet, pour l'accabler; les Français arrivèrent par mer et par terre. Le malheureux Frédéric, trahi par son parent, pressé par les armes françaises, dénué de toute ressource, fut obligé de se rendre a discrétion , il fut conduit en France, où il mourut en captivité. Les vainqueurs se partagèrent son royaume (1501).
Les Françiîis et les Espagnols étaient à peine en possession du royaume de Naples, que des querelles éclatèrent entre eux au sujet de la fixation des limites. Tous les pourparlers furent inutiles et une guerre de surprises et d'escarmouches commença. Les français, sous les ordres du duc de Nemours, eurent d'abord Tavanlage; mais Gonsalve, ayant reçu des renforts et de l'argent d'Espagne, reprit bientôt l'offensive : il battit plusieurs fois ses adver-
sdires, entre autres à Cerignola d.ms la Pùiiil'e, où Nemours fut tné avec quatre mille françiis (1503). En vain le brave chevalier Bayard soutint seul sur un pont étroit le choc de deux cents ennemis; cet eCTort de valeur fut glorieux, mais inutile. Toutes les places furent prises Tune après l'autre; Naples ellemême se rendit, et les débris de l'armée française se renfermèrent dans Gacte.
Une nouvelle armée, sous les ordres du duc de la Trémoille, passa les Alpes et s'avança vers Rome, pour s'opposer aux projets de César Borgia, duc de Valentinois, snr Florence et la Romagne. Tout à coup la mort d'Alexandre VI vint changer la face des affaires; les bavons romains que César avait subjugués, les Colonne, les Ursins, se soulevèrent contre lui, et le forcèrent à se placer sous la protec-= tien des Français. Le premier ministre de Louis XII, le cardinal d'Amboiï-e, archevêque de Rouen, accourut, et fit séjourner pendant six semaines Tarmée française aux portes de Rome, espérant emporter par son appui la tiare, qu'il désirait depuis longtemps. Mais son espérance fut trompée, ce fut le cardinal de la Rovère qu'on élut, sous le nom de Jules 11. Le premifr soin du nouveau pape fut de faire arrêter César et de le dépouiller du reste de sa puissance.
L'armée de la Trémoille se mit en route pour les frontières de Naples, et arriva sur le Garigllano, défendu parGonsalve. Ce général, après avoir laissé ses ennemis pendant deux mois se morfondre dans
les marais par des pluies effroyables, pissa le fleuve, et mit ces bandes malheureuses en pleine déroute. Les débris se réfugièrent une seconde fois dans Gaëte, où ils capitulèrent à condition qu'on leur laisserait la retraite libre. Le royaume de Naples fut dès lors perdu pour la France, et passa pour deux cents ans à la maison d'Espagne.
Louis XII, dégoûté de l'Italie et désireux de terminer cette triste guerre, couclut d'aborl une trêve dé trois ans avec Ferdinand le Catholique. Cette trêve fut suivie de l'incroyable traité de Blois entre la France, l'empereur Maximilien et l'archiduc d'Autriche. Par ce traité, le roi donnait la seule fille qu'il eût d'Anne de Bretagne à Charles d'Autriche, petit -fils de l'Empereur, en lui assurant pour dot, mais seulement après sa mort, Milan, Gênes, la Bretagne et la Bourgogne entière. A ce traité les trois monarques, pressés parles légats du pape, en joignirent un autre , par lequel ils s'engagèrent à arracher aux Vénitiens les places cle la Romagne, que ceux-ci avaient occupées sous prétexte de détendre Borgia, et qu'ils s'obstinaient à conserver malgré les instances du pape. Les Vénitiens avertis de la ligue préparée contre eux, n'eurent plus qu'une pensée , celle de désunir cette ligue. Une circonstance imprévue, la maladie du roi de France, fît naître un nouvel état de choses; le cardinal d'Amboise, n'envisageant qu'avec effroi un traité qui imposait de si rudes saciiûces à la France, en fit demander la rupture par les états généraux assem-
blés. Le roi déclara qu'il se rendrait au vœu de la nation, et, comme il se croyait alors près de sa fin, il voulut que sa fille fût fiancée au jeune comte d'Angonlême, qui fut depuis François l^^. L'Empereur n'osa réclamer, mais il se prépara à la guerre (1500).
La république turbulente de Gênes haïssait la domination française. Elle se révolta à l'instigation des Vénitiens, et se plaça sous la protection de l'Empereur. Cette révolte attira Louis XII au delà des monts avec une armée de cinquante mille hommes. Gènes fut obligée de se rendre à discrétion, et le roi de France la traita avec la dernière sévérité.
Cette expédition rapide alarma les ennemis de la puissance française. Les Vénitiens et le roi d'Aragon, craignant de voir encore une fois Louis XII devenir maître delllalie, lui envoyèrent des ambassades de félicilation. L'Emperenrseul se montra toujours disposé à la guerre et continua ses préparatifs. Après avoir annoncé hautement sou intention d'aller se faire couronner à Rome, et de rendre à TAllemagne la domination de Tllalie, il demanda aux Vénitiens le passage à travers leurs États, et leur proposa le partage du Milanais. La Seigneurie, voulant s'en faire un mérite aux yeux du roi de France, refusa le passage aux troupes impériales (1508). L'Empereur, furieux de voir sa demande rejetée, fit marcher ses troupes sur le Frioul, arriva lui-même en grande pompe à Trente, et attaqua les frontières vénitiennes ; mais il y trouva les troupes de la république appuyées d'un corps de six mille français.
L'argent lui ayant manqué dès le début de la campagne, il quitta son armée, livrée à la misère et à la désertion , se rendit à Insprnck pour y vendre ses pierreries, et courut ensuite par toute l'Allemagne pour presser les contingents des divers princes de TEmpire. Pendant son absence, les Vénitiens lai prirent plusieurs places sur l'Adriatique, et voulurent attaquer Trente; mais, les Français ayant refusé leur coopération , ils conclurent séparément une trêve de trois ans avec l'Empereur. Louis XII s'irrita de cette trêve, qu'il regarda comme un outrage, et, repassant dans son esprit tous les griefs de la France contre la république, il n'attendit qu'une occasion favorable pour se venger. Bientôt Maximilien, mobile dans ses idées comme dans sa conduite , indigné d'ailleurs des réjouissances insultantes par lesquelles Venise avait célébré sa défaite, proposa au roi de France de mettre à exécution l'ancien traité de Blois contre la Seigneurie, c'est-à-dire de se liguer pour conquérir et partager toutes ses possessions. Le roi de France accueillit cette proposition avec joie. Le roi d'Aragon et de Naples, qui voulait rentrer dans les cinq ports que les Vénitiens occupaient sur ses côtes, et le pape Jules II accédèrent à la guerre. Le 10 décembre 1508, les plénipotentiaires de ces puissances signèrent le traité connu dans l'bistoire sous le nom de Ligzœ de Cambrai, du nom de cette ville, qu'ils avaient choisie pour tenir leurs conférences.
Il fut convenu que le roi d'Aragon et de Naples et le roi de France entreraient les premiers en cirapagne, et que le pape fulminerait contre les Vénitiens une bulle qui leur enjoindrait de restituer toutes leurs usurpations dans quarante jours, sous peine d'interdit. Ce délai expiré, Maximilien était tenu de cbâiier un peuple qui aurait encouru les censures ecclésiastiques.
Le conseil des Dix résista. Jules II, qui, dans cette atfdire, n'avait en vue qu'un acte de justice, voulut d'abord négocier avec Venise, en lui demandant la restitution des villes de la Romagne; mais il la trouva inébranlable. Confiante dans ses armées bien payées, dans ses arsenaux bien fournis, et surtout dans la discorde qui ne tarderait pas d'éclater contre ses ennemis, elle se prépara à la guerre. Elle prit à sa solde Orsini , comte de Petigliano, et Barthélémy Orsini d'Alviano, illustres seigneurs romains, alors ennemis du pape.
Le roi de France, avec vingt mille fantassins et dix mille cavaliers, s'avança rapidement sur l'Adda, qu'il francbit sans obstacle. A quelque distance de ce lleuve il rencontra l'armée ennemie, forte de plus de quarante n)i!le bommes, qui s'était fortiûée dans le village d'Agnadel. Les Vénitiens firent d'abord boune contenance; il y eut même un moment d'bésitation parmi les Français, pendautlequel la Trémoille cria aux Gascons, qui attaquaient une liïne avec mollesse : « Enfants, laites attention que le roi vous \oit ! o Mais quand toute l'armée
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française fut arrivée , et que Bayard et les antres chefs d'aveuturiers eurent pris part à l'action, les Vénitiens furent culbutés; huit à dix mille d'entre eux restèrent sur le champ de bataille avec tous les bagageset l'artillerie. LebraveAlviano, commandant en second, dont les conseils hardis avaient été méprisés par Petigliano, fut renversé et fait prisonnier. Louis XII, le voyant grièvement blessé au visage, raccueillit avec la plus généreuse bienveillance, et lui adressa des consolations et des louanges. Cette bataille, connue sons le nom de Vailla, de Chiara, d'Adda, ou d'Agnadel, fut livrée le 14 mai 1509. Les débris de l'armée vénitienne ne purent trouver de refuge nulle part. Toutes les villes où ils se présentèrent, attendant l'arrivée du vainqueur pour se donnera lui, fermèrent leurs portes. Le malheureux Petigliano fut obligé de se replier sur Mestre, au bord des lagunes. Le roi de France, poursuivant ses succès, prit Bergame, Brescia et Crème. En moins de quinze jours il fut maître de tout le pays que le traité lui avait assigné. Voyant ces brillantes et rapides conquêtes, tous les ennemis de Venise se mirent en campagne. Les troupes du pape firent capituler les villes de la Romagne. Une flotte aragonaise reprit sans combattre les ports napolitains; les seigneurs deFerrare et de Mantoue reconquirent sans peine les territoires dont ils avaient été dépouillés, et les soldats de Maximilien relevèrent le drapeau de la maison d'Autriche dans le Frioul et dans ristrle.
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An milipu de ragitatioti que ces désastres répuidirenf/p.irmi l.i populatioa de Venise, le gouvernement sut conserver toute son aut'U'ité. A l'exemple des Romains, qui, après la bataille de Cannes, avaieiit envoyé des ambassaiieurs à Varron pour le, féliciter de n'avoir point désespéré du salut do la république, il dépêcha un message au comte de Petigliano pour le louer de sa constance. La répu^^ blique rnppela ses garnisons, abandonna ses États de terre ferme, et, concentrant son armée dans ses lagunes inexpugnables, elle attendit l'effet de la discorde qui divisait déjà ses ennemis. Toutefois elle ne dédaigna pas la voie des négociations. Maximilien rejeta tout accommodement ; Ferdinand d'Aragon résolut d'attendre; mais le pape accueillit la soumission des vaincus, et retira son interdit. Quant à Louis XII, il ramena ses troupes dans le Milanais et re\int en France.
Maximilien, à qui le roi de France avait laissé sept à huit cents lances sous les ordres de la Palice et de Bayard , entra en campagne , et revint avec quatre- vingt mille hommes et deux cents canons, mettre le siège devant Padoue, dont les Vénitiens s'étaient emparés par surprise, et qu'ils avaient fortiOée et approvisionnée. Ce dernier boulevard de la république, défendu par Petigliano, parle provéditenr André Gritti et par toute la noblesse vénitienne, opposa une héroïque résistance. Plusieurs a.ssau'ts meurtriers furent repoussés, et le .'seizième jour TEmpereur leva honteusememt le siège, aban-
donnant son armée et ses bagages pour se ?auver en Allemagne. Les Vénitiens, profitant de sa retraite, reprirent Vicence, et menacèrent Vérone, que les Français furent obligés de défendre. Us allèrent ensuite assiéger Ferrare, pour se venger du souverain de celte ville. Cette entreprise ne fut pas heureuse : la ilotte, qui avait remonté le Pô, sous le commandement de l'amiral Trevisani, fut foudroyée par l'artillerie des assiégés, et plus de deux mille hommes périrent dans l'action.
Cependant Maximilien , honteux de ses revers, abandonna à Louis XH les forts de Vérone, seule place qui lui restât, pour gage d'"un prêt de soixante mille ducats. Avec cet argent et les troupes que le roi laissait à sa disposition, il entreprit une nouvelle campagne (1.510). L'armée de la république, réduite à douze mille hommes, sous les ordres de Paul Baglione, qui avait succédé à Petigliano décédé, no pouvait faire qu'une guerre défensive : aussi fut-elle obligée de se retirer devant l'armée combinée de TEmperenr et du roi de France, et d'abandonner Vicence. La prise de Legnano par les Français fut l'événement le plus remarquable de cette campagne.
Jules II, effrayé des conquêtes des Français, dont il redoutait encore plus la domination que celle des Allemands, avait depuis longtemps conçu la haute pensée de délivrer l'Italie de la présence des étrangers. Ce fut dans ce but qu'après sa réconciliation avec \^nise, il suscita des adversaires à Louis XII. il s'adressa d'abord aux Suisses, qui , ayaut demandé
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à la France une angmentation de subsides, n'en avaient tcça\ qu'an refus dédaigneux ; il leur envoya comme légat l'évoque de Sioii, qui leur dit la gloire qu'il y aurait pour eux à se faire les défenseurs du saint-siég-^. Les Suisses écoutèrent la voix du prélat, et conclurent leur traité avec le pape et les Vénitiens. Jules II Gt aussi entrer dans ses projets Ferdinand d'Aragon, en lui donnant l'investiture du royaume de Naples. Cette coalition laissa les Français sans antres alliés que l'Empereur et le duc de Ferrare.
Les premières entreprises de la nouvelle ligue eurent peu de succès : une flotte de onze galères vénitiennes, auxquelles une galère du pape s'était jointe, assiégea inutilement Gènes ; six mille Suisses descendirent dans le Milanais; mais, vaincus par l'argent de la France, ils rentrèrent dans leurs montagnes sans avoir combattu; enfin les Vénitiens, ayant mis le siège devant Vérone, y trouvèrent une si vigoureuse résistance, qu'ils furent obligés de se retirer. Ces revers ne firent rien perdre au pape de son courage : il exigea des Vénitiens qu'ils fissent une nouvelle tentative sur Gènes; elle n'eut pas plus de succès que la première. Après ce second échec, Louis XII, fit proposer une sorte d'accommodement à Jules H; mais le saint-père le rejeta. Alors le roi convoqua cà Tours une assemblée générale du clergé de France, qui prétendit l'autoriser à se soustraire à l'obédience de Jules. 11 envoya cette décision k ses alliés, et les engagea à assembler un concile œcumé-
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nique pour réformer, (]is=iit-il, rÉglisedaiis son chef et dans ses membres. Jules II ne s'effraya point; il marcha en personne contre le duo de Ferrare. GhaU' mont d'Amboise, général de Louis XII, à l'instigatioii des Bentivoglio, seigneurs dépossédés de Bolotaie , accourut et menaçi le saint -père, renfermé dans cette ville, Celui-ci se vit obligé d'entamer des négociations, mais il les interrompit à l'arrivée des troupes vénitiennes et napolitaines, qui forcèrent les Français à la retraite (i5H ); il reprit alors l'offensive, et se porta sur la MiranJole, qui appaiteuait à un seigneur allié de la France. Le vieux pontiie pressa les travaux du siège, dirigea les batteries, et partagea toutes les fatigues comme tous les dangers. Après avoir pratiqué une large brèche, il se disposait à donner l'assaut, lorsque les assiégés demandèrent à capituler. Jules les reçut à discrétion, et entra dans la ville par la brèche, comme aurait pu le faire un jeune conquérant.
L'activité de Jules II laissait peu de choses à faire aux généraux vénitiens. Après la prise de la Mirandole, il marcha contre le duc de Ferrare, qui secondait les opérations des Français, et mit le siège devant les châteaux qui défendaient la capitale de ce prince; mais il fut battu par Bayard et forcé de se retirer surRavenne.
Maximilien, n'ayant d'autre but que de recouvrer les territoires qu'il réclamait de la république, ne se montrait pas éloigné d'accueillir les sollicitations du pape et de Ferdinand d'Aragon, qui le pressaient
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d'entrer dans la ligne. Il convoqna à Mantoue un congrès ; mais Jules II, qui u'ainiait pas les transactions momentanées , sources de guerre pour l'avenir, parvint à rendre ce congrès inutile. Louis XII alors ne garda plus de ménagement : il lit citer le pape au conciliabule qu'il venait de convoquer à Pise de concert avec l'Empereur, et où se rendirent seulement le clergé de France tt quelques cardinaux ennemis du souverain pontife. Jules II neutralisa tout l'effet de cette mesure, contre laquelle s'éleva d'ailleurs l'opinion publique, en convoquant de son côté un concile à Saint - Jeande-Latran, et en excommuniant l'assemblée de Pise.
Le 5 octobre loH , le pape resseira par un nouveau traité les liens de la coalition qu'il était parvenu à former pour expulser les Français de l'Italie. Venise et Ferdinand s'engagèrent à mettre sur pied toutes leurs forces. Les Suisses descendirent de leurs montagnes au nombre de seize mille hommes. Cette armée combinée, qui reçut le nom d'armés de la Sainte -Ligue, fut placée sous le commandement de Raymond Cardonne, vice -roi de Naples. Le roi d'Angleterre, Henri VIII, accepta la 'place qui lui fut réservée dans le traité. Louis XII, déjà discrédité dans la chrétienté pour oser soutenir une guerre ouverte contre le pape, se trouva alors avec la moitié de l'Europe sur les bras , sans autre appui que l'alliance incertaine de Maximilien, et celle du duc de Ferrare, qui lui était presque inutile. La
ligue dont il avait éié le promoteur s'était retournée contre lui.
Pour résister à toutes les forces de ses ennemis, Louis n'avait en Italie que treize cents lances et quatorze mille fantassins, sous les ordres de Gaston deFûix, duc de Nemours, son ne\eu, qui, à peine âgé de vingt-deux ans, rendit son nom immortel par sa valeur et son audace. Ce jeune général attaqua d'abord les Suisses, qui se dirigeaient sur Milan, leur coupa les vivres, les harcela par de petits combats, et les engagea à force d'argent à retourner dans leur pays, comme ils avaient fait précédemment. Il marcha ensuite au secours de Bologne , qui était assiégée par Tarmée pontificale et espagnole, profita d'un temps affreux pour pénétrer dans la ville, et en fît lever le siège. Là il apprit que l'armée vénitienne, pour opérer une diversion, s'avançait dans la Lombardie , et que Brescia venait de lui ouvrir ses portes. Aussitôt, laissant une garnison dans Bologne, il se mit en route, et au bout de neuf jours , ayant fait une marche de plus de deux cents kilomètres, traversé plusieurs rivières, et détruit un corps vénitien qui gardait un passage de l'Ailige, il se trouva devant la ville qu'il voulait reprendre (1512). L'attaque des Français fut impétueuse ; ils avaient à cœur d'entrer dans Brescia, une des plus riches et des plus opulentes villes de l'Italie. La place fut empoitte d'assaut, malgré la résistance des Vénitiens, dont on fit un horrible carnage: un très-petit nombre se sauvèrent; le prové-
dileur André Gtilli fut fait prisonnier. Le pillage de Brescia lécompeusa la bravoure des vainqueurs, qui pendant sept jours s'abandonnèrent aux excès de tous les genres. Dans cette circonstance, le chevalier Bayard se rendit à jamais célèbre par sa belle conduite et par son désintéressement.
Miis la politique allait rendre inutile l'activité du jeune héros. Le roi d'Angleterre, Henri Vlil, api es avoir accédé à la Sainte -Ligue, avait envoyé dix mille hommes en Espagne pour s'emparer de la Guienne; les Suisses s'avançaient à la fois sur la Bourgogne et sur le Milanais, et Maximilien, pressé par les instances du pape et du roi d'Aragon, s'était déterminé à conclure une trêve de dix mois avec les Vénitiens, en se faisant payer une somme de cinquante mille florins. Louis XII, résolu de frapper un grand coup, envoya sur-le-champ à son neveu l'ordre de se porter sur la Romagne et de poursuivre à outrance l'armée de la Sainte-Ligue. Gaston quitta Modène, où il s'était retiré après la prise de Brescia, et marcha sur Ravenne. Le 11 avril, jour de Pâques, les deux armées se trouvèrent en présence. L'infanterie française fut d'abord repoussée par la terrible infanterie espagnole; alors Gaston fit tonner la redoutable artillerie du duc de Ferrare, la plus belle de l'Europe après celle de Venise. L'infanterie espagnole et la cavalerie pontiûcale, lassées de se voir hachées par les boulets, se retirèrent après un combat de dix heures; mais Gaston, déjà maître de la victoire, crut qu'elle serait incomplète s'il
n'anéanlissait pas ces vaillants fantassins espagnol?. A la tôle d'un escadron de gtndainierie, il se mit à leur poursuite, pénétra au milieu des rangs et y trouva la mort. li i'ut renversé par un soldat qui lui enfonça son épée dans ie sein.
Ainsi périt ie jeune et brillant Gaston, qu'une campagne de trois mois avait placé au dessus des capitaines les plus renommés. La bataille de Ravenne, la plus sanglante qu'on eût encore vue dans les guerres modernes de l'Italie, coûta aux vaincus donze mille hommes, leurs bagages, leur artillerie; aux vainqueurs, six mille honimes et une partie de leurs capitaines. Les prisonniers de distinction faits par les Français furent le fameux Fabrice Golonna, commandant de la cavalerie pontificale; l'Espagnol Pierre Navarre, inventeur du système des mines contre les villes assiégées; le cardinal Pierre de Médicis, légat près Tarmée espagnole, et le marquis de Pescaire. Ces illustres captifs eurent l'humiliatioa de suivre à pied non pas le char de triomphe , mais le char funèbre de leur vainqueur.
La nouvelle du désastre de Ravenne et la crainte de voir bientôt les Français aux portes de Rome répandirent la consternation dans cette ville. Toute la cour du pape se jeta à ses pieds pour le supplier de renoncer à ses projets; mais rien ne put ébranler la constance de l'intrépide vieillard. D'ailleurs un événement important venait de relever ses espérances. L'Empereur, craignant que k victoire de Ravenne n'entlât tiop l'orgueil et les prétentions des Fran-
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çais, avait ordonné que tons les Allemands abandonnassent le service de Lonis XII. Après cette défection, la Palice, successeur de Gaston, quitta la Romagne pour marcher au secours de Milan, menacée par vingt mille Snisses qui étaient descendus en Italie sous la conduite du cardinal de Sion. Ces dangereux ennemis se joignirent bientôt à dix mille Vénitiens. Contre des forces aussi imposantes, la défensive était difficile pour le général franc lis, qui, depuis le départ des soldats de Maximilien, n'avait presque plus d'infanterie. Il opéra sa r^^traite, emmenant avec lui les prisonniers faits à Ravenne et les membres du conciliabule de Pise, qui ne tardèrent pas à se disperser. Toutes les villes qui avaient été prises, du fond de la Romagne aux confins de la Savoie, furent abandonnées l'une après l'autre. Il n'y eut que trois mois entre la victoire de Ravenne et l'entière expulsion des Français de l'Italie. Après avoir vu les confédérés poursuivre avec acharnement les Frarçais jusqu'au pied des Alpes, Jules II s'occupa de régler les destinées de lltalie, dont il était le libéralenr. La couronne de iMiliin fut rendue an jeune Maximilien Sîbrza. Le ducde Ferrare, protégé de Lcuis XII, fut dépouillé d'une partie de ses États; Gènes, qui s'était révoltée, recouvra son indépendance avec le dogat ; et, pour punir Florence de son infidélité à la cause de ri'alip, on y rétablit les Méditis. Jules 11 songeait aussi à contenir les Vénitiens, qui commençaient à redevenir redoutables, ainsi que le roi d'Aragon et de Naples;
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mais la mort le surprit au milieu de ses des'^eins. Son snccessenr fut le cardinal de Médicis , qui avait été fait prisonnier à la bataille de Ravenne. Ce nouveau pape, plein de talents et âgé seulement de treiU^z-sept ans, prit le nom de Léoa X, nom qui rappelle de si glorieux souvenirs.
Léon X hérita des vues de son prédécesseur, et, comme lui, ambitionna la gloire d'être le libérateur delltalif. La guerre continua; mais Louis XII, sentant le besoin d'une alliance qui lui permît de réparer ses désastres, entama des négociations avec les Véqitiens, pour la ruine desquels il avait commencé la guerr»^. Le sénat accueillit ses ouvertures, et le provéditeur André Gritti, prisonnier en France depuis la prise de Brescia, reçut des pouvoirs pour conclure un traité, qui fut signé le \A mars 1513. Par ce traité la république garantissait au roi la possession du Milanais et s'engageait à lui fournir quatorze mille hommes, sous le commandement d'Alviano, rendu à la liberté.
Louis XII, au lieu de consacrer ses forces à la défense de son royaume, attaqué par les Anglais au nord, les Suisses à l'est, et les Espagnols au midi, ne songeait qu'à recouvrer le Milannis. La Trémoille env.ïbit le duché avec dix-huit mille hommes ; toutes les villes se rendirent les unes api es les autres, et le jeuûe Slo) za, qui .s'était déjà attu'é ht haine des Milanais par son incapacité, se réfugia dans le camp des Suisses à Novare, dans le lieu m.ême où son père aval î été si indignement trahi treize ans auparayant.
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Les Fr.DÇiis l'y assiégèrent ; mais cette fois les Suisses résistèrent glorieusement, et forcèrent la Trémoille à la retraite; le général françai,s alla camper à trois kilomètres de Novare, vers un bourg appelé la Riotta. Les Suisses, animés d'une de ces résolutions qui révèlent l'audace des chefs et la confiance du soldat , se mirent à sa poursuite, et, sans canon ni cavalerie, l'attaquèrentàl'improviste.Rien ne put résister à ces terribles montagnards; la gendarmerie française, saisie d'une terreur panique, prit la fuite, et son exemple tit lâcher pied au reste de l'armée. Dix mille hommes restèrent sur le champ de bataille; Tartillerie et les bagages tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Les Français se retirèrent d'abord sur Alexandrie, puis dans le Piémont , puis enfin repassèrent les Alpes, en abandonnant les Vénitiens, leurs alliés, malgré les instances du provéditeur Gritti ; le Milanais rentra sous la domination de Sforza.
Celte bataille de la Riotta décida du sort de la campagne (1513). L'armée vénitienne, après avoir parcouru et ravagé impunément les provinces de la rive gauche de l'Adige, fut obligée de se retirer devant les Espagnols, qv.\ étaient enfin sortis de leur inaction, et de se renfermer dans Trévise et dans Padoue. Cette dernière ville, assiégée par l'armée des confédérés, se défendit courageusement et força Tennemi à lever le siège. Le général espagnol , Raymond Cardonne, irrité du mauvais succès de sa tentative, se mit à ravager le pays qui restait aux
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Vénitiens. Il mit en cendres les villes de Mestre, de Marghera, de Lizza-Fusina ; livra au pillage les belles villas que les patriciens de Venise possédaient sur les bords de la Brenta, et promena impitoyablement le ravage jusque devant les lagunes. De la place Saint- Marc on entendait le canon de l'ennemi, et l'on voyait les flammes s'élever du sein des villages saccagés.
Alviano, renfermé dans Padoue, obtint l'autorisation d'en sortir pour venger la république de ces pillards. Il courut sur eux, les atteignit à trois kilomètres de Vjcence, près du village de la Motta. Le combat s'engagea entre ses soldats et les Espagnols, exténués de fatigue et chargés de butin. Ceux-ci, animés par le courage du désespoir, firent si bonne contenance, que dès le premier choc les troupes vénitiennes lâchèrent pied et abandonnèrent leur artillerie et leurs chefs. Il s'ensuivit un horrible carnage : quatre mille hommes restèrent sur le champ de bataille; les deux provéditeurs qui accompagnaient l'armée, le premier, André Gritli, escalada les remparts de Vicence pour se sauver; le second, André Loredano, fut massacré. Paul Baglione fut fait prisonnier, et Alviano se jeta dans Trévise.
Ni ce sanglant revers, ni un incendie terrible qui consuma vers cette époque plus de deux mille maisons dans le quartier le plus populeux de la capitale, n'ébranlèrent la constancedelaSeigneurie.Elleavait foi d'ailleurs dans le patriotisme de trois hommes supérieurs qui devaient assurer le salut de la république. Ces hommes étaient Rienzo da Ceri, gouver-
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neur de Crème, seule place qui lui restât au delà de l'Adige; le comte de Savorgnano, opposé dans le Frioul aux soldats de Maximilien, qui avait fini par entrer ouvertement dans la Sainte-Ligue; et Alviano , qu'elle eut cette fois la sagesse de ne pas décourager en s'absteuant de lui imputer les revers de la république. Trois mois après le désastre de laMotla, Venise s'était créé une nouvelle armée, et était en état de braver tous les efforts de l'ennemi.
Louis XI[, après avoir conclu la paix avec le roi d'Angleterre, et une trêve avec l'Empereur et le roi d'Aiagon, reprit son projet favori, la conquête du Milanais. Léon X, effrayé du retour des Français en Italie, renouvela ses instances auprès des Vénitiens pour les détacher de l'alliance du roi et les engager à faire leur paix avec l'Empereur. Il chargea de celle négociation un littérateur distingué, Pierre Bembo, patricien de Venise, alors son secrétaire. Les conditions proposées ayant paru inadmissibles à la Seigneurie, les pourparlers furent rompus. Les Vénitiens envoyèrent alors des ambassadeurs pour resserrer les liens de l'alliance française, et pour complimenter Louis XII sur son mariage avec la jeune sœur du roi d'Angleterre; mais les ambassadeurs apprirent en roule la mort du monarque. Il avait succombé le l'"" janvier 1515.
Le nouveau roi , François I", jeune, beau, spirituel, bi'ave, magnifique, et plein des idées romanesques de la chevalerie, résolut de venger les
humiliations des Français en Italie. A peine monté sur le trône, il se hâta de prendre le titre de duc de Milan, comme liéritier de Yalenline Visconti, sa bisaïeule; et, après avoir renouvelé l'alliance avec les Vénitiens , il leur tîi ^avoir qu'il leur donnait rendez-vous dans quatre mois sur l'Adda. 11 tint parole. Au mois d'août 1515, il se trouva au pied des Alpes avec quarante mille hommes d'infanterie et quatorze mille chevaux. A la nouvelle de ces préparatifs formidables, la Sainte-Ligue se mit en mouvement. Le pape, l'Empereur, le roi d'Espagne et les Suisses s'apprêtèrent à défendre le Milanais. Ces derniers, sous le commandement de Prosper Golonna, se placèrent derrière les Alpes pour en interdire le passage aux Français; mais François 1"' tourna leurs positions en traversant des montagnes non franchies jusqu'alors. Ce passage merveilleux, aussi hardi que celui d'Annibal, jeta l'épouvante en Italie. Les Suisses se retirèrent sur Milan, l'armée pontificale suspendit sa marche, et l'Espagnol Gardonne, serré de près par le Vénitien Alviano, se renferma dans Plaisance.
François I", pour assurer sa jonction avec les Vénitiens et empêcher les Espagnols de franchir l'Adda, s'avança jusqu'à Marignan, à une égale distance de Milan, du Pô et de l'Adda. Les Suisses, excités par les prédications du cardinal de Sion, sortirent de Milan au nombre de quarante mille, et vinrent l'attaquer dans sou camp (septembre 4515). Leur armée marchait au son des cornets redou-
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tés d'Uri et d'Unterwald, qui ne se faisaient entcnlr'? que d;liis les jours 'le combats. Li b^t.iille dura lieux jours; le premier jour n'amena aucun résultat, malgré les charges brillantes faites par François I" à la tête de sa vaillante noblesse. Les combattants passèrent la unit à la place même où elle les avait surpris ; on n'alluma pas de feu, et les corps suisses et français se trouvèrent entremêlés ; le roi , accablé de fatigue, prit quelques instants de repos sur l'affût d'un canon, à cinquante pas d'un bataillonennemi. Au point du jour le combat recommença avec une égale fureur; mais le connétable de Bourbon avait pris de si bonnes dispositions, que les Suisses finirent par reculer. Lorsqu'ils entendirent le cri de Saint-Marc ! poussé par l'armée vénitienne, qui, guidée par le bruit du canon, avait marché toute la nuit pour venir au secours des Français, ils se retirèrent en bon ordre et rentrèrent dans Milan , laissant douze mille des leurs sur le chainp die bataille. Après ce combat, qui fut appelé le combat des Géants , François I^'' se fit armer chevalier par Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche.
La défaite qu'ils venaient d'essuyer détermina les Suisses à reprendre le chemin de leurs montagnes. Maximilien Sforza, abandonné de ses défenseurs, signa bientôt une capitulation par laquelle il cédait tous ses droits au roi; il se relira eu France, où il mourut sans inspirer aucun intérêt.
Afin de rendre ba conquête durable, François pf
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rechgicha l'alliauce du pape et des Suisses, l'âme el k'S bras de la Sainte-Ligue. Léon X, qui ne voyait plus d'obstacle à la marche des Français, conclut un traité de paix par lequel il rendit les villes de Parme et de Plaisance pour faire partie du duché de Milan. Après ces arrangements, François I" repartit pour la France, ne laissant que sept cents lances et dix. mille fantassins en Italie, sous les ordres du connétable de Bourbon.
Cependant les Vénitiens continuaient la guerre. Après la bataille de Marignan, Alviano, avec sa promptitude ordinaire, avait repris sur les Espagnols et les Allemands les villes que la république avait perdues ; mais cet intrépide guerrier fut bientôt arrêté au milieu de ses succès ; les fatigues de la dernière campagne avaient ruiné ses forces; il mourut au moment où il venait de reconquérir Bergame et se disposait à assiéger Brescia. La république rendit de grands honneurs à sa mémoire.
Par une bizarrerie qui achèvera de faire connaître le caractère de Masimilien, ce prince attendit que tous ses alliés eussent traité avec la France pour sortir de l'inaction où il s'était obstiné à rester, lorsqu'un effort de sa part eût pu faire changer la fortune. Au commencement de 1516, il envahit en personne les États vénitiens avec une armée de trente-cinq mille aventuriers, moitié Suisses et moitié Allemands (1) , et parvint jusqu'à Vérone sans
(1) C^s aventuriers portaient le nom de landskneclite, enfants du pays.
que Théodore Trivulzio, successeur d'Alviano, osât essayer d'arrêter sa marche. Après avoir franchi l'AcIda à Rivolta, il envoya l'ordre aux Milanais de lui apporter les clefs de leur ville. Le duc de Bourbon, gouverneur du duché, voyait toutes les conquêtes des Français près de lui échapper, lorsque arriva un secours de dix mille Suisses, qu'il avait demandé aux cantons signataires du traité d'alliance avec la France. Ces Suisses, dont le capitaine se trouvait être un zélé partisan de la France, excitèrent à la désertion les Suisses de l'armée impériale. Maximilien, aussi prompt à abandonner ses projets qu'à les concevoir, craignant d'ailleurs d'être trahi par ses mercenaires, renonça tout à coup à ses conquêtes. Il laissa son armée, et, se voyant poursuivi par les Français, il se sauva plutôt qu'il ne se retira sur Trente. Aussitôt après ce départ, toutes les petites places ouvrirent leurs portes aux Vénitiens ; Lautrec et Trivulzio s'emparèrent deBrescia, que Venise avait perdue depuis sept ans. Ces deux généraux allèrent ensuite mettre le siège devant Vérone. La mésintelligence commençait à éclater entre les Français et les Vénitiens au sujet de la froideur que les premiers mettaient à seconder leurs alliés, lorsqu'on apprit que les rois de France et d'Espagne, faligués de huit ans de guerre, venaient de signer à Noyon ( 13 août lolG) un traité de paix qui réglait Us afTaires de l'Italie. Maximilitn, quoique n'ayant pas été consulté par son pf-tit-tils, accéda à ce traité : il rendit à Venise tous ses États;
mais cette république, déchue de son ancienne puissance, n'était plus capable de servir de barrière à ritalie, ni d'être une alliée pour la France.
Telle fut l'issue de cette fameuse ligue de Cambrai, durant laquelle les Vénitiens, contre qui elle avait été formée, déployèrent une activité extraordinaire. Dans les conjonctures difficiles où il &e trouva placé, le sénat parvint à créer d'immenses ressources pour répurer les désastres publics. Les dons volontaires faits par le dbrgé et les nobles n'ayant pas sulli aux besoins du trésor, il ouvrit des emprunts qui permirent à la république de rembourser les frais de la guerre. Cette guerre absorba la somme énorme pour ce temps-là de cinq millions de ducats d'or, représentant au moins cent soixantedix millions de notre monnaie actuelle.
Nous rapporterons ici un fait honorable pour la république, et qui témoigne de sa sollicitude pour les savants et les artistes. Lorsqu'elle appela toi;s les citoyens aux armes et imposa des taxes extraordinaires, elle en excepta le Titien, né sur son territoire, et l'architecte florentin Jacopo Sansovino, à qui elle était redevable de plusieurs monuments, notamment de la bibliothèque de Saint-Marc et de l'hôtel de la monnaie.
CnAPITBE IX
Rivalité de Charles-Quint et de François I". — Ligue contre Charles-Quint. — Sac de Rome par lee luthériens. — Troisième guerre contre les Turcs. — Venise en paix avec toute la chrétienté. — (1515-1567).
De nouvelles agitations ne tardèrent pas à suivre la pacification de l'Italie. L'emperrur Maximilien étant mort au commencement de l'année 1519, deux concurrents se disputèrent sa succession : c'était Charles, roi d'Espagne, petit-fils de Maximilien, et François I", roi de France. Les Vénitiens favorisèreut ouvertement les prétentions de ce dernier, et resserrèrent les liens de l'alliance qu'ils avaient précédemment conclue avec la France. Cette ligue n'empêcha pas Charles de l'emporter : il fut proclamé empereur par la majorité des électeurs allemands réunis à Fiancfort, et p.rit le nom de Charles-Quint. Venise craignit alors de s'être attiré le ressentiment du prince dontelle avait traversé l'élection, et d'être
entraînée dans la lutte qui allait s'engager. Pour être prête à tout événement, elle s'empressa de renouveler les traités qui lui garantissaient la paix avec le Grand Seigneur.
L'année 1521 vit mourir le doge Léonard Loredano. Son successeur fut Antoine Grimani, qui, vingt ans auparavant, avait éprouvé la disgrâce de la république pour avoir laissé prendre Lépante par les Turcs sans combattre. Après l'arrêt qui le condamnait à un bannissement perpétuel, il s'était retiré à Rome, où, pendant la guerre de Cambrai, il fut à même de rendre quelques services à sa patrie pour les affaires qu'elle ^vait fréquemment auprès du saint-siége. Le sénat lui tint compte de son zèle, et le rappela de son exil. Réiotégré successivement dans ses biens et dans son rang, Grimani était âgé de quatre-vingt-sept ans lorsqu'il fut élevé à la dignité ducale.
L'élection de Grimani était à peine terminée, qu'on apprit que le pape, sollicité par Charles Quint, venait de conclure avec ce prince une ligue pour chasser les Français de l'Italie , et pour rétablir comme duc de Milan François Sforza, second fils de Louis le More. Venise, dans la nécessité de prendre un parti, demeura attaché à l'alliance française. Une petite armée, sous les ordres de Théodoie Trivulzio, fut mise à la disposition du maréchal de Lautrec, qui commandait dans le Milanais. Mais, dans cette guerre, les Vénitiens se montièrent alliés de la France de nom seulement :
guidés par une politique versatile et timide, ils mirent constamment toute leur application àempôcher que leurs troupes ne prissent une part active aux opérations. Les Impériaux envahirent l'Italie, et réunis aux troupes de la ligue, c'est-à-dire du pape, des Florentins et du marquis de Mantoue, ils vinrent mettre le siège devant Parme. Lautrec délivra cette ville; mais la défection des Suisses affaiblit son armée ; il laissa passer le Pô et l'Adda aux ennemis, et se retira à Milan avec les Vénitiens; il fut surpris par Pescaire ; et , forcé de quitter la ville, dont leshabitantsouvrirentles portes aux Impériaux, il se retira sur le territoire vénitien. En trois semaines tout le duché de Milan se trouva perdu (1521).
Sur ces entrefaites, Léon X mourut. Ce prince, qui avait jeté tant d'éclat sur le pontificat, et dont la fermeté avait éloigné les maux de la réforme qui menaçaient l'Église catholique, eut pour successeur un cardinal Hollandais de naissance, ancien précepteur de Charles -Quint, prêtre vertueux, esprit conciliant, qui n'avait jamais vu l'Italie. Adrien VI (nom que prit le nouveau pape), continua l'alliance du saint-siége avec l'Autriche.
Au printemps de 1522, Lautrec, qui avait reçu un renfort de dix mille Suisses, fit sa jonction avec l'armée vénitienne, passa l'Adda et menaça Milan, où François Sforza venait d'être proclamé. Pescaire le repoussa de cette ville. Alors il s'empara de Novare et se diiigea sur Monza pour recevoir l'argent qu'on lui envoyait de France. MaisTarmée des alliés
lui coupa le chemin à quatre heures de Milan, et se retrancha dans le parc du château de la Bicoque ; Lautrec, pour apaiser les murmures des Suisses, qui, ennuyés de leurs marches continuelles, demandaient leur congé ou la hataille, se vit forcé d'attaquer l'ennemi dans cette position formidable. Les montagnards se précipitèrent sur les retranchements des alliés et firent d'héroïques mais inutiles efforts pour les Iranchir; ils furent écrasés et reculèrent; les autres àtta(|ues n'ayant pas eu plus de succès, toute l'armée se mit à faire reltaite en bon ordie. Ce combat ruina entièrement les affaires des Français. Les Suisses, irrités de leur défaite, rentrèrent dans leurs montagnes; les Vénitiens se retirèrent sur leur frontière ; la plupart des places se rendirent aux Impériaux; Gênes fut surprise, et toute la Lombardie évacuée.
Ces revers firent changer les dispositions de Venise à l'égard de l'armée française léfugiée hur son territoire, et qui désormais lui était à charge. Indignée delà frivolité insouciante de François I", qui laissait ses généraux dans la détresse , elle écouta les sollicitations de Charles , et se déc'ara contre la Fiance. Un traité fut conclu avec l'Autriche le 28 juin i5'23. L'adoption de ce parti fut vivement combattue par André Gritti, partis^an de ce qu'on appelait le système français. Cette opposition n'empêcha cependant pas que Gritti, qui avait consacré toute sa vie à servir son pays , comme général, amiral, négociateur et provéditeur , ne fût
choisi pour remplacer le doge Antoine Grimani , qui mourut vers cette époque.
Le danger réveilla François I"; il réunit dix-bnit cents geuilarnies et trente mille fantassins, qui passèrent les Alpes sous les ordres de l'amiral Bonnivet pour reconquérir la Lombardie ( 1 o24) . Les alliés exigèrent alors que la république fournît son contingent, et elle fut obligée défaire marcher ses troupes contre ceux qu'elle soutenait l'année précédente. Mais les fautes de l'amiral Bonnivet rendirent sa coopération inutile. Les Français se laissèrent afTamer, barceltr par Its Impériaux : leur retraite jusqu'à Ivrée fut un combat coniinnel; enfin ils repassèrent le mont Saint- Bernard. Ce fut en combattant à l'arrière -garde que le chevalier Bayard fut tué d'un coup d'arquebuse.
Les Impériaux passèrent les Alpes en même temps que les Français, entrèrent dans la Provence et mirent le siège devant Marseille ; mais François I", arrivant avec huit mille chevaux , trentequatre mille fantassins et une formidable artillerie, fondit sur ses ennemis, et les força à repasser Its monts. Il ne put voir cette retraite précipitée sans désirer de reprendre le Milanais; malgré les instances de ses vieux généraux, il se jeta dans les Alpes, et sa marche fut si rapide qu'en peu de jours il se trouva à Verceil. A son approche, Venise, effrayée, rappela ses troupes sur l'Adige; puis, se rangeani du côté qu'elle croyait être celui de la fortune , elle passa tout à coup de l'alliance dé
l'Empereur à celle de la France. Le nouveau pape, Clément VII, et Florence traitèrent aussi avec François I^"^; mais ce prince ne sut pas profiter de la belle po.'iiion que venait de lui faire son audace. Cédant aux conseils de Bonnivet,il s'amusa, au lieu de poursuivre ses ennemis découragés, à faire le siège de Pavie. Pescaire, qui avait rétabli son armée, s'avança pour délivrer la ville assiégée. Un combat s'engagea dans lequel les Françiis, inférieurs en nombre, furent vaiucus et perdirent neuf mille bommes, Ze roi chevalier, aprèss'ètre défendu vaillamment avec une épée brisée, fut fait prisonnier, ainsi que les principaux seigneurs de la France (février 15'25). — -
A la nouvelle de ce désastre, les perplexités de Venise recommencèrent. Elle craignit le ressentiment du vainqueur, et comme sa détection n'avait pas été annoncée ofBciellement, elle fît féliciter Charles-Quint par son ambassadeur. Mais la conduite de l'Empereur lui fît bientôt abandonner son rôle de suppliante. Le traité de Madrid imposé au malheureux François I" ne laissa plus de doutes sur les projets d'envahissement de la maison d'Autriche, et les alliés comprirent qu'il était nécessaire de s'y opposer. Tons les États de l'Italie, se voyant menacés par une armée victorieuse, désordonnée et ne vivant que de pilLige, se laissèrent persuader par les Vénitiens, et formèrent une nouvelle ligue par laquelle ils se garantissaient mutuellement leur indépendance et s'engageaient à attaquer les
forces de l'Empei-eur on Italie. Les premiers soins du roi de France rendu à lalibârlé fut de confirmer ce traité qui fut signé le 22 mars 1520, et qu'on appela le traité de Cognac.
Les hostilités commencèrent aussitôt. L'armée des Vénitiens, commandée parle ducd'Urbin, et celle du pape, sous les ordres de l'historien Guicciardini, étaient très-supérieures en forces à celles des Impériaux ; mais elles manquaient de cette vigueur dans l'exécution si nécessaire aux entreprises hardiment conçues. Milan fut prise par les Espagnols et livrée à toute la cupidité et à toute la barbarie des soldats. François Sforza, assiégé dans le château, capitula et se réfugia dans le camp des alliés. La ligue, désespérée de l'inaction du roi de France, ralentit ses efforts.
Pendant ce temps, de nouvelles troupes allemandes descendaient en Italie pour renforcer l'armée de l'Empereur. C'étaient principalement des pillards luthériens, qui dans leur farouche aveuglement s'avançaient, disaient -ils, pour prendre le pape. Ils débouchèrent par le Mantouan, sans que le duc d'Urbin arrêtât leur marche , et joignirent vers la Trebia le duc de Bourbon, qui avait abandonné traîtreusement sa patrie pour se mettre au service de Charles-Quint. Cette armée formidable passa le Pô, et vint couronner les montagnes voisines de Bologne. D3 là elle envoya une garnison à Ferrare, dont le duc s'était déclaré ennemi de la ligue. Puis, négligeant Florence parce qu'il fallait
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combattre pour s'en emparer, Bourbon, pour obéir à ses soldats qui demandaient à grands cris qu'on les conduisit au pillage, marcha sur Rome, sans artillerie, sans magasins et sans équipages. Arrivé devant la ville éternelle avec quarante mille hommes, il hésita d'abord à consommer sa sacrilège entreprise; mais, entraîné par ses bandes indiscipliuées, il donna l'assaut, et reçut dès le premier choc une blessure dont il njourut quelques heures après. Les soldats, furieux de la perte de leur général , franchirent le rempart, renversèrent les milices pontificales et se précipitèrent dans la ville. Jamais peutêtre dans l'histoire du monde, dit M. Sismondi, une grande capitale ne fut abandonnée à un abus plus atroce de la victoire. Chaque maison, chaque famille fut torturée à son tour. L'avidité des soldats allemands ne respecta ni les tabernacles, ni les chefs-d'œuvre des arts. La bibliothèque du Vatican fut pillée, et les excès épouvantables de cette troupe effrénée , qui se commettaient même dans les basiliques de Saint-Paul et de Saint-Pierre, durèrent, sans se ralentir, pendant deux mois.
Le duc d'Urbin, qui, d'après les ordres de Venise, s'était avancé jusque sous les murs de Rome, ne fit rien pour sauver la capitale du monde chrétien, ni même pour empêcher tant de barbarie. Sous prétexte que ses troupes étaient insuffisantes, il se retira pour attendre des renforts. Mais cette conduite fut l'efi'et de la trahison ..u de la lâcheté. Clément VII, assiégé dans le château Saint-Ange, où il s'était
réfugié et où il avait été réduit à S3 nourrir des plus vils aliments, capitula lors [uil vit si'S alliés l'abandonner. Avant de lui rendre la liberté, on exigea de lui quatre mille ducats d'or et la cession d'Ostie , de Gività-Vecchia,deParme, de Plaisance et de Modène. A la nouvelle du sac de Rome, il n'y eut qu'un cri d'indignation dans toute l'Europe. Charles- Quint, aCfectaaf une douleur hypocrite, désavouales excès de ses soldats et ût faire des prières publiques pour la délivrance du souverain pontife; mais il n'ordonna pas à ses généraux d'abandonner leur proie, et maintint If s conditions exorbitantes de la rançon du saint-père. Au mois d'août 1527, une nouvelle armée française descendit en Italie sous le commandement du maréchal deLautrec. Ea un instant elle soumit Gênes et Alexandrie. Après avoir opéré sa jonction avec les troupes de Florence, de Venise et du duc de Milan , elle s'empara de Pavie et se dirigea sur Rome ; mais avant qu'elle eût atteint cette ville, le pape avait recouvré sa liberté. Les impies qui avaient pillé sa capitale et l'avaient forcé de se racheter avec les pierreries de la tiare, diminués de moitié par leurs débauches et par la peste qu'ils avaient apportée, se réfugièrent dans le royaume de Naples. Lautre''. les suivit emmenant avec lui trois mille Vénitiens. La conquête facile de plusieurs places le détermina à aller assiéger la capitale par terre, tandis qne la flotte génoise, commandée par André Doria la bloquait par mer. Mais cet amiral, le plus grand homme de mer de son temps, ayant été
abreuvé de dégoûts par les alliés, passa au service de Charles -Quint, et vint lui-même ravitailler Naples. Cette décision fut un coup mortel pour la cause française. Lautrec mourut de la peste ; les débris de son armée, harcelés par les troupes hispano-allemandes,, désolés par la peste et par la faim, opérèrent leur retraite, et, après avoir capitulé, furent ramenés à la frontière sans armes et sans drapeaux.
François l"ût un nouvel effort pour rétablir ses affaires en Italie. Le comte de Sdint-Pol, à la tète de mille lances et de dix mille fantassins arriva, dans le Milanais (1528). Ces troupes, réunies à celles du comte d'Urbin, reprirent Pavie, qui était reforabée entre les mains des Impériaux. Une insurrection qui éclata à Gênes par suite de la défection deDoria, appela bientôt l'attention du comte de Saint-Pol ailleurs : il se mit en marche pour aller défendre la citadelle de cette ville, qui tenait encore, et essaya de décider les Vénitiens à le suivre. Ceux-ci, qui voulaient le rétablissement de Sforza sur le trône de Milan, refusèrent. La mésintelligence éclata entre les deux armées. Agissant séparément, les Français furent battus, et les Vénitiens restés seuls, n'osèrent rien entreprendre.
En 15-29, Charles-Quint, ayant armé une flotte de deux cents voiles, débarqua lui-même en Italie pour achever la conquête de ces belles contrées que ses généraux avaient soumises. Dans cette conjoncture. Clément VII, reconnaissant l'impossibilité d'assurer riudépeudance de l'Italie, mécontent d'ailleurs de
ses alliés, qui l'avaient si mal secondé, se résigna à traiter avec son vainqueur. 11 donna à Charles Qaint l'investiture de Napies, et recouvra ses États. Peu de temps après, François ï*', las d'une guerre où il n'avait éprouvé que des désastres, entama des négocialions avec son rival. Le 5 août 1529, un traité fut signé à Cambrai, par lequel, outre plusieurs autres conditions humiliantes, le roi de France renonçait à Milan , à Gènes et à Napies. Il stipula en même temps, sans avoir consulté Venise, que cette république rendrait au pape Cervia et Ravenne, et à TEmpereurles ports qu'elle occupait sur la côte de Nsples. En apprenant cette stipulation, Venise déclara avec fermeté qu'elle ne reconnaissait pas à son allié le droit de traiter pour elle. En même temps elle chargea Gaspard Contarino de négocier une paix particulière avec Charles-Quint. Ce prince, pressé de retourner en Allemagne, où les Turcs assiégeaient Vienne et où l'hérésie de Luther faisait des progrès effrayants, accueillit les avances des Vénitiens et se montra généralement indulgent envers lltalie. Sforza fat laissé en possession du duché de Milan, qui reçut des garnisons espagnoles et fut imposé à d'énormes sommes. Quant aux Vénitiens, ils furent obligés de rendre leurs conquêtes et de payer 300,000 ducats pour les frais de la guerre ; mais en même temps l'Empereur reconnut l'indépendance de leur territoire, et confirma toutes les franchises dont leur commerce jouissait auparavant sur la côte de Napies.
Après ce traité, signé à Bologne, où Cbarles-Quint s'était rendu pour se faire couronner empereur et roi d'Italie parle saint-père, la république mit tous ses soins pendant plusieurs années à se maintenir en paix avec l'Empereur et le roi de France. Son attention se porta aussi vers deux objets qui, à cette époque, ûxaient les regards de l'Europe entière, les progrès de la domination musulmane et ceux du luthéranisme. Voulant conserver intacte la religion sous l'heureuse influence de laquelle elle avait vu sa puissance se développer, elle repoussa les novateurs et ne souffrit pas que l'hérésie pénétrât dans ses États. Quant aux Turcs, elle a'était pas sans inquiétude à leur égard, et la guerre acharnée que Soliman soutenait à ses portes contre Charles-Quint lui faisait présager qu'elle serait bientôt dans la nécessité de rompre la neutralité qu'elle s'était prescrite. Les avanies auxquelles son commerce était exposé journellement dans l'Archipel la déterminèrent à porter sa flotte à cent galères et à lever un corps de huit mille hommes pour renforcer les garnisons de ses colonies ;elie voulait se tenir prête à tout événement et pouvoir soutenir la lutte avec avantage. Ses prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. La rupture éclata en 1537. Quelques légères infractions des Vénitiens au traité précédemment conclu furent le prétexte mis en avant par Soliman pour légitimer ses hostilités ; mais il faut en chercher la principale cause dans les dispositions belliqueuse de l'amiral Barberousse , qui sut les faire
partager à son vnaîlre, et dans les efforts d'André Doria , commandant des forces navales de Charles- Quint, pour exciter Venise à sortir de sa neutralité.
Au mois de mai 1537, le sultan Soliman, à la tête de son armée , partit de Constautinople et vint à Valona, sur la côte d'Albanie, c'est-à-dire à quelques kilomètres de Corfou, taudis que le fameux corsaire Kliaïi-Eddin (Barberousse) , devenu capitan-pacha de toutes les forces navales ottomanes, faisait voile vers l'Adriatique. A la nouvelle de ces démonstrations, le sénat de Venise ordonna à son généralissime de rassembler ses forces, d'aller sur la côte d'Italie opérer sa jonction avec les flottes combinées de l'Emperenr, du pape et de Malte, sous le commindement d'André Doiia. La flotte chrétienne se disposait à risquer une action décisive, lorsqu'elle apprit avec étonuement que les Turcs avaient abandonné tous les points qu'ils avaient envahi. B irberousse s'était borné à ravager les côtes de la Fouille et à emmener en esclavage dix mille habitants. Après huit jours de siège et quatre assauts infructueux, le sultan, rebuté par l'invincible résistance des assiégés, avait fait rembarquer les troupes qu'il avait devant Corfou; quinze mille malheureux paysans enlevés dans lîle avaient partagé le sort des habitants de la Pouilie.
Jusque-là la guerre n'avait pas été officiellement déclarée, et la retraite des Turcs faisait espérer une réconciliation. L'hiver de 1537 à 1538 se passa en délibératiops §ur le parti qu'il convenait à Venise
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d'adopler. Deux opinions partageaient les membres du sénat : les uns voulaient qu'on renonçât à une guerre dont les succès auraient l'inconvénient d'augmenter la puissance de Cliarles Quint: les autres, et c'était le plus grand nombre, demandaient qu'on opposât une fermeté courageuse aux exigences de la Porte, parce que les griefs qu'elle mettait en avant n'avaient été que l'effet d'accidents fortuits. Cet avis prévalut ; on entama alors avec le saint- siège des négociations à la suite desquelles une ligue fut signée entre le pape, l'Empereur, Venise et l'archiduc d'Autriche; cette alliance était offensive et défensive contre les Turcs. La flotte combinée devait être de deux cents galères et de cent bâtiments de transport; l'armée de terre de quatre mille cinq cents chevaux et de cinquante mille fantassins. Doria fut nommé généralissime de toutes ces forces; Vincent Capello, vieillard de soixante-treize ans, mais animé d'une ardeur toute juvénile, était l'amiral de la république; le patriarche d'Aquilée Grimani, celui des galères pontiûcales; la rade de Corfou fut désignée pour le rendez-vous de tous les vaisseaux delà coalition.
- Cependant Barberousse parcourait l'Archipel et attaquait, de toutes parts les colonies de la république, pillant les unes et rançonnant les autres. Ayant appris que la flotte des chrétiens se disposait à attaquer la place forte de Prevesa, située à rentrée du golfe d'Arta, vis-à-vis du célèbre promontoire d'Actium, il se porta aussitôt avec cent vingt-
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deux navires, vers le point menacé , et oflrit la bataille à l'ennemi, qui ne paraissait pas vouloir prendre l'initiative (27 septembre 1538). Doria ayant fait un mouvement rétrograde, l'amiral vénitien, qui se trouvait à l'airière-garde vira de bord et canonna vivement les vaisseaux ottomans, stationnés devant Prevesa; un grand désordre commençait à se manifester dans les rangs des galères de Barberousse , qui se pressaient pour entrer dans le golfe, lorsque Doria donna le signal de la retraite. Le lendemain, les amiraux chétiens tinrent un conseil de guerre, dans lequel Doria proposa de ne pas attaquer; mais, son opinion n'ayant pas prévalu, les deux flottes se mesurèrent de nouveau. Les mouvements irrésolus de l'ami rai génois, qui dans cette circonstance démentit la réputation qu'il avait précédemment acquise , ne purent lutter contre l'attaque francbe et audacieuse de Barberousse; deux galères de Venise sautèrent en Fair, deux d'Espagne , une du pape et une de Venise furent prises, et leurs équipages massacrés.
Après la perte de la bataille de Prevesa, Doria donna une nouvelle preuve de son mauvais vouloir envers les alliés de Charles-Quint, en refusant de suivre l'avis de Capello et de Grimani, qui voulaient que la flotte entrât dans l'Arcbipel, et en proposant de s'enfoncer dans le golfe de Venise pour assiéger quelque place sur la côte d'Albanie. On suivit ses ordres, et l'on se dirigea vers les bouches du Cattaro, afin de s'emparer de Castel-Nuovo. Une violente
tempête assaillit Barberousse, qui se disposait à suivre les chrétiens; sa flotte fut dispersée, et il ne put rentrer dans le port de Valona qu'après avoir perdu plus de soixante navires. Castel-Nuovo fut emporté d'assaut : dix-sept cents prisonniers et un butin qui fut évalué à soixante-dix mille écus furent le prix de cette conquête. Quoiqu'elle dût être attribuée en grande partie aux Vénitiens , Doria prit possession de la forteresse et y mit une garnison espagnole : après quoi il ramena la flotte impériale en Sicile et laissa les Vénitiens seuls à Corfou.
Dans la conviction que l'Empereur n'avait voulu des alliés que pour ménager ses propres forces, le sénat de Venise entama des négociations à Gonstantinople pour obtenir une paix particulière. La reprise de Castel-Nuovo sur les Espagnols par Barberousse, et l'apparition d'une nouvelle flotte ottomane de cent cinquante voiles dans le golfe, rendirent la mission du négociateur Thomas Contarino assez difficile à remplir. Lorsque, conformément à ses instructions, il demanda la restitution de quelques villes, les vizirs le repoussèrent avec dédain, en réclamant, au contraire, la cession de Malvoisie et de Napoli di Romania. Contarino revint à Venise pour obtenir des pouvoirs plus étendus. Au printemps de dolO, un nouveau plénipotentiaire, Louis Badoer, fut chargé d'aller reprendre les négociations. Badoer partit avec des instructions doubles ; le sénat lui avait prescrit de traiter, en stiulant que toutes choses seraient remises sur le pied
OÙ elles étaient avant la guerre; mais le conseil des Dix., qui se croyait en droit d'étendre ses attributions toutes les fois que l'intérêt public l'exigeait, lui remit secrètement de plus amples pouvoirs, qui lui permettaient jusqu'à l'abandon des deux places exigées par la Porte. Lorsque Badoer voulut se renfermer dans les ordres stricts du sénat, le divan rejeta ses propositions, et déclara que la paix ne serait obtenue que par de plus grands sacrifices. Il fallut alors faire u;age des instructions du conseil des Dix; après trois mois de pourparlers, un traité fut conclu qui coûta à la république Malvoisie et Napoli di Romania, les châteaux forts de Nadino et d'Urana, sur la côte de la Dalmatie, et toutes les petites îles dont Barberonsse s'était emparé dans l'Archipel. Cette paix était peu glorieuse; mais elle tirait Venise d'un grand danger.
André Gritti ne vécut pas assez longtemps pour signer ce nouveau traité. Accablé d'années, il était mort quelques mois auparavant, et avait eu pour successeur Pierre Lando. Pendant ce règne, la république, éclairée par l'expérience, se contenta de rester tranquille spectatrice des démêlés sanglants de François I""^ et de Charles -Quint. Elle mit un soin si exagéré à écarter toutes les occasions qui auraient pu la faire sortir du système de neutralité qu'elle s'était imposé, qui}, quoique amie du saint-siége, elle refusa de prêter son territoire pour la tenue du concile dont les progrès alarmants du luthéranisme réclamaient la convocation, et qui devint si célèbre
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SOUS le nom de concile de Trente; elle se borna à y envoyer des ambassadeurs.
De l'année 1545, où mourut le doge Pierre Lando, à l'année 1570, Venise , en paix avec toute la chrétienté, jouit pour la première fois d'une de ces périodes de calme et de tranquillité malheureument trop rares pour les peuples. Si les annalistes n'eurent pas à enregister des événements dignes d'occuper la postérité, ils eurent à constater les conquêtes de l'industrie et les progrès des arts, qui faisaient alors la gloire de l'Italie et embellissaient la capitale de la république. Sous le règne de François Donato, successeur de Pierre Lando, les statues colossales de Mars et de Neptune sortirent du ciseau de Jacques Sansovino, et les magnifiques palais élevés par Scamozzi et Palladio, sur les bords charmants de la Brenta, furent enrichis de peintures dues au pinceau du Titien, du Tintoret et de Paul Vérouèse. Le palais ducal surtout fut décoré par ces artistes célèbres de chefs-d'œuvre qui retraçaient aux yeux des Vénitiens les plus beaux faits de leur histoire. A côté des anciens palais de marbre qui bordaient les canaux, et qui, parleur architecture plutôt asiatique qu'européenne, rappelaient les conquêtes de la république en Orient, s'élevèrent de nouveaux palais, chefs-d'œuvre de l'architecture moderne. Dans les sciences et dans les lettres , Venise ne resta pas en arrière des autres États italiens. Plusieurs hommes recomraandables sortis de son sein eurent le mérite de contribuer
puissamment aux progrès de rintelligence humaine.
A François Donato succéda Marc-Antoine Trevisani, qui ne fit que passer sur le trône, et fut remplacé par François Vanieri, mort à son tour deux ans après. Laurent Priuli, successeur de Vanieri, vit deux terribles fléaux, la peste et la famine, désoler Venise pendant son règne; il vit aussi la paix rendue à l'Europe par le traité de Cateau-Cambrésis, qui réconcilia la France, l'Empire, l'Espagne et l'Angleterre. Laurent Priuli mourut en 1559, et céda le trône à son frère Jérôme Priuli. Le règne do celui-ci fut marqué par un aff'reux tremblement de terre , qui renversa de fond en comble la ville de Catîaro, en Albanie. Le doge s'attacha à faire disparaître les traces de ce désastre et à réparer l'arsenal de Venise, précédemment endommagé. La mort le frappa en 1567, et son successeur fut pierre Loredano.