‹ Histoire de VersaillesChapitre 15 sur 99 · HUE SAT(!U · texte numérisé non relu

HUE SAT(!U

('goût, défendu seulement par quatre bornes. Cet égoût gênait la circulation et était dangereux. En 17G5, le contrôleur des bâtiments, Pluyette, le fit enlever et le remplaça par quatre bouches, doublées depuis et améliorées; mais le carrefour n'en continua pas moins de porter le nom des Quatre-Bornes, qu'on lui donne encore aujourd'hui.

CÔTÉ GAUCHE

N° 9. — Maison de Blaizot, le libraire de Louis XVI. • Blaizot était fort jeune quand il vint à Versailles, en 1760. Son oncle, marchand d'images dans les baraques de la Rampe, l'envoyait souvent au château porter de ces images aux enfants des seigneurs de la cour. Dans une de ses courses, il fut remarqué du Dauphin. Le jeune prince le prit en amitié. Il le faisait fréquemment appeler près de lui, et à peine monté sur le trône, il lui accorda le brevet de libraire du roi, de la reine et du dauphin. Louis XVI avait une grande confiance en lui, et le chargea d'une mission délicate ; c'était de recueillir tous les pamphlets et les libelles écrits contre le gouvernement, et de les lui remettre. Le roi s'y était tellement habitué, qu'il avait de l'humeur lorsque Blaizot était huit jours sans lui présenter quelque nouveauté.

Cependant la police cherchait à faire disparaître beaucoup de ces écrits, et poursuivait ceux qu'elle soupçonnait de les répandre. Un ballot de pamphlets fut saisi par les agents du lieutenant de police, et Blaizot signalé comme un des libraires qui se procuraient ces écrits, probablement pour les vendre clandestinement. Il fut arrêté, et allait être conduit à la Bastille, sans autre forme de procès.

Louis XVI, ayant su ce qui se passait, le fit mettre en

liberté à l'instant même. 11 fît venir ensuite le garde-dessceaux, et lui demanda les motifs de l'arrestation de Blaizot : lorsqu'on les lui eut expliqués, il fit connaître au ministre étonné pour qui son libraire recueillait ces écrits, et il ajouta : Comment voulez-vous que je connaisse V opinion publique? Croyez-vous que je puisse découvrir la vérité avec les écrits qui me prodiguent des éloges ? Je sais la confiance que méritent ces ouvrages, et ceux qui ni 'entourent se font un devoir de me tromper (1) !

Louis XV aimait aussi à lire les libelles, et il reprochait un jour à son libraire Fournier de ne lui en procurer aucun : Sire, il n'en paraît pas. Le roi lui en montra alors un, écrit contre sa personne, et se contenta de lui dire doucement : Si tu veux le lire, je vais te le prêter.

N° 17. — C'est là que se trouvait, en 1774, l'entrée du manège de l'hôtel des Chevau-légers de la garde du roi. On voit encore, au balcon, le foudre et la devise des chevau-légers : Sensere gigantes.

Nos 25^ 27? 29 et 31 Emplacement de l'hôtel du comte de Lannion, sous Louis XIV.

En 1731-, on trouve cet hôtel divisé en plusieurs propriétés, dont la principale était une auberge, désignée sous le nom d'Hôtel de Lannion. Une partie de cette auberge était occupée par un cabaret ayant un petit jardin sur le derrière, et portant pour enseigne : Au Jardin- Royal. Au mois de janvier 1744, le comte de Noailles autorisa son secrétaire Hermand et son valet-de-chambre Cosson à ouvrir un bal public dans ce cabaret. Bientôt ce bal devint à la mode, et fut le rendez -vous des grisettes et de tous les libertins de Versailles. Louis XV n'avait pas

(1) Bibliographie des Journaux, par Deschiens.

toujours des goûts très-relevés; il aimait beaucoup les réunions des gens du peuple, ou, comme il les appelait, les bals à bouts de chandelles. A cette époque, pendant la durée du carnaval, les sociétés masquées avaient le droit d'entrer dans les bals bourgeois ; il suffisait qu'une personne de la compagnie se démasquât et se nommât. Madame Campan raconte que le roi se faisait indiquer les piqueniques des petits marchands, des coiffeuses, des couturières de Versailles; qu'il s'y rendait en domino et masqué, accompagné du capitaine des gardes et de cinq ou six officiers masqués comme lui; que souvent il était obligé de monter un quatrième étage, ou d'aller dans quelque mauvaise salle d'auberge.

Le bal du Jardin-Royal, le premier de ce genre dans Versailles, devait piquer la curiosité de Louis XV. Narbonne rapporte (1) que, dans la nuit du dimanche 9 février 1744 au lundi 10, le roi, après son souper, s'y rendit avec la duchesse de Chàteauroux, sa maîtresse, la duchesse de Lauraguais, sa sœur, le duc d'Ayen et le comte de Noailles. Ils étaient masqués, et ne se retirèrent qu'au bout d'une heure et demie, après s'être amusés comme de simples bourgeois. Le naïf Narbonne ajoute, en rapportant ce fait, qu'il ne conçoit pas comment on a pu insinuer au roi d'aller à ce bal, ni que le roi ait eu la complaisance d'y aller. Il ne savait pas , le pauvre homme, que le roi n'avait pas besoin d'être excité pour rechercher ce genre d'amusement. Cette fréquentation d'une société mal élevée avait même influé sur le caractère de Louis XV, et madame de Pompadour elle-même se plaignait de l'entendre se servir d'expressions peu dignes de sortir de la bouche d'un roi.

(1) Journal manuscrit.

il H

« C'est avec des personnes comme cela, dit-elle un jour à Mme Duhausset, sa femme de chambre, que le roi sans doute apprend des termes dont je suis toute surprise. Par exemple, il m'a dit hier, en voyant passer un homme qui avait un vieil habit : Il a là un habit bien examiné. Il m'a dit une fois, pour dire qu'une chose était invraisemblable : Il y a gros ; c'est un dicton du peuple, à ce qu'on m'a dit, qui est comme // y a gros à parier. — Je pris la liberté de dire à madame, ajoute Mme Duhausset : Mais ne seraient-ce pas des demoiselles qui lui apprennent ces belles choses? Elle me dit en riant : Vous avez raison, il y a gros (1). »

Damiens logea dans cette auberge en 1757.

Le 4 janvier 1757, Damiens, en état de poursuite pour un vol d'argent fait au maître chez lequel il était domestique, arrive à Versailles vers les trois heures du matin, par les voitures de la cour, et vient loger à l'auberge de l'hôtel de Lannion. Toute cette journée est employée par lui à se promener et à boire. Le lendemain 5, il reste couché dans sa chambre jusqu'à deux heures, puis sort, en se dirigeant du côté du château. Louis XV était revenu dans l'après-midi de Trianon, pour voir Mesdames; sur les six heures il sortait de leur appartement, accompagne de toute la cour et ayant à ses côtés le dauphin. Il faisait nuit ; la voûte conduisant de la cour royale dans le parc, par où le roi allait partir pour retourner à Trianon, était peu éclairée, et il s'y trouvait une foule de courtisans et d'oisifs, toujours curieux de voir le souverain. Damiens s'était placé dans un petit enfoncement, au bas de l'escalier. Au moment où le roi allait monter en voiture, appuyé sur le comte de Brionne, grand écuyer, et le marquis de Beringhen, premier écuyer, Damiens se précipite au milieu des courtisans, heurte en passant le.

(1) mémoires de madame Dcuausset.

dauphin et le duc d'Ayen, capitaine des gardes de service, et, pénétrant à travers les gardes-du-corps et les cent-suisses, frappe rapidement le roi d'un coup de couteau entre les côtes. Louis XV s'écria : On vient de me donner nn furieux coup de poing. Un froid très-vif avait forcé presque tous ceux qui se trouvaient là de s'envelopper de redingotes ; Damiens en avait une. Après avoir commis le crime, cachant son couteau, il s'était rejeté dans la foule et aurait échappé s'il avait eu le chapeau bas, comme tout le monde; mais le roi sentant le sang couler de sa blessure se retourna, et à l'aspect d'un incounu couvert et les yeux égarés, il dit avec calme : C'est cet homme qui m'a frappé, qu'on l'arrête et qu'on ne lui fasse pas de mal.

Saisi par un valet-de-pied du roi, et remis entre les mains des gardes-du-corps, Damiens est traîné dans leur salle. Là, dans les premiers transports de colère de cet audacieux attentat, voulant le faire parler et déclarer ses complices, ils lui tenaillent les jambes avec des pincettes rouges, lui brûlent les extrémités des pieds, et peut-être, dans l'excès de leur zèle, l'auraient-ils fait périr, si le grand prévôt de l'hôtel, à qui appartenait la connaissance de ce crime, ne l'eût soustrait à leur fureur, en le faisant conduire immédiatement à la Geôle de Versailles.

La blessure du roi était légère. Damiens s'était servi pour le frapper d'une lame de canif, et en quelques jours Louis XV fut guéri.

Transporté à Paris, Damiens fut jugé par la cour du parlement, et, après avoir été appliqué à la question ordinaire et extraordinaire , condamné , par arrêt du 26 mars, au même supplice que Ravaillac.

Il fut exécuté sur la place de Grève, le 28 mars 1757, à quatre heures trois quarts de l'après-midi. On lui brûla la main droite; ensuite il fut tenaillé ; on lui jeta du plomb fondu dans ses plaies, et puis on l'écartela. Il resta vivant durant ce supplice, qui dura plus de cinq quarts d'heure, et montra beaucoup de fermeté. Pour l'écarteler, on avait élevé une petite charpente sur laquelle il était attaché, à la hauteur des traits des chevaux; ses bras et ses jambes dépassaient. Quatre chevaux vigoureux faisaient des efforts incroyables depuis plus d'une demi-heure pour opérer l'écartèlement. L'extension des membres était incroyable; il fallut que les commissaires ordonnassent qu'on coupât les muscles principaux. Damiens avait perdu les deux cuisses et un bras, il respirait encore!... Ce ne fut qu'au démembrement de son dernier bras qu'il expira. On réunit ces membres épars au tronc, on alluma un bûcher, on les y plaça, et, réduits en cendres, elles furent jetées au vent.

Telle fut la fin de ce malheureux.

Dans la partie de l'hôtel de Lannion occupée par le Jardin Royal, vint s'établir, en 1780, un spectacle aujourd'hui encore la joie des enfants. Séraphin , le vrai fondateur en France des ombres chinoises perfectionnées, après avoir parcouru la province, vint s'établir à Versailles. Admis plusieurs fois à divertir la famille royale, il obtint pour son théâtre, le 22 avril 1781, le titre de Spectacle des Enfants de France.

Une affiche de cette époque est ainsi conçue :

« Venez garçon, venez fillette, « Voir Momus à la silhouette :

« Oui, chez Séraphin venez voir « La belle humeur en habit noir.

RUE SA toi; Y. 213

« Tandis que ma salle est bien sombre, « Et que mon acteur n'est que l'ombre, « Puisse, Messieurs, votre galté « Devenir la réalité.

« Le sieur Séraphin a l'honneur de prévenir le public que, pour mériter de plus en plus sa bienveillance, il n'a cessé de varier son spectacle; et, pour prouver ce qu'il avance, il donne un répertoire d'après lequel le public jugera de la vérité :

a Le Pont cassé, — la Chasse aux Canards, — la Poule plumée, — l'Embarras du Ménage, — le Maître d'Ecole, — le Magicien, — le Danseur de Corde, — etc., etc. »

Puis il donne une liste de quarante-neuf scènes, et il ajoute :

« Des personnes prévenues ont fait courir le bruit que tous les jours on voyait la même chose chez le sieur Séraphin : il assure le public que ces personnes ont été trompées; que son spectacle est varié ; que les scènes du répertoire ci-dessus sont jouées successivement, et que deux fois de suite on n'y voit pas la même chose. Ce spectacle, où règne la gaîté, est toujours caractérisé par la décence. »

A la fin de cette même année 1781, Séraphin transporta son établissement sous les galeries du Palais-Royal.

Peu de temps après le départ de Séraphin, on trouve, dans le même local, un autre théâtre, établi par les sieurs Prin et Kirasqui, sous le nom de Délassement-Comique, dans lequel on jouait des comédies-proverbes, opéras-comiques, pantomimes et petits ballets, à l'instar des spectacles des boulevards de Paris. Ce théâtre ferma en 1790.

Par le séjour de la cour, Versailles avait des relations nombreuses avec les provinces. Il s'y était établi une administration de messageries correspondant soit directe-

ment, soit par l'intermédiaire de Paris, avec tous les points de la France. Le siège de cette administration était placé à l'hôtel de Lannion.

Une partie de cet hôtel appartenait , sous Louis XV, à M. de Montmartel, l'un des quatre frères Paris, qui eurent alors une si grande part à l'administration des finances. Il était garde du Trésor-Royal à l'époque de la faveur de madame de Pompadour, et fut chargé de payer ses dépenses (1 ). Il eut pour fils le fameux marquis de Brunoi, si connu par ses prodigalités et son goût singulier pour les cérémonies religieuses.

Nos 4-7 et k9. — Ancien cimetière de Saint-Louis.

En parlant de l'église Notre-Dame, nous avons dit que, sous Louis XIV, c'était la seule paroisse de Versailles. Lorsque Louis XV eut fixé de nouveau son séjour dans celte ville, le nombre des habitants devenant de jour en jour plus considérable, beaucoup de maisons s'élevèrent dans le terrain du Parc-aux-Cerfs, jusqu'alors presque inhabité. En 1725, on construisit dans ce quartier, sur l'emplacement actuel de l'évèché, une chapelle , comme succursale de la paroisse Notre-Dame, et en 173i, on l'érigea en paroisse. A peu de distance de l'église se trouvait le cimetière dont nous nous occupons. Pendant ce temps, le quartier continuait de se peupler, et le cimetière lui-même se trouvait entouré d'habitations. Déjà, à plusieurs reprises, les habitants des maisons voisines avaient demandé la translation du cimetière dans un autre lieu, lorsque parut, en 1765, un arrêt du Parlement de Paris ordonnant, pour cause de salubrité pu-

(1) Voir Etat des dépenses de madame de Pompadour, publié par J.-A. Le Rot.

nUE SAÏfiRV. MI

blique, de fermer les cimetières de l'intérieur des villes et de les transporter hors des barrières. Les plaignants reprirent alors courage et adressèrent de nouvelle:, demandes à la fabrique de Saint-Louis, qui ne se pressait pas de répondre. Enfin, fatigués de tous ces délais, ils résolurent de faire appel à une plus haute autorité et provoquèrent un arrêt du Conseil du Roi, pour exiger la translation du cimetière. Un mémoire fut alors rédigé et adressé au conseil en 17G8 : on faisait valoir pour sa translation, son peu d'étendue, le peu de profondeur des fosses, la grande quantité d'émanations putrides s'en exhalant, les maladies qu'elles avaient plusieurs fois occasionnées, et surtout la santé de la famille Royale, exposée à tous ces dangers.

Malgré toutes ces bonnes raisons, le Conseil du Roi tardait à se prononcer. La question était neuve; c'était la première fois qu'on demandait l'application de l'arrêt du Parlement. On craignait de heurter certains préjugés encore dans toute leur force. Le clergé, d'ailleurs, paraissait opposé à cette demande. Un second mémoire parut. L'auteur, M. Pacou, y accumule toutes les raisons hygiéniques qui doivent faire éloigner les cimetières des habitations; il cite l'opinion des auteurs les plus célèbres sur cette matière; et pour donner plus de force à ses arguments, il envoie son mémoire à Voltaire, dont l'opinion dans ces sortes de questions était alors toutepuissante, et lui demande son avis. Voltaire s'empresse de lui répondre, et l'auteur, avant de faire connaître cette réponse, s'écrie avec enthousiasme : « Les auteurs que nous venons de citer ont sans doute des droits sur la reconnaissance publique, mais nous devons en avoir particulièrement envers M. de Voltaire. Cet homme célèbre,

ce génie qui a tant fait d'honneur à notre nation et à l'humanité, sensible aux maux dont nous sommes menacés, n'a pas dédaigné d'écrire à l'auteur du mémoire concernant le cimetière de la paroisse de Saint-Louis, la lettre dont voici la copie :

Au château de Ferney, ce, 3 octobre 1768.

« Votre mémoire, Monsieur, en faveur des morts qui sont trèsmal à leur aise, et des vivants qui sont empestés, est assurément la cause du genre humain ; et il n'y a que les ennemis des vivants et des morts qui puissent s'opposer à votre requête. Je l'ai fait lire à M. Hennin, résidant à Genève; il est frère de M. le Procureur du roi à Versailles : les deux frères pensent comme vous : M. le Chancelier a fait rendre un arrêt du Parlement contre les morts qui empuantissent les villes ; ainsi je crois qu'ils perdront leur procès. J'attends avec impatience un édit, qui me permettra d'être enterré en plein air : c'est une des choses pour lesquelles j'ai le plus de goût : tant de choses se font contre notre gré à notre naissance et pendant notre vie, qu'il serait bien consolant de pouvoir au moins être enterré à son plaisir.

« Je suis, en attendant, avec toute l'estime que vous m'avez inspirée de mon vivant, Monsieur, etc.

« Voltaire. »

Ces railleries de Voltaire sur les choses les plus saintes durent avoir, à cette époque, plus d'influence sur certains esprits que les bonnes raisons de l'auteur du mémoire, et l'on vit en effet la majorité de la fabrique, réunie de nouveau, voter en faveur de la translation du cimetière dans un lieu plus éloigné. L'année suivante, 1769, le 24 février, le Conseil du Roi rendit un arrêt dans le même sens, et le roi, pour ne pas causer de dépenses à la fabrique, ce qui était l'une des objections au projet de changement, donna cent quatre-vingts perches de

terrain dans le bois Satory, pour y établir le nouveau cimetière.

Ce fut le premier changement de ce genre opéré en France; l'exemple de Versailles, proposé par tous ceux qui s'occupèrent de cette importante question hygiénique, fut bientôt suivi par plusieurs autres villes, jusqu'au moment où la loi vint en faire la règle générale.

Le 11 janvier 1867 est décédé dans cette maison , Antoine Théodore, marquis du Prat, né à Versailles en 1808.

Le marquis du Prat était un de ces hommes de bien, de ces véritables chrétiens, dont la vie se passe à soulager les malheureux et à répandre le bonheur autour de soi.

« C'était un exemplaire de cette grande société polie qui tend à devenir légendaire, dit le prince Augustin Galitzin, dans une notice nécrologique sur le marquis (1) ; c'était un causeur brillant, libre quand il le pouvait, mais fort réservé quand il le fallait ; c'était un écrivain distingué, un bibliophile du premier ordre, un érudit sans ostentation, un généalogiste infaillible.

« Lié avec lui depuis juste un quart de siècle, jamais je n'ai entendu de lui que des paroles indulgentes et gracieuses, comme je ne l'ai jamais vu refuser l'aumône à un indigent. L'originalité de son esprit s'alliait en lui avec une extrême affabilité; beaucoup de personnes peuvent aujourd'hui témoigner sur sa tombe avoir reçu de lui des bienfaits, nulle ne peut l'accuser de lui avoir causé le moindre préjudice. Aussi, lorsqu'il sentit approcher le moment de paraître devant le juge, vis-à-vis duquel il n'y a plus de fauxfuyants, s'il lui est échappé de légitimes regrets, ni l'affection ni la douleur n'ont changé ses regrecs en murmures, en effrois. »

Littérateur et historien distingué , le marquis du Prat a publié plusieurs importants ouvrages, parmi lesquels on doit citer : la vie d'Antoine du Prat , chancelier de

(1) Bull, religieux de Versailles.

France, et l'histoire d'Elisabeth de Valois, reine d'Espagne; bibliophile de premier ordre, il s'était fait une très-belle bibliothèque dans son château de la Gidonnière. Cette bibliothèque d'environ 12,000 volumes, a été donnée par lui à sa ville natale. Par un article de son testament il donne et lègue à la bibliothèque de Versailles ses livres, papiers et manuscrits, en en exceptant un petit nombre d'ouvrages qu'il donne particulièrement à Madame la marquise du Prat, sa femme. Cependant le marquis du Prat en ayant laissé l'usufruit à Madame du Prat, ce beau cadeau ne doit revenir à la bibliothèque de la ville qu'au décès de la marquise.

N° 63. — Caserne de Satory.

Ce bâtiment fut élevé en 1772, pour faire les écuries de la comtesse d'Artois. Depuis la Révolution , on en a fait une caserne d'infanterie et un quartier de cavalerie. Le quartier de cavalerie possède cinq vastes cours. Il est bien exposé dans toutes les directions, sur un point élevé, dominant tout ce qui l'entoure, excepté au sud, où sont les bois qui le couronnent. Il peut renfermer 180 hommes de cavalerie et 173 chevaux. La position de la caserne d'infanterie est identique; elle peut loger 584 hommes.

En l'an VII (1797), plusieurs jeunes gens de Versailles y établirent un spectacle, sous le nom de Société d'Emulation.

N° 69. — Maison habitée par André Chénier, en 1793.

André Chénier adopta avec ardeur les principes de 1789. Mais, ami d'une sage liberté autant qu'ennemi de l'anarchie, on le vit combattre avec ardeur les principes démagogiques qui menaçaient d'engloutir la société dans une ruine profonde. Il attaqua successivement tous les

pouvoirs odieux dont La rapide succession jeta sur la France un long voile de deuil, et accumula ainsi sur sa tète une tempête où il devait périr. Ses jours étaient menacés; on le décida à quitter Paris en 1793. Il alla d'abord à Rouen, puis vint à Versailles, dont son frère Marie- Joseph venait d'être nommé représentant.

« A Versailles, dit M. Delatouche (1), son frère le protégea de son crédit. Il choisit lui-même la maison qui lui servit d'asile ; et là, dans ces murs devenus une solitude, abandonné à des jours de tristesse et de paix, notre poëte eût été conservé à la France, sans le plus déplorable et le plus inattendu des événements.

« André apprit qu'un de ses amis, M. de Pasloret, venait d'être arrêté à Passy. Il y vole; il veut offrir à sa famille quelques paroles de consolation. Des commissaires, chargés d'une visite de papiers, jugèrent suspectes les personnes trouvées dans ce domicile, et les conduisirent en prison. On rechercha l'origine de ce qu'on supposait un acte de quelque comité ; on voulut connaître de quel pouvoir il pouvait émaner, aûn de le fléchir : les démarches furent inutiles. Quelqu'un offrit une somme considérable pour cautionner la liberté du prisonnier. Nulle autorité n'osa la lui rendre; et il était arrêté sans ordre ! »

Traduit devant le tribunal révolutionnaire, André Chénier fut condamné à mort, et monta sur l'échafaud le 7 thermidor (25 juillet 1794), l'avant-veille du jour de la mort de Robespierre!

Dans cette maison delà rue Satory, près des bois charmants où il allait souvent promener ses chagrins, André Chénier composa une ode sur Versailles, qu'on nous pardonnera de rappeler ici :

O Versaille! cTbois! ô portiques!

Marbres vivants! berceaux antiques!

(1) Notice sur la Vie et les Ouvrages d'André Chénier.

Parles dieux et les rois Elysée embelli!

A ton aspect, dans ma pensée, Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée,

Coule un peu de calme et d'oubli.

Paris me semble un autre empire,

Dès que chez toi je vois sourire Mes pénates secrets, couronnés de rameaux,

D'où souvent les monts et les plaines Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,

Sous de triples cintres d'ormeaux.

Les chars, les royales merveilles,

Des gardes les nocturnes veilles :

Tout a fui ; des grandeurs tu n'es plus le séjour :

Mais le sommeil, la solitude, Dieux jadis inconnus, et les arts et l'étude,

Composent aujourd'hui ta cour.

Ah! malheureux! à ma jeunesse

Une oisive et morne paresse Ne laisse plus goûter les studieux loisirs!

Mon âme, d'ennui consumée, S'endort dans les langueurs! Louange et renommée

N'inquiètent plus mes désirs !

L'abandon, l'obscurité, l'ombre,

Une paix taciturne et sombre :

Voilà tous mes souhaits. Cache mes tristes jours,

Versaille ! et, s'il faut que je vive, Nourris de mon flambeau la clarté fugitive

Aux douces chimères d'amours !

L'âme n'est point encore flétrie,

La vieencor n'est point tarie, Quand un regard nous trouble et le cœur et la voix.

Qui cherche les pas d'une belle, Qui peut égayer ou gémir auprès d'elle,

De ses jours peut porter le poids.

J'aime : je vis. Heureux rivage !

Tu conserves sa noble image,

HUE SATOHY. 221

Son nom, qu'a, tes forêts j'ose apprendre le soir, Quand, l'âme doucement émue,

J'y reviens méditer l'instant on je l'ai vue, Et l'instant où je dois la voir!

Pour elle seule encore abonde

Cette source, jadis féconde, Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux!

Sur mes lèvres tes bouquets sombres Forment pour elle encor ces poétiques nombres,

Langage d'amour et des Dieux !

Ah ! témoins des succès du crime,

Si l'homme juste et magnanime Pouvait ouvrir son cœur à la félicité,

Versailles ! tes routes fleuries, Ton silence, fertile en belles rêveries,

N'auraient que joie et volupté !

Mais souvent tes vallons tranquilles,

Tes sommets verts, tes frais asiles, Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil :

J'y vois errer l'ombre livide D'un peuple d'innocents, qu'un tribunal perfide

Précipite dans le cercueil !

N° 71. — Il s'est établi, depuis une trentaine d'années, dans plusieurs villes de France, des institutions religieuses destinées à former des sœurs garde-malades. Versailles n'en avait pas encore, lorsqu'en 1847 vinrent s'y établir, sous le nom de Sœurs de l'Espérance, une branche de l'ordre de la Sainte-Famille, fondé depuis longtemps à Bordeaux. Placées, à leur arrivée à Versailles, rue Saint-Antoine, puis rue Saint-Louis, ces sœurs habitent le n° 71 de de la rue Satory, depuis l'année 1854.

Elles sont au nombre de 19. — On vient de construire une chapelle dans leur nouvelle habitation.

222 niSTOIRE DE VERSAILLES.

cote droit.

N° 4 — En 1734, à l'enseigne de la Providence.

N°6. — A la Colombe.

N° 8. — A la Croix de Lorraine.

N° 10. — Au Puissant Vin.

N° 12. — Au Cheval Noir.

N°14. — A la Clef de Fer.

N° 16. — A Sainte-Catherine.

N° 18. — A Saint-Jacques. — Maison où est né le général Hoche.

Après une campagne brillante en Allemagne, à la tète de l'armée de Sambre-et-Meuse, Hoche mourut à Wetzlar, le 19 septembre 1797. Sa mort fut regardée comme une calamité publique, et le 6 vendémiaire an VI (27 septembre 1797), le Directoire et les Conseils, pour payer à la mémoire du général Hoche la dette de la reconnaissance nationale, ordonnèrent par une loi la célébration d'une pompe funèbre dans tous les camps, et dans chaque commune principale de chacun des cantons de la République.

Versailles, son lieu de naissance, devait surtout s'empresser d'honorer sa mémoire, et, dans le programme des honneurs funèbres qu'on allait lui rendre, on ne pouvait oublier la maison dans laquelle il avait reçu le jour :

« Le 30 vendémiaire (21 octobre), à dix heures du matin, dit le procès-verbal de la cérémonie, les membres de l'administration municipale, les professeurs de l'école centrale, les membres de l'administration du département, ceux des tribunaux civils, cor-

Mil SATOKY. 223

rcctionnels, de paix et île commerce, se réunissent à la maison commune.

« La garde nationale, les troupes en station à Versailles, commandées par le général Chanel, sont sous les armes dans l'avenue de Paria.

« A onze heures, le cortège se met en marche; chacun des membres tient à la main une branche de chêne. Les troupes marchent les armes basses.

« Les tambours, couverts de crêpes, font entendre par intervalles de sombres roulements, et la musique militaire exécute des airs funèbres.

« Au milieu du cortège, on distingue quatre officiers, portant, le premier, une couronne de chêne ; le deuxième, un laurier; le troisième, une branche d'olivier, et le quatrième, une couronne d'étoiles. Chaque officier est accompagné par quatre soldats en armes.

« Le cortège dirige sa marche par l'avenue de Paris, la place d'Armes, la Rampe, la rue Satory, et s'arrête dans cette rue devant la maison où est né le général Hoche, et où s'étaient rendus le père du général et plusieurs de ses parents.

« La façade de la maison est couverte en partie de tentures noires et ornée de drapeaux tricolores; au milieu des drapeaux est un tableau sur lequel est écrit : Ici est né le général Boche, le 2ijuin 1768.

« Le cortège s'arrête, et le président de l'administration municipale prononce un discours dans lequel il explique le but de la cérémonie, et rend un premier hommage au génie et à la valeur du héros versaillais.

« Après ce discours, la famille du général Hoche se place au centre des Corps administratifs : le père du général marche appuyé sur un officier de l'armée et sur le président de l'administration municipale ; le cortège continue sa marche par les rues de l'Orangerie, de l'Union (de la Bibliothèque), Chancelier-l'Hôpital (de la Chancellerie), place d'Armes, et arrive dans la cour du Palais-National, lieu fixé pour la cérémonie.

« Là est élevé un cénotaphe, surmonté d'une urne funéraire ornée d'une ceinture et d'une épée de général, avec cette inscription :

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