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RUE DE L'ORANGERIE

La rue de l'Orangerie faisait autrefois partie du quartier du Vieux-Versailles. La proximité de l'Orangerie du château, à laquelle se rend cette rue, lui a fait

donner son nom. Elle s'étend de l'ouest à l'est, de la rue de la Bibliothèque à la rue Royale, et a 602 mètres de longueur sur 18 mètres 60 centimètres de largeur.

Dans la rue de l'Orangerie se passa, le 9 septembre 1792, l'un des plus terribles drames de la Révolution, le massacre des prisonniers d'Orléans.

On sait que l'Assemblée constituante avait organisé une haute-cour nationale chargée de juger les accusés du crime de lèse-nation. Cette cour, dont le siège était à Orléans, avait soixante-deux détenus dans ses prisons à l'époque des journées de septembre.

Depuis quelque temps, on faisait circuler dans Paris les nouvelles les plus propres à irriter le peuple contre les prisonniers d'Orléans. On les représentait se livrant dans leur prison à toutes sortes de plaisirs, et l'on ajoutait même que, grâce à l'or du duc de Brissac, ils ne tarderaient pas à s'évader. Deux cents Marseillais partent alors pour Orléans, et la section des Gobelins demande à l'Assemblée nationale de faire venir les prisonniers à Paris. L'Assemblée, effrayée de ce départ, donne l'ordre aux Marseillais de revenir, nomme deux commissaires, Bourdon et Dubail, pour s'assurer de l'état des prisons d'Orléans, et, par un second décret, charge le pouvoir exécutif d'envoyer 1,800 hommes pour s'opposer à la délivrance des prisonniers. Ces 1,800 hommes, commandés parFournier l'Américain, renforcés des 200 Marseillais rencontrés à Longjumeau et suivis de plusieurs pièces de canon, arrivèrent le 30 août à Orléans. Il était facile de prévoir que cette troupe ne venait pas dans cette ville pour protéger les prisonniers, mais bien pour les conduire à Paris et les livrer ainsi à toutes les fureurs populaires. Des collisions ne tardèrent pas à s'élever

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entre elle et la garde nationale d'Orléans. Les autorités de la ville, craignant pour la sùrelé des prisonniers, s'adressèrent à l'Assemblée, qui ordonna, par un décret du 3 septembre, leur translation à. Saumur.

Armé de ce décret, Fournier vient dire aux prisonniers, le 4, à six heures du matin, de se préparer à partir.

Sept chariots découverts, à quatre roues et à ridelles basses, servant aux transports des boulets, entrent alors dans la cour, et on place les prisonniers huit par chariot. Puis le cortège sort d'Orléans, ayant à sa tète Fournier, dont le cheval était orné, sur son poitrail, d'un cordon de croix de Saint-Louis et de croix de Cincinnatus enlevées à ces malheureux. Mais, au lieu de suivre la route de Saumur, il se dirige sur Paris, chaque homme de la troupe ayant écrit sur son chapeau : Paris ou la mort !

L'Assemblée, instruite de ces événements, décrète aussitôt que la colonne n'entrera pas dans la capitale. Des commissaires sont envoyés à sa rencontre, et Fournier reçoit l'ordre de la diriger sur Versailles.

Il y avait alors dans Versailles beaucoup de personnes étrangères à la ville . Partout, à cette époque, se formaient des corps de volontaires chargés de défendre les frontières. Lecointre, plus tard conventionnel, que l'on vit toujours jouer le premier rôle dans les troubles révolutionnaires de Versailles, avait fait un appel à tous les jeunes gens du département de Seine-et-Oise, et un grand nombre, accompagnés de leurs parents, s'étaient rendus au chef-lieu pour former les bataillons. Un amphithéâtre était élevé sur la place d'Armes, et c'était là qu'on recevait les enrôlements. 11 y avait donc presque continuellement, sur les places et dans les rues de Versailles, une quantité de gens de toute espèce étrangers

à la ville, lorsque l'on annonça l'arrivée des prisonniers d'Orléans.

Le 8 septembre, le maire de Versailles, Richaud, réunit le Conseil général de la Commune et donne lecture d'une lettre du ministre Rolland, qui lui annonce l'arrivée à Versailles des prisonniers d'Orléans, en lui recommandant de prendre toutes les précautions pour assurer la sûreté des prisonniers. Aussitôt le conseil général prend l'arrêté suivant, qui peint l'état de la ville en ce moment et les craintes qu'il inspirait et qui ne furent que trop tôt réalisées :

« Le conseil général, considérant que Versailles renferme en ce moment cinq à six mille hommes arrivés de diverses parties du département pour se former en bataillons de volontaires; que, depuis plusieurs jours, des hommes pervers cherchent, par des instigations perfides, à égarer le civisme de ces citoyens pour les porter à des exécutions sanglantes; que si, jusqu'à ce moment, les magistrats sont parvenus à déjouer ces manœuvres odieuses, il est à craindre que l'arrivée des prisonniers d Etat ne fournisse l'occasion de les renouveler avec plus de succès;

« Considérant que les maisons de justice et d'arrêt sont remplies ; qu'il n'existe dans la ville aucun local propre à recevoir ces prisonniers; que, hors ses murs et à peu de distance, il en est un qui, par sa position et sa construction, offre à la fois les moyens de retenir les prisonniers et les moyens de les garantir ; que, par son nom même, il aura encore l'avantage de satisfaire en quelque sorte l'animadversion populaire, et d'atténuer le sentiment de la haine en faisant traître des idées de mépris ;

« Ouï le procureur de la Commune ;

« Arrête que MM. Gradiel, Devienne, Gaucher, Sirot et Patou iront à l'instant visiter les bâtiments de la Ménagerie, et y faire les dispositions convenables pour recevoir les prisonniers et loger une partie de la garde qui les accompagne. »

On voit par cet arrêté de la municipalité combien elle s'inquiétait du passage des prisonniers à travers la

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ville, combien elle redoutait la présence à Versailles de ces inconnus qui cherchaient à porter le peuple à des exécutions sanglantes, et combien elle semblait redouter que cette ville n'eût été choisie pour y exécuter quelque horrible dessein! Ces terribles appréhensions de la municipalité sur un complot préparé d'avance et auquel certains membres du gouvernement n'auraient pas été étrangers semblent se confirmer par un fait raconté dans un ouvrage où l'on trouve les détails les plus circonstanciés sur tous les événements arrivés dans les derniers mois de 1792(1). Voici ce que dit M. delaVarenne :

« Le président du tribunal criminel de Versailles était alors Charles-Jean-Marie Alquier, ancien avocat du roi au présidial de La Rochelle-en-Aunis, et députe du Tiers à l'Assemblée constituante. Il présidait alors l'Assemblée électorale à Saint-Germain-en-Laye. Instruit que les détenus d'Orléans allaient arriver, il se rendit à Paris, et obtint, le 9 au matin, une audience du ministre de la Justice.

« Monsieur, lui dit-il, on m'assure que les prisonniers de la hautece cour vont être transférés ce malin à Versailles. La loi exige qu'ils « soient interrogés dans les vingt-quatre heures. Je viens vous dece mander si c'est moi que cette obligation regarde, et si je dois les ce interroger.

« — Monsieur, répondit Danton, il y a, parmi ces gens-là, de grands ce coupables; on ne sait pas encore de quel œil le peuple les verra, ce et jusqu'où peut aller son indignation !

« — Monsieur, reprit le président, ce n'est pas des sentiments du ce peuple à leur égard que je viens vous entretenir; je m'en rapporte « au zèle de la municipalité de Versailles pour faire respecter Tordre « et la loi ; mais je viens vous demander si je dois les interroger. — ce Monsieur Alquier, croyez-moi, ne vous mêlez pas de ces gens-là; il « pourrait en résulter pour \ous de grands désagréments. — Monec sieur, ce n'est pas M. Alquier qui vous parle, c'est le président d'un

(1) Histoire des événements qui ont eu lieu en France pendant les mois de juin, juillet, août et septembre 1792.

« tribunal criminel qui vient consulter le ministre de la Justice, et « qui lui demande s'il doit ou non interroger. — Eh bien ! Mon- « sieur, si vous l'aviez dû, le Ministre yous en aurait donné l'ordre; « puisque vous ne l'avez pas reçu, vous devez vous épargner tant de « questions et d'inquiétudes. »

« A ces mots, Danton tourna le dos au président, et celui-ci sortit de l'audience, persuadé que les prisonniers étaient perdus. »

Le lendemain 9, le maire reçoit une nouvelle lettre du ministre annonçant pour ce jour même l'arrivée des prisonniers à Versailles avec une escorte de 2,000 hommes. Revêtu de son écharpe tricolore, il monte aussitôt à cheval, entouré d'officiers de la garde nationale, et parcourt la ville en faisant la proclamation suivante :

« Citoyens et frères d' armes,

« On transfère d'Orléans les prisonniers d'État que la haute-cour doit juger.

« On leur avait assigné Saumur pour résidence ; ils sont conduits à Versailles, et y arrivent aujoui'd'hui.

« Le devoir nous ordonne impérieusement de garder ce dépôt ; la cité de Versailles méritait qu'on le lui confiât, puisque la tranquillité n'a pas cessé de régner dans ses murs.

« Nous ne croyons pas devoir rappeler à des hommes libres que ces prisonniers appartiennent à la loi, et qu'ils sont sous la sauvegarde publique.

«Français! la loyauté des citoyens de Versailles, ainsi que celle des braves légions qui s'y réunissent pour aller défendre la liberté et l'égalité, nous répondent que ce dépôt sera conservé. »

A peine le maire venait de terminer sa proclamation qu'il reçoit l'avis de la présence d'un rassemblement inquiétant sur la route de Jouy, par où arrivent les prisonniers. Il y court aussitôt. Il rencontre sur la route une partie de l'escorte et les commissaires de la commune de Paris, qui vont attendre les prisonniers à l'entrée de la ville. Arrivé à Jouy, il cherche les

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moyens d'éviter à ces malheureux la traversée de Versailles, car il redoute toujours la présence de ces hommes pervers qui cherchent par des instigations perfides à égarer le civisme des citoyens, pour les porter à des exécutions sanglantes (1). Mais aucun chemin n'est praticable pour l'artillerie et les chariots, et d'ailleurs l'escorte veut absolument passer par Versailles.

Arrivés à la barrière de la rue des Chantiers, Richaud, toujours préoccupé de la sûreté des prisonniers, demande qu'aune double file d'infanterie on ajoute de chaque côté des chariots une file de cavalerie. Mais Fournier, le commandant de l'escorte, dont cette disposition aurait dérangé les projets, s'y oppose, et la cavalerie marche devant et derrière. On entre dans Versailles. On suit la rue des Chantiers et l'avenue de Paris. Une foule de peuple était rassemblée sur le passage des prisonniers. On y remarque les figures sinistres de ces hommes qui rôdent depuis plusieurs jours dans Versailles et que redoute Richaud. Les huées, les insultes, et les cris de Vive la nation les accompagnent sur tout le parcours.

Arrivé à l'entrée de la place d'Armes, ce triste cortège s'arrête quelques instants. Un grand nombre d'individus se trouvaient réunis en ce moment autour de l'amphithéâtre construit par Lecointre. Une douzaine de ces hommes, profitant du temps d'arrêt de l'escorte, se détachent de la foule, sautent aux brides des chevaux du premier chariot, en criant : A bas les têtes! Richaud ordonne alors à l'escorte de marcher, et les brigands les abandonnent pour cette fois.

Mais le signal était donné. L'agitation devenait de

(1) Arrêté du Conseil général.

plus en plus vive. Arrivés dans la rue de la Surintendance (de la Bibliothèque), Richaud, qui marche en tête de la colonne, veut venir se mettre auprès des prisonniers pour les protéger. Les chefs le retiennent, sous le prétexte que sa présence entre les commandants de l'avant-garde tranquillisera davantage le peuple. Déjà le maire, les commandants de l'avant-garde et les canons viennent de franchir la grille de l'Orangerie (1), lorsque les chariots sont arrêtés par le peuple. Richaud revient alors au galop. Le premier chariot était devant l'Hôtel de la marine (la Bibliothèque), la foule l'entourait et menaçait les prisonniers. Richaud s' adressant aux plus acharnés :

« Ne vous déshonorez pas ! laissez agir la justice, elle vous vengera des traîtres ! il peut y avoir des innocents ! — Vous êtes trop bon pour ces scélérats, lui répondent-ils; ils méritent la mort. » Au moment où Richaud donne l'ordre de faire marcher les chariots : « Livrez-nous au moins Brissac et Lessard : nous vous laisserons emmener les autres ; ils périront tôt ou tard. Nous irons à la Ménagerie; si nousles laissions aller, on les sauverait encore. »

Pendant ce temps, un groupe de ces forcenés avait fermé la grille de l'Orangerie et avait séparé l'avantgarde du reste de l'escorte. Richaud y court, descend de cheval et parvient à faire ouvrir la grille. La foule augmente et veut la refermer; il se met entre les deux battants. Quelques hommes, le voyant dans cet endroit périlleux, s'en emparent, l'enlèvent et le portent chez le suisse, en criant : « C'est le maire, sauvons le maire! » On veut le retenir : «Ce n'est pas là mon poste, » s'écrie-t-il, et il s'échappe de leurs mains. Il parvient à faire ouvrir la grille ; on le laisse passer. Mais, entré dans la ville, on

(1) A cette époque la grille de l'Orangerie se composait d'une seule porte fermée par une grille.

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referme la grille sur lui, et la foule, de plus en plus compacte en ce lieu, s'oppose à ce qu'on l'ouvre de nouveau.

Les chariots stationnés dans la rue de la Surintendance se trouvent bientôt entourés d'une masse de volontaires armés de sabres, et de ces hommes que l'on avait déjà vus dans les massacres de Paris, à figures sinistres, coiffés d'un bonnet rouge et que l'on connaissait alors sous le nom de Marseillais.

Le danger croissait de moment en moment. Une plus longue station pouvait devenir fatale. L'ordre fut donné de faire suivre aux voitures la rue de l'Orangerie, afin de mettre les prisonniers en sûreté , soit à la Maison- Commune, soit dans un autre bâtiment de la ville. Richaud, que la foule empêchait de se servir de son cheval, s'empresse de gagner à pied la tête des chariots. On l'entoure, on lui crie qu'il faut que la vengeance publique soit satisfaite. « Vous ne savez pas le mal que ces gens-là nous ont fait, ils méritent la mort! » lui criait un homme qui ne le quittait pas. L'heure du carnage allait sonner. La première voiture se trouve arrêtée à la hauteur des quatre bornes (1). Les autres voitures se succédaient à peu de distance. Richaud arrive à la tète du convoi au moment où il venait de s'arrêter. Un grand nombre d'hommes entouraient le premier chariot, les sabres levés pour frapper les prisonniers. « Quoi ! s'écriet-il, vous qui devez être les défenseurs de la loi, vous voulez vous déshonorer aujourd'hui! ce ne sont pas les prisonniers que je ne connais pas qui m'intéressent le plus, c'est votre honneur ! Citoyens, laissez agir la loi ! » On ne l'écoute pas. Les sabres vont frapper. Richaud se préci-

(1) A la croix de la rue de l'Orangerie et de la rue Satory.

pite sur le chariot; il couvre de son corps les prisonniers qui s'attachent à son habit. Il veut parler, les sanglots étouffent sa voix. Il se couvre la tète. Un fort de la halle, Nicolas, dont le nom doit être conservé, voit le danger du maire, l'enlève de force et le porte dans une maison voisine. Il veut sortir, il est retenu; il parvient à s'échapper; un spectacle horrible frappe sa vue, partout le sang, la mort, des cris plaintifs, d'affreux hurlements, des membres épars !

A peine les infortunés que défendait si courageusement le maire tombaient-ils sous les coups des assassins, que de tous côtés ceux-ci se précipitent sur les autres chariots. Quelques hommes de l'escorte veulent courageusement en défendre l'approche, ils sont obligés de céder au nombre. Les assassins, alors maîtres du champ de carnage, plongent à travers les ridelles leurs sabres dans le corps de ces malheureux prisonniers. D'autres les frappent à coups redoublés sur la tète et sur les bras que les malheureux élèvent en signe de détresse. Ils accompagnent leurs coups de hurlements affreux. Quelques prisonniers cherchent à se défendre; le duc de Brissac est de ce nombre; il s'empare d'un bâton, frappe longtemps, mais enfin, accablé par le nombre et couvert de blessures, il abandonne l'arme dont il se défendait si vaillamment, tombe percé de mille coups et expire, comme, la plupart de ses infortunés compagnons, au milieu de la plus cruelle agonie.

Quarante-quatre prisonniers sur cinquante-deux périssent dans cet horrible massacre, qui dure plus de cinq quarts d'heure. Puis, quand tout est terminé, les cadavres sont dépouillés, abandonnés au milieu de la rue et les assassins, portant en triomphe les vêtements qu'ils leur

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ont arrachés, vont les brûler sur la place des exécutions criminelles, aujourd'hui place Hoche.

Ces cadavres mutilés, jetés pour la plupart sur le pavé de la rue, sont recueillis dans un chariot par les soins d'un officier municipal, M. Gaucher, et portés au cimetière de Saint-Louis, où il leur fait donner la sépulture (1).

Pendant cette scène de carnage, tous les habitants du quartier avaient fui ou s'étaient retirés dans leurs maisons. Cependant quelques citoyens courageux cherchèrent à s'opposer à la fureur des assassins, et s'ils ne purent empêcher le massacre du plus grand nombre, ils parvinrent cependant à en sauver quelques-uns. Nous devons signaler au respect de tous les honnêtes gens les noms de MM. 3 anse et Bantz, les deux seuls noms que nous ayons pu recueillir de ces courageux citoyens.

Après les efforts inutiles qu'il avait faits pour empêcher le massacre, le maire Richaud avait été emmené à la Maison-Commune. A peine était-il remis des émotions terribles qu'il venait d'éprouver, qu'une scène dégoûtante et horrible succède à celle qui venait d'avoir lieu . Le conseil général écoutait encore le récit du maire, lorsque la plupart de ces égorgeurs, les mains dégouttantes du sang de leurs victimes, entrent dans la salle du conseil, portant comme en triomphe des membres encore palpitants qu'ils jettent sur le bureau avec l'argent et les bijoux qu'ils ont trouvés sur leurs prisonniers. « Plusieurs officiers municipaux ne peuvent tenir à ce spectacle; ils sont forcés de se retirer. Quelques autres et le secrétaire-greffier reçoivent ces objets ensanglantés et ils en dressent un état (2). » Le procès-verbal dé-

1) Procès-verbal de la Municipalité du 10 septeuibre 1792. (v2) Procès-verbal du 10 septembre.

posé à la mairie porte encore la trace des mains ensanglantées de ces misérables.

Les prisonniers d'Orléans étaient massacrés, mais tout n'était pas fini . Ces égorgeurs, dont le plus grand nombre avait déjà participé, les 2 et 3 septembre, aux massacres des prisons de Paris, enivrés par le sang qu'il venaient de répandre, se portent en vociférant aux prisons de Versailles.

A peine la nouvelle en est-elle arrivée à la municipalité, Richaud court aussitôt à la Maison de Justice (la Geôle). La foule remplissait la cour. Dans le fond on apercevait les sabres levés, et déjà huit cadavres gisaient à la porte de l'intérieur. Richaud cherche à percer la foule, sans pouvoir réussir; enfin, en entrant par les derrières, il parvient jusqu'au vestibule où l'on faisait venir les prisonniers pour les sacrifier. 11 parle aux assassins et arrête un instant leur fureur. Ils le font descendre au milieu des cadavres pour qu'il soit mieux entendu. Là, il leur reproche de frapper peut-être des innocents. « Vous faites un métier infâme! Que craignezvous? ne connaissez- vous pas le civisme du tribunal? » Il parvient enfin, à force de supplications, à faire cesser le carnage. Les portes de la prison se ferment, et tous ces hommes, tout à l'heure furieux, le suivent à la Maison- Commune, aux cris de : Vive la nation ! vive le maire de Versailles !

Les mêmes scènes de meurtre se passaient à la Maison d'arrêt (rue de la. Pompe, aux écuries de la reine), et se continuèrent, malgré les efforts et les supplications de MM. Meaux, juge du district, Gauchez et Amaury, officiers municipaux, du procureur de la commune et de son substitut qui s'y étaient rendus successivement.

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« Sept A. huit hommes faisaient l'examen du registre des écrous, et sur cette seule pièce ils jugeaient à mort. Ensuite ils prenaient les cartes indicatives des noms et des numéros, donnaient l'ordre d'amener tel prisonnier, lequel, arrivé dans la cuisine du concierge, était aussitôt poussé dehors, où il était assommé (1). »

Déjà treize cadavres étaient étendus à la porte de la prison. Le massacre semblait terminé, lorsque les noms de deux détenus, Vabre, ancien garde du roi, et Claude, sous-officier suisse, vinrent frapper les oreilles des assassins. Aussitôt leur fureur se réveille; ils demandent à grands cris ces deux prisonniers. Heureusement pour Vabre, le maire de Bougival et deux officiers municipaux de cette commune qui viennent d'arriver le réclament. On le leur donne à regret. Mais alors toute leur fureur se porte sur le malheureux Claude, qui est assommé et mis en pièces, après s'être énergiquement défendu quelques instants. Ce fut la dernière victime de ce jour.

Soixante-six personnes venaient de tomber sous les coups des assassins. Une pareille exécution semblait devoir les satisfaire. Il n'en fut pas ainsi. Le lendemain 10, plus de deux cents hommes, armés de fusils, de baïonnettes, de sabres et d'épées, se portent de nouveau à la Maison de Justice. Richaud y accourt avec quelques officiers municipaux. Ils font les plus grands efforts pour s'opposer à leur cruelle résolution. Représentations, prières, larmes même, rien ne les touche. « Nous voulons détruire les traîtres et les scélérats ! nous voulons faire justice comme à Paris! » criaient tous ces hommes en brandissant leurs armes. Richaud et ceux qui l'ac-

(1) Procès-verbal du 10 septembre.

compagnent fuient alors cette scène d'horreur. Quatre nouvelles victimes tombent encore sous leurs coups!

A peine cette exécution terminée, toute cette horde se porte à la maison d'arrêt, pour y mettre à mort quelques prêtres réfractaires (1). Richaud, le cœur navré de son peu de succès à la Maison de Justice, mais que rien ne décourage quand il s'agit de remplir un devoir, traverse la foule qui encombrait la cour des écuries de la reine, se jette au milieu des massacreurs, et avec l'accent de la plus profonde indignation, il leur adresse les reproches les plus véhéments. Etonnés, stupéfaits de la parole énergique de cet homme de bien, ils s'arrêtent, l'entourent, le pressent dans leurs bras, en criant : Vive le maire de Versailles! et le reconduisent presque en triomphe à la Maison-Commune, en renonçant à leurs projets homicides.

Tel fut le terrible drame qui, pendant deux jours, jeta dans la terreur et dans l'effroi les habitants de Versailles.

A ce récit, extrait presque mot à mot des procès-verbaux faits sur le théâtre même du crime, et sous l'impression du moment, il est curieux d'opposer l'article du Moniteur, dans lequel l'organe officiel du gouvernement raconte moins le massacre qu'il n'en fait l'apologie.

« Extrait du Moniteur du 14 septembre 1792.

« Dimanche 9, les prisonniers d'Orléans, que l'on transférait à Versailles, ont été massacrés à leur arrivée dans la rue de l'Orangerie. Trois pièces de canon précédaient les voitures, quatre autres suivaient et se trouvaient un peu éloignées.

(1) Ces prêtres n'y étaient plus. Quelques jours avant, MM. Lecourt, Riot et Cadet de Vaux, avaient pu obtenir leur élargissement du directoire du département.

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«. Déjà doux fois le peuple avait fait des efforts pour s'emparer des prisonniers. Au moment de passer la grille de l'Orangerie, le tumulte devint plus conside'rable.

« Quelqu'un disait que si on les menait à l'Orangerie, ils seraient sauvés, parce qu'il y avait deux mille personnes cachées. A ces mots, la multitude, qui croissait, manifesta une résolution plus prononcée de forcer ceux à qui la garde des prisonniers était confiée, et qui voulaient les garantir.

« Aussitôt que les trois pièces de canon eurent passé la grille, le peuple la ferma : alors on se jeta sur les voitures, et tous les prisonniers furent massacrés. Cinquante sur cinquante-trois ont péri, les trois autres, qui n'avaient pas paru assez coupables, ont été épargnés. On assure qu'au nombre de ceux qui ont été tués, étaient M. Bertrand, l'évêque de Perpignan, le commandant de cette même ville, et M. Brissac, qui, dit-on, a lutté contre ses meurtriers avec beaucoup de courage.

« Nous avons retardé jusqu'à présent le récit de cette répétition d'événements, qui ne peuvent rester ignorés, mais que tout homme sage voudrait couvrir d'un voile et ravir à l'histoire. En effet, ces mouvements révolutionnaires ont beau être en quelque sorte adoucis, quand on calcule tous les motifs qui en atténuent la violence et la cruauté; le sentiment de l'ordre, l'idée de la légalité nécessaire dans la punition des crimes, l'image des bonnes lois, surtout des lois des peuples libres qui cherchent avec tant de scrupule l'innocent au milieu des coupables ; toutes ces pensées, chères à la philosophie qui a produit les révolutions, s'arrachent difficilement du cœur des vrais amis de la liberté. Combien ils ont besoin de se retrace)- les perfidies et les trahisons pour soulager leur âme contristée! Ah! sans doute, quand on met dans la balance, avec de si justes motifs d'affliction, les projets froidement et longuement réfléchis par des hommes capables de juger leurs propres démarches, d'apprécier ce qui est juste, et de ne point se méprendre sur les véritables droits des peuples; quand on considère que ces hommes n'ont point été arrêtés dans leurs manœuvres par la certitude de livrer un peuple entier aux calamités de l'anarchie et des divisions intestines, surtout aux succès désastreux qu'ils préparaient à des ennemis coalisés avec nos fugitifs rebelles ; quand on ne peut plus se dissimuler que l'orgueil des traîtres a spéculé sur le sang des hommes même les

plus paisibles, qu'enfin ils ont été bien autrement barbares que quelques vengeurs illégaux de leurs forfaits, l'humanité n'est point consolée, mais l'esprit reste moins troublé ; et il le faut ainsi, car de quelque manière que ce soit, Ton a besoin d'asseoir un jugement sur les faits; il importe donc que ce jugement ne soit pas moins juste que sévère.

« Pour nous qui aimons, sans aucun mélange de passions, la liberté et la patrie, nous croyons tenir ici le langage de la raison, et sans doute on ne nous fera point un reproche de cette impartialité honorable, qui toujours juge, approuve, condamne et s'afflige avec équité.

« On ne gagne rien pour la tranquillité publique à heurter avec trop d'amertume la partie de l'opinion du peuple, qui n'est pas sans quelques motifs d'excuse. 11 faut peut-être réserver toute la force et l'austérité des conseils, pour le garantir des suggestions de ceux qui croient pouvoir tout légitimer à ses yeux...

« Les vengeances illéqales et précipitées que le peuple a exercées sur des prisonniers, sinon tous coupables, du moins tous prévenus, ont délivré la société de l'existence d'hommes dangereux. Elles ont dû épouvanter les traîtres. Mais ces actes ne peuvent se continuer davantage, et il est du devoir de tous les citoyens individuellement , de répandre cette morale politique et conservatrice, que toute proscription, tout attentat aux propriétés, à la sûreté des personnes, quel qu'en soit le prétexte, n'est pas seulement un renversement de tout ordre et de toute justice, mais un moyen inévitable de ruine pour tous : riches, indigents, tout serait englouti dans un pareil désordre. »

Cet article officiel démontre, si l'on en pouvait douter, la connivence du Gouvernement dans les massacres qui venaient d'avoir lieu. Le but était atteint, la société délivrée de V existence d'hommes dangereux] Les traîtres épouvantés îl II fallait donc arrêter cette boucherie devenue actuellement inutile, ces vengeances populaires bientôt tournées contre leurs auteurs. De là cet ordre, sous forme de conseil, de faire cesser ces actes sanguinaires. Aussi le drame sanglant de Versailles fut-il le

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dernier de ce genre, et les nombreuses victimes que la Révolution devait encore moissonner ne périrent plus désormais qu'avec un semblant de justice !

CÔTÉ GAUCHE

N° 1. — Ancien hôtel de Flamarens. Sous Louis XV, on avait établi dans cet hôtel le garde-meuble de la Couronne. Transporté ensuite à l'hôtel de Conti, sous Louis XVI, il fut établi définitivement rue des Réservoirs, en 1780 (1).

Cet hôtel fait aujourd'hui partie du Petit Séminaire.

N° 3. — Ancien hôtel des Quatre-Conseillers. Avant la Révolution, c'était l'hôtel du Grand-Louvetier. Plus lard, cet hôtel devint une auberge,(à l'enseigne du Liond'Or. Acheté depuis quelques années par le Petit Séminaire, il fut abattu, et sur son emplacement on éleva la jolie chapelle de cet établissement, construite par l'architecte Douchain.

N° 5. — Maison appartenant, sous Louis XIV, à La Quintinie.

N° 7. • — Hôtel loué par Mme Du Barry, en 1768, pour y placer ses équipages.

N° 9. — Autrefois auberge, AT Hôtel de Malte.

En 1817, mourut dans cette maison l'un de nos féconds auteurs d'opéras-comiques, Marsollier.

Benoit-Joseph Marsollier des Vivetières était né à Paris, en 1750. Son goût pour le théâtre se déclara de bonne heure ; mais la pièce qui contribua le plus à sa réputation fut Nina ou la Folle par amour, représentée pour la première fois en 1786. Marsollier, d'une famille de la

(1) Voir la rue des Hôtels et la rue des Réservoirs.

magistrature, était fort à son aise avant la Révolution. Les événements de 1789 et des années suivantes ayant anéanti sa fortune, il trouva une ressource précieuse dans son talent d'auteur. Lié d'amitié avec Méhul, Gaveaux et surtout avec Dalayrac, ces célèbres compositeurs s'associèrent à lui, et firent la fortune du théâtre de l'Opéra- Comique. C'est alors que l'on vit successivement paraître Camille ou le Souterrain , les deux Petits Savoyards, Alexis, Adolphe et Clara, Gulnare et une foule d'autres pièces, chefs-d'œuvre de ce genre, que le public parisien voit reparaître de temps à autre avec un nouveau plaisir. Marsollier habitait Versailles depuis plusieurs années lorsque la mort l'y surprit, le 22 avril 1817, à l'âge de soixante-sept ans.

Il est inhumé dans le cimetière de la paroisse Saint- Louis.

N° 13. — En 1734, A VÊcu de Bretagne.

N° 15. — Ancien hôtel du cardinal de Furstemberg, grand aumônier de France.

N° 19. — Maison construite sur un emplacement donné par Louis XIV, en 1685, â la veuve de De Visé, le rédacteur du Mercure galant.

N° 21 . — Hôtel de Nangis.

N° 35. — Terrain donné par le roi Louis XIV, pour les pauvres de la paroisse Saint-Louis. En 1793, l'inspecteur des bâtiments, Galet, y construisit, sous le nom de Pavillon des Pauvres, la maison que l'on voit aujourd'hui. Le Mont-de-Piété fut placé d'abord dans cette maison, d'où il fut transporté, en 1838, dans l'hôtel de la Bibliothèque.

nilii DU L'ollANf'.ERIE. 297

N" 39. —En 1730, auberge, Au Bien-Conduit.

N° 41. — Maison où est mort le R. P. Ventura di Haulica, ancien général de l'ordre des ïhéatins.

Le R. P. Ventura est l'une des plus grandes figures de l'Italie moderne. Il joua un rôle considérable dans les troubles de Rome, au commencement du pontificat de Pie IX. Venu en France, en 1848, il ne la quitta plus jusqu'à sa mort. Ecrivain et orateur, le P. Ventura s'est illustré dans ces deux genres en Italie et en France. « Par vos ouvrages italiens, lui écrivait madame Isabella Rossi, vous appartenez à nous, par vos ouvrages français vous appartenez à tous. » Le P. Ventura, fatigué et malade, vint se retirer à Versailles où il mourut, le 3 août 1861. Son corps, déposé d'abord dans le couvent des capucins de Versailles, a été ensuite transporté à Rome, où il est enterré.

N° 49. — Le 17 novembre 1777, est né dans cette maison, Edme-François Jomard, l'un des plus illustres géographes et archéologues français. Fils d'un important commerçant de Versailles, Jomard commença ses études au collège de cette ville et les acheva à Paris, au collège Mazarin, sous la direction de Geoffroy, le célèbre critique. Il entra fort jeune à l'École polytechnique et plus tard à celle de géographie.

Ce fut en qualité d'ingénieur-géographe, qu'en 1798, bien jeune encore, il fut attaché à l'expédition d'Egypte. Transporté dans la vallée du Nil, eu présence des vieux monuments des temps pharaoniques, le jeune ingénieur, de même que la plupart de ses collègues de la commission, sentit se développer en lui l'instinct archéologique. Il fut un de ceux qui concoururent le plus acti-

vement à mesurer, à décrire, à dessiner les innombrables débris de tombeaux et de temples qui forment au fleuve comme une voie sacrée :

« Cette tâche était immense, elle fut accomplie avec un dévouement admirable. La commission ne pouvait aller au delà. Elle ne pouvait pénétrer le sens des inscriptions mystérieuses dont la connaissance a tant reculé depuis les bornes de notre horizon historique. Un quart de siècle devait s'écouler encore avant que Champollion retrouvât la clef, depuis si longtemps perdue, des hiéroglyphes; mais, celte mémorable découverte, une des gloires scientifiques du xixe siècle, ce sont les travaux de la commission d'Egypte qui l'ont préparée (1). »

Plusieurs des savants de l'Institut d'Egypte, Monge, Berthollet, avaient revu la France, que Jomard continuait encore ses fécondes rechercbes. Enfin , lorsque l'armée française évacua l'Egypte, Jomard revint en France, où ses richesses archéologiques servirent en grande partie à élever le magnifique monument consacré par la France aux antiquités égyptiennes :

« Jomard, qui avait contribué avec tant d'ardeur à en réunir les matériaux, a eu, par une singulière faveur de la fortune, la gloire d'attacher son nom au frontispice même du monument. Délégué, en 1 808, comme secrétaire de la commission chargée de 'préparer la publication de l'ouvrage, et quatre ans plus tard élevé aux fonctions de commissaire du gouvernement pour la surveillance de la gravure et de l'impression, il se consacra tout entier à ce grand travail, qui ne fut achevé qu'en 1825 (2). »

Jomard faisait marcher de front les travaux archéologiques et les travaux géographiques. En relation avec tous les géographes du monde, il donna un grand élan à la science, et c'est à sa persistante initiative que l'on

(1) Notice sur Jomard, par M. Vivien de St-Martin.

(2) Ibid.

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doit la création du cabinet des cartes et de la géographie à la Bibliothèque Impériale de Paris, dont il a conservé la direction jusqu'à sa dernière heure.

« Tout ce qui était utile, lout ce qui pouvait contribuer à la diffusion des lumières et à l'extension du bien-être général, trouvait en lui un apôtre dévoué, un auxiliaire infatigable. Il contribua plus que personne, dans les premiers temps de la Restauration, à la fondation des écoles d'enseignement mutuel qui ont tant servi l'éducation élémentaire. C'est à lui également et à son active intervention que sont dues les premières écoles d'enseignement populaire du chant. On peut dire qu'il fut passionné pour tout ce qui est utile, et que sa vie tout entière fut dévouée au bien (1) ! »

Jomard était membre de l'Institut, Conservateur des cartes et collections géographiques à la Bibliothèque Impériale de Paris, Président honoraire de la Société de géographie, Président honoraire de la société d'ethnographie, membre honoraire de toutes les principales sociétés géographiques de l'étranger, Bey d'Egypte, commandeur de l'ordre impérial de la Légion d'honneur, chevalier du Mérite de Prusse. Le vice-roi d'Egypte, dans un voyage à Constantinople, avait demandé et obtenu pour lui, du sultan, la décoration de commandeur de l'ordre du Medjidié, qui n'a pu être déposée que sur sa tombe.

Jomard n'oublia jamais sa ville natale ; quoique ses occupations le retinssent constamment à Paris, il voulut toujours faire partie de la société d'agriculture de Versailles. Il fonda dans cette ville, avec M. de Jouvencel, une école d'enseignement mutuel; enfin, il donna toutes ses œuvres à la Bibliothèque de la ville.

(1) Notice sur Jomard, par M. Vivien de St-Martin,

L'administration municipale de Versailles, voulant honorer la mémoire de notre illustre compatriote, a fait renfermer tous ses ouvrages dans un meuble spécial sur lequel sont indiquées les époques de sa naissance et de sa mort. Ce meuble, surmonté de son buste, est placé dans une des salles de la Bibliothèque de la ville, près d'un ancien fragment de mosaïque, rapporté par lui de Carthage, et donné par madame Boselli, sa fille.

Dans cette même maison est né, le 4 septembre 1780, Jean-Baptiste Jomard.

Entré au service militaire en 1798, il fut attaché à l'armée d'Egypte comme garde du génie, tandis que dans cette antique contrée son frère se livrait à ses travaux de géographe et d'archéologue. Rentré en France, il assista, sous l'empire, à presque toutes les batailles d'Allemagne, et à celles de France, en 1814. Nommé colonel de gendarmerie en 1830, il fut admis à laretraite en 1841, et vint se retirer à Saint -Germain en-Laye, qu'il habita jusqu'à sa mort, arrivée le 12 mars 1868.

Homme de bien dans toute l'acception du mot, le colonel Jomard consacra alors toute son existence à des actes de bienfaisance. On le voit, pendant le reste de sa longue et belle carrière, à la tête de toutes les institutions qui ont pour but l'amélioration et le soulagement des classes malheureuses. Aussi, estimé et aimé généralement, sa mort fut-elle un véritable deuil pour la ville de Saint-Germain, devenue sa patrie adoptive.

Entre le n° 53 et le n°55, se trouvait autrefois une seconde entrée du manège des Chevau- Légers de la garde du roi, dont l'hôtel était placé sur l'avenue de Sceaux.

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