‹ Histoire de VersaillesChapitre 39 sur 99 · ART · texte numérisé non relu

ART

« Le commissaire du pouvoir exécutif près le tribunal criminel du département de Seine-et-Oise dénoncera à l'accusateur public près le même tribunal les auteurs et signataires dudit écrit, comme coupables de contravention : 1° à l'article 7 de la loi du 3 nivôse an III, sur l'exercice des cultes; 2° aux articles 360 et 366 de l'acte constitutionnel, pour être procédé à leur égard conformément aux dispositions des lois précitées.

« Le ministre de la police générale de la République est chargé de l'exécution du présent arrêté.

« Pour expédition conforme :

Signé, Letourneur, président.

« Par le Directoire exécutif :

« Le secrétaire-général : Signé Lagarde.

« Certifié conforme :

« Le ministre de la police générale de la République,

« Signé, Merlin.

«Le 4 ventôse an IV de la République française, une et indivisible. »

Par suite de cet arrêté, le 6 nivôse, deux commissaires de la municipalité se rendent, accompagnés de la force

armée, à l'église de Saint-Louis, en font fermer les portes et y apposent les scellés.

Il parait que le Directoire s'était alarmé un peu vite sur les intentions des prêtres réunis en synode dans l'église de Saint-Louis, et que ces prêtres n'étaient pas des ennemis bien redoutables de la République, car, malgré l'arrêté du pouvoir exécutif, aucun d'eux ne fut poursuivi, et deux mois après, le 4 floréal (23 avril), le Directoire ayant rendu un nouvel arrêté pour la réouverture de l'église, on les y voit installés, ayant à leur tète un évêque, Augustin-Charles-Clément, qu'ils avaient nommé pendant cet intervalle de temps.

Depuis l'établissement du Directoire, les lois s'étaient beaucoup adoucies. Les prêtres qui avaient refusé le serment à la constitution civile du clergé étaient tolérés, et on leur avait même permis de célébrer les cérémonies du culte dans les églises. Nous avons vu déjà que l'église de Notre-Dame, consacrée aux cérémonies publiques des décadis, avait été ouverte aux catholiques pour y célébrer leur culte. L'église de Saint-Louis, occupée par les prêtres assermentés, était fréquentée par leurs adhérents, et la plus grande partie des habitants du quartier allait à Notre-Dame recevoir les secours spirituels desbons prêtres, comme on les appelait alors.

Dans ces circonstances, beaucoup d'habitants du quartier Saint-Louis demandèrent à l'administration municipale l'autorisation de jouir de l'église de leur quartier pour l'exercice de leur culte, qu'ils considéraient comme différent de celui des prêtres qui l'occupaient. La municipalité, fort embarrassée de cette demande, voulant en même temps contenter les pétitionnaires et craignant de blesser les prêtres établis dans l'église depuis plus d'une

année, rendit, le 27 thermidor an V (ik août), un arrêté par lequel les prêtres assermentés avaient la libre jouissance de L'église le malin depuis le point du jour jusqu'à huit heures et demie, et, pour le temps de relevée, depuis midi et demi jusqiû à deux heures et demie; et les autres, beaucoup plus nombreux, dit l'arrêté, le matin depuis neuf heures jusqu'à midi, et le soir, depuis trois heures jusqu'à la nuit. Cet arrangement, exécuté sans trouble, une fois ou deux, ne fut pas approuvé par le ministre de l'intérieur, François de Neufchàteau. 11 faisait observer à l'administration que la commodité de ceux des habitants auxquels cet arrangement épargnerait la peine de se rendre à Tune des autres églises, ne saurait balancer les graves inconvénients qu'un semblable rapprochement d'individus cV opinions religieuses opposées entraînerait infailliblement, dans un temps voisin encore d'une grande Révolution. En conséquence, l'arrêté fut rapporté, l'église entièrement rendue aux ministres soumis du culte catholique, expression du ministre, et elle ne cessa plus d'être occupée par eux jusqu'à l'époque du Concordat.

Par suite de la convention passée le 29 messidor an IX (15 juillet 1801) entre le Premier Consul et le Souverain Pontife, un évêché fut créé à Versailles. Le nouvel évèque de Versailles, M. Louis Charrier de La Roche, y arriva le 5 prairial an X, et fut installé dans l'église de Saint- Louis érigée en cathédrale, le 7 du même mois (27 mai 1802), jour de l'Ascension.

A onze heures du matin, le préfet du département, les conseillers de préfecture, les membres du conseil général, le maire et ses adjoints, l'état-major de la place, se réunirent chez l'évèque, au château, d'où le cortège, composé des trois paroisses de Versailles et de toutes les

autorités, partit, pour le conduire à la cathédrale, escorté de détachements de cavalerie et d'infanterie, et précédé de la musique militaire.

Arrivé à Saint-Louis, le prélat, reçu à la porte de l'église, sous un dais, a été conduit au siège préparé pour lui dans le chœur. Puis il est immédiatement monté en chaire, où il a prononcé quelques paroles pour recommander V union y la concorde, V oubli des injures, le sacrifice des ressentiments, paroles d'autant mieux placées dans sa bouche, que dans les deux jours précédents, il avait su ramener dans les voies du véritable catholicisme les prêtres dont la position dans l'Église formait un véritable schisme. Après la messe, le nouvel évèque fut reconduit chez lui, avec le même cortège. On fit jouer à cette occasion les eaux du parc, et le soir, Ja ville fut illuminée.

Le jeudi 3 janvier 1805, l'église de Saint- Louis fut témoin d'une cérémonie bien rare dans notre pays, et bien désirée par une église catholique, — de la bénédiction du pape en personne.

Le Souverain Pontife Pie VII, venu à Paris pour sacrer l'Empereur Napoléon, vint visiter Versailles, le 3 janvier 1805.

Vers neuf heures du matin, le pape partait de Paris dans une voiture à huit chevaux, escortée d'un piquet des guides de la garde impériale, et suivie de deux autres voitures de l'Empereur, à six chevaux. Arrivé au pont de Sèvres, S. S. trouva, entouré de toutes les autorités du département, le préfet de Seine-et-Oise, Montalivet, qui, dans une courte allocution, lui exprima la vénération des habitants du département pour sa personne sacrée et leur bonheur de la recevoir. Le pape continua sa route,

précédé et suivi d'un corps nombreux de cuirassiers et de dragons.

A l'entrée de Versailles, le maire Pétigny, accompagné de ses adjoints et du conseil municipal, et entouré d'une escorte de la garde nationale et de troupes de ligne, adressa au Saint-Père quelques paroles de bienvenue.

Le pape fut alors conduit, au bruit de l'artillerie et au son de toutes les cloches, à l'église cathédrale. L'évèque, à la tète du clergé, le reçut à l'entrée de l'Église avec les cérémonies ordinaires, et lui adressa ces paroles :

« Très Saint-Pere,

« La reconnaissance, l'empressement et le. respect qui vont partout au-devant de Votre Sainteté, pénètrent en ce moment tous nos cœurs, puisqu'elle a bien voulu déférer à nos vœux les plus ardents, en nous honorant de sa présence.

« Nous sentons tout le prix de cette faveur extraordinaire et privilégiée.

« Lorsque J.-C. paraissait dans les différentes villes de la Judée, il laissait approcher à lui les enfants, et il ne visitait les différentes contrées de la région heureuse qu'il parcourait, que pour répandre ses bienfaits.

« Image de Dieu, et vicaire de J.-C. sur la terre, T. S. P., vous ne vous communiquez aux fidèles qui se pressent sur vos pas, que comme un père qui veut être entouré de ses enfants ; et vous leur prodiguez, à son exemple, les trésors célestes qui sont entre vos mains.

« Nous sommes tous vos enfants, et nous voulons à notre tour partager les consolations qui naissent en quelque sorte sur les traces du père commun des fidèles.

«.En traversant la France, partout on n'a vu, sous les auspices de Votre Sainteté, et par sa seule présence, que des traits de la miséricorde et de la bonté divine, opérés par vos regards paternels.

« Des malades ont été guéris: c'est-à-dire, des pécheurs sont rentrés en eux-mêmes.

« Des possédés ont été délivrés : c'est-à-dire, des hommes esclaves

de leurs passions se sont affranchis des liens funestes qui les tenaient en captivité'.

« Des sourds endurcis ont été touchés de la grâce, et des aveugles qui fermaient les yeux à la vérité, les ont ouverts à la lumière.

« C'est ainsi'qu'autrefois les paralytiques , l'avcugle-né, la Chananéenne, les lépreux, tous ceux enfin qui se trouvaient sur la route de J.-C, éprouvaient, par l'ardeur de leurs désirs et la sincérité de leur foi, les effets de la puissance et de la charité.

Ici, T, S. P., presque tout est changé depuis longtemps; ces miracles de la grâce sont moins nécessaires ; mais du moins, vous affermirez les faibles, vous encouragerez les forts, vous ranimerez la langueur des tièdes, et vous consolerez les amis nombreux de la religion.

« Et qui pourrait résister à l'impression d'un attrait et d'un aiguillon si puissant?

Tous les cœurs volent sur vos pas, et cherchent à rencontrer le vôtre.

« L'amour de la religion, et la piété qui distinguent le troupeau fidèle qui m'est confié sous votre autorité bienfaisante et tutélaire touchent sensiblement le cœur paternel de Votre Sainteté.

o L'amour filial le plus affectueux le dispute en ce moment à la vénération profonde que nous imposent le titre auguste dont elle est revêtue, le rang suprême qui lui appartient dans l'Eglise, et les vertus apostoliques qui en sont l'ornement.

« Nous ne sommes tous en ce jour qu'un cœur et qu'une âme.

« Votre seule présence, T. S. P., au milieu de nous, est, pour tous ceux qui en jouissent, un bienfait signalé, un exemple pieux, une instruction touchante.

« En voyant le successeur de Pierre, dont les droits sont consacrés jusque dans l'Evangile, nous croyons voir Pierre lui-même, à qui le Sauveur de tous les hommes a déposé le soin de ses agneaux et de ses brebis; et lorsque votre bouche sacrée prononce une seule parole, nous disons à l'envi que Pierre a parlé par la bouche de Pie, comme le concile d'Éphèse s'écriait que Pierre avait parlé par celle de Léon.

« Toutes les autorités, tous les habitants de cette ville, tous les fidèles de ce diocèse, sont animés du même sentiment.

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