‹ Histoire de VersaillesChapitre 40 sur 99 · I.i.I.ISK SAIiNT-LOUIS · texte numérisé non relu

I.i.I.ISK SAIiNT-LOUIS

« Ce témoignage public leur est du parle premier Pasteur de cette Église, puisqu'ils offrent le Bpectacle d'une fidélité sincère à la religion, et d'un respect profond pour le chef qu'elle se glorifie de posséder dans son sein.

« Tous ses ministres sont dirigés par le même esprit, et je leur dois aussi ce témoignage solennel, qu'ils la l'ont respecter par leurs exemples.

«Tous les fidèles ont repris depuis longtemps, avec autant d'édification que d'empressement, l'exercice public du culte de nos pères, que le malheur des temps avait suspendu ou renfermé dans le silence de l'obscurité, mais que rien n'avait pu arracher de nos cœurs.

« La liberté rendue enfin par le mouvement religieux du nouveau Constantin qui nous gouverne, n'a fait que soulever le voile qui couvrait le précieux trésor de la foi, mais qui ne l'avait pas étouffée. « Votre Sainteté vient aujourd'hui, au milieu des actions de grâces, des acclamations et de l'allégresse publique, y mettre le dernier sceau.

« Elle a consacré, par tout ce que la religion a de plus auguste, le héros qui a voulu lui rendre l'hommage le plus éclatant par celle imposante cérémonie ; elle bénira, par ce que la religion a de plus attendrissant, le peuple immense qui s'associe en quelque sorte à cette auguste consécration.

« Ce jour sera donc pour nous le plus beau de notre vie, le plus heureux pour cette cité et le plus célèbre dans les fastes de notre Église.

« C'est véritablement le jour que le Seigneur a fait pour sa gloire et pour notre bonheur; etbéni soit mille fois le Pontife qui vient en son nom répandre sur nous les bénédictions dont le Ciel lui confie la dispensation pour la consolation de la terre. Benedictus qui venit in nominc Domini; Itœc dits quant fecit Dominus, exultemus et lœtemiir in eâ.

Le pape se rendit au sanctuaire , en donnant sa bénédiction à la foule empressée qui remplissait la cathédrale et se portait sur son passage. Il fut reçu dans le chœur, au chant de l'antienne Tu es Petrus ; puis, s'étant placé sur

un prie-dieu, au devant de l'autel, il assista au Salut, célébré par l'évèque.

Après le Salut, le Saint-Père monta sur un trône préparé à la droite de l'autel, et tout le clergé fut admis à la cérémonie du baisement des pieds.

Conduit ensuite dans les appartements de l'Évèché, le pape y reçut toutes les autorités de la ville et les chefs des corps militaires. Ils vinrent successivement lui baiser la main; ensuite, le président de la cour criminelle du département, M. Brière, lui adressa la parole au nom du tribunal.

Après toutes ces réceptions, le pape monta en voiture et se rendit au château.

Une foule considérable s'était portée sur la terrasse et dans l'intérieur du palais. Dans la grande galerie et les appartements, le pape donna son anneau à baiser à plus de cinq cents personnes se prosternant sur son passage. Mais une scène plus religieuse encore et plus imposante allait bientôt se passer.

Le pape avait pris quelques minutes de repos dans les petits appartements ; se revêtant alors de ses ornements pontificaux, la tète couverte de la tiare, il entra dans la galerie, précédé de la croix, et vint se placer au balcon du milieu. Dans ce moment, la terrasse était entièrement couverte d'un peuple immense, attendant avec impatience la venue du Saint-Père. A sa vue, et malgré la rigueur de la saison, toute cette foule se prosterne tète nue, et reçoit avec recueillement la bénédiction du Souverain Pontife. C'était là un grand et beau spectacle, auquel nous avons assisté dans notre enfance, et dont le souvenir ne s'est jamais effacé de notre esprit ! Sans doute, cette bénédiction papale n'approchait pas du

i.'.l [B£ SAINT-LOUIS. 333

grandiose de celle de Saint-Pierre de Home, mais c'était cependant un tableau bien propre à émouvoir Pie VII, que tout ce peuple prosterné à ses pieds dans les jardins de Louis XIV, et lui-même donnant sa bénédiction du haut du palais du Grand Roi ! Aussi quand il se retira, suivi des acclamations de la foule, il ne put s'empêcher de s'écrier tout ému : Est-ce donc là ce peuple français que Von disait si irréligieux?

A sa sortie du palais, le pape visita l'Orangerie, le jardin et ses bosquets, Trianon, et rentra à l'évèché où, suivant l'usage, il dina seul. Partout la foule se pressait sur ses pas, aux cris de : Vive le Saint-Père ! et s'agenouillait pour recevoir sa bénédiction.

A quatre heures et demie, le Saint-Père quitta Versailles, au son des cloches et au bruit de l'artillerie, entouré de l'escorte qui l'accompagnait à son arrivée, et emportant à son tour les bénédictions de tout ce peuple, attiré vers lui autant par son air de bonté et son affabilité que par les saintes fonctions dont il était revêtu.

Le 10 septembre 1817, vingt-cinq ans après le massacre des prisonniers d'Orléans, on célébra un service funèbre en leur honneur dans l'église de Saint-Louis. Le but de cette cérémonie était indiqué à l'extérieur par l'inscription suivante, placée sur le portail :

VICTIMIS AURELIANENSIBUS

QUADRAG1NTA QUATUOR

IMPIE MACTATIS;

Page 1