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CONTRA MUNICIPES ET CIVES

MAGNA VI RELUCTANTES,

SICARIIS ADVEN1S PR/EVALENTIBUS (I).

(1) Pour les quarante-quatre victimes d'Orléans, impitoyablement massacrées, malgré les municipaux et les citoyens faisant la plus grande résistance, par des assassins étrangers devenus les plus forts.

Ce qui donna surtout un caractère particulier à cette cérémonie funèbre, fut la présence, au milieu des autorités, de M. Hyacinthe Richaud, de ce maire dont les efforts courageux pour sauver les victimes de cet affreux massacre honorent à jamais le nom.

Le 13 octobre 1837, l'armée française entrait dans la ville de Constantine, qui avait résisté une première fois à nos armes. La nouvelle en arriva à Paris, par le télégraphe, le 23. Le roi Louis-Philippe habitait alors le palais deïrianon. Ii se rendit, le lendemain 24, à onze heures du matin, à la cathédrale de Saint-Louis, pour y assister au Te Deum chanté en l'honneur de cette victoire. Il était accompagné de la reine, du duc et de la duchesse d'Orléans, du roi et de la reine des Belges, du duc et de la duchesse de Wurtemberg et de tous les ministres. Cette cérémonie, et celle de l'ouverture des États-Généraux, en 1789, sont les deux seules où des rois aient assisté, dans cette église, aux pompes de la religion.

L'église de Saint-Louis a été plus heureuse que celle de Notre-Dame : presque tous les tableaux qui la décoraient avant la Révolution lui ont été rendus. Ainsi l'on y peut voir : le Sommeil de saint Joseph, par Jeaurat; — Saint Pierre délivré de prison, par Deshaies ; — Saint Vincent de- Paul, par Halle; — le Sacré Cœur de Jésus, par Jeaurat ; — Saint Pierre sur les eaux, par Boucher ; — Saint Jean-Baptiste prêchant dans le Désert, par Boucher; — Saint Louis en prière, par Lemoine ; — le Baptême de Jésus-Christ par saint Jean, par Amédée Vanloo ; — la Présentation de la Vierge, par Collin de Vermont; — une Descente de Croix, par Pierre; — et V Adoration des Bergers, par Restout. Outre ces tableaux,

on remarque, dans la sacristie, un fort grand tableau de Jouvmet, représentant la Résurrection du Fils de la Veuve de Nalm. Ce beau tableau était autrefois dans l'église des Récollets de Versailles.

Dans les premières années de la transformation de Saint-Louis en cathédrale, c'était d'abord le Vœu de Louis XIII, peint par Carie Vanloo, qui faisait le pendant du tableau de Jouvenet; mais, vers 1808, on le rendit à l'église Notre-Dame-des-Victoires, à Paris, pour laquelle il avait été fait, et on le remplaça par l'Apparition de Jésus-Christ portant sa croix au-devant de saint Pierre sortant de Rome, par Sorlay, le seul élève de Mignard. Ce tableau est aujourd'hui dans les magasins du château.

On y voit encore : Sainte Clotilde exhortant Clovis avant la bataille de Tolbiac, par Délavai, tableau donné par le roi Louis XVIII ; un Christ mourant sur la croix, l'un des premiers tableaux de Schneitz, de Versailles, ancien directeur de l'école française à Rome, ei un Saint Jean-Baptiste drapé dans son vêtement de poil, que l'on attribue au Dominiquin.

Dans la chapelle du curé, il y avait autrefois un Bon Pasteur peint par Eustache Lesueur pour le maitre-autel de la chapelle de Port-Royal-des-Champs. Ce tableau est aujourd'hui à Rouen. Il a été remplacé par une toile représentant le même sujet, par Raphier, de Versailles.

Dans la dernière chapelle à gauche du chœur, se trouve une pierre tumulaire, rappelant que le marquis Du Muy, chargé de présider à la construction de l'église, y a été inhumé.

La cathédrale de Versailles a reçu de nombreux embellissements depuis qu'elle a été rendue au culte.

Presque toutes les chapelles des bas-côtés ont été refaites avec beaucoup de goût, il y a quelques années, par l'architecte Douchain.

On remarque encore, dans l'église de Saint-Louis, le monument élevé à la mémoire du duc de Berry.

Le 9 mars 1820, le conseil municipal de Versailles décida qu'un monument serait érigé dans l'église cathédrale à la mémoire du prince né à Versailles, tombé si malheureusement sous les coups d'un fanatique, son compatriote. Une souscription fut immédiatement ouverte, et le 12 février 182i, on inaugurait ce monument.

La chapelle où il est placé, la troisième en entrant à droite, a été réunie avec la suivante, ce qui donne plus de développement à la perspective. Le monument, exécuté en marbre blanc par Pradier, représente la Religion tenant une croix de la main gauche et soutenant de la droite le prince expirant. Ce beau groupe est posé sur un piédestal orné de bas-reliefs. Sur la principale face, la ville de Versailles est figurée par une femme à genoux pleurant sur un tombeau. Le socle porte cette inscription : A Charles-Ferdinand d"1 Artois, duc de Berry, Versailles, sa ville natale, en pleurs. Sur une des faces latérales, on lit ces dernières paroles du prince : Grâce, grâce pour V homme !...

A l'extrémité opposée de la chapelle est un autel en marbre blanc veiné-noir, surmonté d'un tableau représentant saint Charles Borromée en prière, par Frosté. L'arrangement de cette chapelle est dû à l'architecte Petit, père.

Le groupe de Pradier disparut de l'église Saint-Louis après les journées de juillet 1830, et resta dans les magasins pendant tout le règne de Louis-Philippe.

lia été rétabli à sa première place, en 1852. On n'a cependant pas remis les tables de marbre noir qui couvraient les murs de la chapelle, et sur lesquelles étaient inscrits en lettre d'or les noms des souscripteurs à ce monument.

D'autres embellissements ont été faits à la cathédrale depuis plusieurs années.

En 1847, les travaux de restauration de la chapelle de la Vierge ont été exécutés sous la direction de M. Blondel fils, architecte du département.

Au-dessus de l'autel en marbre, on a placé, dans l'enfoncement qu'occupait le tableau de Collin de Vermont, une Vierge en marbre blanc, tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras, ouvrage de Dominique Moltenech. La Vierge est au milieu d'une Gloire dorée. Dans les deux niches placées de chaque côté de ia chapelle, sont des anges prêts à encenser la Mère de Dieu. Deux magnifiques verrières, exécutées à Sèvres, sur les dessins d'Eugène Dévéria, et données par le roi Louis-Philippe, occupent les deux fenêtres de chaque côté de l'autel : l'une représente l'Annonciation; l'autre, l'Assomption delà Vierge. Enfin, pour donner un peu plus de lumière sur la tète de la Vierge, la voûte a été percée et laisse pénétrer un jour adouci par des vitraux dépolis et entourés de rayons colorés.

Au-dessous des deux verrières, on a placé sur un marbre vert-Campan deux inscriptions latines rappelant, Tune, que la statue de la Vierge de cette chapelle a été offerte en souvenir de l'heureuse intercession de Marie, préservant Versailles du choléra ; et l'autre, la visite faite par le Souverain Pontife à l'église de Saint- Louis, en 1805.

Dans les années 1852, 1853 et 1855, on a fait de grandes réparations au chœur. Il a été entièrement regratté, le grand autel et le pavé ont été remis à neuf, les stalles qui étaient à l'entrée et empêchaient les fidèles de voir les cérémonies ont été enlevées, et une grille élégante les a remplacées.

Enfin, Ton doit encore signaler comme objets d'art: un Eccehomo en marbre blanc, de Hottin, placé dans le couloir conduisant à la chapelle de la Providence; les vitraux en verres de couleur, de M. Lobin, directeur de la manufacture de Tours, posés aux fenêtres du chœur et du transept, de 1852 à 1854, et représentant le Christ au milieu de son triomphe, saint Louis, saint Julien, les Apôtres et Évangélistes, et les figures symboliques de la Foi, de l'Espérance, de la Charité et de la Religion ; ceux de MM. Laurent et Gsell, de Paris, dans toutes les chapelles, les peintures en grisailles faites par Coupin, pour la chapelle des Pages du Roi, aux Petites-Écuries, un tableau de M. Witkofoky, élève d'Horace Vernet, représentant un épisode de la vie de saint Julien, et un tableau représentant la Samaritaine, donné par l'Empereur. Enfin, les deux premières chapelles qui servaient de magasins ont été rendues au culte. L'une est destinée aux préliminaires des cérémonies du Baptême, l'autre est la chapelle des morts, où l'on dépose les corps venant du dehors.

La sacristie est commode et régulière. On y remarque, outre le tableau de la Résurrection du Fils de la Veuve de Naïm, de Jouvenet, le saint Augustin, de Monet; le saint Jérôme, de Deshaies; le saint Christophe, de Vien, et le saint Jean-Baptiste, attribué au Dominiquin.

Les deux premiers évèques de Versailles, monseigneur

RUE DU rOTM.i 339

Charrier de La Roche et monseigneur Borderies, ont été inhumés dans les caveaux de la cathédrale, ainsi que monseigneur Gros, quatrième évoque, décédé en 1857.

Les divers curés de Saint-Louis, depuis l'ouverture de l'église jusqu'à ce jour, sont : 1754, Rancé, mort la même année; — 1754, Earet ; — 1778, Jean-André- Marie Jacob; — 1802, Jérôme-Claude Gandolphe ; — 1810, Louis-Jean-François Sortais; — 181V, François Granjean ; — 1820, Jean-Louis Le Bonhomme ; — 1835, Henri-François Rony.

Les évoques de Versailles, depuis leur création par le Concordat, sont: 1801, monseigneur Louis Charrier de La Roche, sacré le 10 avril 1791 : évèque de Versailles de 1802 à 1827 ; — monseigneur Étienne-Jean-François Borderies, sacré le 29 juillet 1827; — 1837, monseigneur Louis-Marie-Edmond Blanquart de Bailleul, sacré le 27 janvier 1833, nommé à l'archevêché de Rouen le 28 juillet 184-4; — 1844, monseigneur Jean-Nicaise Gros, sacré évèque de Saint-Dié, le 26 février 1843; — 1857, monseigneur Jean-Pierre Mabile, sacré évèque de Saint-Claude, le 11 novembre 1851.

La rue du Potager s'étendait originairement jusqu'à la rue Saint-Médéric, et portait le nom de rue des Tournelles; mais, lorsque le lieu où devait être l'église de ce nouveau quartier eut été définitivement choisi, des deux portions de la rue, séparées par la place, l'une conserva le nom de rue des Tournelles, et l'autre prit celui de rue du Potager.

La rue du Potager va de l'ouest à l'est, de la Petite-

Rue du Potager à la rue Satory . Elle a 317 mètres de longueur, sur 9 mètres 75 centimètres de largeur.

CÔTÉ GAUCHE

N° 1 . — Grande et belle maison construite d'après les dessins de M. Lepoittevin, sur une partie de l'hôtel des Inspecteurs des Bâtiments.

Dans cet hôtel des Inspecteurs naquit, le 20 mars 1741, le célèbre sculpteur Jean-Antoine Houdon. Fils d'un domestique de M. Delamotte, intendant et ordonnateur des bâtiments du roi, Houdon, dès l'âge le plus tendre, montra les plus grandes dispositions pour le dessin et la sculpture. Pauvre et privé de protection, il ne put d'abord s'attacher à aucun maître; mais bientôt, charmé de ses progrès, Pigale, l'un des professeurs de l'Académie, lui donna des conseils dont il sut profiter. A dix-huit ans, il remporta le grand prix de sculpture. Il exécuta à Rome cette belle statue de saint Bruno, qui lit dire un jour au pape Clément XIV: a Si la règle de « son ordre ne lui prescrivait pas le silence, je suis sûr « qu'il parlerait. » Revenu à Paris en 1771, sa jolie statuette de Morphée le mit en grande réputation. Peu de temps après il rendit public son beau modèle de YEcorché. Il passa ensuite en Amérique, où il fit le buste de Washington. Revenu en France, il s'empressa, après la mortdeJ.-J. Rousseau, d'exécuter plusieurs bustes de cet homme célèbre. L'un de ces bustes, ayant appartenu à M. de Boufflers, est à la Bibliothèque de Versailles. En 1781, il exposa au Louvre les statues de Tourville et de Voltaire. On a de lui une Diane, exécutée pour l'impératrice de Russie, sa Frileuse, son Oiseau mort, et un grand nombre de bustes : Molière, Gluck, Sacchini,

Franklin, Mirabeau, Napoléon, Ncy , Joséphine, etc. ,etc . Membre de l'Institut, professeur à l'école des Beaux-Arts, et chevalier de la Légion d'honneur, il mourut doucement dans sa quatre-vingt-huitième année, le 15 juillet 1828. Versailles, sa ville natale, a donné son nom à l'une de ses rues.

Le 18 décembre 1799, mourut dans cet hôtel le savant et modeste auteur de Y Histoire des Mathématiques, Jean- Étienne Montucla.

La plus grande partie de la vie de Montucla se passa dans les devoirs imposés par la charge de premier commis des bâtiments de la couronne et dans l'étude des mathématiques. Il était sans fortune, et la Révolution, en le privant de ses emplois, le laissa dans la position la plus critique. Sa mauvaise santé ne lui ayant pas permis d'accepter la place de professeur de mathématiques dans une des écoles centrales de Paris, il se retira à Versailles, où un bureau de loterie devint la seule ressource de sa famille. La mort le surprit dans cette maison de la rue du Potager, .pendant qu'il travaillait avec ardeur à la publication de la seconde édition de V Histoire des Mathématiques. En 1764, Montucla avait accompagné, comme secrétaire, le chevalier Turgot, chargé par le duc de Choiseul de former une colonie à Cayenne. L'expédition ne fut pas heureuse ; mais le savant n'y perdit pas entièrement son temps. 11 revint rapportant d'intéressantes observations astronomiques, et bon nombre de plantes rares pour les serres de Versailles, parmi lesquelles étaient le cacao et la vanille, qu'il présenta à Louis XV, et un haricot sucré, le Gros-Perlé, cultivé depuis cette époque dans le Potager.

Tout le reste du côté gauche de cette rue est formé des

jardins ou des dépendances des maisons de la rue de l'Orangerie.

CÔTÉ DROIT

N° k. — Entrée du Potager.

Nous avons déjà fait connaître remplacement de l'ancien Potager de Louis XIII (1). Lorsque les nouvelles constructions de Louis XIV firent supprimer ce jardin, Mansart choisit la place actuelle du Potager comme la plus propre à concourir à l'ensemble du plan général des embellissements de Versailles. En effet, l'aile du midi du château s'élevait, et l'orangerie de Louis XIII allait bientôt disparaître sous la magnifique construction que nous voyons aujourd'hui. En attendant, un régiment des gardes-suisses creusait en face cette immense pièce d'eau, qui en a conservé le nom. Les terres que l'on retirait de ce bassin devaient servir à élever à droite une longue allée pour y établir un mail, jeu alors fort en vogue parmi les grands seigneurs (2); et à gauche, à combler un étang dont le vaste terrain pouvait servir de Potager, et concourir ainsi à l'embellissement de cette partie du parc.

Ce fut donc là que le célèbre jardinier La Quintinie dut établir le nouveau Potager du roi. L'architecte avait choisi la place sans s'inquiéter des difficultés d'un tel établissement dans les terres de mauvaise nature que l'on venait d'y accumuler. Mais l'homme auquel on avait confié cette tâche n'était point un homme ordinaire. Ce qui aurait peut-être fait renoncer tout autre à l'entre-

(1) Voir la rue de la Bibliothèque.

(1) Ce jeu consistait à faire arriver le plus tôt possible au but convenu une boule que l'on frappait à l'aide d'une masse de bois ferrée par les deux bouts, à manche long et flexible.

prise fut pour lui une occasion de développer toutes les ressources de son art, et dans ce sol défectueux, il trouva le moyen de créer un jardin potager devenu depuis un modèle pour toute l'Europe.

Rien de plus curieux et de plus naïf que la manière dont il raconte lui-même les immenses difficultés qu'il eut à vaincre.

Dans son livre intitulé: Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, La Quintinie, après avoir parlé de l'inconvénient, dans un jardin, des terres trop fortes se rapprochant des terres franches ou glaiseuses, ajoute :

« On ne peut pas être mieux instruit que je le suis de tous les désordres qui arrivent à de telles terres et de tous les embarras qu'elles causent dans la culture, sur quoi il n'est pas, ce me semble, hors de propos que je fasse ici, en passant, un petit détail de ce que j'ai été obligé de faire au potager de Versailles, dont les terres sont à peu près de la nature de celles qu'on voudrait ne trouver nulle part, et que nous n'y aurions pas, s'il avait été facile d'y en faire porter de meilleures. La nécessité de faire un potager dans une situation commode pour les promenades, et la satisfaction du Roi, a déterminé l'endroit où est le Potager; et la difficulté de trouver d'excellentes terres dans le voisinage a été cause qu'on s'est contenté d'y en avoir de passablement bonnes.

« Ce potager est dans un endroit où était un grand étang fort profond; il a fallu remplir la place de cet étang pour lui donner même une superficie plus haute que celle du terrain d'alentour ; autrement, étant un marais et l'égout des montagnes voisines, il n'aurait jamais réussi pour l'usage auquel il était destiné. On a eu la facilité à remplir cet étang par le moyen des sables qu'on avait à sortir pour faire la pièce d'eau voisine; au?si y en a-t-on fait porter jusqu'à dix et douze pieds de profondeur, partout. Mais, pour avoir des terres qui fussent propres à mettre au-dessus de ces sables et les avoir promptement, on a donc été obligé de prendre de celles qui étaient les plus proches, c'est-à-dire sur la montagne de Satory. En les examinant sur les lieux, je trouvai qu'elles étaient une

manière de terre franche qui devenait en bouillie ou en mortier, quand après de grandes pluies l'eau y séjournait beaucoup, et pour ainsi dire, se pétrétiait quand il faisait sec. Je voyais qu'elle n'imbibait pas les eaux ordinaires, et cela me faisait beaucoup de peine; mais j'en attribuais le défaut au tuf qui se trouvait sur cette montagne au second fer de bêche, et je me consolais dans l'espérance d'y trouver un remède par le moyen des sables sur lesquels ces terres se trouvaient posées. Sur ce fondement, je disposai les terres du Potager pour être d'une superficie plane et sans aucune pente, comme sont ordinairement les jardins de tout le monde; mais je fus bien surpris quand je vis le contraire de ce que j'avais espéré. Cette terre ne changea point de nature pour avoir changé de lieu, elle demeura impénétrable aux eaux. Ce que j'eus de plus favorable en ceci, fut que j'eus dès la première année à essuyer le plus grand mal qui me pouvait arriver, car il survint de si grandes et de si fréquentes averses d'eau, que tout le jardin paraissait être devenu un étang, ou au moins une mare bourbeuse, inaccessible et surtout mortelle, et pour les arbres qui en étaient déracinés et pour toutes les plantes potagères qui étaient submergées. 11 fallut chercher un remède convenable à un si grand inconvénient, ou autrement ce grand ouvrage du Potager dont la dépense avait fait tant de bruit (1), et dont la figure donnait tant de plaisir, aurait été inutile. Heureusement, en faisant faire le Potager, favais fait faire un aqueduc qui le traversait, et qui devait recevoir toutes les eaux des montagnes qui avaient accoutumé de venir dans ce même endroit faire l'ancien étang et étaient nécessaires pour aller faire la pièce cVeau voisine. Je pensai donc à faire en sorte que les eaux, qui m'étaient si pernicieuses, allassent se perdre dans ce grand aqueduc, et, pour cet effet, je crus qu'il en fallait venir à élever chaque carré en dos de bahut.

« Le remède était bon; mais si, pour cette élévation, il avait fallu faire porter des terres nouvelles, il était violent ; et pour en employer un plus doux, je m'avisai de me servir de grand fumier, dont

(1) En relevant sur les registres de dépenses des bâtiments du roi les diverses sommes payées pour l'établissement du Potager, depuis l'année 1678,où l'on fit les premiers travaux de comblement de l'étang, jusqu'à l'année 1688, date de la mort de La Quintinie, nous avons trouvé que la somme totale s'en élevait à 1,477,231 livres 1 sol 5 deniers.

HUE DU FOTACKR.

j'avais beaucoup, tant à mettre par-dâ8S0US qu'à mêler avec les terres destinées pour les légumes, et m'en suis très bien trouvé; le succès en a été très bon et la dépense très— petite.

« En faisant cet ouvrage, je donnai eu même temps une pente Imperceptible à chaque carré, pour mener dans un des coins toutes Jes eaux qui s'écouleraient de tous les côtés ainsi élevés. Je fis faire à chacun de ces coins une petite pierrée qui prenait ces eaux et les portait dans l'aqueduc. Je ne fus pas longtemps à m'apercevoir que cette invention était bonne : mes carrés avec leurs plantes, et mes plates-bandes avec leurs arbres, se conservèrent dans le bon état où je les souhaitais, et contribuèrent notablement à la conservation et au bon goût de tout ce que j'y pouvais élever (1). »

On voit, par ces détails si simplement racontés, avec quel talent La Quintinie se tira de toutes les difficultés. L'établissement définitif du Potager dans ce sol ingrat peut donc être regardé comme sa création, et il en reçut la récompense qu'il ambitionnait le plus, l'approbation du roi.

Louis XIV appréciait à leur juste valeur les talents de La Quintinie; il allait fréquemment visiter le Potager, s'entretenait longuement avec lui, et se plaisait souvent à façonner un arbre de sa main (2); aucun des efforts de l'illustre horticulteur pour obtenir quelque résultat nouveau et faire sortir la science de la routine, n'était perdu pour le roi. Il créa pour lui la place de directeurgénéral des jardins fruitiers et potagers de toutes les maisons royales, lui donna un traitement en rapport avec ce titre, et lui accorda de nombreuses gratifications. Il fit construire expressément pour lui la maison d'babitation du Potager, et étendit enfin ses sentiments de

(1) La Quintinie fit là un premier essai de drainage qui lui réussit parfaitement.

(2) Pluche. Entretiens sur VHistoire naturelle.

bienveillance au delà du tombeau; car, il dit à sa veuve, lorsqu'elle lui fat présentée : « Madame, nous venons de faire une perte que nous ne pourrons jamais réparer (1). »

L'enclos du Potager, tel qu'il fut formé par La Quintinie, comprenait vingt-neuf jardins, divisés par des murs de refend dirigés dans divers sens pour varier les expositions. Quatre grandes terrasses s'élevèrent au pourtour du carré du milieu, qui contient la plus grande surface.

Les jardins les plus abrités par la ville furent destinés à la culture des figuiers, dont La Quintinie mit tous ses soins à perfectionner la culture, parce que Louis XIV en aimait passionnément le fruit. Il plaça aussi de ce côté la melonnière et les couches. Les pèches, les abricots et les cerises précoces étaient de chaque côté de la grille d'entrée, du côté de la pièce d'eau des Suisses; enfin, des serres chaudes de diverses hauteurs pour les cultures forcées et pour les végétaux des climats chauds, y furent aussi établies.

Le jardin, commencé en 1678, ainsi que les divers travaux pour la construction des murs, bassins, serres, et de la maison de La Quintinie, bâtie par Maosart, ne furent terminés qu'en novembre 1683.

En 1712, longtemps après la mort de La Quintinie, arrivée en 1688, Louis XIV était attristé par la perte successive de beaucoup de membres de sa famille; de

(1) Dangeau donne, dans son Journal, à la date du 28 avril 1685, la note suivante :

« Nous nous promenâmes longtemps dans le Potager, et sûmes que le roi ne donnait plus que 2,000 livres à M. de La Quintinie, et qu'il avait fait un marché avec lui pour toute la dépense du Potager. Il lui donne 18,000 livres par an pour tous les jardiniers et tous les frais qu'il faut faire. »

plus, il vieillissait (il avait 7 4 ans), et les coups multipliés que la mort frappait autour «le sa personne lui suggéraient de mélancoliques réflexions sur les approches du ternie fatal. Pour combattre ces préoccupations, on employait mille moyens, et, entre autres, on lui conseilla quelques exercices de corps. On lui mit en main la serpette et le râteau qu'autrefois La Quintinie lui avait appris à manier, et il se donna le nouveau plaisir de tailler quelques arbres de prédilection , de peigner quelques planches privilégiées. Pour relever, quoiqu'il n'en fût pas besoin, ce délassement aux yeux du monde et du roi lui-même, on imagina de frapper une médaille qui représentait S. M. sous la forme d'une Minerve entourée des attributs du jardinage et portant à la main une équerre. La légende était : Gravibus solatia curis.

Depuis La Quintinie, la direction du Potager a toujours été confiée à d'habiles horticulteurs qui ont su lui conserver sa réputation européenne.

En 1733, Louis Lenormand, alors jardinier en chef, obtint dans ce jardin les premiers ananas cultivés en France. Ils furent le produit de deux œilletons remis par Louis XV.

Le roi, à qui ces ananas furent présentés le 24 décembre, les admira non-seulement pour leur beauté, mais après les avoir goûtés il leur trouva un si bon goût, que la culture en fut toujours continuée depuis.

Louis XV aimait beaucoup le café et il se plaisait souvent à le préparer lui-même. Pour plaire au roi, Lenormand cultivait dans les serres du Potager une douzaine de caféiers. Ils prirent jusqu'à quatre mètres de hauteur; on récoltait sur eux chaque année de cinq à six livres de café parfaitement mûr. Louis XV le laissait

vieillir, le torréfiait lui-même, et après en avoir préparé l'infusion, s'amusait à le faire goûter aux courtisans les plus gourmets qui le distinguaient avec peine des meilleurs cafés des Colonies.

En 1750, le Potager s'augmenta du terrain formant l'extrémité de cet enclos, vers le Grand-Séminaire. Cette partie , dont le sol est siliceux , convenant particulièrement aux asperges, fut d'abord entièrement consacrée à leur culture, et reçut à cette occasion le nom de Clos aux asperges.

A la Révolution , le Potager n'avait plus de raison d'être; et il est probable qu'il aurait subi le sort de la plupart des propriétés nationales vendues à cette époque, si en 1793 le ministre Bénézech n'en eût pris une partie pour y établir le banc d'épreuve, où l'on essayait les armes fabriquées dans la manufacture qu'il venait d'établir au Grand-Commun.

Le reste du Potager reçut alors diverses destinations. Le Clos aux asperges fut destiné à la formation d'une pépinière nationale; six jardins furent accordés à la Société d'Agriculture, pour y faite les expériences intéressant l'art agricole, et une portion des serres chaudes fut transformée en salle de réunion pour les séances de cette Société ; enfin, le reste du Potager fut employé, par suite d'un arrêté du représentant Baraillon, à former, pour l'École centrale du département, un Jardin Botanique dirigé par le célèbre jardinier de Trianon, Antoine Richard (1).

Sous l'Empire, le Potager rentra dans le domaine de la Couronne et reprit son premier caractère. Il a re-

1^1) Voir : rue St-Honoré, nn 25.

Ki i; du POTAGER. 340

conquis depuis cette époque son ancienne réputation, et il est toujours regardé comme un modèle de culture.

En 18V8, le Potager ayant été annexé au domaine de l'Institut agronomique créé à Versailles, servit d'école pour la culture des jardins; cette nouvelle destination, loin de nuire à ce jardin , lui a été favorable.

Elle a permis à l'habile jardinier en chef, M. Hardy, d'y introduire une foule d'améliorations nécessaires à un haut enseignement. Rentré de nouveau dans le Domaine Impérial, le Potager, confié aux mêmes mains, a conservé la réputation d'un établissement qui a été la source des progrès du jardinage (1).

Dans le corps-de-logis de la maison du Potager, donnant sur la rue, un sieur Foucault établit, en 1804, une industrie que les amateurs de poulet aimeraient assez à voir renouveler, si toutefois elle a eu un bon résultat, ce que nous ignorons. Dans une des salles du rezde-chaussée, il faisait passer un courant d'eau chaude entre des lames de métal. La vapeur de cette eau entretenait dans la pièce une température assez élevée pour y faire éclore à volonté des œufs de poule et y élever les petils pendant un certain temps; c'est ce qu'il appelait V Education artificielle des Poulets. Il paraissait si sûr de son procédé, qu'il avait fait des abonnements avec diverses personnes de la ville afin de leur fournir des poulets de primeur au 1er mai, ou après le solstice, des poulets gras à 1 fr. 50 cent.

A l'extrémité du mur du Potager, dans cette rue, se trouve une porte par laquelle on distribuait à tout le

1 Rapport sur le Potager. Annales de V Institut agronomique.

monde, sous Louis XIV, les herbes et les légumes qui n'avaient pas été employés au Château.

Dans l'origine, cette rue était le commencement de celle du Potager ; mais depuis que Ton a placé les rues suivant leur orientation, elle en a été séparée et a pris le nom de Petite-Rue du Potager.

Elle est dirigée du nord au sud, de la rue de l'Orangerie à celle du Potager, et a 74 mètres de longueur, sur 7 mètres 80 centimètres de largeur.

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