RUE DES TOURNELLES
La rue des Tournelles est l'une des rues de l'ancien quartier du Parc-aux-Cerfs. Elle s'étend de l'ouest à l'est, de la place Saint-Louis à la rue Saint-Médéric, et a 281 mètres 55 centimètres de long, sur 7 mètres 40 centimètres de large.
COTÉ GAUCHE
N° 3. — En 1733, maison garnie tenue par une demoiselle Bertin, dans laquelle demeura pendant quelques mois une jeune fille nommée Quoniam, maîtresse du comte de Clermont. Dans son journal historique, l'avocat Barbier parle ainsi des amours du comte de Clermont et de la jeune Quoniam :
« M. le comte de Clermont, qui est abbé et jouit de deux cents mille, livres de rentes et de bénéfices, ne mène pas une conduite bien régulière. Il est sans épée, mais les cheveux en bourse et en habit brodé et galonné; il doit deux millions dans Paris, et change tous les jours de maîtresse. Il en avait une nommée mademoiselle Quo-
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niai», jeune et jolie, qu'il avait reprise pour la troisième fois. Dernièrement, il prit mademoiselle Camargo, fameuse danseuse de l'Opéra, et, dans un souper, il donna la Quoniam au jeune prince de Conti, son neveu, nouvellement marié avec une princesse d'Orléans. On se doute bien que cela ne conviendra point à la duchesse d'Orléans douairière, ni au duc d'Orléans, qui sont dans la grande dévotion; aussi avait-on dit qu'on avait enfermé la jeune Quoniam dans un couvent. Cette nouvelle était générale dans le beau monde de Paris, cependant file n'était pas vraie. Dimanche 5 juillet (1733), mademoiselle Quoniam alla à l'Opéra dans une loge, et aussitôt qu'elle fut aperçue des jeunes gens du parterre, ils claquèrent des mains pour marquer la joie publique sur la fausseté de la nouvelle. Le soir, elle alla aux Tuileries, où étaient toutes les princesses de, la maison de Condé, ce qui faisait faire une haie quand elles passaient On en faisait une pareille surle passage de mademoiselle Quoniam, à qui l'on faisait compliment général par gaieté. C'est la fille d'une belle rôtisseuse à la porte de Paris (1), qui était plus belle que sa fille, quoique très-jolie, et qui, sous la régence de M. le duc d'Orléans, eut le crédit de faire conduire son mari aux îles, pour pouvoir profiter ici plus librement de ses talents. »
Le commissaire de police Narbonne entre dans des détails beaucoup plus intimes et beaucoup plus circonstanciés sur les amours de la mère et de la fille, détails que nous ne pouvons reproduire. Il indique ensuite cette maison de la rue des Tournelles, comme celle où le comte de Clermont amena d'abord la fille et la mère ; la somme qu'il chargea le marquis de l'Aigle de donner à la mère, et dont cet agent de ses plaisirs garda la moitié. Puis il raconte qu'en 1737, le cardinal de Fleury, fatigué des débordements de la mère, l'ayant fait mettre dans les prisons de Versailles, la fille vint la visiter dans un équipage qui lui avait été donné par le maréchal de
(1) On donnait ce nom au Grand-Châtelet.
Saxe, avec 12,000 livres de rente. Il termine enfin son récit de la manière suivante :
« M. le duc d'Orléans a fait sortir de prison la Quoniam, et l'a t'ait placer dans une communauté où il paye sa pension. Elle a l'esprit un peu malade. Sa place aurait été plutôt dans un hôpital pour le reste de ses jours que dans une communauté, mais le crime et le vice sont rarement punis , lorsque l'on a des protecteurs et de l'argent (1). »
CÔTÉ DROIT
N° 8. — Mansart de Sagonne, architecte de Saint- Louis, habita cette maison pendant tout le temps de la construction de l'église. 11 avait fait élever dans la cour un modèle de la cathédrale, d'une grande dimension; il aurait coûté 15,000 livres, suivant Narbonne. Louis XV alla le visiter, le jour de la pose de la première pierre de Saint-Louis. Ce modèle resta ensuite exposé pendant plusieurs années; c'est ce qui fit appeler fort longtemps cette maison maison du modèle.
N° 22. — Orphelinat Impérial de garçons.
En l'année 1852, le Prince-Président de la République, depuis Napoléon III, accorda à la ville de Versailles, sur la demande de M. Vauchelle, alors maire, une somme annuelle de quinze mille francs à prendre sur ses domaines, pour un tiers être appliqué à la maison de Providence, rue des Chantiers, un autre tiers être consacré à élever vingt petites filles dans ce même établissement, et enfin, le dernier tiers être employé à fonder vingt lits pour vingt petits garçons des plus pauvres et des plus abandonnés de la ville.
Ces derniers furent confiés aux soins des Frères de la
(1) Voir : Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV par Narbonne, publié par J.-A. Leroi.