RUE DES TOURNELLES
Doctrine chrétienne, et logés a Montreuil, rue d'Artois,
Le local dans lequel l'administration municipale avait pu établir cet orphelinat étant fort restreint devait rester dans les conditions premières de son existence. Dix ans se passèrent ainsi.
En 1862, le département fit l'acquisition de l'ancienne institution de M. Barthe, rue de Montreuil, et y plaça l'École normale primaire, reléguée dans cette maison de la rue des Tournelles, depuis le moment où elle fut forcée de quitter les bâtiments de l'ancien Chenil du Roi, donné au Ministère de la Guerre.
L'administration municipale, qui appréciait tout le bien que pouvait rendre l'établissement de l'Orphelinat, s'empressa de le transférer dans la maison de la rue des Tournelles devenue libre. Mais, non contente de donner à l'Orphelinat un local plus spacieux, plus sain, plus aéré, l'administration fonda un certain nombre de bourses et de demi-bourses, et ce bienfait, joint à ceux de quelques particuliers, a permis de porter de vingt à cent le chiffre des orphelins recueillis dans cette maison hospitalière.
L'Orphelinat est placé sous la surveillance de l'autorité municipale. L'instruction que l'on donne aux enfants est l'instruction primaire élémentaire. On enseigne de plus le dessin; dans plusieurs concours, et entre autres à l'exposition de 1865, les élèves de l'institution ont remporté des mentions d'honneur. La musique est aussi cultivée avec autant de fruit que le dessin, et leur bannière orphéonique, ornée de nombreuses médailles d'or et d'argent, montre quel rang distingué ces jeunes orphelins tiennent dans les concours musicaux. Mais ce
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qui recommande surtout cette institution aux amis des classes populaires, c'est que, loin de les abandonner une fois leur instruction terminée, l'Orphelinat se charge de les placer en apprentissage, après les avoir préalablement consultés sur le choix de la profession qu'ils veulent embrasser. Pendant tout le temps de leur apprentissage, ces enfants continuent de faire partie de la maison ; ils viennent manger et coucher à l'Orphelinat, qui est pour eux le toit paternel.
On conçoit la réussite d'une institution si éminemment populaire.
« L'Orphelinat (disait avec tant de justesse M. Lefaivre, premier adjoint au maire, dans la dernière distribution des prix), l'Orphelinat remplit l'office d'une école professionnelle, de la vraie école professionnelle des enfants de la classe ouvrière ; c'est ce qui le recommande, surtout à côté de tant d'autres titres d'utilité publique, et qui résume les causes de la faveur légitime dont il jouit dans notre ville. Former de bons et honnêtes ouvriers, c'est une aspiration bien modeste, sans doute, mais c'est le plus grand service qu'on puisse rendre à la patrie dont ils sont les forces vives. »
Frappés des avantages de cet établissement, beaucoup d'ouvriers, voulant soustraire leurs enfants aux dissipations de la rue et au manque d'assiduité qui en est la conséquence, lorsqu'ils ne suivent que la classe communale, ont voulu profiter de la faculté de les y placer comme pensionnaires, pour la modique somme de 360 francs par année. Malheureusement ce local, quoique beaucoup plus grand que celui de Montreuil, est encore exigu pour satisfaire aux désirs de la population ouvrière. Car, comme l'a si bien dit M. Lefaivre,
« L'Orphelinat c'est le collège de la classe ouvrière I c'est le collège avec sa discipline et sa surveillance incessante, avec ses classes,
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ses (.Huiles, ses récréations invariablement réglées; avec la nourriture et l'hygiène régulières pour l'entretien de la santé; avec la vigilance paternelle sur les mœurs et l'honnêteté des habitudes. Mais, c'est le collège à la pension assez modique pour que de bons parents ouvriers puissent atteindre à la parfaire avec des efforts de travail et d'économie; assez modique encore pour donner à la bienfaisance le moyen d'aider de pauvres familles en se chargeant des frais d'éducation d'un enfant. »
Aussi le nombre des enfants reçus dans cet établissement serait-il bientôt plus du double , si la maison était assez spacieuse pour y recevoir tous ceux qui désirent s'y présenter. Espérons donc que l'administration municipale, frappée de plus en plus des avantages d'un pareil établissement et du bien qu'il doit produire parmi la classe ouvrière, trouvera pour l'y placer une propriété vaste, convenablement aérée, et capable, en un mot, de contenir tous ces jeunes enfants qui doivent devenir plus tard, selon l'expression si vraie de M. Lefaivre, les sources vives de la patrie.