‹ Histoire de VersaillesChapitre 45 sur 99 · RUE D'ANJOU · texte numérisé non relu

RUE D'ANJOU

Le 11 juillet 1743, on arrêta un habitant de cette auberge, dans les circonstances suivantes, rapportées par Narbonne (1).

« Le jeudi H juillet, pendant que le roi entendait la messe dans la tribune de la chapelle du château de Versailles, un homme, habillé d'un justaucorps bleu, en guêtres et en culotte de peau, entra dans le bas de la chapelle, se plaça directement au-dessous du roi, et lui cria plusieurs fois, en le regardant et lui montrant un papier qu'il tenait à la main : « Sire, voilà un placet qui vous re- « garde ; vos armées sont détruites ! vous êtes trahi de tous côtés ! »

« L'exempt des gardes accourut aussitôt ; on arrêta cet homme et on le remit entre les mains de Fleury, suisse de la chapelle. Le sieur Foirestier, commandant les suisses de la patrouille et des appartements, arriva. 11 voulut ôter des mains de cet homme le placet qu'il tenait ; mais celui-ci, le portant vivement à sa bouche, en déchira une partie et l'avala; et lorsque ensuite il voulut l'emmener, il lui dit qu'il n'avait point affaire à lui, et qu'il était aussi bien que lui le sujet du roi. On arrêta en même temps sa femme et un enfant d'environ huit ans, qui l'accompagnaient, et on les conduisit en prison.

« On remarqua que cette scène fît une vive émotion sur la reine et qu'elle versa quelques larmes.

« On regarda généralement cet homme comme un fou, quoique quelques personnes aient pensé que c'était un agent secret des ennemis de ceux qui commandent les armées du roi.

« Ce qu'il y a de certain, c'est que le service auprès du roi n'est pas fait avec la même exactitude qu'il l'était du temps du feu roi, et que les sentinelles laissent entrer dans la chapelle et dans les appartements toutes sortes de gens, ce qui ne devrait pas être.

« Cet homme a été remis à la justice du prévôt de l'hôtel. Il a été interrogé, aussi bien que sa femme.

«.C'est un journalier, batteur de ciment. 11 demeure à Versailles, rue d'Anjou, au Parc-aux-Cerfs, dans la maison du sieur Nativelle.

a On les a enfermés à l'hôpital, en vertu d'un ordre du roi. »

(1) Manuscrit de la Bibliothèque de Versailles.

Pour comprendre cette anecdote de Narbonne, il faut se rappeler que, depuis le commencement du mois de juillet 1743, Paris et Versailles étaient dans une inquiétude mortelle sur le sort de nos armées en Allemagne; que Ton y répandait le bruit d'une défaite éprouvée par le maréchal de Noailles, confirmée un peu- plus tard, lorsque l'on connut les résultats de la malheureuse bataille de Dettinghen. Cet homme de la chapelle n'était probablement que l'écho du bruit général, qui attribuait ce désastre aux fautes des généraux. Narbonne, de crainte de se compromettre, parce qu'il était le subordonné du comte de Noailles, gouverneur de Versailles, n'ose nommer personne, et attribue l'acte de cet homme aux ennemis de ceux qui commandaient les armées du Roi. Il n'en rapporte pas moins, dans son recueil, une chanson, qu'il attribue encore aux ennemis des généraux, mais qu'il s'empresse de rapporter tout entière, et dans laquelle on trouve le couplet suivant :

La pèle au c...

La maison du Roi nous apporte

La pèle au c...

Son désastre était bien prévu ; Qu'il est plaisant de voir Noailles Traîner pour épée à Versailles

La pèle au c... (1).

N° 80. — Maison occupée, en 1853, par un établissement ouvert aux apprentis et ouvriers aveugles.

En 1849, les principaux fonctionnaires et les professeurs de l'institution des Jeunes Aveugles de Paris créèrent une œuvre de placement et de secours en faveur

(1) Ouvrage cité.

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