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RUE DE MONTREUIL

La rue de Montreuil s'étend de l'ouest à l'est, du carrefour de Montreuil à la barrière du même nom. Elle a 948 mètres 30 centimètres de longueur, sur 10 mètres de largeur.

CÔTÉ GAUCHE

N° 85. — La plus ancienne maison bourgeoise de Montreuil. — Du temps de Louis XIV, c'était une petite maison appartenant à Boudin, premier médecin du duc de Bourgogne. En 1710, Boudin y fut la dupe d'un aventurier qui sut lui escroquer d'assez fortes sommes d'argent. Voici le portrait que Saint-Simon fait de ce médecin :

« Il était boudin de figure comme de nom, fils d'un apothicaire, du roi dont personne n'avait jamais fait cas. Il étudia en médecine, fut laborieux, curieux, savant. S'il fût demeuré dans l'application et le sérieux, c'eût été un fort bel et fort bon esprit. Il l'avait d'ailleurs extrêmement orné de littérature et d'histoire, et en avait infiniment, d'un tour naturel, plein d'agrément, de vivacité, de reparties, et si naïvement plaisant que personne n'était plus continuellement divertissant, sans jamais vouloir l'être. Il fut doyen de la faculté de Paris, médecin du roi, et enfin premier médecin de Monseigneur, avec lequel il était au mieux. Il subjugua M. Fagon, le tyran de la médecine et le maître absolu des médecins, au point

d'en faire tout ce qu'il voulait, et d'entrer chez lui à toute heure, lui toujours sous cent verroux. Il haïssait le tabac jusqu'à le croire un poison ; Boudin lui dédia une thèse en médecine contre le tabac, et la soutint, tout en sa présence, se crevant de tabac, dont il eut toujours les doigs pleins, sa tabatière à la main, et le visage barbouillé. Cela eût mis Fagon en fureur d'un autre ; de lui tout passait. Un homme de si bonne compagnie réussit bientôt dans une cour où il ne pouvait faire envie à personne. Il fut des soupers familiers de M. le duc, et de ceux de M. le prince de Conti. C'était à qui l'aurait, hommes et femmes du plus haut parage et de la meilleure compagnie, et ne l'avait pas qui voulait, vieux à dîner, jeunes dans leurs parties; libertin et débauché à l'excès, gourmand à faire plaisir à table, et tout cela avec une vérité et un sel qui ravissaient. De cette façon, Boudin fut bientôt gâté. D'ailleurs c'était un compagnon hardi, audacieux, qui refusait peu de choses, et qui n'en ménageait aucune quand il n'en craignait point les retours, et quand il était poussé et devenu fort familier, et de là fort sot, trèsimpertinent. Initié de cette sorte dans le monde le plus choisi, il se mit dans l'intrigue, et il sut et fut de bien des choses secrètes et importantes de la cour. »

Boudin, fils d'un apothicaire, s'était dès son enfance occupé de remèdes et de secrets; il aimait par-dessus tout la chimie et il y était devenu fort savant. Malheureusement une très-grande imagination et le désir d'acquérir des richesses le firent aller trop loin, et il ne crut pas impossible de trouver la pierre philosophale. Déjà plusieurs fois il avait été exploité par des fripons qui, profitant de sa foi en l'alchimie, lui promettaient de faire de l'or et de l'argent.

En 1710, un nouveau charlatan vint le trouver à Varsailles et lui parla avec tant d'assurance que Boudin, sachant combien les finances étaient alors obérées, crut devoir en parler au roi et lui demanda la permission de le faire travailler près de lui.

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