RUE CHAMP-LA-GARDE
Montreuil était déjà un bourg important lorsqu'il fut réuni à Versailles; aussi avait-il un assez grand nombre de
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rues. Mais ces rues s'étaient en quelque sorte établies au hasard, et n'avaient pas, comme celles de la ville, une direction déterminée. Ainsi la rue Champ-la-Garde, par exemple, marche d'abord du sud au nord, puis de l'ouest à l'est, et se termine de nouveau du sud au nord. Elle a 1,131 mètres 9G centimètres de longueur, sur 8 mètres de largeur. Son nom lui a été donné en souvenir du dernier bailli de Versailles. M. Froment, seigneur de Champla-Garde et des Condamines, était encore bailli de Versailles lorsque Montreuil fut réuni à la ville, et l'on donna les noms de ses deux seigneuries à deux des rues de ce nouveau quartier. En 1793, cette rue prit le nom de Michel-Montaigne; en 1806, elle reprit celui de l'ancien bailli de Versailles.
CÔTÉ GAUCHE
N° 3. — Ancienne maison de M. Deschiens.
M. Deschiens, autrefois avocat à Paris, acheta cette maison, où il vint se retirer, et qu'il habita plus de vingt ans. Amateur d'horticulture, il réunit dans son jardin de fort belles collections de plantes de serre et de pleineterre, visitées fréquemment par les curieux qu'y attirait sa bienveillante politesse. Un autre ordre de visiteurs se rendait aussi dans la demeure de M. Deschiens. Dès les premières années de la Révolution, il eut l'idée de réunir tous les écrits , pamphlets, etc. , ayant trait à cette grande époque de notre histoire. Cette collection, composée de plus de douze mille cartons et volumes in-folio, in-quarto et in-octavo, était divisée en trois parties principales : les hommes, les matières et les journaux. Dans la première étaient placés par ordre alphabétique des noms propres, les œuvres politiques, les discours, opinions, pamphlets, publiés sous le nom de chaque individu, et ce que l'on a
imprimé pour ou contre lui. — La seconde était divisée en un grand nombre de sous-divisions pour faciliter les recherches. — Enfin, la troisième comprenait les journaux de toutes les opinions, de tous les partis, même les journaux éphémères.
En 1829, M. Deschiens publia, sous le titre de Collection de matériaux pour l'Histoire de la Révolution de France depuis 1787 jusqu'à ce jour, bibliographie des Journaux, le catalogue de sa curieuse collection. D'intéressants renseignements et des extraits de journaux font de ce volume une lecture souvent très attachante. M. Deschiens est mort en 1843. Il est bien fâcheux qu'à cette époque la Ville n'ait pu se rendre propriétaire de cette collection, qui aurait été un riche appendice ajouté à sa belle Bibliothèque : elle a été achetée par M. de la Bédoyère, et réunie par lui à sa nombreuse collection sur le même objet. A la mort de celui-ci, elle a été vendue à la Bibliothèque Impériale de Paris, où elle se trouve aujourd'hui.
N° 1 1 . — Pavillon Lemonnier.
Pavillon bâti, en 1755, pour madame la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France. Louis-Guillaume Lemonnier était alors premier médecin du Boi. C'était l'un des plus habiles botanistes de ce temps, et il forma avec Bichard, son élève, le fameux jardin de Trianon. Grand ami de madame de Marsan, Lemonnier se chargea de la plantation de son jardin. Il y réunit les végétaux les plus rares à cette époque et y planta les premiers arbres importés de l'Amérique du Nord. Ces arbres y réussirent merveilleusement, et quelques-uns y font encore aujourd'hui l'admiration des amateurs. De-
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venu propriétaire de ce beau jardin par suite de l'émigration de madame de Marsan, Lemonnier vint se retirer dans le pavillon, dont il lit son séjour habituel. Il y passa dans l'étude les plus tristes années de la Révolution, ne sortant de sa riche bibliothèque que pour cultiver ses plantes chéries, ou pour donner ses soins aux pauvres dont il était entouré. Il mourut ainsi, aimé et estimé de tous ceux qui le connurent, le 3 septembre 1799. Le jardin, longtemps entretenu par les soins de sa veuve, conserva une grande réputation et fut souvent visité par les plus habiles horticulteurs (1).
CÔTÉ DROIT
N° 6. — Maison bâtie en 1750, pour le dentiste de la Cour, Caperon. Le jardin était alors beaucoup plus considérable qu'il ne l'est aujourd'hui. Sous Louis XVI, cette maison appartenait à madame Jules de Polignac.
N° 10. — Cette propriété faisait autrefois partie du jardin de madame de Guéménée ; mais lorsque madame Elisabeth devint propriétaire de ce beau domaine, elle en détacha la maison qui forme le n° 1 0 de la rue Champla-Garde, et la donna à madame de Mackau, l'une de ses anciennes institutrices.
N° 18. — On a vu, sur l'avenue de Paris, une portion du jardin de Madame, comtesse de Provence, mais l'habitation principale et la plus grande partie du jardin étaient du côté de la rue Champ-la-Garde et longeaient la rue de la Vieille-Eglise. L'entrée était à ce n° 18. Cette habitation est occupée aujourd'hui par les dames religieuses de Notre-Dame de la Retraite.
(t) Voir le catalogue des arbres cultivés dans le jardin Lemonnier : dans le Catalogue du Jardin-des-Plantes de Versailles, par Philippar.
Le but de l'institution de cet ordre religieux, dont l'origine remonte aux premières années de la Restauration, est d'offrir aux dames du monde les moyens de faire une retraite spirituelle, pendant laquelle elles sont dirigées par les religieuses dans l'emploi du temps et dans la succession des divers exercices.
Les retraites durent ordinairement plusieurs jours, mais ne dépassent jamais plus de quinze.
La Maison Mère a son siège à Paris, rue du Regard, n° 15. Expropriées, dans ces derniers temps, de la presque totalité de leur jardin pour la prolongation de la rue de Rennes, ces dames ont transféré à Versailles leur noviciat, qui est l'œuvre principale de la maison de Montreuil.
Outre les maisons de Paris et de Versailles, ces dames ont de pareils établissements à Lyon, à Nancy et à Tours.