AVANT-PROPOS III
réacteur, un « royaliste masqué », pour devenir enfin, le retour des Bourbons n'étant plus possible, un thuriféraire de Buonaparte ?
J’ai tenté de saisir ce travail en profondeur, cherchant, au besoin, à pénétrer la pensée des individus, à connaître les intérêts matériels qui les déterminent. Mes insuccès, je l’avoue, sont fort nombreux, certains documents n'étant guère accessibles. (1) Mais, grâce à un certain goût de la minuüic, doublé d’une forte dose d’abnégation [c’esi ainsi que je n'ai pas reculé devant le dépouillement consciencieux de cent cinquante ans d’état-civil]}, j'ai pu entrevoir bien des aspects de la vie des Virois en cette fin du xvlii° siècle.
Une telle enquête exige l'emploi d’une masse considérable d'éléments : aussi, j'ai dû la circonsciire dans l’espace. Le cadre, c'est une ville de 8.000 âmes qui, pendant toute la période envisagée, n’a pas cessé de constituer une unité administrative immuable (2).
Ce cadre est commode ; car, ce qui, localement, caractérise cette période, c’est le développement de la vie municipale : la première manifestation provinciale des temps nouveaux es!, nc l’oublions pas, la révolution municipale de juiilet-acût 1789. Et, bien que la municipalité n’ait pas toujours été seule à assumer la charge admiristrative (3), elle constitue, en quelque sorte, comme le centre de la vie publique de la cité. D'ailleurs, premier en date des nouveaux organes administratifs, elle est chargée par l’art. 51 de la loi du 14 décembre 1789, d’une part importante de la souveraineté nationale
(1) Cctte rnqrête n’a porté que sur un très petit nombre de papiers de famiiies, de correspondances particulières, éléments essentiels pour bien connaître la pensée des contemporains, pour saisir leffet des vicissitudes économiques. Les documents qui émanent des administrations publiques ne nous font, souvent, connaître qu’un point de vue.
(2) Après l’application de la censtitution de l’an III, elle reste le ressort d’une administration cantonale.
(3) Pendant la période du « gouvernement révolutionnaire », les su ciétés populaires, les comités de surveillance complètent l’action des « communes » : la tutelle des administrations de district se fait plus étroite. Mais ce n’est pas le souci d’annihiler les municipalités qui détermine ces modifications. Bien au contraire, au moment où le pouvoir central, éclairé par l'insurrection fédéraliste, restreint les attributions des administrations départementales, c’est aux municipalités, comnie placées « plus près des ennemis de la chose publique », que le fameux décret du 14 frimaire confie le « levier révolutionnaire ».