A RÉVOLUTION MUNICIPALE D'AOÛT
Caractères généraux. — 1. La ville d'avril à juillet 1789 : effet des premiers événements de la Révolution ; ordre public, situation matérielle. Impuissance de la municipalité. — 2. La révolution municipale : l'initiative du bailliage : accueil de la municipalité. Formation du Comité national. — 3. Rupture entre municipalité et Comité : l'affaire du serment des troupes ; l’affaiie des dépenses du Comité. Défaite de la municipalité.
La révolution municipale d’août 1789 à Vire n’est pas née du simple désir d’imiter les villes voisines : elle a des causes locales. Les promoteurs du mouvement invoqueront l’impuissance de la municipalité devant les troubles issus des premiers événements de la Révolution, son insuffisance, en matière de subsistances et d'assistance, affaires plus pressantes que jamais dans les mois qui précèdent la récolte de 1789.
D'ailleurs, ils ne songent pas à faire à la municipalité un grief de son échec ; ils cherchent à renforcer son action, en lui procurant le concours de tous ceux que la communauté consultée jugera propres à nrendre part aux affaires publiques.
Mais cet appel au jugement populaire, cette sorte de renoncement aux formes officielles, choquent la municipalité : en somme. elle refuse d’être renforcée par ses administrés, de partager le pouvoir avec une organisation, à son sens, illégale. Par sa mauvaise volonté, son souci évident de s’isoler, elle est cause que cétte révolution municipale qui doit se faire pour elle, s'exécute sans elle, et, finalement, contre elle (1).
1. Les premiers événements de la Révolution ont eu de l’écho à Vire. Mais ce n’est pas dans les procès-verbaux de la municipalité qu’il faut en chercher trace : on n’y retrouve mention
(4) M. MourLor : La fin de l’ancien régime et les débuts de la Révolution dans la généralité de Caen, apprécie très bien (p. CXD), le rôle général des comités locaux, « véritables comités de salut public anticipés, issus des suffrages populaires », et le caractère de la révolution municipale qui ne fut pas, « comme d’aucuns l’ont prétendu, une tenta-
tive insurrectionnelle, explosion malfaisante d’une « anarchie spontanée », maïs, « au contraire, pendant. l’interrègne de l’autorité administrative, un régime improvisé d’ « organisation spontanée », qui
précéda et prépara l’organisation décrétée et légale de la Révolution », Mais, faute d’avoir dépouillé les archives du Comité national de Vire, il n’a pu saisir le véritable caractère de la révolution viroise. C’est ainsi qu'il dit, p. 337, qu’en plus des nobles, des ecclésiastiques et des membres de juridictions, « les officiers municipaux. sont systématiquement exclus du comité » ;'et, p. 374 : « Le Comité permanent de Vire qui a refusé d'admettre les ecclésiastiques et les nobles, frappe du même ostracisme les officiers municipaux. » En réalité, ce sont ics municipaux qui ont voulu rester en dehors du Comité,