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LA RÉVOLUTION MUNICIPALE D’AOUT

d’aucun des événements parisiens, pas même de la prise de la Bastille.

Cependant, Séguin fils affirme que les Virois d'alors s’intéressent vivement aux faits d'ordre politique. Le serment du Jeu de Paume, prêté par tous les députés du tiers du grand bailliage de Caen, aurait, notamment, suscité l’enthousiasme de la « classe des novateurs », qui par ses démonstrations, révèle « toute sa confiance dans la réalisation prochaine de ses espérances ». De même, l’adoption de la cocarde tricolore, le 29 juillet, aurait pris Pampleur d’une grande manifestation suscitée par les fils des bourgeois et les ouvriers (1).

Mais, en même temps, règne dans la population ouvrière, une vive effervescence, d’origine économique, prête à tourner à l’émeute : dès la fin de mai, les cardeurs de laine se sont attroupés en plein air et ont décidé de ne plus permettre aux ouvriers des campagnes d’emporter la laine que les maîtres drapiers leur cédaient pour travailler à domicile. On a dû les disperser.

Le 28 juin, trois femmes sont arrêtées pour troubles de subsistance. La foule tente de les délivrer : on ne peut s'emparer des meneurs. « Dès lors, dit Séguin, on comprit la faiblesse du pouvoir. »

Puis, un vaste mouvement s’organise contre les impôts indirects. Le 20 juillet, « une dizaine d’individus de la lie du peuple, affirme Séguin, prennent un tambour et s’en vont par les carrefours proclamer d’eux-mêmes l’abolition des aides et de la gabelle. » Quatre jours après, la foule se rue sur les bureaux du directeur des aides, Jacques Lecoq, particulièrement impopulaire à cause de sa dureté : il doit prendre la fuite. Un peloton de soldats, envoyé pour disperser le rassemblement, fraternise avec les mutins (2).

(1) Ces jeunes gens offrirent la cocarde au maire qui l’accepta : ensuite, à la plupart des nobles qui agirent de même (C.-A. Séguin, ms. IT,

(2) L’insécurité gagne alors les campagnes : le 24 juillet, le marquis ä Oilliamson est attaqué par ses vassaux dans sa maison de Caligny on lui vide sa cave, on brûle son chartrier. Le lendemain, le comte de Vassy [Constituant], et lui, sont obligés, par acte notarié, de renoncer à leurs droits seigneuriaux. Ce même jour, devait avoir lieu à Caen, une assemblée de la noblesse du grand bailliage, à l’effet de donner à ses représentants aux Etats généraux des pouvoirs illimités, le mandat reçu en mars étant impératif. 32 nobles du bailliage secondaire de Vire se réunissent à Vire le 24 juillet, constatent l’impossibilité de se rendre à Caen, à cause des « alarmes répandues dans le pays par les incursions dont leurs propriétés et leurs personnes sont menacées ». Ils délèguent à Caen l’un d’eux, Danjou de Boisnantier, porteur d’un arrêté accordant les pouvoirs réclamés, et chargé C’exprimer le vœu « que Ja chambre nationale s'occupe sans retardement d'arrêter les désordres

Sur la réquisition du procureur du roi au bailliage, la municipalité se décide enfin à sortir de sa torpeur. Le procureur lui peint la situation affligeante (1) où est plongée la ville et lui réclame « les plus prompts et puissants remèdes pour contenir les séditieux ». Le bureau de ville déclare qu’il faut convoquer la milice bourgeoise et se concerter avec le commandant de la garnison (2).

Il y a fort longtemps que l’on n’a eu recours à la milice. Elle comprend encore six compagnies formant un effectif total de 180 hommes commandés par un ancien officier, le chevalier Etienne-François Drudes de Campagnolles (3). Mais, ce n’est plus qu’un corps de parade (4), qu’on voit d’autant plus rarement que, depuis 1787, à la suite d’une querelle de préséance, il ne participe plus aux processions. Aussi, dès le lendemain, cette milice fait savoir qu’elle ne peut assurer le service : elle n’est même plus armée.

Quant à la garnison, le 28 juillet, elle n’est pas intervenue contre

qui occasionneraient la dévastation d’une des plus belles provinces du royaume... » La réunion de Caen n’eut pas lieu. [ Arch. Nat., B III 40 ; C 89, 62 ; D XX IX 29. — Bibl. Vire : C.-A. Séguin, ms., t. IL, 17891.

(1) C’est la première fois que le procureur prend la parole en assemblée municipale. Il montre la violence du mouvement contre les aides, effectué par des « attroupements en armes, avec menace d'incendie ». Les registres des aides ont été enlevés ; les émeutiers ont menacé ue brûler ceux du contrôle des actes, des octrois et du bureau de tabac (Arch. Vire : BB 11, f. 31 . — Arch. Calv., C, 2.688. Lettre de Demortreux à l’intendant, 16 août 1789).

(2) Deux compagnies du régiment d'Angoulême étaient à Vire depuis latin de"mar (Aréh Vire EE 5?

(3) C’est à tort que M. MourLor (op. cit.) dit, p. 367, qu’il sera l’un des chefs de la chouannerie. Le chouan est Michel-François-Jacques- Alexandre, frère aîné d’Etienne-François Drudes.

(4) En 1784, Vergennes, songeant à réorganiser les milices bourgeoises, reçut de Vire les réponses suivantes : « Notre milice. se tient bien dans l’état où elle se trouve, [n’a] d’eccasion de se mettre sous les armes que dans le cas de T'e Deum, feux de joie et fête du Saint-Sacrement. » Elle est remplie de vanité : et le nouveau projet risque « d’augmenter les prétentions et d’échauffer les esprits ». Indisciplinée, elle « met plus de confusion que d’ordre dans toutes les occasions où elle a été armée, C’est le moment que chacun prend pour satisfaire de petites vengeances.… maltraiter ceux à qui il en veut ». Un jour, « un bourgeois, sans doute raisonneur, fit une mauvaise réponse. à son officier : celui-ci passa militairement son épée au travers du corps du bourge:'s et le tua. Depuis ce temps, le goût des assemblées se refroidit. » Le nouveau règlement « ne sera qu’une pomme de discorde et un hochet. » (Arch. Calv., C, 2.116, août 1784).

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