LA RÉVOLUTION MUNICIPALE D'AOUT
la foule qui a obligé la municipalité à remettre en liberté un individu arrêté pour insultes à « un officier ». (1)
La population paisible s’effraie, réclame des mesures.
Or, au même moment, la crainte de manquer de pain tient dans angoisse les pauvres gens. Les boulangers de Vire, obligés de s’approvisionner au loin, viennent d’être chassés par l’émeute des marchés de Pontfarcy et Mortain. Après avoir temporisé un mois, la municipalité ne trouve rien de mieux que de s’adresser à l’intendant : le 5 août, il lui indiquera de s'entendre avec le comité de subsistances de Caen, ne pouvant lui-même être d’aucun secours (2).
Faute de farine, des boulangers ferment boutique ; le prix des autres denrées subit une nouvelle hausse : la misère est à son comble et nuls sont les moyens d’y remédier.
Il apparaît alors à certains citoyens que, pour rétablir l’ordre public, assurer un meilleur ravitaillement et venir en aide à ja pepuiation pauvre, il faut renforcer l’action défaillante de l’administration locale : déjà, plusieurs villes, en proie aux mêmes difficultés, ont créé des organes nouveaux, à la demande des municipalités, des autres autorités ou même de la population. Ces « comités » ont pris en mains le ravitaillement, l’assistance et organisent des milices pour résister à ces mystérieux « brigands » signalés en maints endroits (3). Cette révolution pacifique, peu radicale, puisqu'elle ne détruit rien, Vire va songer à l’accomplir.
2. Ce sont les officiers du bailliage qui prennent l'initiative. Maïs. soucieux de donner à leur projet une apparence légale, ils en font part, dès le 28 juillet, à la municipalité, l’invitant à « assembler la communauté de la ville de Vire, pour, par elle, être avisé aux moyens de faire un aussi salutaire établissement ».
Montrant un excessif souci des formes, le bureau de ville, au préalable, convoque l’assemblée des notables. Elle se réunit le 30 juillet et son premier geste montre bien ce qu’elle pense de l'initiative du bailliage : avant de l’examiner, elle juge nécessaire
(1) C.=-A. Séguin, ms. t. III, 1789.
(2) Arch. Vire : BB* 19, Comité national.
(3) I1 n’y à pas de texte précis concernant la « peur des brigands » dans la région. Le 11 septembre, le Comité parle simplement de « la
formation, dans presque toutes les villes, gros bourgs et même dans quelques paroisses, d’une milice nationale propre à repousser les brigands qui se sont attroupés ou pourraient s'attrouper pour piller ». En exécution de la loi du 17 septembre 1793, Gaultier de Carville sera, plus tard, incarcéré, comme ayant, en 1789, fait venir des « brigands » dans sa commune. L'enquête de la société populaire de Vire prouxera que ces « brigands » étaient des gardes nationaux de Vire venus à Carville pour maintenir l’ordre. (Arch. Vire, BB* 19 ; I, 74, f. 81 et 84).
46 Se LA FIN DE L'ANCIEN RÉGIME
de se compléter par la nomination de deux conseillers de ville et quatre notables dont les postes étaient vacants depuis plusieurs années déjà (1). Ainsi, au moment où, pour la renforcer, on songe à recourir aux suffrages populaires, la municipalité tient à manifester que seule est légale la forme de nomination qu’elle emploie.
Après quoi, l’assemblée décide de convoquer la communauté en six quartiers, « divisés comme ils le sont pour la formation des six compagnies des troupes bourgeoises ». Des délégués des notables annonceront à chaque section qu’ « ils autorisent les électeurs qui seront nommés à former un comité ». Chaque section nommera huit électeurs qui choisiront « la quantité qu’ils jugeront à propos de membres de tous les ordres qui devront composer le Comité ».
La réunion des sections a lieu le 3 août. Dans chacune d’elles, deux délégués de l’hôtel-de-Ville lisent la lettre du bailliage à qui on laisse toute la responsabilité de son initiative. Bien mieux, animés d’une sorte de réprobation contre les suffrages populaires, les membres du conseil de ville font part à leurs sections de leur formel désir de ne pas faire partie du comité : ils « forment un corps distinct. La communauté entière n’a pas de nouveaux titres à leur offrir. » Ils ne peuvent pas mieux montrer qu’ils refusent de détenir leur autorité de leurs administrés. C’est leur désir évident de s’isoler qui va déterminer le caractère spécial de cette révolution municipale.
285 citoyens, tous du tiers état, prennent part au vote. Ils tiennent compte du désir des membres du corps de ville : aucun d’eux n’est élu (2). Ils choisissent 48 membres du tiers état (3), oubliant
(1) Sont élus : conseillers de ville : Martin Goulhot, prêtre ; Huillard dAigneaux, commensal du roi. — Notables : 1° du ciergé : Desmortreux, angevinier ; 2° du bailliage : Faucon de Saint-Germain ; 3° des commensaux du roi, avocats, médecins et gens vivant noblement Lecourt, avocat ; 4° des négociants, chirurgiens et gens exerçant les arts libéraux : Bonnel, architecte. — Il y avait cinq ans que Surirey, échevin, n’avait pas de successeur comme conseiller de ville. (Arch. Vire, BRIE 1)
(2) Quatre notables furent élus.
(3) Ce sont : 1° Lecoq de la Martinière, lieutenant à l’élection ; G. Lepesant, ex-greffier du bailliage ; P. Vaulégeard, greffier de l’élection ; 2° J.-B. Bazin-Martinière ; Delavente aîné ; Germain Duboseq ; Martin ; Michel-J.-B. Monlien ; Etienne Jouenne ; Ch. Cailly ; G.-F. Mauduit ; Michel Lentaigne :; P. Marie, avocats ; Delanoë, procureur : Pierre Marquer, huissier ; 3° Jean Saillofest ; Lemonnier-Loisonnière ; Guéret du Rocher ; Monlien Fauvelière, « vivant noblement » ; Th.-R. Clouard, fils de famille ; Castel, fils du directeur de la poste aux lettres ; Louvet fils et Duboscq Roberdière, médecins ; 4° Robert Murie, chirurgien 5° Roger Sorière ; Hamel du Rocher ; Hamel Toverie ; Rich. Guéret à Saillofest-Davière ; Dubourg-Reinière ; Dubourg-Lemoine ; Barbé Paîné :