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LA RÉVOLUTION MUNICIPALE D’AOUT

qu’on leur a dit que le comité comprendrait des membres de « tous les ordres ». Aucun d’eux, sauf Lecoq de la Martinière, lieutenant à l'élection, ne peut être considéré comme privilégié. Et, malgré la présence de dix avocats, élus par l’enclos, la rue aux Fèvres et la rue Girard, la majorité appartient à l’élément commerçant : la grande rue et la rue du Pont fournissent à elles seules, sur une délégation de 16 membres, 15 négociants et marchands vivant de la « manufacture ».

Cette élection marque le triomphe de la bourgeoisie favorable à la Révolution (1). Tous ceux qui, par la suite, joueront un rôle Castel, Delavente, Ch. Cailly, Germain Duboscq, sont parmi les élus.

Hommes actifs, pour la plupart dans la force de l’âge (2), rompus aux affaires, ils vont se mettre résolûment à la besogne, et leur énergie, leur promptitude feront immédiatement contraste avec linertie et les lenteurs de la municipalité. Si un conflit éclate entre les deux organes, l’un officiel, mais sans prestige, l’autre, sans caractère légal (3), mais effectif, les administrés prononceront leur verdict.

Dès le 5 août, le Comité nomme son président, son secrétaire et définit ses attributions : ordre public, ravitaillement, assistance (4). 11 tiendra séance tous les jours.

Le 6, il forme un bureau de charité chargé de Foeiraiilié les sous-

R. Villemer, anciens prieurs consuls ; J.-B. Duboscq, juge-consul ; 6° Lechat père ; Henry Montier Bectière ; J.-B. Lemontier ; Desmarais ; J. Chemin ; P. Chemin ; J.-B. Levergeois ; Saillofest-Pallière ; Jean Mercier-Fontainée, négociants et marchands drapiers ; J.-B. Gilard, teinturier ; 7° Gilles Duval le jeune ; Porquet Belsendière, marchands ; Laurent Mitaine, bijoutier ; Ch. Auvray aîné, perruquier.

(1) Un petit nombre seulement de ces élus ne resteront pas dans le mouvement : Lentaigne, Delanoë, Monlien Fauvelière, Barbé, J.-B. Levergeois, P. Chemin, Hamel du Rocher, H. Montier, plus ou moins suspects en 1792-94.

(2) Ont été présidents : Delavente, 49 ans ; G. Duboscq, 39 ans ; Castel, 30 ans : Cailly, 36 ans ; Lemonnier, 34 ans ; Roger Sorière, 49 ans ; G.-F. Mauduit, 36 ans ; Michel Monlien, 42 ans ; Martin, 57 ans.

(3) C’est seulement le 3 décembre 1789 que le roi semblera reconnaître l'existence des Comités. Les décrets et déclarations royales des mois précédents ne sont adressés qu’aux seules municipalités. C’est pourquoi

C.-A. Séguin a pu dire du Comité : « Cette institution n était rien moins qu'une autorité ayant pour mission d'accélérer la Révolution, et placée en contre de l'autorité du roi. » (sic)

(4) Le comité communique ses décisions au bailliage, dont l’autorité judiciaire reste entière.

criptions en faveur des pauvres, nomme deux commissaires distributeurs par quartier, « lesquels se concerteront avec les prêtres qui ont la bonté de distribuer communément les aumônes dans ces mêmes quartiers », dresse un état des pauvres achevé le 10 août, fait, ce jour, une première distribution de secours, puis une seconde le 19 août (1).

Dès sa première séance, il a taxé le prix du pain ; il fait surveiller le marché aux grains pour bien connaître les prix et exiger la fidélité des livraisons. Il obtient enfin du gouvernement un secours de 400 livres de riz qu’il fait distribuer aux pauvres.

Mais, c’est surtout l’ordre public qui le préoccupe. Il veut réorganiser la milice locale, prend contact avec les officiers de l’ancienne garde bourgeoise, obtient leur « démission volontaire et patriotique », et, le 12 août, il invite les citoyens qui peuvent consacrer au bien public une partie de leur temps, à venir s’inscrire à son siège. Le 14 août, devant le grand nombre d'inscriptions, il décide de tenir une réunion constitutive. Elle a lieu le lendemain. Les officiers sont élus séance tenante, et, parmi eux, plusieurs des démissionnaires de l’ancienne milice, notamment le colonel Drudes de Campagnolles, au civisme duquel le comité rend hommage. « L’inquiétude accablante qui se faisait remarquer dans la ville, par ces heureux moyens, a dû s’évanouir, »

En moins de deux semaines, le Comité a tenu douze séances, fait deux distributions de secours à domicile, établi la taxe du pain, surveillé les marchés, doté la ville d’une nouvelle milice, et, par son ascendant, par l’activité de ses membres, leur assiduité aux séances, leur dévouement dans l’exécution des missions dont ils sont chargés, il a si bien pris la direction morale de la cité que l’ordre public n’est même plus troublé (2).

3. Or, c’est à ce moment qu’éclate un conflit entre la municipalité et le Comité. Le 18 août, le bureau de ville tient séance (la seule depuis l'installation du Comité), pour prescrire l’affichage du décret du 10 août relatif au rétablissement de la tranquillité publique. Ce décret porte que les troupes et les nouvelles milices prêteront serment. Laquelle des deux administrations municipales sera chargée d’enregistrer ce serment ? D’après le décret, c’est la municipalité ; et partout où sont confondus municipalité et comité, il ne peut se présenter de difficulté.

(1) Il n’y eut que 96 souscripteurs, dont les 48 membres du Comité. Une somme totale de 1.437 1. 10 s. a été répartie entre 1.116 individus, sous forme de denrées et de remèdes. Le Comité, le 18 août, supprima la catégorie des « pauvres honteux » pour éviter les doubles emplois résultant de l’anonymat.

(2) A la séance du 18 août, on constate que l’ordre public n’est plus troublé depuis l'installation du Comité. (Arch. Vire, BB* 19).

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