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NOVEMBRE 1792-NOVEMBRE

Caractères généraux de l’histoire politique de Vire de 1792 à 1795 : raisons et limites de l’évolution de l'esprit public. — Caractère spécial dela première période : les deux courants.

1. l'esprit public à la fin de 1792 : les élections de novembre. — 2. Le courant girondin : influences qui orientent les Virois dans ce sens ; la déclamation (janvier-mai 1793). — 3. L’autre courant : le salut public. La défense contre les ennemis intérieurs : la répression ; la prévention, désarmement des suspects ; les Virois demandent leur incarcération. — 4. L’insurrection fédéraliste (juin-juillet) : mesures prises par le département ; attitude .des Virois : l’équivoque. — 5. Brécourt ; le divorce : testament du département. Fin de l’insurrection, — 6. La Constitution de 1793 : opposition des dirigeants fédéralistes ; adhésion des autorités viroises ; le plébiscite. — 7. Ralliement autour de la Convention. Scepticisme des représentants en mission ; les Virois dissipent leurs préventions : application du décret du 17 septembre 1793 ; l’incursion vendéenne en Normandie. L'union nécessaire.

De 1792 à 1795, Vire subit la répercussion de tous les phénomines qui orientent alors l’esprit public de la nation. C’est pourquoi son histoire politique est surtout un raccourci, sans grande originalité, de celle de la France à la même époque. Toutefois, avant d'aborder l’exposé des détails de cette histoire, il convient d'indiquer sommairement les raisons et les limites de l’évolution locale. de

Le caractère virois n’a rien de versatile : nous sommes en Normandie, terre de « sapience » ; on y est plutôt conservateur en ce sens que c’est seulement après müûre réflexion qu’on adopte un parti nouveau. Si les Virois ont évolué, ce n’est pas par inconstance.

Y a-t-il lieu d’autre part, d’accuser ces gens réfléchis, à coup sûr habiles, d’avoir été surtout soucieux de se montrer toujours Çà la hauteur des circonstances », comme on disait alors ? Certes, la circonspection des Virois est évidente : leur attitude équivoque, lors du fédéralisme, en est la meilleure preuve. Et il est fort possible que, par calcul, certains des hommes en place aient parfois affiché des principes sans concordance avec leurs sentiments. Mais

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doit-on suspecter la sincérité de l’ensemble, l’accuser de palinodie répétée ?

Cette évolution ne pourrait-elle pas, au contraire, résulter de la naïveté de cette population ? Certes, réflexion et naïveté sont des concepts qui semblent bien s’exclure. Mais c’est une vérité d’expérience que les gens madrés sont souvent crédules : tel paysan bocain, redoutable vendeur sur le marché aux chevaux, sera l'instant d’après, dans un autre coin du champ de foire, la dupe du charlatan, de la somnambule. L’invraisemblable n'est-il pas, parfois, ce qui est le plus rapidement admis ?

Or; représentons-nous ce que pouvait être l’information à Vire à. l’époque révolutionnaire. Les échos des grands événements de la capitale n’y parviennent qu'après trois ou quatre jours. D’abord étonnés, les citoyens n’en saisissent pas bien le sens : ils attendent des compléments qui leur parviennent par le club local ou par la presse. Le club admet sans contrôle tout ce qui émane des Jacobins de Paris ; et c’est pourquoi l’esprit jacobin persistera tant que les affiliations de sociétés ne seront pas prohibées. Quant à la presse, si, au cours des luttes politiques, elle a pu jouir d’une certaine liberté de discussion, elle tombe, après la décision, sous le contrôle du vainqueur. Le lecteur de province n’entend plus qu’une cloche, qu’un son. Sous des dehors civiques, le parti victorieux va voiler l’illégalité de son coup de force : il ne suffit pas de l’avoir emporté, il faut encore avoir l'air d'avoir eu raison. Et pour cela, il convient de déconsidérer le vaincu en le représentant comme l’ennemi de la chose publique.

Les Girondins avaient tenté de prouver le « royalisme » des Montagnards, complices de ce Philippe-Egalité qui n’aurait voté la mort de Louis XVI que pour lui succéder. La leçon n’est pas perdue. Que fait, pour achever ses adversaires, la Montagne triomphante ? Bien que républicains, les Girondins ont eu pour alliés, dans l’aventure fédéraliste, des individus qui tournent à la réaction. Les Girondins, proclament les vainqueurs, n’étaient que des « royalistes déguisés ». Quant à Philippe-Egalité, le prétendu roi de la Montagne, la Montagne lui fait expier ses vues « liberticides » dans le même temps que les Girondins (1). Désormais la Montagne synthétise la République, « la Nation française debout contre les

fyrans ».

Mais des querelles s’élèvent parmi les vainqueurs, mettant en

i : réter d'accus

(1) C’est Billaud-Varenne qui, le 3 octobre 1793, fit décréter d’accu sation « avec les Girondins, ce Philippe-Egalité que, jadis la Montagne protégeait si jalousement contre les attaques d° BuzoT ». (AULARD : Les

orateurs de la Législative et de la Convention, p. 495),

péril l’unité nécessaire. Hébert, Danton sont gênants. On les sacrifie : ils complotaient contre la République !

Arrive thermidor. Comment, devant l’opinion, justifier la fin de l« incorruptible » ? L’argument est ancien, mais il a fait ses preuves : thermidoriens de gauche, thermidoriens de droite répètent à l’envi que Robespierre était vraiment un « royaliste », plus dangereux que tous les autres. On respire, car on a conscience d’avoir échappé à un grand péril. Robespierre est honni, la Convention est acclamée.

Mais, le mauvais renom du « dictateur » atteint bientôt tous ceux qui furent de son parti : submergés par leurs complices de droite, les thermidoriens de gauche, très vite, ne sont plus que les représentants de « l’exécrable faction connue ci-devant sous le nom de Montagne ». Leurs alliés de la veille, invoquant l’intérêt supérieur de la République, les sacrifient et sont approuvés (1).

Ainsi donc, crédulité, la voie officielle étant seule à renseigner les départements qui ne peuvent qu’admettre les calomnies répandues sous son couvert, telle est la raison des changements subis par l’opinion publique au temps de la Convention.

Toutefois, dans ces variations, un élément persiste que rend manifeste le succès même de l’argument employé par les vainqueurs. Cette population qu’on abuse ne brûle ce qu’elle a adoré que parce qu’on agite toujours devant elle | « intérêt supérieur de la République ». Pour ces « républicains du lendemain », la République est le centre commun, le point de ralliement ; c’est la forme de gouvernement qui garantit au « peuple souverain » l'exercice de ses droits, c’est la sauvegarde des conquêtes sociales de la Révolution, c’est le palladium contre le retour offensif de Jancien régime. Sera-t-elle girondine, montagnarde, robespierriste, thermidorienne ? On n’en a cure, on n’emploie pas à Vire ces épithètes qui n’ont de sens que pour nous. Ces citoyens virois sont donc, simplement, des républicains.

Et parce qu’au milieu des pires tragédies, il leur apparaît que, foujours, la Convention sauve la République, ils ne tariront pas

(4) « Si des hommes illustres, qu’on a admirés, succombent, est-il possible à des administrateurs éloignés de Paris, ne sachant pas l’exacte vérité que les vainqueurs ont bien soin de cacher, de considérer les vaincus comme des victimes ? Le gouvernement qui, au milieu de ces crises extraordinaires, garde une unité de vues déconcertante, apprend aux administrations locales que ces individus vénérés étaient des monstres, des royalistes déguisés, qu’on a sauvé la République en les abattant. » — « Les Hébertistes furent des monstres comme l’avaient été les Girondins et précédemment Marat leur victime. Danton sera aussi un monstre en attendant que ce qualificatif soit appliqué à son rival Robespierre. »

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d’éloges pour le « Sénat auguste » qui démasque et sacrifie les traîtres. C’est ainsi qu’à leur insu, ces Virois, sans « avance d'idées », mais fermement attachés à la République et à la Convention, évoluent pendant ces.trois années, à la suite de la majorité législative.

Toutefois, et c’est ce qui constitue pour eux une certaine originalité, tandis que, à la fin de la période thermidorienne, beaucoup d’autres Français ayant, comme eux, évolué, ne sont plus républicains que de nom et se trouvent mûrs pour toutes les réactions, la plupart des Virois suspendent leur marche rétrograde : la Chouannerie, qui se développe dans le Bocage en 1795, constitue pour eux comme une sorte de lecon de choses : la réaction n’est plus un mythe, puisqu’elle se manifeste à leurs portes et qu’ils peuvent en apprécier les procédés. Aussi, devant ce retour offensif d’un ancien régime abhorré, Vire se retrouve immédiatement la « citadelle avancée de la République en plein Bocage chouan ».

Pour désigner la première partie de la période 1792-95, on se sert d’une expression consacrée par l’usage : la lutte entre la Gironde et la Montagne. Elle a l’avantage de faire image et d’être commode à retenir. Cependant, il faut avouer qu’elle n’est pas loin d’être impropre : ne songer qu’à cet épisode dramatique de l’histoire de l’an I‘ de la République, c’est n’envisager que l’aspect parisien, parlementaire, dirions-nous maintenant, d’un débat de portée plus haute que la question du rôle que doit jouer, dans la France en péril, la ville-capitale. Pour nous, la lutte dont la Convention est alors le théâtre, n’est que la manifestation la plus éclatante de l’existence de deux tendances inconciliables qui agjitent le tréfonds de la nation elle-même : l’une, restée fidèle à l'esprit même du décret de convocation d’une Convention nationale, et qui n’a nul souci de la contingence, réclame le vote rapide d’une Constitution comme remède unique aux maux qu’endure la Patrie ; l’autre, d’abord confuse, informe, parce qu’elle s’inspire uniquement des circonstances qui sont troubles, incline, au contraire, vers l’ajournement de tout système constitutionnel et préconise la mise en action de moyens d'exception, les seuls susceptibles de mettre en déroute les adversaires du régime.

Claire et précise, la tendance « constitutionnelle » a pu, d’abord, rallier une majorité éprise de logique. Mais la dure leçon qui se dégage des événements quotidiens, fortifie insensiblement la tendance « révolutionnaire » : elle prend corps, se précise peu à peu, gagne des adeptes. La Nation, qui veut vivre, abandonne un parti dont la formule est cruellement démentie par les rudes données de lPexpérience. Après avoir admis la création d’organes nou-

veaux (1), elle glisse à l'application de décrets de caractère anormal (2), à l’ajournement de la Constitution de 1793 (3) ; bientôt, elle acclamera le fameux décret du 10 octobre 1793 : « Le gouvernement provisoire de la France est révolutionnaire jusqu'à la paix. »

Ce sont ces deux courants qui, de novembre 1792 à novembre 1793, agitent la population viroise. Un état d'esprit « girondin » habilement entretenu par des compatriotes qui siègent à l’assemblée départementale, à la Convention nationale, la porte à soupirer après le vote de la Constitution. Mais il suffit de quelques menées des adversaires de l’œuvre réalisée depuis 89 pour rendre manifeste une certaine tendance des esprits à vivre « révolutionnairement », c’est-à-dire à approuver et même à solliciter des mesures d’exception. Autrement dit, si l’on se montre, à Vire, « girondin » par sympathie pour certaines personnalités de ce parti, on y sera disposé à suivre la Montagne aussitôt qu’on aura saisi que les mesures qu’elle préconise sont celles que nécessitent les circonstances.

1. Les élections de novembre 1792 permettent de saisir l’état d'esprit de cette population au commencement de l’an premier de la République.

Ces élections sont très importantes, car, contrairement à ce qui s'était passé en octobre-novembre 1791, où la moitié seulement des citoyens en place avaient été portés sortants, il s’agit, cette fois, d’un renouvellement total (4). De plus, c’est un corps électoral désigné par le suffrage universel qui attribue les postes administratifs et judiciaires du district ; et ce sont tous les citoyens, actifs et passifs, qui sont invités à prendre part aux assemblées primaires chargées d’élire les magistrats municipaux.

Le 12 novembre, se réunissent à Vire les électeurs du district désignés le 26 août précédent. Ils procèdent à un nombre considérable de scrutins (5) sans qu’il apparaisse que le suffrage uni-

(1) Ex. : tribunal révolutionnaire (10 mars 1793) ; comités de surveillance (21 mars) ; Comité de Salut publie (6 avril).

(2) Ex. : désarmement des suspects (26 mars) ; maximum (4 mai) ; réquisition (23 août) ; emprunt forcé (3 septembre) ; incarcération des suspects (17 septembre 1793).

(3) Demande formulée le 12 août 1798.

(4) Exécution de la loi du 19 octobre 1792.

() Election de 8 titulaires à des cures vacantes, des membres de l’administration du district, de juges au tribunal du district, et même, de

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versel ait pour effet d'introduire dans les corps administratifs et judiciaires des citoyens issus de classes sociales différentes de celles qui, depuis 1790, ont fourni le personnel. Ces élus de novembre 1792 appartiennent à cette bourgeoisie moyenne qui, en 89, a protesté contre les abus et réclamé des réformes ; ils se retrouvent, en 92, « à la hauteur de la Révolution » ; ultérieurement, la plupart suivront pas à pas la marche de l'esprit public, mais sans jamais sombrer dans la démagogie dont les tient éloignés leur origine.

L'administration du district semble remarquablement composée (1) ; certes, elle a perdu quelques membres éminents de l’an précédent : Lenormand, passé administrateur du département ; Gilles James, devenu quartier-maître du 7° bataillon du Calvados. Mais, avec Laisné, Brison, Delavente aîné, elle conserve des hommes capables d’assurer la continuité de vues nécessaire à la bonne marche administrative ; et quelques-uns des nouveaux n’en sont plus à leurs débuts dans les affaires publiques.

Le tribunal du district présente des garanties du même ordre le très suspect Noël du Parc et le tiède Vaultier du Chesnay ne sont pas réélus. Le départ de Germain Duboscq devenu, le 13 octobre, président du tribunal du Calvados, est compensé par l’élection, comme titulaire, de l’ex-suppléant Charles Cailly (2).

juges au tribunal de commerce [ce qui avait été, l’an d’avant, conformément au décret du 10 août 1790, l’œuvre propre de l’assemblée des négociants, banquiers, marchands et manufacturiers du ressort].

(1) a) : Directoire : G.-N.-M. Laisné, avocat à Vire, précédemment administrateur ; Gilles-Anne Goislard, orfèvre, précédemment officier municipal de Vire ; Ch.-Aug. Bazin, avocat, ex-secrétaire de la municipalité de Vire ; Vigor Angot, avocat, précédemment procureur de la commune de Condé. — b) Conseil : L.-Th. Demortreux, avocat, notable de Vire : Nic.-Franç. Brison, propriétaire à Saint-Manvieu [déjà administrateur en 1790-91] ; Louis-Georges Roger, dit Lafosse, propriét. exploit. à Presles ; J.-B.-Laurent Faucon de Saint-Germain, ci-devant conseiller au bailliage de Vire, président ; Jacques-J.-B. Vaultier, dit Dubourg, maire de Saint-Georges-d’Aunay ; M.-E. Lebastard, avocat, off. munic. de Condé ; Gilles Durand, propriét. exploit. à Proussy ; P. Hellouin, chirurgien à Vassy. — c) Procureur-syndic : V.-J.-F. Delavente, avocat à Vire, procureur syndic sortant. [Le secrétaire est encore G.-F. Mauduit, suppléé par Jean-Catherin Brison, ex-notable de Vire]. Ont fait partie de la société populaire de Pan IT : Laisné, Goislard, Bazin, Angot, Demortreux, Roger, Lebastard et Hellouin, soit 8 administrateurs sur 12.

(2) Sont élus juges : Th.-M. Demortreux, président sortant ; Ch. Caiïlly, avocat ; Julien Le Mansel, de Bernières-le-Patry, jadis PICARDIE QE roi au bailliage de Tinchebray ; Pierre Lebaïlly, avocat de Condé ; Louis-Pierre Gohier, avocat de Vire. — Commissaire national : P. Gauthier, commissaire sortant [à noter que, jusqu'ici, c'était le roi qui

294 LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAÏRE

Le 18 novembre, les assemblées primaires de Vire élisent les juges de paix (1) ; puis, le 25, procèdent aux élections municipales.

Ces élections, faites au suffrage universel, présentent les mêmes caractères que les précédentes auxquelles avaient pris part les seuls citoyens actifs. Il y a peu de votants, bien qu’on n'ait pas exigé des présents la preuve de leur inscription sur le registre du jury : un maximum de 283 suffrages, un minimum de 180, soit en moyenne, 80 0/0 d’abstentions ! Les opérations demandent Six jours et, faute de listes, il y a éparpillement considérable des voix : à Saint-Thomas, pour élire les notables, les 112 présents accordent des voix à 202 citoyens !

Cependant, la tendance à la stabilité, observée aux précédentes consultations, se manifeste cette fois encore dans le choix des municipaux : dès le premier tour, Flaust est réélu maire par 180 voix sur 283 (2) ; Delavente jeune, officier municipal sortant, est élu procureur de la commune (3) ; des 8 officiers municipaux, 5 ont fait partie de l’administration précédente (4) ; au nombre des 18 notables élus à la majorité relative (5), on retrouve 3 sortants, un notable de 1790-91 et l’ex-administrateur du district Dumont.

Toutefois, il convient de souligner la présence, à côté d’individus au civisme éprouvé, comme Bazin, Delavente, Vesnié, Alais,

désignait le titulaire de ce poste]. — Suppléants : Ch.-J. Davoult, exjuge ; Th. Busnoult et Pierre Dubourg, avocats à Vire ; J.-B. Hellouin, juge de paix à Danvou. — Bureau de paix : Bazin-Martinière ; Rich. Lanon ; Lemonnier-Loisonnière ; Chemin de Forgues père ; Lemaignen père ; Desvaux. — Greffier : Banse fils. Seuls Demortreux, Davoult, Lemaignen et Banse n’ont pas fait partie du club de lan II.

(1) Martin et Porquet, sortants, sont réélus. (2) 19 autres citoyens ont des voix. Richard Lanon est second avec 34.

(3) Au premier tour, par 113 voix sur 188. Monlien de la Lande, avocat, en eut 57. Le procureur sortant Deboaisne est totalement abandonné.

(4) Sont élus dans l’ordre : Th.-M. Bazin, sortant ; J.-G. James, notaire [suspect] ; Louis Vesnié ; François Alais ; J.-F. Desmarais ; Jacques Chemin, notables sortants ; Rich. Lanon, jadis procureur au parlement de Rouen ; Brenet de Braye, jadis conseiller du roi au bailliage.

(5) Th. Busnoult, avicat, ex-échevin ; Lecourt, office. munic. sortant ; Surirey, notable sortant ; Jacq. Quesnot, sellier ; Monlien de la Lande, jadis avocat du roi au bailliage ; Julien Crespin, commis à la recette du district ; N.-A. Guéret, aubergiste et commandant de la garde nationale ; Maurice, h. de loi ; Duboscq-Roberdière, médecin [notable en 1790-91] ; Th. Decaen, drapier ; Rich. Dupont, marchand ; Fr. Châtel, sortant ; J.-B. Dumont, administrateur forestier, ex-m. du district : P.-G. Murie, sergent ; Morel, apothicaire ; Lebrethon, fermier des messageries ; Bellaise, receveur de l’enregistrement ; Fr. Lepeltier, avoué.

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Desmarais, Dumont, Lanon, de quelques tièdes, comme Brenet de Braye, et même de suspects récemment désarmés par la municipalité sortante : James, Monlien de la Lande, Duboscq-Roberdière, Bellaise. À la faveur du suffrage universel, on a pu tenter de rassembler des voix sur quelques noms de citoyens peu amis du régime (1). Mais, isolés au milieu d’une majorité dont le zèle pour Pordre nouveau est certain, ils ne pourront lever le masque et voileront leurs sentiments sous des dehors civiques qui ne tromperont que les gens non avertis (2).

Quant aux autres élus, leur ralliement à la République ne fait pas de doute. Non pas qu’il y ait lieu de discerner parmi ces gens rassis, jouissant d’une posstion sociale bien établie, des révolutionnaires frénétiques : aucun d’eux n’est en avance sur son temps et les excès démagogiques ne conviennent pas à ces bourgeois prompts à voir de l’anarchisme dans tout ce qui dépasse leur entendement. Mais Bazin, Vesnié, Desmarais, Decaen, Delavente. qui seront des membres assidus du club, se laisseront, peu à peu, pénétrer par l’esprit jacobin, ce qui, longtemps après l’an II, les protégera contre l’esprit de palinodie qui animera certains de leurs anciens collègues (3).

En résumé, ces élections de 1792 fournissent un ensemble de fonctionnaires et magistrats hostiles à l’ancien régime contre lequel ils se sont levés en 1789 ; devenus ennemis de la royauté parce que le roi a déserté sa tâche ; peu à peu républicanisés, parce que la République leur apparaît comme un système plein de vitalité, capable, en repoussant l’ennemi, de sauvegarder les conquêtes de 89.

9, Toutefois, ce républicanisme sincère, passionné, se fait en même temps, étroit et soupçconneux : parce qu’ils craignent le retour de l’ancien régime, les magistrats virois et leurs administrés croient apercevoir partout des ennemis pour le nouveau. De multiples bruits qui se répandent alors trouvent créance auprès d’eux : les ennemis intérieurs et extérieurs entretiennent à Paris des agents chargés de fomenter des troubles ; bien mieux, au sein même de la Convention, siègent « des factieux et des anarchistes »

(1) L'élection du procureur de la commune semble significative à cet égard, Monlien de la Lande groupant dans les 2 sections la presque totalité des voix qui ne se portent pas sur Delavente.

(2) Bellaise, Brenet, James et Duboscq se feront introduire à la société populaire. C’est James qui y proposera la destruction du donjon comme « vestige de la féodalité » !

(3) Sous le Directoire, Delavente dénoncera Flaust comme dénué de tout « patriotisme républicain ». (Archs Vire, D 12, f. 39). Flaust n’a jamais fait partie du club, mais, de 1792 à 1795, son attitude à l'égard du pouvoir est correcte.

qui mènent la République aux abimes, car leurs excès favorisent les pires réacteurs. C’est par patriotisme, par attachement à la République que ces hommes crédules vont entrer dans la voie brissotine (1).

Cette conduite leur est d’ailleurs suggérée par celle des autorités constituées du département du Calvados et par l'attitude des deux représentants de la région viroise à la Convention, Louis- Philippe Dumont et Gustave Doulcet de Pontécoulant.

Les Virois s'étaient toujours assez docilement pliés à la subordination administrative. De plus, comment n’auraient-ils pas été impressionnés par le langage du Conseil général du Calyados dont 3 membres, et non des moindres : Lemoine du Gassel, Pierre-Jean- René Lenormand et Pierre Gauthier (2), ont de multiples attaches à Vire ? Si l’on ajoute que Germain Dubosecq, ex-officier municipal de Vire, préside maintenant le tribunal criminel du Calvados, et approuve hautement l'attitude du département, il est normal que les Virois aient cédé aux suggestions de compatriotes d’un républicanisme certain, mais qui, dès le 2 janvier 1793, dans une retentissante adresse à la Convention, menacent de châtiments terribles « les hommes lâches et cruels » qui « prèêchent le carnage » et veulent étouffer la voix des législateurs patriotes (3).

Quant aux représentants Doulcet et Dumont, qui correspondent régulièrement avec les autorités viroises, comment mettre en doute

(4) « Eloignés du lieu de la scène, déclarera plus tard LENORMAND, dans son Précis exact des motifs qui ont déterminé l'insurrection du Calvados, ne pouvant juger que d’après les journalistes qui s'étaient acquis la confiance par la réputation d’un patriotisme intact, ils erurent, comme ils devaient naturellement le faire, qu'une faction liberticide dominait Paris et enchaînait en effet la Convention. »

(2) Lemoine préside le département jusqu'au 14 janvier 1793, puis démissionne pour raisons de santé, et cela lui vaut de ne pas avoir été compromis dans le fédéralisme. Mais il n’en sera pas de même de Lenormand, vice-président du département [qui devra se cacher à Saint- Germain-de-Tallevende chez son beau-père Faucon], ni de Germain Dubosecq. Quant à Gauthier, commissaire national près le tribunal du district de Vire, il est en congé du 2 janvier au 12 mars 1793 pour assister à la session du conseil général du Calvados dont il fait partie. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 690; f. 35).

(3) Adresse rédigée par le conseil général du Calvados, dès la deuxième séance de la session de 1792. Déjà, le 15 octobre 1792, l’administration départementale avait envoyé « une adresse à la Convention relativement à la garde dont elle doit être entourée ». Le ton est déjà menaçant : « Malheur à une section de la République si elle prétendait... tout diriger à son gré. 82 départements prétendent que nous [les législateurs] soyons libres et respectés Législateurs, à Paris, soyez des Caton ; ici, nous serons des Brutus. » (Arch. Nat. C 237, doss. 232).

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leurs assertions, puisqu'ils sont témoins des faits qu'ils rapportent ?

Doulcet de Pontécoulant qui, par la suite, sera inscrit au nombre

des 22 représentants dénoncés par les sections, puis qui, le 3 octobre 1793, fera partie des « Soixante-treize », est un girondin bien caractérisé (1). Mais les Virois qui ont pu ignorer le rôle joué par Doulcet le 2 juillet 1792, lors de la rédaction de l'adresse du Calvados, au ton déjà plein de haine pour Pazis (2), ne voient, dans ce brillant gentilhomme, que le « patriote de 89 » qui a rompu, non sans éclat, avec l’ancien régime. Il leur est impossible de ne pas croire un si bon républicain.

. Quant à Louis-Philippe Dumont, personnage effacé, qu’on a parfois mis au rang des « crapauds du marais », il donne également dans le parti Brissot, à la suite de son grand ami Doulcet, pour lequel il aura toujours la plus vive admiration (3). Mais les Virois, éloignés des débats, se rappellent seulement qu’au club local, Dumont a toujours été au nombre des plus ardents novateurs. Les « romans » du girondin Louvet, racontés par Dumont, seront accueillis à Vire comme d’incontestables vérités.

Tels sont les hommes qui narrent aux Virois les débats de la Convention. De cette correspondance, sans doute volumineuse, puisqu'elle dura jusqu’à l'insurrection fédéraliste, il ne reste que quatre lettres (4), l’une de Doulcet (5), les autres de Dumont. Mais elles montrent bien comment procèdent les deux députés pour influencer leurs compatriotes.

(1) Voir appendice VI : Doulcet.

(2) Voir p. 98, n. 3 et 4.

(3) Cet effacement lui valut de ne pas être inquiété. Cependant, après la dénonciation des sections contre les « Vingt-deux », il défendit Doulcet, rappelant qu’en 1790, la garde nationale de Vire l’avait arraché “ des mains des chevaliers du poignard de cette ville ». (L.-Ph. DUMONT : A ses concitoyens [22 avril 1793]. Bibl. Vire inséré dans le ms. B122): Les Souvenirs du comte de PONTÉCOULANT affirment, t. 1°", p. 227, que Dumont a donné asile à Doulcet proscrit. — Dumont est sincère, mais naïf : dans ses oreilles, bourdonnent les échos ces discours de ses

amis : ne compare-t-il pas Louis XVI à Louis XI, tout comme lavait fait l’abbé Grégoire le 15 novembre 1792 ? Les révélations de Louvet surtout l’ont impressionné. 11 était plus difficile d’en faire accroire à Doulcet, souvent de mauvaise foi : dans son Ciscours sur la pétition présentée au nom de la majorité des sections de Paris. contre 22 1eprésentants du peuple, il se vante de ne pas avoir signé l’adresse du Calvados en date du 2 juillet 1792. Maïs ses Souvenirs affirment qu’il en

a été l’inspirateur.

(4) Arch. Vire, D* 14.

(5) Il ne rentre de l’armée du Nord que le 1” décembre 1792.

« Citoyens, écrit Dumont, le 10 novembre 1792 (1), à la municipalité de Vire, nos armées terrassent au-delà de nos limites nos ennemis étrangers. D’autres, … non moins pernicieux au bonheur du peuple français, échappent à leurs coups. Je veux parler de ces vils et lâches agitateurs qui égarent le peuple…., lui inspirent ie mépris des lois, le portent à la révolte et le conduisent par l'anarchie au despotisme qu'il vient d'abjurer. Que les bons citoyens se réunissent pour les écraser. Il est temps qu’ils rentrent dans la poussière, qu’ils disparaissent devant la loi comme les reptiles laissés sur la fange après l’orage, disparaissent au retour du soleil.

« Paris semble moins agité. Marat ne parait plus à la Convention. Cependant, son journal se distribue toujours. Robespierre et plusieurs autres, démasqués par le citoyen Louvet, par le ministre de l’intérieur, poursuivis par maints bons citoyens, paraissent abandonner leurs projets sinistres. Les citoyens gardes nationaux appelés des départements à Paris depuis la réunion de la Convention., et que les Parisiens regardaient d’abord comme ennemis, sont maintenant, accueillis et fêtés dans plusieurs sections, malgré les malveillants.

« Je vous envoie trois pièces (2) qui vous feront connaître dans quel état nous avons trouvé Paris et quels sont certains hommes auxquels nous avons été associés pour donner des lois au peuple français. Robespierre a répondu à l’accusation portée contre lui. Son discours est à Pimpression. La Convention a passé [sic] sur cette affaire à l’ordre du jour (3) ; et, quoiqu'il vante beaucoup ce décret prononcé au milieu du plus violent tumulte, il n’est certainement pas approbatif de sa conduite. C’est, en terme de barreau, simplement un hors de cour... »

A ces excitations, les Virois ne restent pas insensibles. « On ne peut qu’avoir pitié de ces hommes égarés, écrit, le 7 novembre, la municipalité à Pumont, au sujet de l’émeute des beurres Durand- Murie (4), quand on songe qu’au milieu de la Convention nationale siège le principal provocateur des meurtres et séditions qui alarment la France. La volonté fortement prononcée de l’assemblée rendra inutiles les efforts de cet homme et de ses complices pour changer le régime républicain en régime anarchique… » Puis, le 14, répondant à sa lettre du 10 novembre, la municipalité répète

(1) Il y raconte la bataille de Jemappes. Certains détails montrent sa crédulité. 11 y fait l’éloge de Dumouriez et du « lieutenant-général Egalité, ci-devant duc de Chartres ».

(2) Elles n’ont pas été retrouvées.

(3) Il s’agit ici de la fameuse « robespierrade » prononcée par Louvet le 29 octobre 1792, et de la réponse qu’y fit Robespierre huit jours après. Le délai accordé par la Convention à Robespierre était plutôt un échec pour Louvet.

(4) Voir p. 133-134,

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ä Dumont : « Nous attendons du courage de la Convention qu'’eile terrassera les agitateurs. » (1)

Le procès du roi accentue encore ces sentiments de républicanisme soupconneux. Certes, pour les Virois, « Louis le Dernier » est coupable et doit être châtié ; et c’est aussi ce que pensent Doulcet et Dumont (2). « Louis XVI, écrit ce dernier le 18 janvier 1793, était le plus scélérat des hommes. Ses crimes sont évidemment prouvés. Il nous a été prouvé aussi que l'air bénêt sous lequel on le peint n’est qu'un déguisement, qu’il est fort instruit et qu’il a péché en grande connaissance de cause. » (3)

Mais, ce procès fameux est dominé par la querelle entre Gironde et Montagne. Devant la haine qu’un parti voue à son rival, la personnalité de l’inculpé disparaît.

« Je voudrais bien, écrit Doulcet aux Virois le 16 janvier, que le parti que j'ai proposé hier soit adopté par la Convention : c’est la détention tant que durera la guerre et le bannissement à la paix. Jai été déterminé à préférer cette mesure par des considérations politiques d’un grand poids, et je pense que nulle autre n’est plus utile et qu’elle seule peut nous assurer que Louis XVI n'aura pas de successeur. Cette opinion est celle de Thomas Paine, de Mercier, de Dussault, de Bancal et de quelques autres royalistes de cette trempe (4). Mais, on dit que €e2 n’est pas celle du citoyen Egalité, ci-devant duc d'Orléans. »

L’allusion est claire ; et, pour lies municipaux vfrois qui lurent cette lettre en même temps qu’une autre de Dumont, datée de la veille, il ne peut y avoir équivoque : les royalistes ne sont pas ceux qui veulent sauver la vie du monarque déchu. Et le crédule

(1) Arch. Vire, D 10, p. 64 et 72.

(2) Le 9 décembre 1792, Dumont, écrivant à Lenormand, raille les députés « timides ou superstitieux qui considèrent comme un attentat de lèse-majesté de juger à mort le roi. Ils ne se persuadent pas encore que Louis soit tout bonnement un homme. Ils craignent, d’ailleurs, de payer un jour la peine de leur sévérité. L’abscudre ! Les Jacobins, les Sans-Culottes sont là debout, et cela leur cause une frayeur mortelle. » Voir : Louis-Philippe DumMonT… opinant sur cette question : quelle peine infligera-t-on à Louis XVI, ci-devant roi des Français ? — Opinion de Gustave Doulcet…. sur la peine à infliger à Louis “apet, ci-devant roi des Français.

(3) « Celui qui nous a trahis tant de fois, qui a appelé contre nous d'innombrables ennemis, qui a fait égorger le peuple au Champ-de-Mars, aux Tuileries, qui a livré nos frontières et nos villes à nos féroces ennemis. Louis XVI enfin est condamné à mort. »

(4) Rabaut Saint-Etienne, Fauchet (dès le 13 novembre 1792), Lanjuinais. Louvet (16-19 décembre 1792) ont également attaqué Philippe- Egalité. Mais, Louvet, après avoir voté l’appel au peuple, votera la

mort,

Dumont qui, le 9 décembre, avait raillé ceux qui n’osaient pas « juger à mort le roi » (1), avoue, le 18 janvier

« J'ai voté la réclusion pendant la guerre et le bannissement à la paix. Si nous n’avions eu à considérer que Louis XVI et ses crimes, sans doute le vœu sur la peine aurait été aussi unanime que sur le fait. Mais il existait des raisons politiques à examiner (2). Il fallait considérer si, en Ôtant la vie au tyran enchainé, incapable de nuire, on n’ouvrait pas une porte à l’ambition des conspirateurs ; il fallait examiner si le ci-devant duc d'Orléans, investi d’une popularité alarmante (3), soutenu par une faction exécrable qui nous fait chaque jour une guerre ouverte et paraît vouloir une désorganisation générale, ne pouvait pas profiter de la mort du tyran pour se mettre bientôt à sa place... (4)

Il ne nous appartient pas d’examiner ici la vraisemblance des accusations portées contre la Montagne, à propos du « citoyen Egalité ». Constatons simplement que la manœuvre obtient à Vire un plein succès : sur le rapport de deux députés considérés comme des « patriotes » et qui affirment leur haine pour l’esprit de coterie (5), les Virois vont prendre parti contre la Montagne factieuse, anarchiste et royaliste, à cause des dangers qu’elle fait courir à la République. Et ces bons républicains qui, constam-

(1) Voir p. 229, n. 2.

(2) Plus loin, Dumont invoque « l’exemple du passé qui prouve que les rois mis à mort ont eu des successeurs, que les rois bannis n’en ont pas eu ». < ,

(8) « J'ai, dit Dumont, montré du courage en frondant le chef de l'abominable faction, je veux dire d'Orléans. Vous ne verrez pas sans étonnement que cet homme-tigre, digne du sang bourbon, a voté la

mort de son cousin. » Î

(4) Dumont ajoute même : « Il fallait considérer si le fils du ci-devant roi, jeune, innocent et attendrissant par ses malheurs, ne pouvait pas bientôt exciter la commisération d’un peuple irréfléchi. » Rappelons à ce sujet que, le 22 mars 1795, Louvet, rentré à la Convention, voulant prouver que la défaite de son parti avait été l’œuvre de « royalistes déguisés », affirmera que Lehodey, envoyé de la Montagne en Normandie pendant le fédéralisme, aurait dit à Engerran, député de la Nanche : « Si les députés mis hors la loi ne déposent pas les armes, on leur jettera aux jambes le petit Capet. »

(5) « Quant à moi, avait dit Dumont le 15 janvier, je suis libre ici... jamais mon opinion ne sera commandée. » — Et le lendemain, Doulcet écrivait : « Jamais je n’appartiendrai à un parti ; je serai Moi. Je suivrai ma conscience et j’agirai toujours sans considération particulière, d’après mes principes qui sont ceux d’un vrai et loyal républicain. Je méprise les intrigants, je déteste les factieux et les anarchistes. Je regarde tout homme qui parle encore de révolution, tandis qu’il ne reste plus debout que la souveraineté nationale, comme un traître ou un fou extrémement dangereux... »

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ment, ont à la bouche les mots d’ « unité », d’ « indivisibilité », ne voient pas qu’en réalité, cette lutte contre une « faction » se fait au profit d’une autre, dont la politique anti-parisienne risque d’être singulièrement plus destructive de l’unité nationale que la dictature, vigoureusement centralisatrice, à laquelle tend la Montagne. Il existe d’ailleurs une autre condition favorable à l’éclosion d’un état d’esprit anti-montagnard à Vire, facteur négatif, mais effectif : la société patriotique subit alors une éclipse totale. Les événements d’août-septembre 1792, nous l’avons vu (1), avaient dérouté quelque peu les bourgeois « amis de la Constitution ». Du 4 novembre 1792 au 17 mars 1793, vu « la disette des membres », le club ne présente pas une seule séance, et, vraisemblablement, cesse de correspondre avec les Jacobins de Paris. Le 17 mars, sur l'initiative de Demortreux fils, on tente un effort de réorganisaiton : le fonds de caisse sera rétabli, un nouveau règlement sera rédigé (2) ; et on invite les sociétaires à l’assiduité. Mais, en attendant la rénovation, l’esprit du club, privé de l’impulsion jacobine, n’est qu’un reflet de celui de la population. Aussi, dès cette séance du 17, on se préoccupe surtout d’un récent discours d’isnard à la Convention. Puis, le surlendemain, on se réunit extraordinairement pour recevoir avec éclat un personnage qui, plus tard, jouera un grand rôle dans le fédéralisme, le lieutenantgénéral Félix de Wimpffen (3), gentilhomme « défenseur de ia liberté » à la Constituante, et dont la popularité a été accrue en 1792, par une vigoureuse résistance contre les Prussiens dans Thionville assiégée (4). Le vœu du département du Calvados vient de le porter au commandement de l’armée des côtes de Cher-

{) Voir p. 103-105.

(2) En sont chargés : Caiïilly, Demortreux fils, P. Gauthier, Bazin du Parc, Rich. Lanon, soit l’élite des républicains locaux.

(3) Né à Minfeld (Alsace) en 1744, mais devenu, par mariage, seigneur de Saint-Germain-la-Lieue, près de Bayeux, où il se fixe à sa sortie de l’armée en 1784. Elu aux Etats généraux par la noblesse du bailliage de Caen, lieutenant-général en août 1792, commandant de l’armée des Côtes de Cherbourg en mars 1793, il se range, le 30 mai, du côté des fédéralistes, joue un rôle équivoque dans linsurrection.. Destitué et décrété d’accusation le 26 juin 1793, il se cache après Brécourt. Un élève de l’école normale supérieure, originaire de Bayeux, l’ayant dénoncé, le Comité de sûreté générale donne, le 6 mai 1795, l’ordre de Parrêter. Mais on ne peut le découvrir. Wimpffen demande alors sa liberté au Comité par l’intermédiaire de Kervélégan et lobtient le 11 août 1795. (Arch. Nat, F° 4554).

(4) Félicité pe la municipalité de Vire, Wimpffen avait répondu de Thicnville, le 29 octobre 1792, qu'il irait faire connaissance avec elle.

bourg qu’on forme alors dans la région pour s'opposer aux tentatives éventuelles des Anglais sur nos rivages (1).

C’est en vain que, le 1° mars précédent, le distriet de Vire a trouvé dans les papiers de l’émigré Danjou de Boisnantier, une lettre émanant de ce Wimpffen, d'autant plus suspecte qu’au moment de la réception, Danjou, « très grand aristocrate », était « le courrier de ses semblables dans le département, le conseil des fanatiques, enfin l’ennemi découvert des patriotes et de la chose publique ». Sur le moment, on a songé à communiquer copie de cette lettre à la Convention et au Comité de sûreté générale (2). On oublie tout cela : Cailly et Gauthier, orateurs de la société, faisant allusion aux « calomnies » répandues sur Wimpffen, déclarent aw’on ne peut le soupçonner de trahir une cause qu’il a si bien défendue à Thionville. Wimpffen répond par des rodomontades « Si les Anglais osaient tenter une descente, il disposerait de 8.000 hommes. Il les conduirait si bien. que les citoyens n’auaient besoin que de pierres, bâtons, haches et même de leurs mains pour les prendre aux cheveux et les jeter dans la mer ». Ce Jangage, bien douteux si l’on songe que, quatre mois plus tard, Wimpffen proposera de négocier avec l’Angleterre, soulève d’enthousiastes applaudissements.

Le 3 avril, le club doit recevoir des individus bien différents les représentants Bonnet-Meautry et Duroy. Ils appartiennent à la députation du Calvados, mais ont voté la mort du roi, sans appel au peuple. D'ailleurs, Doulcet a pris soin d’avertir ses compatriotes : Duroy n’est qu’ « un imbécile oison de la Montagne à gosier maigre et tête malsaine » (3). Aussi, l’accueil est plutôt froid. Cailly félicite les représentants d’avoir aboli la royauté, mais, « c’est à vous, ajoute-t-il, d'assurer le bonheur du peuple français par une Constitution libre et digne d’un grand peuple. » (4)

(1) Les 14 janvier et 8 février 1793, l'administration du Calvados avait demandé pour lui ce commandement au Conseil exécutif provisoire. Les 23 janvier et 14 février, le district et la municipalité de Vire avaient appuyé cette demande.f(Arch. Calv., L 603, 14 janv. et 8 fév. 1793 ; districtsVire anc#7132 6 0 ATrCh RE DES MALUS MDETUMD TIENNE

(2) Arch: Calv. L, district Vire, anc. 736, f.25. Louvet déclarera plus tard, dans ses Mémoires, que Barbaroux et Buzot lui avaient révélé que Wimpffen était un royaliste.

(8) Arch. Calv., L, district Vire, Police générale (carton) : lettre de Dumont, du 4 mai 1793, à ce sujet.

(4) Demortreux invite « la moitié des représentants du peuple à marcher contre l’ennemi ». Euroy et Bonnet évitent de répondre directement, sont assez ternes. Bonnet félicite les femmes d’être venues nombreuses à la séance ; Duroy parle des artifices de l’aristocratie et du ‘’anatisme, et fait « une sortie gaie sur l’incivisme général des prêtres », ce qui

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En résumé, absence de l’impulsion jacobine, subordination administrative un peu étroite, influence personnelle de compatriotes devenus membres des autorités constituées du chef-lieu du département, et surtout attitude des deux représentants de la région à la Convention, tels sont les éléments qui portent les Virois vers le courant fédé:aliste, non pas par esprit de réaction, mais, bien au contraire, parce qu’ils croient que Paris est en proie à l’anarchie, que la représentation nationale, menacée par les « septembriseurs », ne peut élaborer la constitution attendue de tous, qu’enfin le régime lui-même est mis en péril par suite de l’ingérence d’une nouvelle faction « royaliste », la Montagne. Jamais mouvement ne fut plus naïf, plus sincère, plus républicain.

Cependant, ces sentiments ne se peuvent manifester sans hésitation : ces Virois qui se croiront obligés d’imiter l’administration départementale (1) en de bruyantes déclarations contre les « factieux » et les « anarchistes », se doivent de rester d’abord soucieux de légalité ; et c’est pourquoi ils n’osent pas attaquer la Convention qui doit préparer la Constitution ; ils veulent croire que, seule, une minorité est coupable (2). II en résulte que les cinq

motive une réplique « applaudie » de Lemoine du Gassel, observant qu’il existe des ecclésiastiques « dont le civisme ne s’est jamais démenti ». « Duroy a félicité la société de posséder un prêtre philosophe, » La séance se termine par l’hymne des Marseillais. (Arch. Vire, 1 73).

(1) Parfois, ils sont plongés dans le deute : comment, par exemple, interpréter le langage du département qui, le 3 décembre 1792, dans une adresse aux membres de toutes les administrations el aux citoyens. sur le rôle des administrations nouvelles, s'exprime ainsi : « S’il s’élève un seul individu qui veuille prêcher la révolte ou la licence, qu’on l’arrête : à coup sûr, ce n’est pas un ami de la liberté. Les mêmes agitateurs, payés pour provoquer les insurrections, sèment aussi, à dessein, de faux bruits et des nouvelles menteuses, afin d’entretenir les défiances et les craintes. Défiez-vous de ces traîtres : ce sont là les seuls ennemis que vous ayiez à craindre. Ceux qui combattent contre nous, les armes à la main, sont bien moins redoutables. que les lâches qui, cachés sous le manteau du patrictisme, s'efforcent d’exciter des mouvements séditicux. Les monstres ! Ils savent bien que ce sont là les coups les plus funestes que l’on puisse porter à la Patrie !.. » Un tel langage qui, au surplus, aurait pu être tenu par la Montagne, est essenticllement générateur d’équivoque. Et parfois les Virois ont pu se demander de quel côté venaient les agitations. C’est dans cette équivoque que réside l’infirmité native du fédéralisme. Il suffira à la Montagne de montrer que c’est la Gironde qui constitue réellement la « faction ».

On la croira sans peine.

(2) Dumont. tout le premier, leur déclare, le 18 janvier : « Quoiqu'il arrive, vous devez vous réunir à la Convention ; là est votre perte ou votre salut. Dec: : échents glissés parmi nous ne doivent pas altérer la

confiance dans la masse qui est bonne... »

yremiers mois de i793 se passeront sans démarche décisive : ils constituent, à cet égard, ce qu’on peut appeler la période de la céclamation.

Tout d’abord, l’administration du district donne la plus grande publicité à l’adresse du Conseil général du Calvados à la Convention, en date du 2 janvier 1793, relative au « désir que les citoyens du département ont de se rendre à Paris pour concourir au maintien de l’ordre et de l’entière liberté de nos représentants » (1).

Puis, le 10 janvier, influencé par cette adresse, le conseil général de la commune de Vire, en séance publique, croit bon d’en rédiger une autre, au ton fort net

« Citoyens représentants. Au milieu des factions qui. déchirent la République, vous êtes l’espoir des vrais Français. Investis de la confiance et des pouvoirs d’une grande nation, elle attend de vous que vous terrassiez ces hordes de factieux qu’une impunité trop longue enhardit.… Vengez la République de ces scélérats qui, prêchant ouvertement le carnage, même au sein de la Convention, ont couvert, dans la journée du 2 septembre, le nom des Français d’opprobre que le sang des coupables peut seul laver. Vengez la nation de ces hommes désorganisateurs qui cherchent à avilir la représentation nationale, usurpent tous les pouvoirs, dominent par la terreur et veulent influencer les opinions par des émeutes préparées. Ne cédez pas aux murmures dont on environne votre enceinte et que, souvent, on présente à votre tribune comme les témoignages de la volonté nationale. Si le droit de pétition est sacré, s’il est intéressant et nécessaire que, dans un pays libre, tout individu puisse offrir aux représentants de la nation ses représentations et ses vœux, la dignité, l’indépendance nationale, Pégalité qui doit régner entre les différentes parties de la République.. exigent qu'aucune pétition particulière à l’objet discuté re vienne, au milieu de la discussion, faire douter les Français si la loi rendra véritablement le fruit de la libre détermination de leurs représentants, ou si, opprimés par la tourbe qui les obsède, ils n’ont fait qu’apposer un caractère légal aux volontés des intrigants qui la dirigent. Et si quelqu'intrigant, quelque portion même de la République voulait encore méconnaître l’unité de la souveraineté nationale, et influencer ses représentants, voyez derrière vous 24 millions d'hommes qui ont juré de vivre libres, et

(4) Le 15 janvier, Dumont montre l’importance attribuée à cette question de la garde de la Convention : « Nous avons déjà fait beaucoup pour sortir de l’oppression. Après trois mois de vains débats, d’injures et de vexations, nous avons décrété, à l’aide et sur la pétition de quelques bataillens envoyés vers nous, sans ordres, par des départements jaloux de neus conserver, qu’il y aurait à Paris une garde prise dans les 84 départements, à la disposition de la Convention pour sa sûreté et la garde du trésor public. J’espère que, rassurée par cette force, la représentation naticnale reprendra son effort, que les agitateurs seront éloignés du sanctuaire de nos délibérations et que nous n'°ntendrons plus crier à côté de nous des listes de proscription. »

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dont le cri de ralliement est, dans les moments de crise : Haine aux tyrans ! Guerre aux agitateurs et aux anarchistes ! (1) »

Par la suite, le district manifeste à nouveau son opinion, à propos de l’adresse rédigée par Doulcet, le 10 mars 1793, pour le ministre de la justice (2) : « Nous y avons aperçu avec joie que vous y professiez les meilleurs principes, écrit le district à l’auteur le 20 mars. De plus en plus, vous justifiez le choix de vos commettants. Continuez, bon citoyen. Travaillez sans cesse à déjouer les projets des scélérats qui cherchent à nous plonger dans l’abîme... » (3) :

Cela n'empêche pas que, le 29 mars, ce même district qui, le 1 du même mois, avait suspecté Wimpffen, apprenant qu’ « un officier général de Caen ou des environs est parli de Paris le 24 de ce mois, pour essayer de se mettre à la tête des mécontents de ce département », écrit à l’administration du Calvados qui a transmis le renseignement : « Nous aurions désiré connaître son nom ou au moins son signalement, … afin de l’arrêter s’il se présentait dans notre district. » (4)

(1) Texte affiché à Vire, envoyé à la Convention, à la Commune de Paris, à Doulcet, à Dumont, aux départements et aux communes voi- SITES AUATCH ANAL EE DEXL M9 Calvados Arch Vire -D-3 1.85, 802: D 10, p. 85). Dumont y répondit le 15 janvier : « Le dernier courrier m'a apporté votre excellente adresse. Elle sera lue et applaudie de tous les bons citoyens, car tous gémissent, comme vous, de l’état de contrainte dans lequel on tient la représentation nationale. Plusieurs députés se sont plaints d’avoir été menacés de la mort s’ils ne la prononçaient pas contre le tyran. » Le 18, il ajoute : « J’ai montré du courage en votant contre le gré des cannibales dont nous sommes journellement entourés. Je ne crains pas que l’on dise que j’ai été gagné par le tyran enchaîné et dépouillé. Si l’on voulait se vendre, il faudrait s’adresser à ceux qui règnent, répandent l’or, soldent les tribunes, etc. »

(2) Voir : Gustave DouLceT, membre de la Convention nationale, à Dominique Garat, ministre de la justice, et, par interim, de l’intérieur, Paris, 10 mars de l’an II de la République. Doulcet y entretient Garat des molestations subies le 26 février par Gorsas et Condorcet : « La cause de ces désordres est dans l’ambition coupable de quelques individus qui veulent s'élever, par le crime, au-dessus de la Convention pationale et des lois. Ces individus sont à Paris. Je les nommerais si je voulais. Vous devez les connaître mieux que moi Il faut être tout à fait Cicéron ou tout à fait Catilina… »

(3) Le même jour, le district remercie Dumont qui lui a envoyé le dernier discours de Vergniaud : « Nous le comptons au nombre des vrais défenseurs de la patrie. Nous voyons à quels dangers nous sommes exposés et quels sont ceux que nous avons courus. Déjà, nous ies avions pressentis par votre correspondance. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 128).

(4) Arch. Calv., L, district Vire, ane. 732, f. 7 ; 736, f. 31.

Puis, le 25 avril (1),2n séance publique, le conseil général de la commune, à propos du bruit, d’ailleurs faux, de la désertion du Virois Boivin de la Martinière (2), de l’armée du Nord, manifeste vivement son horreur pour la trahison de Dumouriez (3).

Enfin, le 28 avril, peu après la visite des représentants montagnards, la « société des amis de la liberté et de légalité de la ville de Vire », déclare, au reçu d’une lettre de la société de Marseille annonçant « une sorte d’insurrection contre la Convention », manifester son « improbation des principes contenus dans cette adresse », et, « pénétrée de douleur de l’espèce de désorganisation dans laquelle la République semble entraînée », elle « arrête de manifester sa confiance dans la Convention, de se réunir autour de ce point central, seul pivot de la liberté pu-

blique » (4).

Cet état d'incertitude qui n’est pas spécial à Vire (5), l’adminis-

1) Les Virois savent alors que, le 15 avril, les sections de Paris ont présenté la pétition contre les « Vingt-deux », dont Doulcet. Ce dernier ne put prononcer son discours en réponse aux accusateurs, mais le fit imprimer et répandre sous le titre : Gustave DouLcEr.…, sur la pétition présentée au nom de la majorité des sections de Paris, dans la séance du lundi 15 mars [pour avril], contre 22 représentants du peuple. Il s’y défend d’avoir encensé Dumouriez qui a eu à se plaindre de Doulcet en mission à Lille. En cette occasion, Dumont défendit courageusement Doulcet. (Voir : UN COLLECTIONNEUR NORMAND : Charlotte Corday et Doulcet de Pontécoulant, p. 15).

(2) Lieutenant-colonel d'artillerie, il était resté à Anvers pour y rassembler les traînards et le matériel abandonné. Sous l’Empire, il sera général d’artillerie.

(3) Arch. Vire, D 4, f. 22. Dès le 6 avril, Angot, administrateur du district. avait écrit à ses concitoyens de Condé-sur-Noireau : « Vous connaissez sans doute la perfidie de Dumouriez. Ce traître est décrété de prise de corps. Il est enjoint à tout bon Français de courir sus. » (Arch. Condé, D* 36):

(4) Dès le 1°" mars, loin de songer à l’insurrection, la société adhère à « tous les décrets de la Convention » et affirme que « si les Anglais osaient approcher, les rochers du Calvados seraient leur tombeau ». (Arch. Calv., L 416, 1° mars 1793. — Arch. Vire, I 73, 28 avril 1793).

(5) Le district de Falaise écrit à la Convention le 18 janvier 1793 : « Vous avez sauvé la patrie en évilant la querre civile que les contrerévolutionnaires espéraient allumer si le jugement du ci-devant roi ou la sanction de ce. jugement eüt été renvoyé aux assemblées primaires. » Cette déclaration est bien montagnarde, l’appel au peuple étant pour la Montagne la marque propre du fédéralisme. [DouLcr avait dit dans

son Opinion : « Je fixe. la ratification au moment où tous les citoyens seront réunis en assemblées primaires pour prononcer sur la Constilulion que vous avez à lexr proposer]. — Or, le 20 mai suivant,

IC même district de Falaise, sans doute excité par le représentant Henry-

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tration du Calvados va s’efforcer de le faire cesser au profit des cléments hostiles à la « Montagne », considérée comme lPexpression d’une minorité (1). Le 19 avril, ayant appris les événements des 13 et 15, elle lance une nouvelle adresse où elle désigne nominativement Marat, Robespierre et Danton comme les chefs de la « faction ». « Elu du peuple, clame-t-elie, tu le sais, la France n’est pas dans Paris ; elle est formée par 84 départements. Si, dans l’un, on t’outrage, dans l’autre, tu seras respecté. Et si quelques scélérats élèvent encore leurs voix impuissantes, pense à nous, parle et tu seras vengé. »

Entrainés par ce langage véhément, les Virois, sans attendre les nouvelles déclamations départementales des 6 et 10 mai (2), sans connaître la fameuse adresse rédigée par le procureur-généralsyndic Bougon-Longrais (3) qui fut lue à Vire le 16 mai seulement, croient bon de manifester, eux aussi, leur réprobation contre la capitale.

C’est la société populaire qui donne l’exemple. Réunie le 5 mai, sous la présidence de Ch. Caiïlly, elle envoie à la Convention une adresse souscrite de 81 signatures. Affirmant son « amour pour la liberté », sa « confiance dans la Convention » qui « donnera bientôt une Constitution républicaine », elle ajoute

« Les plus dangereux de nos ennemis ne sont pas aux frontières. Ceux-là sont nos véritables ennemis qui. vous empêchent de poser les bases de la Constitution, qui prétendent vous dicter des lois ou les arracher par la terreur. Les départements sont attentifs sur les mouvements qui vous entourent. Nous n’avons point vu sans la plus profonde indignation qu’on voulait proscrire 22 membres de la Convention dont nous honorons infiniment le patriotisme et les talents. Nous n’ignorons pas quels sont les auteurs méprisables de cette trame odieuse. Frappez ces nouveaux conspirateurs qui

Larivière, son concitoyen, réclamera des mesures contre la Commune de Paris. (Arch. Nat, D XL, 19, Calvados).

(1) C’est l’opinion de Dumont qui emploie le mot « montagne » pour la première fois le 18 janvier.

(2) La Convention doit s’oceuper de la Constitution, et, pour cela, transférer autre part le lieu de ses séances.

(3) « …Ce n’est pas nous, c’est la Patrie elle-même qui, en habits de deuil, toute couverte du sang de ses enfants les plus chers, paraît au milieu de vous et s’écrie : « Etouffez, étouffez ces divisions eruelles… ; que les tribunes se taisent ou qu’elles soient fermées. ; que les sections de Paris ne conçoivent pas le vain et fol espoir d’envahir la puissance nationale, de dicter des lois au souverain : tous les départements, portions égales de la République, veulent que leurs députés soient saufs, libres et maîtres absolus de leurs opinions. Donnez enfin à la nation qui l'attend, qui la demande, une constilulion sage, pote el populaire… » (Arch. Calv., L 603, 19 avril ct ERA =NArch,Vire, DM,

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