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divisent la Convention pour la dominer... Nous osons croire que les braves Parisiens renverseront la nouvelle tyrannie qui les domine ; ils sortiront de leur indifférence et feront rentrer dans le néant une poignée de factieux… Non, généreux Parisiens... nous ne vous confondrons pas avec cette troupe égarée qui usurpe le nom de peuple, qui veut avilir la représentation nationale pour nous précipiter dans l’esclavage.. Les amis du peuple ne sont pas ceux qui conseillent le meuïrtre ou le brigandage et qui usurpent ce titre pour conseiller tous les forfaits... (1) Cessez de craindre les menaces. Le peuple français est debout. Paris ne se souillera pas par un attentat que la France entière vengerait.…
« Législateurs ! C’est autour de vous que toutes les volontés se réunissent, Nous ne souffrirons jamais qu'aucun individu, qu'aucun corps s’'attribue la puissance nationale. Vous nous donnerez un gouvernement libre, ou nous périrons tous avec vous (2). »
Le 9 mai suivant, sur la foi d’informations parvenues par le courrier du jour (3), le conseil du district convoque pour le lendemain tous les corps administratifs et judiciaires de Vire, pour « leur faire part de la situation de leurs représentants, et les engager vigoureusement à adresser leur vœu à la Convention, dans les circonstances critiques où elle se trouve ».
A cette réunion du 10, décisive pour l’orientation des Virois, assistent 8 membres du district et le procureur-syndic ; le conseil général de la commune moins 6 notables ; le tribunal du district moins Lebailly ; les juges de paix et 4 assesseurs ; 4 juges du commerce ; soit la presque totalité des autorités locales. A l’unanimité, on décide d’ « émettre vigoureusement le vœu des fonctionnaires publics du district de Vire » ; on nomme une commission de rédaction qui, le soir-même, présente un projet d'adresse. « L'assemblée, composée des différents corps du district et de la ville, et d’une multitude de citoyens a manifesté sa joie après la lecture de cette adresse, et les commissaires rédacteurs (4) ont reçu beaucoup d’applaudissements. » (5)
(1) L’allusion à Marat est claire.
(2) Parmi les signataires : Cailly, Le Mansel, Gauthier, Demortreux fils, Lemonnier-Loisonnière, Julien Mardeley, Julien Gosselin. (Arch. Nat, DEC)
(3) Elles viennent sans doute de Doulcet et Dumont : « La partie la plus saine des représentants de la Nation est cruellement dominée par les anarchistes, ne délibère que sous le couteau, ..ne peut émettre son opinion librement. ; des hommes gagés et servant sans doute les vues ambitieuses de quelques individus, s’assemblent et parlent hautement de livrer au peuple une portion des députés qui se sont rendus redoutables aux coquins... » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 718, f. 85)
(4) Cétaient : Laisné, administrateur ; Flaust, maire ; Cailly, juge : Gauthier, commissaire national ; Dumont, notable ; Porquet, juge.
(5) Envoi à la Convention, aux communes du district, à tous les départements et aux sociétés populaires.
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Cette adresse est plus nette encore que celle de la société populaire (1)
« Jusqu'à quand une faction scélérate osera-t-elle vous dicter des lois ou vous les arracher par la terreur ? Paris, qui fut le berceau de la liberté, n’aura-t-il pas enfin le courage de chasser de son sein les brigands que l’anarchie y rassemble PaCiesteavec un sentiment d’indignation profonde que nous avons vu d’audacieux conspirateurs attaquer la souveraineté nationale et tenter d’avilir la majesté du peuple dans la personne de ses représentants ; ils se sont flattés du criminel espoir d’asservir la République, en provoquant la dissolution de la Convention. ; ils ont enfin dénoncé et proscrit 22 députés que notre estime et notre confiance environnent à jamais. Ah ! sans doute, ils veulent nous ramener au despotisnic par l’anarchie et relever un trône sur les débris de celui que la liberté renversa de ses mains courageuses. Non, citoyens, ils ne réussiront pas dans leurs projets insensés. Nous mettrons autant d'ardeur à défendre le gouvernement représentatif que nous en avons mis à combattre le despotisme.… Hé quoi ! Le chef d’une des autorités constituées de Paris, le maire, devaitil donc oublier que les députés appartiennent à la République entière, et que demander la proscription d’un seul des membres de la Convention, à raison des opinions qu’il a émises, est un attentat aux droits imprescriptibles du peuple représenté... Nous vous dénonçons la municipalité de Paris qui veut usurper tous les pouvoirs, absorber les trésors de l'Etat et refuser d’en rendre compte (2). Sévissez contre elle. Soyez respectés ; balayez de vos tribunes ces hommes soudoyés, la lie de la nation, qui vous bravent par des huées insultantes et font douter si les décrets que vous rendez sont le résultat libre de vos opinions.
« La France a confié à Paris le dépôt de la représentation nationale : braves Parisiens, nous la confions à nouveau à votre garde. C’est à vous, hommes du 14 juillet et du 10 août, que nous nous adressons : vous êtes nos frères, nos amis ; vous ne ressemblez en rien aux lâches proscripteurs qui s’encavaient pendant Îa conquête de la Liberté, et ne se montrèrent qu'aux journées de février pour voler, et à celles de septembre pour égorger.
« Si, cependant, … la Convention nationale ne jouissait pas à Paris dé la liberté et de la sûreté qu’elle a droit d’exiger, alors, nous demanderions qu'elle allät siéger dans les départements... Nous abhorrons également tous les genres de tyrannie. Nous maintiendrons l’unité et l’indivisibilité de la République (3), et le gou-
(1) Le résumé du Comité des pétitions de la Convention est ainsi rédigé : « Adresse. par laquelle ils dénoncent à la Convention la municipalité de Paris comme ayant usurpé tous les pouvoirs. Ils invitent la Convention à balayer des tribunes les hommes soudoyés qui gênent les délibérations. Ils terminent par demander (sic) une Constitution fondée sur la liberté et l'égalité. » (Arch. Nat., D XL, 19. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 718, f. 85-87 ; 736, f. 46).
(2) Ce grief est l’un des plus importants parmi ceux que la province formule alors contre Paris.
(3) Ce membre de phrase est ajouté en interligne, et d’une encre manifestement différente, comme si ces quelques mots avaient été écrits après
vernement municipal ne s'établira jamais pour rous. — Et vous, citoyens législateurs, remplissez vos grandes destinées : donner aux Français une Constitution fondée sur la liberté et légalité. Terminez vos querelles particulières, et n’ajournez plus le bonheur du peuple. »
Cette adresse qui parvint à la Convention en même temps que bien d’autres du même genre, a pu contribuer à précipiter les événements. En effet, c’est le 21 mai que la Convention, comme concession à l'esprit girondin, décide la formation de la « Commission des Douze » chargée d’enquêter sur les troubles. Composée de Girondins (1), cette commission, dès le 24, dénonce le « complot » de la Commune de Paris contre la Convention ; le lendemain, du fauteuil présidentiel, le girondin Isnard lance l’anathème à la Capitale. Mais, le 27, le Comité de salut public qui a, quelque temps, affecté de rester neutre, se prononce : la commission des Douze est déclarée dissoute. Désormais, les deux partis qui ont parlé comme s'ils étaient certains d’exprimer, l’un et l’autre, le vœu de la majorité, n’ont plus qu’à rassembler toutes leurs forces pour s’affronter en une lutte à mort.
3. L’appui des Virois est bien, semble-t-il, acquis à la Gironde. Leurs déclamations ont mis en lumière, en même temps que leur horreur pour les factieux et leur ressentiment contre la commune de Paris, leur désir de sortir enfin, par la mise en vigueur d’une Constitution, du régime provisoire issu de la journée du 10 août.
Mais, cependant, à côté de cette tendance « constitutionnelle » qui les porte à honnir une « faction » dont les menées ont déjà retardé de huit mois un vote dont dépend le « bonheur du peuple », existe, d’ailleurs à leur insu, une autre tendance qui résulte uniquement des circonstances tragiques qui marquent ce printemps de 1793.
L'ancien régime n’est pas encore abattu : avec l’appui d’une grande partie de l’Europe qui se coalise alors contre la France, il a tenter de diriger contre l’œuvre réalisée depuis 1789 une contre-offensive puissante. Plus que jamais, la Patrie est en danger. Il faut la défendre (2). Pour cela, il faut se grouper autour d’un « centre », d’un « pivot ». En l’absence de tout rouage normal, ce rôle ne peut être joué que par la Convention nationale. La dictature que va exercer cette assemblée « constituante » résulte,
coup, pour éviter le reproche de fédéralisme. (Arch. Calv., L, district Viré-fanc MIS Et MS 0:
(1) Parmi eux, Henry-Larivière, de Falaise.
D ; ' AN : à
(2) Cest ce que comprirent les députés girondins eux-mêmes. Ils votè-
rent, avec les Montagnards, les décrets « révolutionnaires » des 18-21 mars 1793.
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non de la volonté préalable de ses membres, mais de l’impérieuse nécessité où les placent les circonstances. Et les Virois, parce qu’ils sont des ennemis déterminés de l’ancien régime (1), se montrent, pour le repousser, plus disposés à l’obéissance aveugle qu’au temps de la monarchie absolue.
Pas un instant, ils ne songent à opérer une discrimination parmi les décrets que vote alors l’assembiée. Ces décrets émanent-ils de la « portion saine » de la Convention où de la « faction » qui la domine avec l’appui des tribunes ? Les Virois ne se le demandent pas. Bien mieux, ils n’examinent même pas si ces décisions sont conformes aux principes dont ils exigent le respect lorsque leurs amis politiques sont en cause : du moment qu’il s’agit de lutter contre l’ancien régime, tous les moyens sont bons, s’ils sont efficaces. Salus populi suprema lex esto !
C’est pourquoi, au moment où ils tiennent un langage favorable à la Gironde, les membres des administrations locales appliquent avec rigueur les dispositions préventives et répressives issues de la nouvelle législation.
Des organes nouveaux les aident dans cette tâche, les Comités de surveillance créés par décret äu 21 mars 1793 pour l’application des mesures concernant les menées contre-révolutionnaires. Comportant deux sections, Vire a deux comités : Saint-Thomas et l'Hôpital général, constitués à partir du 30 avril 1793, après de laborieuses élections. L’art. 3 du décret portait qu’elles ne seraient valables que si l’on réunissait autant de centaines de votants qu’il y avait de milliers d'habitants. D’où, pendant deux jours, dans une cité où l’empressement électoral n’était pas très vif, on ne put atteindre le quorum. Pour aboutir, on fit appel aux capitaines de la garde nationale qui convoquèrent leurs compagnies et les menèrent aux sections (2). On obtint ainsi 416 suffrages à Saint-
(1) Ils ne perdent alors aucune occasion de manifester leur réprobation pour tout ce qui rappelle un passé odieux : destruction des « signes du despotisme », avec remplacement par des « signes analogues à la liberté et à l’égalité » (décembre 1792). « Des républicains, affirme Gauthier au tribunal, ne peuvent continuer de rendre la justice, au nom d’une nation libre, entourés de monuments qui attestent la servitude de 14 siècles ». — Accusée d’avoir pétitionné en faveur des émigrés Noël et Roussel, la garde nationale de Vire proteste avec horreur auprès de la Convention. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 723, f. 18, 26, 27, 57 ; TS 21 A0 E169 207 PATENT DES 0178):
(2) La section Saint-Thomas, approuvée par le district, fit adopter l’exclusiôn des prêtres non-sermentés, des nobles, seigneurs et leurs agents, tous inéligibles, aux termes du décret, et aussi celle des suspects, « car ils ne peuvent faire partie d'un comité auquel HÇus le salut public. » 6 de ces individus, s’étant présentés au vote, furent éliminés.
Thomas, 417 à l'hôpital. Il n’y avait jamais eu, il n’y aura plus jamais à Vire au cours de la Révolution un tel nombre de votants. Mais, plus de 500 citoyens obtenant des voix, le dépouillement exigea deux jours. La loi avait interdit d’élire les membres des administrations précédemment installées ; d’autre part, presque tous les personnages éminents de la cité étaient déjà pourvus de fonctions. Il en résulte que c’est dans un sens plus populaire que s'opère le choix des nouveaux magistrats (1). A côté de quelques marchands et hommes de loi, apparaissent cette fois parmi -les élus, de petits patentés, des artisans tenant boutique, le sellier Roussin, le cordonnier Chalmé, le cafetier Gosselin, « ancien combattant du 10 août », le tisserand Mardeley, etc. Animés par quelques idées très simples, pleins de dédain pour tout ce qui n’est que vaine argumentation, et, d’ailleurs, désireux de jouer un rôle, ils se montreront, dans la répression, beaucoup plus rudes, beaucoup plus effectifs que les calmes bourgeois élus depuis 1790.
C’est en ce printemps de 1793 qu’apparaissent les deux principes qui, jusqu’à la fin dé l’an II, vont constamment diriger la défense du régime contre les ennemis intérieurs : d’une part, punir les coupables avec la dernière rigueur, afin d’effrayer tous ceux qui pourraient songer à les imiter ; de l’autre, retirer par avance à ces derniers tout moyen d’action et de concert. Dans l’application de la législation spéciale aux contre-révolutionnaires, il y a donc lieu de considérer deux parties : l’une, purement répressive, l’autre, surtout préventive.
Pour les autorités locales, la plus importante est la seconde. En effet, la première nécessite leur intervention lorsqu'il y a violation de la loi ; mais elle se réduit pour elles à la recherche, à l'arrestation de contrevenants qu’elles envoient ensuite aux tribunaux compétents. La seconde, au contraire, est d'application constante ; elle est, avant tout, œuvre de « vigilance », l’autre étant œuvre de « force » (2). Il s’agit d'établir sur tout le terri-
(1) Sont élus : 1° à Saint-Thomas : J.-Ch.-Fr. Duboseq, avoué, capit. de la garde nationale ; Leharnois, chirurgien ; Langevin, greffier des eaux et forêts ; Julien Roussin, sellier ; Brion, agent de police ; Vesnié jeune, sculpteur ; Ch.-L. Lioult, aubergiste ; Lebonnoiïis, de la poste aux lettres ; Roussel, apothicaire ; J.-B. Chalmé, cordonnier ; Etienne Louvet, jaugeur ; Julien Mardeley, tisserand ; 2° à l’hôpital : J.-B. Tirel, marchand, capit. des canonniers ; Pichon la Couronne, tisserand ; Festu-Rohée ; Marie dit Flambeau ; G. Dubourg (commandant de la garde nationale) ; Jacques Mauduit l’ambulant ; Dupont-Chemin ; Lemercier-Robert, drapiers ; Julien Gosselin, cafetier ; B. Mabire, presseur de draps ; N.-F. Goupil, huissier ; Thomas Martin dit Hautvent, boulanger.
(2) Expression de Lanthenas.
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toire un réseau défensif si serré qu’à sa seule vue, l'adversaire se sente impuissant et renonce à une entreprise évidemment vouée à l'échec. Ce sont ces mesures de précaution, plus peut-être que les rigoureuses sentences du tribunal révolutionnaire, qui, à l’époque du plus grand danger de la patrie, ont porté les hommes d’ancien régime à préférer l’inaction.
Au cours des premiers mois de 1793, la législation répressive a reçu à Vire peu d’application : elle se borne à l’exécution des mesures relatives aux émigrés et aux prêtres réfractaires.
En ce qui concerne les premiers, la Convention les atteint alors par le fameux décret du 28 mars 1793 qui définit exactement le terme émigré (1), indique comment on évite d’être considéré comme émigré (2), et prononce les sanctions destinées à frapper l’émigré dans sa personne (3), sa famille (4) et ses biens (5).
Les administrations locales n’ont pas eu l’occasion de faire appliquer la disposition frappant les émigrés rentrés (6). Mais, tous les auteurs d’émigrés en résidence à Vire, ont, malgré leurs multiples réclamations (7), été considérés comme responsables de l’émigration de leurs enfants, et, de ce fait, astreints au paiement de l’amende fixée par la loi. Quant aux articles relatifs à la
(1) Est émigré : 1° tout individu qui, ayant quitté le territoire français depuis le 1° juillet 1789, n’a pas justifié de sa rentrée avant le 9 mai 1792 (délai fixé par la loi du 8 avril 1792) ; 2° tout individu qui, depuis cette date, n’a pas résidé en France sans interruption.
(2) Se munir d’un certificat de résidence conforme à la loi du 20 décembre 1792, délivré par la municipalité du chef-lieu de canton, sur demande de l'intéressé, avec atfestation de 9 témoins, ni parents, ni alliés, ni agents, ni fermiers, ni domestiques, ni créanciers, ni débiteurs du réclamant. :
(3) L’émigré est frappé de mort civile et banni à perpétuité ; s’il est appréhendé sur territoire français, une seule sanction : la mort, avec exécution cans les 24 heures.
(4) Le décret du 28 mars prescrit d'appliquer avec rigueur celui du 12 septembre 1792 : pour chaque enfant absent, les auteurs d’émigrés doivent payer les frais de solde et d'équipement de deux militaires.
(5) Les administrations des communes, des districts, des départements doivent dresser la liste des émigrés avec les renseignements les plus complets sur leur actif et leur passif. Sur ces données, un recueil général sera établi. Des listes supplémentaires le complèteront ultérieu-
rement.
(6) Le 20 janvier 1793, le département du Calvados avait rendu contre eux un arrêté.
(7) Il serait, dit le district, « bien plus utile pour eux de fournir le certificat de résidence de leur fils. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc.
736, f. 30 et 32 ; 703, passim).
confiscation des biens d’émigrés, ils reçoivent une application aussi sérieuse que possible (1), grâce à l’ardeur que manifeste le district (2).
Les ecclésiastiques insermentés avaient été, de bonne heure, considérés comme des contre-révolutionnaires dangereux ; c’est même la Législative, avec son fameux décret du 26 août 1792, qui avait inauguré la répression spéciale à cette catégorie. Et dès septembre 1792, ce décret avait reçu une large application à Vire (3).
Toutefois, dans la pensée du législateur, dans celle des autorités qui appliquent ce décret, la peine de la déportation doit frapper : d’une part, des prêtres qui, fonctionnaires publics, étaient astreints au serment et ont refusé de le prêter, c’est-à-dire des réfractaires au sens étroit du mot ; d’autre part, des ecclésiastiques non fonctionnaires publics et, de ce fait, non astreints au serment, mais qui, ne se contentant pas de dédaigner ce serment que d’autres regardent comme une marque de civisme, manifestent leur réprobation, excitent les fidèles contre le gouvernement, agissent, en un mot, comme des perturbateurs. Restent en dehors des dispositions répressives les nombreux ecclésiastiques non fonctionnaires publics qui, non sermentés, gardent du moins une prudente réserve.
Vire recèle alors un certain nombre de ces non-sermentés en règle avec la loi du 26 août 1792. Et c’est bien à tort que Séguin fils les désigne comme « cachés dans Vire ». Certains se cachent si peu qu’ils vont à la maison commune réclamer leurs certificats de résidence ; et nul ne songe à les inquiéter tout le temps qu'ils ne manifestent pas leur désapprobation (4).
(1) Dès le 29 avril 1793, toutes les communes du district avaient fourni l’état réclamé par le décret. Mais 16 d’entre elles, dont Vire, durent le recommencer, ayant omis de signaler les biens des émigrés sans résidence sur leur territoire. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 1-25, 65, 103, 104, 116 ; 703, passim ; 730, f. 12. — Arch. Vire, N* 94).
(2) Le 26 mai 1793, il écrit à ses administrés : « Citoyens ! Les émigrés occasionnent à la République des dépenses énormes. Il est done juste que leurs biens l’en indemnisent, il est juste que ces scélérats paient les frais de la guerre qu’ils nous ont suscitée. Qu’aucune fausse pitié, qu'aucune faiblesse, qui serait criminelle, ne vous retienne et ne vous empêche d’agir. »
(3) Le 21 décembre 1792, les sexagénaires et infirmes dispensés de quitter la France reçurent l’ordre de se réunir en détention à la maison des Nouvelles Catholiques de Caen.
(4 On leur appliquera seulement le décret du 26 mars 1793, prescrivant le désarmement des suspects, mesure qui frappe d’ailleurs quelques assermentés. (Voir appendice III-A).
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Quant aux prêtres atteints par la loi du 26 août 1792 (1), ou ils se sont soumis, c’est-à-dire qu’ils ont gagné l’étranger ; ou ils ont désobéi et restent cachés chez des complices.
On considère alors que les premiers sont suffisamment châtiés : et, seuls sont assimilés aux émigrés les prêtres « volontairement » sortis de France (2). Quant aux autres, les autorités locales les traitent sans mansuétude. Ils « fanatisent les âmes faibles, affirme le district, promettent le retour des bons prêtres a condition qu’on se range sous leurs drapeaux. » — « Nous sommes certains qu’ils ont des succès journellement, puisque, dans la paroisse où ces hommes perfides ont établi leur siège, le curé constitutionnel est méprisé, aucun habitant n’entre dans son église, il ne peut pas y trouver un boisseau de blé. » — Ils « gênent l’exécution des lois, notamment celle du 24 février pour la levée. » (3)
Ces redoutables contrevenants sont-ils nombreux ? Les autorités locales sont peu renseignées à ce sujet (4). Quant à Séguin fils, il cite 47 prêtres cachés à Vire mème. Mais nous savons qu’il convient de retrancher de sa liste ceux qui, non fonctionnaires publics et non dénoncés, résident légalement à Vire (5). De plus, il résulte des aveux de ceux qui seront arrêtés par la suite que ces prêtres cachés changeaient fréquemment de refuge, aljant
(1) Le 12 avril 1793, le médecin virois Bellaise, homme suspect, adresse au Comité de législation un projet d’amendement à cette loi : le prêtre non fonctionnaire public sujet à déportation resterait en France sans accomplir aucun acte sacerdotal, ayant pour caution 2 citoyens qui répondraient sur tous leurs biens qu’il ne ferait aucun acte contrerévolutionnaire. (Arch. Nat., D III, 37).
(2) La loi du 28 mars 1793 désigne parmi les absents à ne pas consi-
dérer comme émigrés « les prêtres déportés nominativement.… ou par l’effet des arrêtés des corps administratifs ». Seul des prêtres virois, Jean Chantreuil a été « volontairement déporté ». Curé de Trappes
(S.-et-O.) avant 1789, retiré à Vire comme prêtre habitué, âgé et infirme, il s’exila peu après la main-levée du séquestre que lui accorda, le 25 juin 1793, l’administration départementale. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 747, f. 46).
(3) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 719, £. 1 ; 725 f. 28, etc.
(4) Le 6 avril, le district dit qu’il n’en connaît pas. « Il peut, cependant, y en avoir quelques-uns de cachés chez les fanatiques. » Mais. le 12 avril, à propos de l’arrestation de Surbled, il dit que la même mesure « va bientôt être appliquée à beaucoup d’autres ». Langage analogue le 20 juin. Mais, le 12 octobre 1793, il parlera seulement de « sept ou huit » qui « feront une petite Vendée si bientôt on n’y apporte remède. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. T2 0 2AA 736, 033, 42);
(5) C’est le cas de Michel Guéret, Lejeune, Maillée, Piel, Gautier, Laurent Criquet, Laîné, Busnoult, Vivier, etc. (Bibl. Vire, ms. D 38).
d'une commune à l’autre, aux environs de Vire plutôt que dans la ville même (1).
Ce qui est certain, c’est qu’on en arrête un petit nombre : J.-B. Gasté, de Saint-Martin-de-Tallevende, pris, le 20 novembre 1792, « venant de pays’ étranger », et embarqué de nouveau à Granville en décembre ; Poupion, diacre de Viessoix, incarcéré le 8 avril 1793 (2) ; Pierre-J.-B. Surbled, de Saint-Germain-de-Tallevende, ex-vicaire de Clécy (Calvados), pris le 12 avril, par la garde nationale de Vire, à l’Oullerie, sur Vaudry, dans la ferme du prêtre, déporté Allais (3) ; Louvrier, de Saint-Germain-de-Tallevende, arrêté le 25 avril ; Vivier et Grivel, saisis le même jour à Vire, mais qui prêtent serment aussitôt et qu’on relâche ; Philippe Bonnesœur, de Bernières-le-Patry, incarcéré pour la seconde fois le 2 juin 1793 (4).
Pierre-J.-B. Surbled est le seul qui, conformément aux dispositions de la loi du 28 février 1793, ait été jugé sur place par une commission militaire formée de gardes nationaux virois. Heureusement pour lui, son arrestation était de trois jours antérieure à la publication de la loi du 18 mars 1793 qui lui aurait valu la peine de mort. Le 18 avril, le jury, qu’on a eu quelque peine à former (5), prononce à l’unanimité contre Surbled la peine de la déportation à la Guyane (6).
En ce qui concerne les mesures d’ordre préventif, le zèle des
(1) Ils séjournent surtout à Vaudry et Tallevende.
(2) Pour son attitude lors des désarmements. Il sera libéré le 12 juillet 1793 et repris plus tard comme suspect.
(3) Il déclara qu’il était resté en France à cause de sa santé ; il a hæ&bité, chez ceux qui ont bien voulu le cacher, dans un rayon de deux lieues autour de Vire. Il a dit la messe aux chapelles de la Ruaudière et de la Pinsonnière, en Tallevende. Il n’a pas contessé.
(4) Voir p. 195, n. 4. (Arch. maison d’arrêt Vire : écrous. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 732, f. 46). J.-N. Saillofest et Robert Murie qu’on n’arrêta pas, reçurent, du moins, du district, le 24 janvier 1793, Pinjonction de sortir immédiatement dü territoire de la République. (Id:, anc. 723, f. 48).
(5) Pierre Dubourg, avocat, capitaine ; J.C. Brison, employé au district, sous-lieutenant ; Michel Mauduit dit Dubourg, huissier, sergent ; Groschesne, caporal, Goupil, huissier, soldat.
(6) L’ordre de transfert à Lorient pour embarquement ne vient à Vire que le 23 février 1794. Mais Surbled est malade. Il est transféré à Caen le 18 avril 1794, y reste jusqu’à mise en liberté par ordre du Comité de sûreté générale en date du 11 ventôse an III-1°% mars 1795, qui libère également Phil. Bonnesœur. (Arch. Nat., F7 4.554. — Arch. Calv. 1 "district Vire, -anc. 720, fM19 728 180787 nf, 120 germinal an II ; 738, f. 24 ; 740, n. f., 11 germinal an Il).
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administrations locales est encore plus net. Il y a lieu ici d’examiner tout spécialement, à côté de mesures purement passives, avant tout œuvre de police : surveillance des étrangers, des VOyageurs (1), passeports (2), police des auberges, de la poste aux chevaux les mesures de défense dites actives, caractérisées par ce fait qu’on n'attend pas l’attaque de l’adversaire pour tenter de ie désarmer et de le mettre hors d’état de nuire : il s’agit là de ja fameuse question des « suspects », celle qui met le mieux en évidence l’accueil fait aux mesures d’exception qui vont, désormais, caractériser le régime « révolutionnaire ».
La législation des « suspects » tient en deux décrets principaux : celui du 26 mars 1793, d’un mois postérieur au vote de la levée des 300.000 hommes, prescrit le désarmement des individus connus pour leur défaut de civisme ; celui du 17 septembre suivant, complément du décret de réquisition du 23 août, ordonne leur incarcération.
L’un et l’autre sont, évidemment, des dispositions de circonstance, votées sous la pression d’événements d’ordre extérieur, et dominées par cette idée qu’au moment où toutes les forces vives de la Nation sont dirigées vers les frontières, il faut retirer aux ennemis de l’intérieur les moyens de saper le régime.
Pour ceux qui en sont l’objet, ces mesures présentent un caractère vexatoire. De plus, l’arbitraire peut en diriger l’exécution. Enfin, il est certain qu’elles constituent une violation flagrante des garanties accordées par la déclaration des droits.
C’est le souci du salut public qui a porté le législateur à négliger ainsi des principes dont il veut, au fond, assurer la sauvegarde ; pour éviter d’avoir, éventuellement, à réprimer, il trouve plus
(1) Les aubergistes doivent inscrire sur un registre contrôlé les noms de ceux qu’ils hébergent. Il y a peu de délinquants. — Un décret du 26 février 1793 prescrit à tout propriétaire ou principal locataire de donner à la municipalité la liste des personnes qu’il loge ; celui du
29 mars ordonne même l'affichage, à l’extérieur de toute maison, des noms, prénoms, surnoms, âge et profession de tous ses habitants.
(2) Les lois des 28 mars, 29 juillet et 7 décembre 1792 sont complétées par celle du 26 février 1793. À partir du 27 mars 1793, des postes de gardes nationaux armés de piques sont installés aux entrées de la ville, arrêtent les voyageurs, examinent les passeports, envoient à la municipalité, puis aux comités de surveillance tous les individus qui semblent ne pas être en règle. — Le 30 mars, le district rappelle la municipalité à l’exécution sévère de toutes ces mesures : « Dans les circonstances où nous nous trouvons, il importe qu’on connaisse bien tous les individus. Nous savons déjà que des émissaires se répandent dans les départements, et particulièrement dans le nôtre, pour se mettre à la tête des mécontents. Au nom du Salut publie, nous vous enjoïgnons, citoyens, de mettre tout en usage pour découvrir les malveillants et leurs manæavvres.. Nous croyons ces mesures indispensables et ce n’est pas en vain que les lois les ordonnent. » (Id., anc. 736, f, 125).
pratique de recourir, immédiatement, à des mesures préventives, illégales sans doute, mais singulièrement efficaces : en beaucoup d’endroits, la Terreur se réduira, en effet, à l'application de cette législation anormale, exceptionnelle, qui trouve son excuse dans les circonstances.
C’est, particulièrement, ce qui est arrivé à Vire : Papplication des décrets relatifs aux suspects est, du premier coup, effectuée avec une telle rigueur que les ennemis du régime, privés de tout moyen de complot, sont, pour toujours, intimidés. Les autorités n'auront guère à sévir.
Cette rigueur dans l’application de mesures purement préventives s’explique par ce fait que ces décrets comblent les vœux des administrations locales. à
Il est remarquable de constater que, le 1° avril 1793, alors qu’il ne connaissait pas encore la loi du 26 mars, le district de Vire réclame le droit d'opérer « un désarmement général de tous les suspects », car, dit-il, « si nous étions les plus faibles, on nous égorgerait sans pitié » (1).
C’est le 6 avril, à 7 h. du soir, que le district reçoit le décret du 26 mars ordonnant le désarmement de tous les ci-devant nobles, seigneurs, leurs agents et domestiques, les prêtres, et, généralement, toutes les personnes qui seront reconnues suspectes par les municipalités et autres corps chargés de l’exécution. En séance de nuit, l’administration prend ses dispositions pour que, le lendemain, à midi, il y ait exécution par les conseils généraux de Vire et Condé-sur-Noireau (2).
Le 7, le conseil général de la commune de Vire, convoqué par son procureur, se réunit dès 7 h. du matin, et, dans le plus grand secret, établit la liste des individus auxquels la loi peut être appliquée. Son tableau est si complet que, par la suite, les Comités de surveillance n’y en ajouteront que trois ou quatre (3).
À l’heure de midi, sous la protection de la garde nationale, les membres du conseil font dans tous les quartiers, simultanément, les visites domiciliaires nécessaires. Nulle part, ils ne rencontrent de résistance (4).
(D Arch. Calv. 1" districtVire anc.190 192:
(2) Dans tout le district, la lei fut exécutée « avec beaucoup de célérité ». Le 13 avril, l’administration écrit au département : « La plupart des municipalités nous ont envoyé copie des procès-verbaux qu’elles ont rédigé à cet effet. Ainsi les malveillants seront dans l’impossibilité de s’armer contre nous et la crainte d’être battus leur fera courber la tête sous le joug de la loi. » (bid., 1:33, 35, 122,123).
(3) Voir Appendice ITI-A.
(H) Les armes confisquées sont utilisées pour l’armement des nou-
GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-NOv. 93) 249
Au total, 169 domiciles sont ainsi visités, nombre considérable pour une ville de 8.000 âmes. Aucun de ceux que vise la loi ne semble avoir été omis : Michel Mauduit, ex-maire, et récemment encore administrateur du district, doit à son ci-devant titre de « secrétaire du roi » d’être visité et désarmé (1) ; Jean Saillofest (2), Chemin, Barbé, Hamel du Rocher, membres de la municipalité entre 1790 et 1792, des collègues de la veille, sont également désarmés, comme parents de prêtres insermentés. Enfin, pour plus de sûreté, on a perquisitionné chez les personnes réputées absentes : émigrés, prêtres déportés ou disparus. Et il se trouve parfois que, du même coup, on désarme ceux qui les ont reçus sous leur toit (3).
Mais, bientôt, cette grave mesure que motive la reprise de VPactivité réactionnaire qui marque le printemps de 1793, apparaît aux sévères républicains virois comme insuffisante.
Quelques faits locaux légitiment leurs craintes : le 22 avril, « deux individus suspects et présumés coupables, du district de Mortain », sont arrêtés à Vire, « sur dénonciation... faite par un membre du directoire venu tout exprès de Mortain » (4).
Puis, le lendemain, Thoury de Corderie, ci-devant noble, « ennemi de la Révolution dès son aurore », affichant une conduite « marquée au coin de l’incivisme le plus révoltant, …aristocrate des plus notés, et, sous ce rapport, chassé de la paroisse qu’il habitait », désarmé à deux reprises, est, néanmoins, trouvé, par le commissaire chargé d’une contre-visite, nanti d’une canne fourrée et d’un pistolet chargé à balles (5). De plus, Thoury est
velles levées et pour la garde nationale. (Arch. Calv., L, district Vire, RC To 0 2 ATCN Vire DEA 15 6 De 10 Ep LOST):
(1) Le 24 septembre 1793, il réclama. « Il n’a jamais eu la qualité ci-devant dite noble, ne l’étant pas d’extraction.…. Quant à la charge de secrétaire du ci-devant roi, il n’en a joui que pendant 13 ans... Cela ne pouvait conférer la noblesse Il ne croit pas avoir donné, ni par sa conduite, ni par ses propos, aucun sujet de suspicion personnelle. » Il fut réarmé. (Arch. Vire, D 4, f. 103).
(2) Il fut réarmé dès le 11 mai, parce qu’ « il avait employé la majorité de sa fortune en acquisitions de biens nationaux, ce qui donnait à croire qu’il était bien éloigné de tous projets de contre-révolution. » Mais son fils resta désarmé. (Arch. Vire, D 4, f. 29).
(3) On voulut enlever les armes de Guillaume Vivier, prêtre non sermenté : on enleva celles de son frère J.-B. qui fera partie de la municipalité désignée par Bouret. J.-B. Vivier du Raisin fut réarmé le 29 septembre. (Arch. Vire, D 4, f. 105).
4) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 41.
(5) Délit punissable de 6 mois de détention (art. 5 du décret du 26 mars 1793). Sur Thoury, voir p. 200.
porteur de papiers compromettants (1). Enfin, une perquisition faite à son domicile, rue du Neufbourg, permet de saisir plusieurs lettres « en langage chiffré », et d’autres pièces qui prouvent qu’il est « un de ces monstres restés dans l’intérieur pour, au besoin, servir les ennemis de la République » (2).
Le 24 mai suivant, Roussel administrateur du district de Mortain, vient dénoncer deux Virois : Polinière jeune, jadis lieutenant criminel au bailliage, et son épouse, fille de Louis Lévêque, ci-devant président de l'élection de Mortain. Chez ce Lévêque, recherché alors pour faits de contre-révolution (3), on a trouvé des lettres de la dame Polinière où il est question de renseignements donnés par un émigré de Coblentz (4). Un familier des Polinière, le marquis de Rabodanges, semble avoir été le correspondant de cet émigré. Par ordre du district, on l’incarcère en même temps que le couple Polinière.
Enfin, le 1° juin, le district fait arrêter une veuve Surirey et sa sœur, la demoiselle Dubourg (5), munies d’emblèmes proscrits par un arrêté départemental du 24 maï. « La dame Surirey est soupconnée d’en avoir distribué beaucoup, et. l’une et l’autre, depuis la Révolution, se sont mérité, à juste titre, la réputation d’aristocrates.… »
À l'offensive réactionnaire, doit correspondre, pensent les Virois, une contre-offensive révolutionnaire. Aussi, dès le 23 avril, le district écrit au département
« Nous nous sommes occupés... des moyens de découvrir les manœæuvres.… des ennemis de la République dans l’étendue de notre district et particulièrement dans notre ville. Nous y trouvons beaucoup de gens suspects ; nous voyons qu’il s’y en réunit tous les jours tant des campagnes que des villes voisines. Nous vous prions de nous dire si, dans les circonstances où nous nous trou-
vons, et pour déconcerter les complots secrets de ces contre-révolutionnaires, nous ne pourrions pas obliger à quitter notre ville
(4) L’un d’eux atteste qu’il était à Paris le 10 août 1792 et « le style. démontre évidemment qu’il n’y était pas pour la-défense de la liberté ».
(2) Arch Calv-t1 district Vire, anc. 7362 412 M5 ATEN 75 ONE 12:
(3) Dès le 3 mai 1793, le district de Vire le faisait rechercher au Tourneur chez son neveu Pépin du Feugray. Lévêque sera exécuté à Paris le 19 septembre 1793. (Id., L", Police, cart. 19! — C. JAmonNT : Notice sur Mortain (Annuaire de l'Assaciation normande, 1906, p. 163).
(4) Ces lettres étaient antérieures à la loi du 11 août 1792 qu’on voulut d’abord appliquer. Voir‘ p. 201-203. (Arch. Vire N* 94. — Arch. Calv. LE district Vire, anc.7190, fe 52)
(5) Ce sont les filles de Louis-Richard Dubourg d’Isigny, conseiller et avocat du roi au ci-devant bailliage, homme incivique. L’aïnéc est la belle-sœur de l’ex-maire Surirey,
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ceux qui, depuis peu, s’y sont réunis. et si nous ne pourrions pas faire mettre en état d’arrestation les plus suspects, tant parmi ces derniers que parmi les domiciliés de cette ville. (1) »
Ainsi donc, dès avril 1793, le district de Vire songe à l’exécution immédiate (2) d’une mesure qui ne sera votée que cinq mois plus tard. Bien mieux, le 13 mai, il revient à la charge, dénonçant les « ci-devant nobles, frères, pères d’émigrés, qu’il serait bien instant de mettre dans l’impossibilité de nuire » (3). Et le 27 du mois suivant, Julien Gosselin, du Comité de surveillance, demande au conseil général la mise en état d’arrestation, « comme à Domfront », de tous les pères et frères d’émigrés, et l’obligation pour tous les susnects de venir chaque jour, « comme à Tinchebray », répondre à un appel sur la place publique (4).
Donc, longtemps avant le vote du fameux décret du 17 septembre 1793, des mesures radicales sont réclamées à Vire, non pas seulement par un membre du Comité de surveillance connu pour ses motions outrancières, mais surtout, et, à plusieurs reprises, par des administrateurs pondérés, réfléchis, qui comprennent la gravité de la situation et veulent, par une offensive soudaine, « déconcerter » des adversaires dont ils discernent les préparatifs d'attaque.
4, Mais, à ce moment, l’administration du Calvados, à laquelle ils adressent leurs suggestions, est bien près de penser qu’il n’existe plus d’opposition contre-révolutionnaire. Ou, mieux, elle oublie que la nation reste divisée en « aristocrates » et « patriotes », et re songe qu’à la Convention, divisée en brissotins et montagnards.
C’est le 30 mai au soir qu’on apprend à Caen la dissolution de la « Commission des Douze ». À 11 h. et demie, une réunion a
(1) « Nous vous prions de nous dire aussi pourquoi les députés de la Convention, auxquels, sur leur demande, nous avons donné une liste de quelques-uns de ces individus, n’ont rien statué, quoiqu’ils l’eussent promis. Enfin, nous vous demandons si, pour tâcher de saisir les trames qui s’ourdissent contre les intérêts de la République, nous ne pourrions pas nommer parmi nous 2 membres qui, chaque jour de poste, assisteraient au décachetage des paquets et se saisiraient des lettres adressées aux gens suspects et les cuvriraient en leur présence. » (d., HAL)
(2) « Si vous adoptiez ces mesures de sûreté, il faudrait que vous nous indiquassiez l’endroit où faire conduire les arrêtés. »
(3) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 47. L'art. 8 de l’arrêté départemental du 20 janvier 1793 avait recommandé l’exécution de la loi du 15 août 1792 portant que « les pères, mères, femmes et enfants des émigrés demeureront consignés dans leurs municipalités respectives, sous... la surveillance des officiers municipaux, sans la permission desquels ils ne pourront en sortir sous peine d’arrestation ».
(4) Le conseil ajourne la discussion. (Arch. Vire, D 4, f. 58),
lieu, à laquelle prennent part toutes les autorités de la ville, les présidents et secrétaires des sections, les membres des sociétés populaires. Après un long débat, elle aboutit à une véritable déclaration de guerre aux « anarchistes » (1) : une force départementale « se tiendra prète à marcher à la première réquisition des corps administratifs du Calvados » pour aller protéger la Convention ; les autres départements sont invités à prendre les mêmes mesures. On rédige une adresse à la Convention et dix délégués (2) partent pour Paris, afin de faire connaître à la représentation nationale les intentions du Calvados et de l’inviter à demander à la Commune de Paris compte des sommes qu’elle a prises dans le trésor. Cette délégation parvient à Paris le 2 juin, à 11 heures du soir, juste à temps pour apprendre le succès du coup de force dirigé ce jour contre la Convention (3) et qui a déterminé le vote du décret d’arrestation de 29 députés (4) et 2 ministres. En vain, elle tente d’être admise à la barre de la Convention (5), quitte Paris le 5, se met, le 6, à Evreux, d’accord avec l’administration de l'Eure pour repousser l’anarchie, et, le 8, à Caen, rend compte de sa mission. :
L'heure des graves décisions a sonné : d’accord avec sa délégation qui avait, le 5 juin, projeté de menacer, à la barre, la Convention de l’insurrection des départements (6), le conseil général du Calvados prête le « serment de livrer une guerre éternelle aux agitateurs, aux séditieux, et d’anathème contre les maratistes ». Puis, le 9, à 2 heures du matin, l’assemblée des corps
(1) « Nous déclarons une guerre à mort aux anarchistes, aux proscripteurs et aux factieux et nous ne mettrons bas les armes qu’après les avoir fait rentrer dans le néant ». (Arch. Calv., L 603, 30 mai 1793).
(2) Parmi eux, P.-J.-R. Lenormand, ainsi que son homonyme, le président des Carabots, avec lequel, depuis VAULTIER (Souvenirs de l’insurrection normande), on l’a toujours confondu. Cependant, alors que Lenormand, administrateur, part pour Lisieux avec le premier détachement fédéraliste, Lenormand, carabot, va en mission jusqu’au 27 juin, avec Caille, dans le Finistère et les Côtes-du-Nord. Voir les signatures des deux Lenormand. (Arch. Calv., L 605, £. 15 et 16).
(3) La veille, Doulcet avait adressé à Caen une lettre annonçant que
Marat et la Commune ne cesseraient « l’insurrection du peuple que lorsque les 22, les 12 et Isnard seraient décrétés d’accusation ». (Au
citoyen Lenormand, président de la Société populaire à Caen, samedi à 16h lues oral; UNIES ln tn SP D Bibl CAEN).
(4) Parmi eux Claude Fauchet et Henry-Larivière, du Calvados.
(5) Doulcet protesta que les sections de Paris étaient bien admises, à lexclusion des délégations de province.
(6) Voir le discours qui devait être prononcé à la barre. (Bibl. Vire, BA EEU0)
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administratifs, judiciaires et municipaux de Caen arrête, à l’unanimité, « qu’elle se déclare en état d’insurrection et de résistance à l’oppression et qu’elle ne mettra bas les armes que lorsque la Convention aura recouvré la liberté » ; et, « pour se conserver des otages pour répondre de la sûreté de la représentation du Calvados », elle donne l’ordre d’arrêter les commissaires de la Convention près l’armée des Côtes de Cherbourg (1). Un Comité d’insurrection (2) est formé, et diverses décisions sont prises au cours des séances suivantes (3), en présence de députés proscrits qui ont réussi à prendre la fuite : Henry-Larivière, Gorsas, Buzot, Lesage, Salle, Barbaroux, Bergoeing, Guadet et Louvet. Ils disent qu’ © ils fuient le poignard des assassins, qu’il n’existe plus de représentation nationale, que la faction qui dominait avait usurpé tous les pouvoirs et que c’en était fait de la liberté si le département n’envoyait promptement une force armée à Paris pour contenir les factieux et rétablir la Convention ; ils ajoutent que les bons citoyens de cette ville attendent avec impatience leurs frères des départements, pour les aider à secouer le joug de l’anarchie… » (4) En même temps, l’exemple donné par Bordeaux, Marseille et tout l’Ouest, moins le département de la Manche (5), est une nouvelle preuve de l’excellence de la cause. Enfin, le 11 juin au soir, Wimpffen, général en chef de l’armée des côtes de Cherbourg, vient, à son tour, prêter « serment de livrer guerre aux anarchistes, au parti Marat ». Dès lors, on s’occupe de constituer l’armée départementale par voie d’enrôlements, et Wimpffen choisit pour le seconder le comte de Puisaye, son ancien collègue aux Etats généraux. Le 15, après l’adoption de la déclamatoire adresse : « Français ! La patrie outragée nous appelle : nous partons !»,
(1) On arrêta Prieur (de la Côte d’Or) et Romme à Bayeux la nuit suivante. Prieur (de la Marne) et Lecointre (de Versailles) étaient à
Granville.
(2) P.-J.-R. Lenormand en fait partie.
(3) « Le bulletin de la Convention cessera d’être affiché dans le Calvados… Les décrets rendus depuis le 27 mai ne recevront. aucune exécution Toute correspondance avec le Conseil exécutif sera suspendue jusqu’à nouvel ordre, sauf pour le culte et les domaines nationaux... »
(4 juin soir).
(4) P.-J.-R. LENORMAND : Précis exact...
(5) Son administration protesta contre l’arrestation de Romme et Prieur, et envoya des commissaires à Caen pour marquer son étonnement. En vain, le Calvados envoie, le 12 juin, une adresse à la Manche, puis des commissaires déclarant que Paris qui a « déjà absorbé l'or et les subsistances de tous les départements » a, seul, rompu lunité et lindivisibilité de la République. Maintenue en haleine par Lecointre et l’autre Prieur, la Manche reste irréductible.
un premier détachement des « hommes libres de la Neustrie » gagne Evreux, sous la conduite des administrateurs Mesnil et Lenormand (1). L’avant-veille, la Convention a décrété qu’il y à lieu à accusation contre les administrateurs et fonctionnaires publics du Calvados qui ont décidé l’arrestation de Romme et Prieur. Le Rubicon est franchi : à la période de la déclamation, doit succéder celle de l’action. ;
Quelle est, en ces circonstances critiques, l’attitude des Virois ? Certes, leurs adresses ont montré qu’ils participaient à l'hostilité départementale contre cette capitale qu’il faut ravitailler et qui « absorbe les trésors de l'Etat ». De plus, ils veulent la promulgation, à bref délai, d’une Constitution. Enfin, ils sont, normalement, respectueux de la subordination administrative.
Cependant, au moment de céder à la pression d’événements qui lies dépassent, ils marquent une certaine hésitation : lever une force armée pour délivrer la Convention opprimée leur paraît soudain anormal, tout le temps qu’ils n’ont pas l’assentiment de la Convention elle-même. Ce soulèvement républicain n’a pas un caractère de légalité suffisamment accusé. Déclamer de loin, menacer au besoin, est une chose ; c’en est une autre, après avoir juré de mourir pour délivrer la Convention, que de passer aux actes. Brusquement, la conviction semble faire défaut.
D'où, ce spectacle curieux : d’une part, on obéit, passivement, aux injonctions départementales ; d’autre part, on ne rompt pas avec les autres pouvoirs établis, on met en application la législation transmise par le pouvoir central, comme s’il n’y avait pas ce fait nouveau : l’acte insurrectionnel (2). On dirait qu’il s’agit de gagner du temps pour éviter de prendre définitivement position. Les autorités s’abstiennent, même très visiblement, d’influencer la population.
C’est seulement le 7 juin que le district accuse réception de l’arrêté départemental du 30 mai : il va le faire passer aux com-
(1) Lenormand est le seul Virois de ce contingent fourni par les districts de Caen, Falaise et Lisieux. Germain Duboscq, enrôlé dès le 10, reçoit l’ordre, le 21 juin, « pour que la justice suive son cours, de rester à son poste ».
(2) La correspondance du district, même lorsqu'elle s'adresse au département, ne fait pas allusion à la révolte. On consulte le département, on le renseigne sur les affaires courantes, notamment sur le séquestre des biens d’émigrés. En juillet, on ne lui écrit que 2 fois (14 et 31). (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 50-60). — La municipalité se préoccupe plus de la disette que de l’insurrection. Seules allusions 13 juin (lettre à Doulcet) ; 25 juin (sur la nomination du délégué à lPassemblée départementale) ; 1°* juillet (subsistances d’Ille-et-Vilaine) ; 3 juillet (prestation du serment fédéraliste) ; 6 juillet (réception d’une lettre d’un conventionnel).
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munes et aux sociétés populaires ; mais, déjà, il déclare que la contribution locale à la levée des 300.000 hommes a été si lourde qu’il semble impossible de fournir à celle que prépare l’administration départementale (1).
Le lendemain, le même district montre qu’il ne tient pas à prendre d'initiative : recevant à 10 heures du soir un exprès envoyé par les conseils du district de Fougères et du département d’Ile-et-Vilaine, lui demandant d’arrêter deux paquets d’assignats mis à la poste par le receveur du district de Fougères, à destination de la trésorerie nationale, il consent à exécuter cette mission ; mais dans le compte rendu qu’il en adresse au département du Calvados, il déclare : « Nous n’avons pas cru devoir arrêter les fonds de notre receveur sans y être par vous autorisés, et pour employer cette mesure, nous attendons votre réponse. » (2)
Ainsi donc, qu’on le commande, il exécute : sur l’ordre du département, il active le départ pour Caen, de 34 « dragons de la Manche », alors en cantonnement à Vire (3) ; pour obéir à l’arrêté départemental du 9 juin, invitant chaque district à envoyer un délégué à l’assemblée qui se tient à Caen, il accorde les pouvoirs nécessaires à l’administrateur Hellouin, déjà en mission à Caen pour l’habillement des troupes (4).
Quant à la municipalité, elle tarde encore davantage. Le 13 juin, sur la motion de Flaust, adoptée à l’unanimité, elle adresse des félicitations à Doulcet « sur la manière ferme dont il se comporte à la Convention dans les temps difficiles où elle se trouve » (5). Mais, c’est là encore de la déclamation ; et la municipalité préfère consacrer son activité à la question des subsistances, plus importante alors, aux yeux du plus grand nombre, que la querelle entre les départements et la Commune de Paris.
Est-il vrai, ainsi que l’affirme le peu fidèle Richard Séguin, que Wimpffen, Puisaye, Buzot, Barbaroux, Lanjuinais et Louvet vinrent alors à Vire réchauffer l’enthousiasme de la population ? I y aurait eu dans l’église Saint-Thomas (c'était alors le lieu de
(1) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 732, f. 62.
(2) Le 12 juin, l’administration du Calvados défendit au payeur-général du département de se dessaisir des fonds de sa caisse. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 57 et 110).
(3) Ils feront partie de l’armée fédéraliste. (Id., 732, f. GAS 0 AD)
(4) Hellouin prend contact le 11 juin et est nommé membre du Comité pour l’organisation de la force départementale.
(5) Arch. Vire, D 4, f. 49. Une ligne du procès-verbal est rendue illisible par une série de ratures qui semblent avoir été faites après coup.
réunion du club), une grande assemblée populaire : la vue des députés proscrits, le récit de leurs malheurs, leur éloquence enflammée auraient déterminé à se fédéraliser « cent dix individus occupant presque tous des places républicaines » (1).
Ce qui est plus certain, c’est que le lundi 24 juin, en exécution de l’arrêté départemental du 18, les assemblées primaires se réunissent aux lieux accoutumés, « sur l'initiative du seul département, sans l'intervention de la municipalité », souligne le conseil genéral de la commune. Le peuple adhère aux mesures prises par le département et enjoint formellement à ses magistrats municipaux, qu’il juge tièdes, d'exécuter les arrêtés du département, leur défend même de correspondre avec le pouvoir central autrement que par la voie ordinaire, c’est-à-dire par le canal du département (2).
Le lendemain, la municipalité doit recenser les suffrages des 5 sections de vote du canton de Vire pour lélection du délégué cantonal à l’Assemblée générale de Caen. L’élu est L.-Th. Demortreux, par 340 voix sur 543 votants, nombre qui atteste de la part des citoyens, un empressement à suivre le département plus vif que celui que marquent les autorités. La municipalité fait passer à l’élu un procès-verbal d’élection et une « adresse contenant les
(1) R. SéGuin : Hist. de la Chouannertie, t. 1°", p. 36. Séguin fils dit de même que les Girondins vinrent à Vire « fin juin ou commencement de juillet » et obtinrent un grand succès à Saint-Thomas. Mais son récit burlesque montre qu’il n’a rien compris au fédéralisme. Il fait de Wimpffen et Puisaye « deux députés girondins ». « Bientôt, plus de cent jeunes gens des meilleures familles entrent dans les deux régiments de cavalerie des fédérés. Même des Carabots de Vire [?] jettent leur hideux costume et viennent se ranger dans l’armée antimaratiste. » — Ant. de CAMPAGNOLLES (Petit guide du touriste. Annuaire virois, 1865, p. 30) dit, à propos de l’église Saint-Thomas : « Et c’est là qu’en 1793, 1e général Wimpffen vint haranguer les Virois pour les enrôler dans son armée insurrectionnelle. » — A mon sens, ces récits résultent de multiples confusions : 1° avec la visite de Wimpffen à Vire le 19 mars 1793 (la réception eut lieu à Saint-Thomas) ; 2° avec les assemblées primaires du 24 juin 1793 (l’une a lieu à Saint-Thomas et réunit 145 votants) ; 3° avec le passage à Vire des girondins fugitifs, le 31 juillet ou le 1°" août 1793, après la défaite du fédéralisme ; 4° avec la levée de cavalerie, l’hiver suivant, en exécution des ordres de Garnier (de Saintes) (des jeunes gens des « meilleures familles » s’y enrôlèrent pour ne pas servir dans les bataæillons de réquisition).
(2) Arch. Vire, D 4, f. 55, 65, 76. Il ne semble pas qu’on ait entendu, ce jour, d’orateur étranger à la ville. Les procès-verbaux de ces assemblées n’ont pas été retrouvés. Est-ce à leur destruction que R. SÉGUIN songe, lorsqu'il dit (op. cit., p. 49) qu'après la défaite du mouvement, les fédéralistes virois ont « lacéré les registres de leur club dans l’église Saint-Louis » ? J’ai constaté que, du registre du club, au moins une feuille a été arrachée, entre les procès-verbaux du 28 avril 1793 et du
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sentiments des habitants relativement aux circonstances où se trouve la République... pour que, dans la mission qu’il va remplir, il se conforme au vœu de ses commettants » (1). Ce ton montre que la municipalité ne tient pas à se mettre en avant : momentanément, il y a désaccord entre elle et les citoyens.
Le passage des troupes bretonnes allant rejoindre l’armée fédéraliste contribue sans doute à maintenir l’esprit public, d’autant plus que la cordiale réception faite au bataillon d’Ille-et-Vilaine a un heureux résultat (2) : voyant les Virois manquer de grains, les Bretons indiquent aux autorités qu’on peut trouver chez eux “assez fortes quantités d'avoine. En cette occurrence, la municipalité préfère être opportuniste : elle entre en relations avec les commissaires bretons et peut faire venir de chez eux de l’avoine grâce à laquelle la population viroise affamée réalisera la soudure, jusqu’alors très incertaine, avec la récolte de 1793.
Le 3 juillet, commence à Vire la série des prestations du nouveau serment imposé aux fonctionnaires publics, le 23 juin, par l’Assemblée générale des corps constitués réunis à Caen (3). Les premiers qui comparaissent à cet effet devant le bureau municipal sont les gendarmes et les huissiers. Mais, le maire, 6 officiers municipaux, le procureur de la commune et 10 notables attendent jusqu’au 6 pour accomplir cette formalité. Bien mieux, Delavente
6 brumaire an II, opération d’autant plus praticable que les feuillets de cette partie du registre ne sont pas numérotés. Cette partie contenaitelle le récit de l’assembiée racontée par Séguin ?
(1) A Vire même, 388 votants, dont 270 pour Demortreux, élu au 1% tour, ce qui montre qu’il y a eu mot d’ordre. (Arch. Vire, D 4, f. 55).
(2) Ce bataillon (495 hommes) séjourne à Vire les 30 juin et 1°" juillet. « Nos voisins de Mortain, écrit le 30 la municipalité à Demortreux, ne partagent pas tout à fait les mêmes sentiments [que le Calvados] ; et le bataillon d’Ille-et-Vilaine n’a pas beaucoup à se louer de la réception qu’ils lui ont faite. » [Arch. Vire, D 4, f. 60 (une demi-ligne rendue illisible par des ratures) ; D 10, p. 120 ; H 41]. — Les 4 et 5 juillet, passent 183 hommes du Morbihan ; les 10 et 11, le bataillon du Finistère (645 hommes, plus 60 canonniers et 53 dragons). — La population he fut pas unanime dans l’accueil fait aux Bretons : le 11 février 1794, au club, l’avoué Duboscq, m. du Comité de surveillance, rappellera l’attitude des citoyens de la rue Girard qui, « semblables à l’orage, la foudre et le tonnerre, se sont présentés contre les bataillons fédéralistes du Morbihan, du Finistère et de l’Ille-et-Vilaine », et donnèrent alors à leur rue le nom de Marat. (Arch. Vire, I 74, f. 45).
(3) « Je jure de maintenir de tout mon pouvoir la liberté, l’égalité, de soutenir l’unité et l’indivisibilité de la République, de faire la guerre aux tyrans et aux anarchistes, de ne mettre bas les armes que lorsque la Convention nationale sera libre et la France vengée des attentats commis contre la souveraineté du peuple ».
ainé, procureur-syndic, ne sera en règle que le 15 juillet (1). Cette lenteur n’indique-t-elle pas qu’on manque de conviction ?
De même, le 7 juillet, le maire donne lecture au Conseil d’une lettre d’un membre de la Convention « peignant le despotisme affreux que la partie de la Convention nationale connue sous le nom de Montagne exerce avec la municipalité de Paris sur les habitants de cette vaste cité », et traçant « aussi le projet que cette faction a de mettre sur le trône le prince royal sous la régence de ses principaux membres » (2). Puis, les citoyens présents à cette séance qui est publique, applaudissent une proclamation du district de Fougères lue par Busnoult. Mais, aussitôt après, le maire, rappelant « à l'assemblée l’arrêté du département relatif à la levée du contingent destiné à marcher vers (sic) Paris (3), a observé qu’il ne croyait pas que cette levée püt se faire par une réquisition forcée, n'étant pas ordonnée par une autorité fondée de pouvoirs suffisants ; mais que, puisque les citoyens de la ville, réunis en assemblées primaires, avaient adopté les mesures du département, il croyait qu’on devait se borner à donner lecture aux citoyens de cet arrêté, pour qu'ils avisent entre eux aux moyens de le compléter de la manière qu'ils jugeront convenable ; que l’administration du district auquel il a fait part de ces réflexions était absolument du même avis. L'assemblée a adopté cette proposition à l’unanimité.…. »
En conséquence, le 11 juillet, à 8 heures du matin, présents : le maire, le procureur, les officiers municipaux et 7 notables, la garde nationale est réunie sans armes à Notre-Dame. « Toutes ces lectures terminées, plusieurs citoyens se sont présentés et ont
(1) Au total, 60 serments sont enregistrés du 3 au 20. Le 17, le district demande au département si les ci-devant religieuses sont astreintes à ce . serment, car « cette espèce de pensionnaires est décidée à ne point obéir... dans le cas où il les concernerait. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 732,°n°°358).
(2) Arch. Vire, D 4, f. 65. Cette lettre #nontre que les Girondins, même en juillet, s’efforcent encore de répandre la légende de la « Montagne royaliste ». Maintenant que d'Orléans est en prison, on se rabat sur le « petit Capet ». (Se rappeler les propos qu’en 1795, Louvet attribuera à Lehodey, p. 230, n. 4). Le 26 juin, à l’assemblée de Caen, les délégués , de Maine-et-Loire, parlant des progrès des Vendéens, les attribueront « à une coalition [des Vendéens] avec les députés de la Montagne ».
(3) Il s’agit de l’arrêté du 27 juin, pour la formation de 2 bataillons supplémentaires : « Vire fournira 11 grenadiers, 66 fusiliers, 6 canonniers.… un adjudant de bataillon. » Du récit de Wimpffen rapporté par les Souvenirs. de VAULTIER (p. 50 de l’édit. Mancel), il résulte que Vire a fourni pour l'insurrection une « vingtaine » d’hommes, et non une centaine comme le croit Séguin fils.