‹ Histoire de Vire: Pendant la RévolutionChapitre 58 sur 108 · GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-NOV · texte numérisé non relu

GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-NOV

signé. leur enrôlement pour compléter le contingent demandé » (1). Ils partiront pour Caen le 15 juillet.

Mais le contingent assigné n’est pas rempli. Aussi, le 12, la municipalité est invitée à employer « les moyens à sa disposition pour compléter le détachement » : elle se contente de provoquer pour le 13, à 2 heures du soir, sur la piace, une nouvelle réunion üe la garde. « Alors, chaque capitaine engagera sa compagnie à fournir un nombre d'hommes de bonne volonté et connus pour de vrais républicains, pour compléter le contingent demandé » (2). En réalité, la municipalité évite encore de se mettre en avant.

Quel fait a pu motiver, soudain, une attitude y:us décidée de la part du district ? Il avait, au cours du mois de juin, éprouvé diverses vicissitudes : très lancé dans sa lutte contre les suppôts de l’ancien régime, il avait été très vexé par un arrêté départemental du 5 juin lui ordonnant de remettre en liberté les dames Surirey et Dubourg, (3) « les femmes les plus aristocrates et les plus fanatiques du ressort », et, tout en obéissant, il avait accusé le département d’avoir écouté en faveur de ces dames, « un ci-devant noble, un aristocrate déclaré et le frère d’un émigré » (4) et il s'était vengé de sa déconvenue en mettant sous sa surveillance, dès le 7 juin, un certain nombre de « suspects » (5).

Mais voici que, quelques jours après, il a l’occasion d’agir dans un sens un peu différent. Le 3 mai 1793, le Conseil exécutif provisoire, sur avis du Comité de salut public, avait décidé d’envoyer dans les départements des agents secrets chargés d’observer les dispositions des populations (6) ; et certains de ces agents s’étaient répandus dans les départements de l’ouest au début de juin (7). Dès le 15, le district de Vire discerne la présence dans la ville de l’un d’entre eux, Jean Bouisset, ci-devant chanoine de Bayeux, qui revenait d’une tournée en Bretagne (8). Il a eu le très grand

(1) Arch. Vire, D 4, f. 67. Demortreux avait annoncé que Caen avait fait partir beaucoup plus d’hommes qu’il ne lui en avait été assigné.

(2) Arch. Vire, D 4, f. 68. A remarquer l'expression : « formation de la force départementale qui marchera à Paris pour fédérer ».

(3) Voir p. 250.

(5) Je n’ai pu discerner de qui il s’agit. (Arch. Calv., L, district Vire, Ane 718 113 -1140;0736,1 54,156) (5) Id., anc. 718, f. 126. On ne donne pas de détails sur cette opération.

(6) Auzarp : Recueil des actes du Comité de salut public, t. TT, p. 511.

(7) Sur l’un d’eux, voir : Mémoires de l’Acad. Nat. des sciences, arts et belles-lettres de Caen, 1907, p. 105-154, art. R.-N. SAUVAGE.

(8) Natif de Balleroy (Calvados), plus tard professeur au lycée, puis

tort de descendre, à Vire, chez le sieur Lanon de la Renaudière, homime notoirement incivique, et désarmé en exécution du décret du 26 mars (1). À un moment où l’on accuse la Montagne de royalisme, il n’en faut pas plus pour exciter les passions : le 16 juin, par la plume de Ch. Caïlly, le club adresse au district une pétition signée de 40 citoyens, réclamant d’ « enjoindre au nonimé Bouisset de quitter sous un bref délai l'étendue du district. ou de le mettre en arrestation » (2). Appréhendé, conduit au district, Bouisset est expulsé du pays (3).

Le 12 juillet, au soir, on fait une capture plus intéressante encore : deux individus qui, à la poste, demandent des chevaux pour continuer leur voyage, sont appréhendés et interrogés : ce sont Etienne Lehodey, célèbre au temps de la Constituante comme rédacteur du Logographe, et son secrétaire Duchesne. Le lendemain, devant les conseils généraux du district et de la commune, Lehodey, sommé d’expliquer sa présence dans ces parages, avoue qu'il vient de Paris, se dit chargé d’une mission relative aux suEsistances dans le Calvados, la Manche, l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan (4). Incidemment, il laisse échapper qu’il aurait été heureux de rencontrer Wimpffen qu’il a connu à la Constituante (5) : « il lui aurait proposé qu'il n’y eût pas de sang de répandu », car « son principal but est que la République soit une et indivisible, et cela sans effusion de sang ». Il croit que les troubles disparai-

à la faculté des lettres de Caen. (P. Caron : Rapports des agents du ministère de l’intérieur dans les départements (1793-an 11), t. 1°", p. 101- 110).

(1) Plus tard, il sera incarcéré en exécution du décret du 17 septembre 1793.

(2) « Le Calvados souffrira-t-il dans son sein un espion ignominieusement chassé des départements de la ci-devant Bretagne ? Les habitants de Vire se croiraient souillés par la présence d’un homme qui s’est voué à un rôle aussi vil, aussi bas que celui d’espionner l’esprit public. Vous connaissez l’objet de la mission de ces agents du pouvoir exécutif ? L’extrait du procès-verbal du Calvados a dû vous instruire de leurs desseins. » (Arch. Calv., L, district Vire, carton 2, Police générale).

(3) Dans son rapport, il déclare : « Je m'étais arrêté [à Vire]. pour être à portée d’apprendre vos instructions. J’y suis fort connu depuis 30 années et, j’ose dire, estimé de tous les honnêtes gens. Jugez de mon étonnement de m’y voir arrêté par la gendarmerie et conduit au district... » Mais il a soin de ne pas dire qu’il était descendu chez un royaliste. (P. CaRoON : op. cit., p. 107. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 718, SO M0 RTS 0 TMS 9)

(4) Il est de Villedieu (Manche) et connaît bien le pays. Il doit rentrer à Paris le 10 août.

() Il sait que Wimpffen est décrété d’accusation.

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tront et que « le mécontentement de la capitale » cessera. Il a fait part de ses intentions de conciliation à Engerran, député de la Manche, qui l’a averti qu’il pourrait être victime de son zèle. I] ne sait si ses intentions auraient été approuvées par le Conseil exécutif, mais il aurait fait valoir aux autorités constituées que « l'humanité et le bien de tous. comimandent d’être unis pendant que nous avons des ennemis à combattre à l’extérieur et dans la Vendée ». Malgré ces sages paroles, Lehodey est envoyé à Padministration départementale (1).

Ainsi compromis, le district dè Vire hésite moins à étaler ses sentiments (2), et il est clair que son attitude plus décidée agit sur celle de la municipalité. Aussi, le 16 juillet, le citoyen Bazin présente au Conseil général de la commune « l’adresse des citoyens de cette ville réunis en assemblée primaire à la Convention nationale, relative aux malheureuses circonstances où se trouve la République par le désordre qui règne à la Convention depuis longtemps » et il demande que les membres du Conseil qui ne l’ont pas signée soient « invités à le faire sur-le-champ ». Cette proposition, unanimement adoptée, recoit exécution immédiate (3).

5, Cette décision est fort inopportune : c’est quelques heures après, que les Virois ont dû apprendre la ridicule équipée de Brécourt, où les troupes « parisiennes » dispersèrent sans effort les bataillons départementaux.

Devant l’insurrection de Caen, la Convention. n’était pas restée inactive : le 13 juin, elle avait décrété d'accusation les auteurs de l'arrestation de Romme et Prieur ; le 265, elle avait destitué et décrété d'accusation Wimpflen, malgré ses tentatives de ménage-

(1) « La commission de Lehodey [émanant du Conseil exécutif], le rôle qu’il voulait jouer dans ces circonstances, nous le rendirent suspect. » (Id, anc. 719, f. 20-24 ; 750, f. 137).

(2) Le 14 juillet, il écrit à Mérou’e, de Paris : « Dans notre pays, nous ne faisons pas de décrets, nous ne reconnaissons ni les arrêts des sections de Paris ni ceux du département de cette ville, lorsqu'ils sont opposés aux décrets que nous exécutons… Vous pouvez leur montrer cette lettre et leur dire que nous sommes bien disposés à n’en recevoir que d’un corps législatif bien et légitimement organisé par toutes les sections de la République, sur laquelle aucune ne doit dominer, comme le fait ou voudrait le faire encore la Commune de Paris. Nous aimons la République une et indivisible ; nous y sommes attachés plus ‘qu’à Paris ; et nous savons. qu’une poignée de factieux, d’intrigants et de brigands salariés oppriment les habitants de cette grande Cite. . départements se sont soulevés et ne veulent plus souffrir l'influence ce ces hommes pervers sur la Convention. Ils veulent la réintégration de ses membres et. la punition de ceux qui ont attenté à la souveraineté nationale. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 106).

(3) Arch. Vire, D 4, f. 70.

ments (1). Enfin, le 3 juillet, elle avait autorisé Lecointre et l’autre Prieur, revenus à Rouen, à repousser par la force tout rassemblement armé qui prétendrait marcher sur Paris. Parallèlement à l’action militaire, des agents secrets, porteurs du texte de la Constitution votée le 24 juin 1793, vont entreprendre une habile campagne de dissociation morale dans les départements insurgés (2).

Pendant ce temps, l « Assemblée centrale des départements réunis en résistance à l’oppression, séante à Caen », a écouté des discours, rédigé des proclamatiqns, n’a fait rien d’effectif. Les députés proscrits n’ont su que raconter leurs malheurs, au lieu de prendre la tête des troupes (3). Wimpffen continue d’équivoquer et confie à son brillant second Puisaye le soin de diriger la marche « vers » Paris. Quelques coups de canon, qui ne font de mal à personne, suffisent, le 13 juillet (4) près de Vernon, à faire avorter l’ambitieuse tentative de délivrance des « Parisiens qui sont sous le joug de la faction ».

Vaincus, les fédéralistes se montrent lamentables. Puisaye est incapable de rallier ses troupes en déroute (5), de sorte que

(1) « Pour Dieu, avait-il écrit à la Convention dans un billet paru le 29 juin au Moniteur, révoquez tous les décrets ; envoyez un homme qui ne soit pas abhorré. Du reste, restez tranquille et laissez-moi faire. » Toujours, Wimpffen parle de marcher « à Paris » ou « vers Paris », jamais « sur Paris » (G. LaAvaLLey : La presse en Normandie... (Mémoires de l’Acad. Nat. des sc., arts et belles-lettres de Caen, 1899, p. 205-369).

(2) Parmi eux : Heudier, dont M. R.-N. SAUVAGE (art. cit.) a publié les rapports ; et Bottu (sur lui, voir P. CARON, op. cit., t. 1°", p. 95-101).

(3) Les troupes sont accompagnées par Caiïille, Lenormand, Lévêque, Mesnil, administrateurs, et Bougon-Longrais, procureur-général syndic.

(4) Le même jour, à Paris, Charlotte Corday, en poignardant Marat, faisait le seul geste. effectif de l’insurrection normande. — Ont pris part à l’affaire de Brécourt les Virois suivants : P.-J.-R. Lenormand, viceprésident de l’administration du Calvados ; Louis-Armand Dumont de la Rochelle, filleul du père de Doulcet, et commandant par intérim le 22° chasseurs dont le colonel La Bretêche et le lieutenant-colonel Jeannet avaient refusé de servir sous Wimpffen ; Jacques Malo, ex-sordelier, capitaine au 22° chasseurs, recommandé par Puisaye à Wimpffen. [« Vous avez dans le capitaine Malo un homme bien essentiel et qui vous est attaché. » (R.-N. SAUVAGE : Le fédéralisme en Normandie journal du quartier-maïtre du 6° bataillon bis de volontaires du Calvados, p. 110, 118, 123)]. Dans sa brochure de l’an V, Malo, chef de brigade.…., Malo parle ainsi de Brécourt : « Nous avions pour nous la justice et la raison, mais nos adversaires avaient la ruse et la planche aux assignats. Deux commissaires. firent de cette monnaie une ample distribution et corrompirent nos soldats. Nous fûmes vaincus. »

(8) Voir le compte que rend le général Joseph Puisaye à l'assemblée

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l'armée Sépher, victorieuse, peut avancer sans rencontrer d’adversaires. Bientôt, les représentants Duroy, Bonnet et Robert Lindet qui l’accompagnent, pourront lui donner le nom d’ « armée de la pacification ».

C’est le moment qu'avec fort peu d’à-propos, le département choisit pour rendre des arrêtés de clémence en faveur des contrerévolutionnaires détenus à Vire. Le 13 juillet, c’est le ménage Polinière et son complice Rabodanges qu’il faut remettre en liberté. Le 19, le médecin Polinière, ex-échevin, se présentant comme caution de son frère, le district doit se résoudre, à contre-cœur, à exécuter l’arrêté départemental.

Puis, le 27 juillet, le département ordonne l'élargissement du fameux Thoury de Corderie. En vain, le district lui a rendu compte que les « aristocrates » de Vire ont fait « toutes les démarches possibles pour leur consocié » : le département se prononce « en faveur de l’ex-noble Thoury dit Corderie, sur les instances et poursuites du S' Drudes dit Campagnolles, ex-noble, frère de deux émigrés, parent, ami intime et associé en tout du dit Corderie (tels sont aujourd'hui les homimes qui réclament et qui prospèrent !) ». Si le département renouvelle son ordre qui viole l’art. 5 de la loi du 26 mars, « nous l’exécuterons, consent le district, mais. nous préviendrons nos concitoyens par une affiche, que c’est par votre amnistie que ledit Corderie recouvre la liberté, parce que nous ne voulons pas injustement encourir l'indignation publique. » (1) \

Au moment où le département adresse aux Virois ce singulier testament politique qui n’a pas peu contribué à faciliter le divorce, Wimpffen a déjà jeté le masque, et proposé aux Girondins “«’entrer en relations avec l’Angleterre, et Pétion a repoussé avec horreur ces suggestions (2). La coalition, se dissociant, devient alors visible, même pour ceux qui, comme les Virois, n’ont pas connu le fond de l'intrigue : le fédéralisme n’a eu un semblant

générale des départements réunis en résistance à l'oppression. (de Lisieux, 21 juillet 1793).

(1) Le district prit finalement sur lui de conserver Thoury en prison comme « suspect », invoquant, pour motiver sa décision, une loi du 2 juin 1793, relative à des mouvements contre-révolutionnaires en Lozère, qui enjoignait aux autorités constituées de « faire arrêter les personnes notoirement suspectes d’aristocratie et d’incivisme ». L’exécution du décret du 17 septembre permettra de prolonger la détention de Theury. (Arch. Calv. L, district Vire, anc. 732, f. O0 2 750, f. 136).

(2) D’après VauLrier (Souvenirs de l'insurrection normande, p. 34, 37, 38), Barbaroux, Buzot et Louvet savaient déjà à quoi s’en tenir sur le civisme de Wimpffen.

de forces que grâce à une association peu morale entre deux éléments différents, d’une part, des républicains sincères, mais qu'inquiète le rôle que veut jouer Paris, des « avocats de province entraîinés par les Girondins, ces beaux parleurs » ; de l’autre, et c’est l’élément militaire, des royalistes, des contre-révolutionnaires (1) pour qui « c’est une nouvelle tentative après tant d’autres. » : en résumé, des royalistes et des républicains, « ceuxci menés par ceux-là qu’ils .croyaient mener », « une intrigue plus vaste que d’autres et qui a manqué d'hommes ». « Jamais on ne vit mieux qu’on ne fait pas de révolugions avec des modérés. » (2)

La Convention elle-même discerna bien les deux courants « les comparses allèrent passer quelques mois dans les prisons de Caen, où les représentants Lindet et Laplanche ne les gardèrent aue le temps nécessaire pour leur éviter le tribunal révolutionnaire ». « À part douze à seize officiers », les militaires rejoignirent l’armée du Nord (3).

Quant aux grands premiers rôles, le 28 juillet, à l’approche de l'armée Sépher, ils avaient quitté Caen pour la Bretagne, avec les contingents de cette région. Quelle impression fit sur les Virois e passage par leur cité, le 31 juillet, des grands vaincus qui avaient nom Buzot, Pétion, Guadet, Louvet, Salle et Barbaroux ? Les documents sont muets à ce sujet (4). Mais trois jours avant,

(1) Dans son Précis, P.-J.-R. LENORMAND a bien soin de celer la participation des royalistes : « On ne peut, dit-il, assimiler le Calvados aux Gépartements.… qui ont eu des intelligences avec les ennemis de la République Les aristocrates ne participaient point à l'insurrection... et l’on n’y voyait que de zélés républicains : les membres des autorités constituées, les sociétés populaires, enfin, tous les sans-culottes du département. » Mais SÉGuiN (Hist. de la Chouannerie, t. 1°", p. 46-48) dit qu’il ne fut pas « douteux qu’un certain royalisme ne fût un peu d'accord avec le fédéralisme, lorsqu'on vit les généraux Wimpffen et de Puisaye passer, l’un en Angleterre, et l’autre en Bretagne où il forma la Chouannerie bretenne. C'était aussi VPopinion du représentant Louvet. » « Ainsi finit la guerre et les intrigues du fédéralisme, contrerévolution fausse, fondée sur des principes équivoques, dont les chefs n’osaient avouer leur but. »

(2) H. Prenreour : Le fédéralisme en Normandie (Révolution françai- Se TONIO ME MENITEN M0 6-163)2

(3) In., id. Parmi les incarcérés, était Germain Duboscq. Lenormand resta caché pendant un an à Saint-Germain-de-Tallevende, chez son beau-père Faucon, président du distriet de Vire. Dumont de la Rochelle fut destitué et emprisonné quelque temps. Malo suivit Barbaroux.

(D Louvet fut rejoint à Vire par son amie Marguerite Dennelle et épousa à « la Jean-Jacques », avec Buzot, Pétion, Salle ct Guadet comme témoins (CI. PEerRouD ; Mme Louvet (Lodoïska) (Révol. franc.

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les citoyens avaient, à l’unanimité, déclaré accepter la Constitution de 1793, et le 31 juillet, le district refuse d’obéir au départèment qui lui a ordonné de remettre en liberté Thoury de Corcerie. L’équivoque cesse : ce sont les Girondins, non les Parisiens, qui ont voulu attenter à l'unité et à l’indivisibilité de la République.

Wimpffen, Puisaye, Bougon étaient aussi au nombre des fugitifs : leur attitude ultérieure aura pour résultat d'achever de dessiller les yeux de ceux qui avaient cru au républicanisme de ces dirigeants de l’insurrection normande. Les menées de Bougon, allant, en novembre 1793, trouver les chefs vendéens pour leur indiquer que Cherbourg est plus facile à prendre que Granville, son arrestation à Antrain, son jugement et son exécution à Rennes le 4 janvier 1791 (1), achèveront les dernières conversions.

6. La masse même des fédéralistes n’a pas attendu si longtemps pour faire volte-face : une excellente occasion d’abjurer les erreurs a été offerte par l’acceptation de l’acte constitutionnel.

Dans les déclamations fédéralistes, les représentants avaient démêlé l’existence d’un vœu très vif en faveur de la prompte promulgation d’une constitution : c’est pourquoi, après huit mois de retards, la Convention s’était soudain mise à la besogne, et, avec une hâte extraordinaire, avait voté une Constitution « comme l'unique moyen d’en finir avec la guerre civile » (2).

Cette Constitution, qui n’est, au fond, qu’une mesure de circonstance, après tant d’autres, « faite surtout pour rendre impossible l’extension du mouvement girondin et fédéraliste » (3), remplit parfaitement les vues de ceux qui la votèrent.

C’est en vain qu’aussitôt qu’elle avait connu le vote, l’Assemblée générale des départements réunis en résistance à l’oppression avait répandu une brochure pleine de sophismes (4) : la France, dit-

1911; t. LX, p. 231) ; AuLarD. : Les orateurs de la. Convention, t.-II, p. 6). — H. Sauvae : Recherches historiques sur l'arrondissement de Mortain, affirme, p. 356, qu’au passage de proscrits à Mortain, « Guadet fit entendre sa puissante parole » dans l’église. « Nous avons vu quelques vieillards s’émouvoir encore au souvenir de l’éloquence pathétique avec laquelle il peignit les malheurs de sa patrie et ses propres malheurs. »

(1) Cassin : La Vendée patriote, t. II, p. 265 et 435. (2) AuLARD : Histoire politique, p. 299.

(3) R. Bamice : Le plébiscite sur la Constitution de 1793 (Révol. franç., 1910, t. LVIII, p. 193). — Il n’y avait pas de différence essentielle entre elle et le projet Condorcet. Le texte adopté le 24 juin fait ailleurs des concessions à lesprit fédéraliste : referendum, pouvoir exécutif confié à 24 citoyens élus par les départements, etc.

(4) L'assemblée centrale de résistance à l’oppression des départements

elle, est partagée en deux partis, celui qui reconnaît la Convention, celui qui ne la reconnaît pas. La vraie Convention n’existe plus depuis le 2 juin. Consacrer l’existence de la Convention actuelle, ce serait consacrer le mépris de la souveraineté nationale.

« Pourriez-vous, sans trembler pour la liberté de votre pays, voir présenter aux Français le pacte qui doit les unir, sous des auspices aussi effrayants, c’est-à-dire dans un moment où la liberté de la presse est anéantie, la communication des lumières tyranniquement interdite, le secret des postes effrontément violé, les actes les plus arbitraires audacieusement exécutés, la représentation nationale presqu’entièrement dispersée, et le droit de donner des lois à 25 millions d'hommes tombé dans les mains d’une centaine d’individus, instruments ou complices de quelques insolents tribuns, dans un moment où le plus horrible attentat, celui de la dissolution de la représentation nationale, est qualifié de sainte insurrection…, et le mouvement généreux des départements, de révolte et de projet de fédéralisme, qu’il faut arrêter et punir ? Il est. un moyen bien simple, c’est de... renvoyer l’examen du projet de constitution au moment où les départements coalisés pour la conquête de leurs droits. auront fait entendre leur voix. N’allez pas accepter une Constitution. qu’ils ne peuvent regarder comme l’ouvrage de leurs représentants.

« Nous le savons comme vous : dans Pétat de crise où se trouve ia France, une constitution lui est nécessaire. Mais pourquoi ? Cest sans doute pour faire cesser le règne des factions et pour assurer celui des lois. Mais, si accepter celle qu’on vous offre, c’est créer des factions nouvelles ou donner pius de forces à celles qui existent ; si, accepter celle qu’on vous offre, cest reculer le règne des lois, perpétuer l’anarchie et jeter un brandon de guerre civile, le remède, dans ce cas, n’est-il pas pire que le mal ?

« Une Constitution est nécessaire à la France !.. Mais si, au lieu de chasser 32 de nos représentants et d’en disperser la majorité, la Commune de Paris eût pris la place de la Convention nationale et qu’elle vous eût offert une Constitution, l’accepteriez-vous ?

« Citoyens ! Sans doute, une Constitution est nécessaire à la France. Mais, ce qui l’est davantage encore, c’est le respect des principes, car, avec les principes, on fait une constitution. Sans eux, rien de durable. \

« Sans doute, une constitution est nécessaire à la France ! Mais ce qui l’est davantage encore, c’est d’éloigner la guerre civile, c’est de prévenir une scission funeste à tous, et principalement à cette ville de Paris que nous voulons sauver malgré elle. »

Ainsi donc, les Girondins sentent bien que cette constitution

est une arme terrible contre eux : la scission qu’ils redoutent est surtout une scission parmi leurs propres troupes. Trop longtemps,

réunis à Caen, à lous citoyens français amis de la République une et indivisible. Caen, Leroy, 1793, 8 p. « De tous les moyens qu'ont employé jusqu'ici les ennemis de la liberté pour allumer la guerre civile parmi nous, la convocation des assemblées primaires aux fins d'accepter le projet de Constitution. est à la fois le plus perfide et le plus sûr. »

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ils ont reproché à la Montagne d’ajourner la discussion de la Constitution : or, voici que, sans eux, la Montagne aboutit rapidement. Trop longtemps, ils ont accusé la Montagne de royalisme ; or, la Constitution du 24 juin, œuvre de la Montagne, est parfaitement républicaine,

De son côté, la Montagne sait si bien que la Constitution est une excellente machine de guerre contre le fédéralisme qu’elle la fait répandre par ses agents secrets (1) ; et l’armée victorieuse à Brécourt en apporte 2.000 exemplaires dans ses bagages. « C'était proclamer qu’on espérait vaincre, moins par la violence que par la persuasion. » (2) Pourquoi, en effet, continuer la lutte, puisque la Convention, par son vote du 24 juin, montre qu’elle est libre au point de pouvoir donner satisfaction aux départements ? « Une constitution républicaine et longtemps attendue, dira, peu après, P.-J.-R. Lenormand, abjurant ses « erreurs », est offerte au peuple : le voile... tombe ; les autorités constituées se rétractent, la force armée est dissoute, la Constitution est proclamée, elle est acceptée partout, et chacun, abjurant son égarement, jure de la défendre jusqu’à la mort. » (3)

Cest le 25 juillet que, par courrier spécial, sans l’intermédiaire de l’administration départementale, la municipalité de Vire reçoit ia loi portant convocation des assemblées primaires pour lacceptation de l’acte constitutionnel. Le maire représente que, malgré ia défense faite par le peuple de la ville, de correspondre directement avec le pouvoir exécutif, cette injonction ne peut s'appliquer à la circonstance présente, © puisqu'il est question d’une loi qui doit être soumise à l’examen du peuple et à son acceptation ». En conséquence, on adopte de faire afficher la loi reçue et de

(1) Dans un rapport du 17 juillet, daté d’Argentan, l'agent secret Bottu raconte qu’il est allé à Caen répandre le texte. A Vaucelles, il a affiché une petite note : Guadet, à la société populaire, s’est alors écrié qu’il y avait de nouveaux émissaires des factieux, « qu’il avait déjà rencontré plusieurs exemplaires de la prétendue Constitution nouvelle, et des discours séditieux du scélérat Barrère ; qu’ii fallait redoubler “activité, de surveillance, et faire enfin un exemple de ces désorganisateurs. » (Arch. Nat., F 1e III, Calv. 12). — L’agent secret Heudier dit alors à ses interlocuteurs : « La Constitution fut-eile faite par le diable, ce n’est pas à vos administrateurs seuls à la juger : c’est au souverain, c’est à vous ; et si vous la trouvez bonne, vous l’accepterez… » (R.-N. Sauvace : Rapports d'un agent du conseil exécutif. (Mém. Acad. nat. sciences, arts et belles-lettres de Caen, 1907, p. 116).

: : ; ; - (2) G. LavaLLey : La presse en Normandie le journal de l’armée des cétes de Cherbourg (Mémoires Acad. nat. sciences, arts, belles-lettres de

Caen, 1899, p. 229).

(3) Précis exact...

convoquer les assemblées primaires pour le dimanche suivant (1):

Le lendemain, un membre donne connaissance « d’une loi qui porte que les corps administratifs et municipaux qui auraient pris des arrêtés dans les circonstances présentes ou adhéré à ceux pris par les administrations supérieures, seraient tenus de se rétracter dans les 3 jours de la publication ». « Il propose, en conséquence, d'envoyer une rétractation à la Convention. » Un autre membre rappelle alors que « la municipalité n’avait pris de son chef aucuz arrêté relatif aux circonstances présentes, qu’elle n’a fait aucune adhésion au département pour les mesures qu’il avait prises ; et que, si elle avait exécuté tous les arrêtés du département, ce n’était que d’après l’injonction formelle du peuple de la ville. réuni en assemblée primaire par le département, sans l'intervention de la municipalité ».

L'assemblée, considérant, malgré cette remise au point, « que, dans les circonstances présentes, il est de l’intérêt public que les magistrats soient les premiers à donner l’exemple de lunion qui doit lier tous les citoyens de la République », arrête qu’ « il sera adressé à la Convention nationale une déclaration des sentiments du Conseil général de la commune de Vire et une rétractation de tous les arrêtés et mesures qui pourraient être regardés comme adhésion aux mesures et démarches du département du Calvados, et que le district sera invité à se réunir à la municipalité pour adresser d'accord la rétractation ; et, de suite, un de ses membres ayant annoncé que le district s’occupait, à l’instant, des mêmes mesures, et désirait aussi d'annoncer son vœu en commun à la Convention, l’Assemblée a arrêté de se transporter à l’admipistration du district pour, conjointement avec elle, y rédiger sa rétractation. » (2)

Immédiatement, « les corps administratifs de la ville » (3) et Cahours, député du canton de Saint-Sever, réunis en la salle du district, « ont pris lecture de l’acte constitutionnel après lequel ils soupiraient depuis si longtemps, ont mürement réfléchi sur les circonstances critiques où se trouve la République », et, « voulant contribuer autant qu’il est en eux au maintien de l’ordre, de la tranquillité publique, donner la preuve de la soumission la plus grande à la loi faite par la Convention. » arrêtent de Jui envoyer par le courrier du jour l’adresse suivante

« Citoyens représentants. Nous recevons à l’instant la constitution (1) Arch. Vire, D 4, f. 76. Décision unanime (26 présents, Lanon seul est absent).

(2) Arch. Vire, D 4, f. 76. Lanon, seul absent, déclare en marge, le 29 juillet, adhérer à ces mesures.

(3) Les corps judiciaires n’y figurent pas,

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que vous avez rédigée pour le bonheur des Français : nous allons sur-le-champ convoquer les assemblées primaires pour la soumettre à leur acceptation. Puisse-t-elle, dans ce moment, servir de point de ralliement à tous les républicains et leur donner à tous un nouveau courage pour combattre les ennemis de la liberté ! Nous regrettons sincèrement les arrêtés et mesures qu’un patriotisme ardent, mais égaré, a fait prendre aux administrateurs de notre département et auxquels nous nous sommes crus obligés d’adhérer ; mais, détrompés aujourd’hui sur la véritable situation de nos représentants, nous nous empressons de les rétracter et de donner l'exemple à nos administrés du besoin de la réunion. » (1).

Cet exemple est immédiatement suivi : le lendemain, 14 citoyens viennent à la municipalité protester contre le serment exigé d’eux par le département, et demandent acte de leur rétractation. Tous les autres assermentés de ce genre les imitent les jours suivants (2).

Le 28 juillet, lecture est faite de l’acte constitutionnel aux deux assemblées primaires. Certes, les présents sont au nombre de 210 seulement, alors que, le 24 juin, 388 citoyens étaient venus adhérer aux mesures prises par le département. Du moins, c’est à l’unanimité, sans amendement, que ces 210 acceptent la Constitution (3) ; et pour porter à la Convention leur décision, ils choisissent, au premier tour, deux patriotes éprouvés : Lemaignen fils, docteur-médecin Leharnois, chirurgien, membres de la société populaire. Vraisemblablement, ils furent au nombre de ceux qui, à Paris, le 12 août suivant, demandèrent d’ajourner l’application

ChhArch: Caly, LL, district Vire, anc. 719, f.034°x° La présente sera affichée aux lieux ordinaires de cette ville. » Ont signé : 10 adminis-

trateurs, le procureur-syndic, 27 municipaux, 3 secrétaires et Cahours, délégué de Saint-Sever.

@)#Arch-Vire- DA f. 076:

(3) Le Calvados présente 20.191 votants seulement (19.732 oui ; 376 oui aveé amendement ou condition ; 81 non ; 2 blancs) ; de plus, 6 cantons votent oui à l’unanimité sans indiquer le nombre des votants. Canton de Vire : 453 votants, unanimité. — Canton d’Aunay : 203 oui ; 1 non. — Canton de Bény : 425 votants ; unanimité. — Canton de Condé : 429 votants : unanimité (à noter que la section de Pontécoulant (293 présents) est présidée par Armand Doulcet de Pontécoulant, père du conventionnel girondin). — Canton de Danvou : 290 votants unanimité. — Canton de la Ferrière-au-Doyen : 148 oui ; 22 non. (Cette assemblée, très rurale, présente 12 amendements : l’un d’eux demande, comme le projet girondin, la publication annuelle des comptes du Trésor ; mais un autre demande la mise en jugement des députés détenus, afin de les condamner ou de les acquitter). — Canton de Pontfarcv : 461 votants, unanimité. — Canton de Saint-Sever 238 votants, : 228 votants, unanimité. (Arch. Nat.

unanimité. — Canton de Vassy R. BaTicLe : le plébiscite sur la Cons-

B II 4, Calvados. — Voir aussi tilution de 1793 (Révol. franc., 1910, p. 144, 195, 336).

de cette constitution, et qui, rentrés chez eux, « firent comprendre. l'impossibilité d’appliquer la constitution dans un pays envahi, menacé dans son indépendance » (1).

En attendant ce « revirement général de l’opinion », les Virois sont tout à la joie du moment. Le 2 août, la publication et l’affichage de l’acte constitutionnel prennent les proportions d’une solennité. « Cette auguste cérémonie, écrit le district au Comité de salut public, s’est faite avec toute la pompe dont elle était susceptible ; la joie la plus pure pénétrait l’âme des bons citoyens. La lecture du procès-verbal vous convaincra que les citoyens de Vire soupiraient après le code sacré que la Convention nationale vient de leur donner. Ce code sera le point de ralliement de tous les Français. Il fera trembler les tyrans qui veulent asservir notre patrie. » (2)

Ces sentiments s’affirment avec une nouvelle vigueur le 10 août suivant, anniversaire du « jour mémorable de la destruction de la tyrannie », jour bien choisi pour « servir d'époque à l’acceptation d’une constitution républicaine adoptée par tous les Français dont elle doit faire le bonheur ». Annoncée de veille par des sonneries de cloches et des salves d’artillerie, cette fête réunit, non seulement les autorités de la ville, mais des délégués de toutes les municipalités et gardes nationales du district. Le cortège, musique en tête, fait le tour de l’autel de la patrie dressé sur la place du château, puis va à Notre-Dame assister à une messe au cours de laquelle la musique joue des « airs patriotiques ». Un Te Deum termine la cérémonie (3). Après quoi, les délégués et les autorités, de retour à l’autel de la patrie, prêtent le serment de « maintenir la Constitution de la République française, une et indivisible, la liberté et l’égalité, ou de mourir en les défendant ». Faucon, président du district (4), discourt sur les avantages de la liberté et cherche « à embraser du feu sacré du patriotisme tous les auditeurs ». « L’hymne des Marseillais chanté », le cortège se rend au pied de l’arbre de la liberté, y brûle « dix

(1) AULARD : Histoire politique, p. 313.

(2) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 750, f.135 "719 f. 37.0La premicre lecture a lieu au pied de l’arbre de la Liberté. Les autorités, avec garde nationale et musique, vont ensuite, au bruit des cloches et du canon, répéter cette lecture dans les carrefours. « Un peuple immense » suit le cortège, criant : « Vive la République ! »

(3) À ce moment, le clergé constitutionnel a encore bonne presse. L'assemblée primaire de la Graverie a été présidée par Delpon, curé constitutionnel ; celle de Maisoncelles a eu pour secrétaire Sérard, curé de la Lande-Vaumont.

(4) C’est le beau-père de Lenormand, alors en fuite.

GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-Nov. 93) 241

titres de noblesse dont on a laissé ignorer le nom, pour en anéantir jusqu’à la trace, et les cendres [sont] emportées par les vents. » La musique joue le « Ça ira ! », et un peuple « immense » crie « Vive la République ! » (1).

7. Donc, rétractation complète : la Constitution rallie tous les suffrages, l’assemblée qui l’a décrétée est digne de faire l’union de tous les républicains de bonne volonté. D’ailleurs, ne vaut-il pas mieux se réunir contre l’ennemi commun, l’Autrichien, le Prussien, de nouveau menaçants ? On oublie les légendes à la Louvet qui représentaient la Montagne comme royaliste : sont-ils royalistes ceux qui votent une constitution républicaine et démocratique ? Sont-ils royalistes ceux qui, après avoir voté la loi de réquisition du 23 août 1793, la « levée en masse » contre l’ennemi extérieur, lui donnent pour corollaire, pour complément nécessaire, attendu, réclamé par les Virois depuis cinq mois, le fameux décret du 17 septembre 1793 prescrivant l’incarcération des « suspects » ? Ne serait-ce pas plutôt certains fédéralistes qui étaient royalistes ? La Convention l’affirme : les événements de Lyon, de Toulon le prouvent. Quant à ceux qu’on a connus, Wimpffen, déjà soupçonné par le district au printemps précédent, Puisaye, Bougon, alliés des Vendéens, et ces administrateurs qui ont ordonné de remettre en liberté un Thoury de Corderie, ne sont-ils pas des contre-révolutionnaires qui ont mis les bons citoyens « dans l’erreur par des insinuations perfides » ? Désormais, « guerre aux tyrans, aux despotes coalisés ! » et, « paix aux amis de la République ! » (2) « La présence de l’Anglais le long de nos côtes ne nous intimide pas. Le district de Vire apprendra à la République entière qu’il était digne de combattre les ennemis de sa patrie. Nous jurons une haine éternelle à l'aristocratie, au fanatisme, et au fédéralisme, et, pour leur faire une guerre à mort, nous vous prions de nous procurer des armes... »

Le ralliement autour de la Convention est bientôt tel qu’on ne songe même plus à la Constitution de 1793. Sur le rapport des délégués des assemblées primaires qui sont allés à Paris et que les Jacobins ont su endoctriner, tous admettent que les nécessités du salut public exigent le maintien de la Convention à son poste (3). « Considérez, lui écrit la municipalité le 4 octobre,

() "Id, anc. 719, f. 39, 41, 43 ; 750, f 11° — Arch. Vire, D 4, f. 83.

(2) Adresse du district à la Convention, 3 octobre 1793. (Arch. Calv., 425):

(3) Voir à ce sujet les lettres du 29 septembre au président de la Convention et aux représentants présents à Caen. — La Convention, étant « constituante », aurait dû se retirer après la mise en vigueur de la Constitution (id. anc. 750, f. 122,128).

avec quelle justice la patrie en danger vous impose la loi de rester à votre poste jusqu'à ce que les triomphes de la liberté aient étouffé les soupirs menaçants de la tyrannie agonisante. Tous les vrais républicains désirent ardemment que vous conduisiez jusqu’à la perfection le sublime édifice dont vous avez si solidement posé les bases, et la commune de Vire vous en conjure au nom du salut public. » (1)

Certes, le ton est déclamatoire, et la flagornerie évidente : cet etalage de patriotisme vise à faire oublier qu’on n’a pas su éviter l’écueil fédéraliste. Et, à la lecture de telles adresses, les premiers représentants en mission dans la région ont dû rester quelque peu sceptiques : il était assez difficile d’en faire accroire à Bonnet (2), Duroy et Robert Lindet, des hommes du cru. Heureusement pour les personnages compromis, les deux premiers, étant du Calvados et y comptant beaucoup d’amis (3), voulurent bien se contenter de cette prose et surent éviter des représailles.

Mais, leurs successeurs n'étaient pas tenus à une telle réserve : et Laplanche, Garnier (de Saintes) et Jeanbon-Saint-André ne dissimulèrent pas leurs préventions contre les Virois (4). Le dernier nommé, passant par Vire, le 4 décembre 1793, ordonne sur simple dénonciation du district de Mortain, la destitution et même l’incarcération du procureur-syndic Delavente ainé et des administrateurs Faucon, Goislard, Lebastard et Roger, simplement coupables d’avoir, en juillet précédent, exécuté l’ordre du départe-

(HÉATch A Mice, DU MS06:

(2) Le 24 décembre 1793, Bonnet [ex-maire de Caen] avoue que « le Calvados n’a pas saisi promptement les principes républicains ». (AULARD : Recueil des actes, t. IX, p. 634).

(3) Lindet, Normand de l'Eure, s’en plaignit au Comité, le 27 août, et obtint gain de cause puisque, le 3 septembre, la Convention rappela Bonnet et Duroy qu’il n'était pas bon de laisser dans les départements qui les avaient députés (Ip., id., t. VI, p. 135). Parmi ceux que Lindet, resté seul, a fait destituer, se trouve de Grouchy, officier de l’armée de l'Ouest, beau-frère de Doulcet de Pontécoulant.

(4) Laplanche, « personnage hâbleur et grossier » (LÉVY-SCHNEIDER Jeanbon Saint-André, t. 1°", p. 588) signala à la Convention le « mauvais esprit des habitants de cette partie du Calvados ». Reproduite par le

Républicain, cette allégation souleva les protestations de la municipalité et du club de Vire (AuLzarp : Recueil. t VITE p.328 — Arch. Vire, D 10, p. 160 ; I 74, f. 3, 13). Le 29 décembre 1793, Garnier parle des distriets de Domfront et de Vire « où l'esprit publie est détestable (AULARD : Recueil.…., t. IX, p. 755). — Cependant, leur politique n’est pas répressive : Lindet a été modéré ; Laplanche a dit qu’ « il n’était pas si diable qu’il était noir ». Ils n’ont cherché à frapper que les contrerévolutionnaires avérés, s’efforçant de rallier les fédéralistes dont le républicanisme était certain.

GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-Nov. 93) 213

ment du Calvados leur prescrivant de remettre en liberté Polinière et son épouse (1). Aux yeux de ces représentants, les protestations d’attachement prennent peu de valeur. Seuls, des actes peuvent prouver la réalité des sentiments affichés dans les adresdes des autorités locales.

L'application du fameux décret du 17 septembre 1793 constitue pour les Virois une excellente occasion de mettre leur conduite en harmonie avec leurs paroles. Ce décret comble d’ailleurs les vœux des autorités locales qui souhaitaient depuis cinq mois Padoption d’une législation sévère à l’égard des suspects.

De plus, ce sont les comités de surveillance révolutionnaire créés au printemps de 1793 qui sont plus spécialement chargés de Pexécution ; étant donné l’état d’esprit de certains de leurs membres, pleins d’un rude zèle, elle ne peut qu'être très rigoureuse (2).

Il est certain qu’on ne perd pas de temps : commencée le 8 octobre 1793, l’opération est, le jour même, appliquée à 14 personnes ; et le soir, la municipalité annonce que la prison sera trop petite (3). On continue les jours suivants, et, au bout de dix jours, 47 personnes ont pris domicile à la maison d’arrêt (4).

Par la suite. il faudra transformer en lieu de détention la maison de l’émigré de Billeheust (5) ; puis, on sera bien aise d’évacuer sur Caen, à la fin de brumaire an IlI-novembre 1793, une

(1) Voir p. 263. Les 5 incarcérés furent remis en liberté le lendemain, leurs collègues ayant fourni la preuve de leur innocence, mais Jeanbon ne les rendit pas à leurs fonctions « parce qu’il voulait prendre de plus amples informations ». (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 719, f. 29 ; 730 pNMTA2 int. 29 0floréalan TI: 700 112115. "Arch. Vire, 1 74, 1.5, 7. — Arch. maison d’arrêt Vire, reg. 1786-an II, f. 58).

(2) Si le comité de Saint-Thomas paraît plus actif que celui de l'hôpital, cela vient de ce que la circonscription du premier contient tout le quartier aristocratique de la cité.

(3) Le tribunal doit céder comme annexe la chambre dite du Conseil qui communique avec la Conciergerie.

(4) Arch. maison d'arrêt Vire, reg. 1786-an II, f. 36-41. De plus, du 14 octobre 1793 au 23 janvier 1794, 88 personnes étrangères à Vire sont amenées comme suspectes à cette prison, sur ordre des comités de Saint- Martin et Saint-Germain-de-Tallevende, Neuville, Courson, Montchamp, la Graverie, Landelles, Bény, Brémoy, Bernières-le-Patry, Clinchamps, Annebecq, le Tourneur, Coulonces, Beaumesnil, Saint-Sever, Estry, Saint-Manvieu, Lassy, Maisoncelles-la-Jourdan. D’autres suspects, comme les Gaultier, de Carville, ont dû être directement transférés à

Caen.

(5) 3 pluviôse an I1-22 janvier 1794. On y mettra les Augustines de l'Hôtel-Dieu, puis toutes les religieuses non sermentées, au total 69.

partie de ces détenus (1). Enfin, les suspects âgés ou infirmes sont simplement consignés à l’intérieur de leur demeure « sous la garde d’un sans-culotte ». x

« La loi du 17 septembre, pourra écrire Laisné au Comité de sûreté générale, le 24 janvier 1794, a reçu assez universellement son exécution, particulièrement. à Vire, où les arrestations ont été nombreuses. » (2)

Les archives des deux Comités de surveillance étant disparues, il n’est pas possible de donner une liste complète des suspects atteints par la loi. De plus, « immédiatement après la publication du décret, écrira plus tard Laisné (3), des arrestations furent faites. pour des motifs plus ou moins fondés (4). Plusieurs [comités] ayant reconnu lerreur dans laquelle ils avaient été entraînés, soit par des dénonciations mal fondées, soit par des faits supposés, rendirent presqu’aussitôt la liberté à ceux qu’ils venaient de faire arrêter. » (5). De cet aveu, il résulte qu’un certain nombre d'individus déclarés suspects, consignés à leur domicile (6), puis libérés quelques jours après, ne peuvent figurer dans la liste ci-jointe (7), établie au moyen d’éléments épars dans les archives du district, de la municipalité et de la maison d’arrêt.

Cette liste comporte néanmoins 82 noms d’habitants de Vire, dont 47 hommes. La plupart des parents (8) et agents d’émigrés,

(1) 13 hommes et 11 femmes provenant de Vire ont été ainsi détenus aux Carmélites (hommes) et aux Bénédictines (femmes) de Caen. (Arch. Calv., L" (reg.) : mouvement des maisons d’arrêt des hommes et femmes suspectes.) é

(2) Le 5 janvier, il avait écrit : « La tranquillité règne. les malveillants les plus marquants ont été mis en état d’arrestation, et, à mesure que de nouveaux paraissent, ils subissent le même sort. (Id., anc. 747, f#3 CMS).

(3) Id., anc. 742, n. f. 20 messidor an Il, au Comité de salut public.

(4) Le 24 janvier, il avoue que, « dans les campagnes, beaucoup d’arrestations ont eu pour cause des haïines particulières ; et, particulièrement, ceux qui n’allaient pas à la messe, ont été déclarés suspects ».

(5) « Je vous observe que ces élargissements ont eu lieu avant la loi du 14 frimaire qui leur défend de mettre en liberté ceux qu’ils auront fait mettre en état d’arrestation. »

(6) Pour ceux qui sont entrés à la maison d’arrêt, les registres d’écrous donnent la précision souhaitable.

(7) Voir appendice III-B.

(8) On n’y voit figurer ni la dame Leharivel de Fresne, ni la veuve Roussel de Fontenelle, mères d’émigrés ; ni les sœurs de l’émigré Heurtault ; ni la femme de l’émigré Le Brun de Blon, ni les Banvilie de Martilly, beau-père et mère de l’émigré du Quesnoy. Etaient-ils alors

GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-NOv. 93) 279

les individus d’incivisme notoire ont perdu momentanément leur liberté. Des femmes, des jeunes filles, des domestiques accompagnent en prison le chef de famiile ; des vieillards que leur âge rend peu dangereux, des administrateurs, des magistrats de l’époque révolutionnaire : Noël du Pare, ex-juge au tribunal du district ; Noël du Rocher, ex-administrateur du Calvados ; Brouard de Clermont, président de l’administration départementale en 1790-91 ; enfin Suzanne de Montbray, veuve Philippe Dumont, mère d’Armand Dumont qui a commandé à Brécourt les chasseurs de la Brétèche, complètent la liste.

Ajoutons que, parmi ceux que visait le décret du 17 septembre, plusieurs s’empressent de quitter la ville pour se soustraire aux effets du mandat d’arrêt. Ils vont se cacher dans les communes où ils ont des propriétés ; là, ils rencontrent des complaisances, des complicités, même de la part des autorités locales. Ainsi agit Viel (1) ; puis c’est le ménage Polinière qui réussit à éviter l’incarcération en se réfugiant à Coulonces (2). Très mécontent, le Comité de Saint-Thomas obtient du Conseil de district, le 15 décembre 1793, l’autorisation de faire les recherches nécessaires Gans toute l’étendue du district, et de requérir à cet effet la force publique (3) : mais cette mesure semble avoir été peu efficace. Néanmoins, il est clair que les autorités locales ont saisi avec empressement l’occasion que leur offrait la loi du 17 septembre de marquer leur horreur pour l’ancien régime et ses partisans.

Au même moment, un événement se produit qui met les Virois en mesure de montrer une fois de plus la sincérité de leur ralliement : l’incursion vendéenne en Normandie (4).

en résidence à la campagne ? Ou, simplement consignés à leur domicile, ont-ils été libérés très rapidement par les Comités ? On ne s’explique pas pourquoi ils ont pu être exceptés de l’application de la loi.

{) Viel, rère et beau-père d’émigré, s’est réfugié à Maisoncelles. En vain, le Comité de Saint-Thomas y perquisitionne, « la municipalité lui ayant procuré des facilités d'évasion ». Bien mieux, des particuliers de Maisoncelles déposent « une réclamation pour empêcher lPeffet du mañdat d’arrêt » et tiennent des propos si « insolents » que le Comité de Saint-Thomas les fait arrêter. (Arch. Vire, I 74, f. 27, 31).

(2) C’est en vain qu’on les portera sur la liste des émigrés : ils sortiront de leur retraite sous la réaction thermidorienne et obtiendront de la .municipalité de Coulonces les certificats nécessaires pour avoir

radiation.

(3) Arch. Calv. L, district Vire, anc. 720, f. 30.

(4) « Je ne sais encore, écrit à ce propcs le représentant Lecarpenticr, si le peuple du Calvados va saisir cette occasion pour laver la tache que le fédéralisme a imprimée à ce département. » (AULARD : Recueil.….,

t. VIIL, p. 229).

Représentée, cette fois, par une véritable armée bien homogène, « nobles et paysans étant également royalistes, avant tout catholiques » (A), la contre-révolution tente un puissant retour offensif. L'imminence du danger scelle, en quelque sorte, la réconciliation de tous les partisans de la République, et les Virois, fédéralistes penauds, se groupent tout naturellement autour de la Montagne, seule capable, à leurs yeux, d'animer le bloc de ceux qui doivent faire front contre l’ancien régime.

C’est le 24 octobre que les Virois apprennent que les Vendéens, après avoir franchi la Loire, se dirigent vers le nord ; et déjà, le district demande aux représentants Lindet et Oudot des armes et des munitions pour les gardes nationales de son ressort. Puis le 30, à la nouvelle de l’échec de Mayenne, transmise d’Avranches par Garnier (de Saintes), la garde nationale de Vire gagne Domfront (2), tandis que celles de Saint-Lô et Torigni vont à Condésur-Noireau. Mais le 3 novembre, à 2 heures du matin, on apprend la prise d’Ernée par les Vendéens et leur marche vers Vitré et Fougères : ils peuvent, par Mortain, se rabattre vers Vire. La ville étant sans défense, les autorités veulent la mettre en état de supporter le choc, réclament à nouveau des armes, des munitions. « L’instant est arrivé, proclame le district, où l’on reconnaïitra les vrais républicains. » (3)

Cependant, spectacle peu fait pour réconforter les populations, quantité de militaires en déroute depuis l’affaire d’Ernée traversent la ville (4). De plus, on en est toujours réduit aux hypothèses sur les projets des Vendéens. Songent-ils à Saint-Malo, à Cher-

(1) H. PRENTOUT : Le fédéralisme en Normandie (Révol. franc., t. LVIII, pa159);

(2) Seuls partent les canonniers et 300 hommes porteurs de tous les fusils disponibles (Lindet et Oudot les feront relever par des jeunes gens de la réquisition). Parmi eux, « plusieurs ont lâchement abandonné leurs drapeaux. » — Au club, « un membre à demandé que tous ces lâches déserteurs fussent sur-le-champ mis en état d’arrestation et. punis selon la rigueur des lois. » Adopté à l’unanimité. (Arch. Calv. L, district Vire, anc. 719, f. 128, 132-135 ; 732, f. 100-111. — Arch. Vire, D 4, f. 115-117 ; D 10, p. 153-154).

(3) De même, il écrit à Condé : « Le moment est arrivé où il faut que vos concitoyens et les nôtres prouvent ensemble qu’ils sont dignes de porter le nom de républicains » ; et il invite les gardes envoyés à Domfront à ne pas imiter « les poltrons de cette ville. hommes à circonstances et qui se plient selon leur influence ». (Arch. Calv., L, districtVire anc- 1920 eine

(4) Le district les arrête pour leur faire rejoindre leur corps. Il récupère la caisse du 8° bataillon du Calvados. (Id, anc. 719, f. 138 120803007522 7):

FA

GIRONDE ET MONTAGNE (NOV. 92-Nov. 93) 277

bourg ou à Caen ? Le 4 novembre, à 9 heures du soir, Demortreux, désigné par ses collègues, part pour Caen ; à 6 heures du matin, il voit les représentants Oudot et Laplanche, en obtient quelques munitions, et l’assurance que, le 6, ils partiront pour Falaise avec une « armée formidable ».

Le 7, Vire apprend que des parlementaires vendéens ont sommé la viile de Saint-Hilaire-du-Harcouët (Manche) de se rendre dans les 48 heures. Mais on sait que l’armée Sépher est en route ; les autorités passent la nuit à préparer l’étape. Malgré la précision de la menace, on respire.

Le 10, l’armée Sépher, forte de 6.000 hommes, arrive, accompagnée par Laplanche. Mais dès le 13, à la nouvelle de la prise d’Avranches par les Vendéens, Sépher et Laplanche, opérant une manœuvre incompréhensible, donnent l'ordre de gagner Torigni, à 6 lieues au N.-N.-W. de Vire, s’écartant ainsi de l’ennemi (1). La consternation est grande dans la ville ; mais il n’y a pas affolement. Le district prend la direction des mesures de défense, fait exécuter des abatis d’arbres, des tranchées, des redoutes sur les routes d’ Avranches et de Villedieu, les chemins de Gathemo et Montijoie et à l’extrémité de la rue des Cordeliers. Tous les architectes et entrepreneurs sont mis en réquisition, ainsi que le matériel et les ‘animaux nécessaires. Vire et Saint-Sever seront les points de rassemblement des gardes nationales. Les hommes sans fusil se muniront de haches, fourches, faulx. Les municipalités défaillantes seront déclarées « traîtres à la patrie » (sic) (2).

Le 15 novembre, au milieu de €es préparatifs menés avec une activité fébrile, on apprend l’attaque de Granville par les Vendéens. D’heure en heure, des courriers montés apportent des nouvelles : on connaît ainsi très vite la belle résistance des Granvillais et l’échec des Vendéens dans leur tentative d’eniever un port qui leur aurait permis de prendre contact avec la flotte

anglaise (2).

(1) « Quant à Sépher, il venait de faire une campagne de cinq jours qui pourrait passer pour le chef-d'œuvre de lPabsurde, se reportant de Vire sur Coutances par Saint-Lô, le 23 brumaire, pour couvrir Cherbourg, au lieu d’aller défendre Granville. » (LÉYY-SCHNEIDER : Le Conventionnel Jeanbon Saint-André, t. 1°", p. 588). Sépher sera destitué le 1° décembre suivant.

(2) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 720, f. 7-9 ; 732, f. 117-124, 127-129 : 750, f. 122. On évacue sur Condé les archives.

(3) Les Virois prétendent entendre le bruit du canon. Leurs lettres aux armées pouvant tomber aux mains de l’ennemi, ils y déclarent avec emphase qu’ils ont des forces considérables, capables d’exterminer oué les brigands. Plus tard, ils avoueront Île subterfuge. (Id. anc. 732,

278 LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIÏRE

Mais, cette victoire, au lieu de rassurer les Virois, augmente d'abord leurs alarmes. En effet, Sépher étant à Coutances et les « Mayençais » à Fougères, les Vendéens vaincus vont refluer vers l'est. Dans la soirée, la nouvelle de la prise de Villedieu, à 6 lieues de Vire, par les cavaliers de La Rochejaquelein, justifie ces prévisions. Deux jours se passent dans l’angoisse, sans armes ni munitions (1). Enfin une reconnaissance de hussards, envoyée vers Villedieu, rentre, attestant que les Vendéens sont en pleine retraite vers le sud. Quelques jours encore, on se tient sur ses gardes, puis les postes établis sont peu à peu supprimés.

Vire n’a done pas eu à subir le choc des Venäéens auxquels on n’aurait pu résister longuement. Mais l’attitude des autorités, l’empressement que mit la population à exécuter les travaux défensifs, frappérent les représentants et les amenèrent à abandonner leurs préventions contre ces fédéralistes repentis. Laplanche lui-même, le 22 novembre, signala à la Convention la belle attitude des Virois (2).

Cette incursion vendéenne, montrant aux Virois de quel côté venait le péril pour la République, fut bien, après la promulgation de la Constitution, le grand facteur de ralliement à la Convention montagnarde. Certes, il n’y a peut-être pas lieu de suivre Laplanche qui, tombé dans l’excès opposé, écrit maintenant : « La nouvelle de la juste punition de 21 députés a produit le plus grand effet... L’exécution de Fauchet a produit le plus grand plaisir

(4) SÉauix (Hist. de la Chouannertie, t. 1%, p. 100) dit qu’il y eut émoi à Vire : « Les uns fuyaient, les autres enfouissaient leur argent ». Le district regrette surtout de ne pas avoir d’armes, car « nous ne pourrons pas tuer un seul brigand. » (Id., anc. 732, f. 136-138, 142 ; 733, f. 51).

(2) Le 30 novembre, Sosson, de Caen, déclare à la Convention : « Le Calvados est régénéré et n'offre de toutes parts qu’une sublime Montagne. À la nouvelle que les brigands se portaient sur ce département, tous les citoyens accoururent aux armes. » (Id., L 427). — Le 24 décembre, Bonnet écrit au Comité de salut publie : « On peut être sùr qu’actuellement, [le Calvados] défendra la République avec un courage intrépide. La levée en masse à l’approche des brigands en est la preuve. » — Après avoir dit qu’il soupçonnait « Vire d’être capable des atrocités commises à Fougères contre les défenseurs de la patrie », Laplanche fit savoir aux Virois son désir de leur « donner des marques sensibles de son attachement », et il écrivit à la Convention : « Les retranchements formés à Vire avec une célérité dont il y a peu d'exemples. mettent parfaitement à couvert les départements de la Manche et du Calvados. » (AuLARD : Recueil…., t. VIII, p. 635 ; t. IX, p. 634. — Arch. Vire, H aff. milit.). Dès janvier 1794, les représentants consentiront à écouter les doléances des deux Virois les plus compromis dans le fédéralisme, Germ. Duboscq et P.-J.-R. Lenormand, « victimes » des députés proscrits. (Arch. Vire, I 74, f. 4, 26, 53, 72).

dans le Calvados. » (1) Mais il est certain qu’une évolution s’est accomplie. « À cette époque, écrit le district au sujet de l’incursion vendéenne, le département, trompé sur les journées des 31 mai et 2 juin, mais revenu. de l'erreur où des députés proscrits lavaient plongé, déploya avec nous toutes les forces pour repousser les brigands. Les Calvadossiens aimaient trop la patrie pour consentir jamais à servir la cause de ces scélérats. »

Victimes de « l’erreur comme les autres patriotes qui ont été séduits et malheureusement entraînés dans l'insurrection de Caen » (2), les Virois se sont ressaisis. Sans doute, la Convention, centre de leur ralliement, est dominée par la Montagne, cette « faction » honnie pendant 8 mois. Qu'importe ! La défense natiopale exige qu’il y ait union de tous les Français disposés à sauver la patrie, à fonder la république. Par attachement au nouveau régime, par patriotisme, les Virois oublient leurs préventions de la veille contre la Montagne.

2. HISTOIRE POLITIQUE DE VIRE AU TEMPS DE LA MONTAGNE TRIOMPHANTE (DÉCEMBRE 1793-JUILLET 1794)

Caractères de cette période. — 1. Organes locaux de fonctionnement du régime révolutionnaire : district, municipalité, comités, etc. Nécessité de les épurer. La société populaire régénérée ; son intervention ; épuration Bouret. Fonctionnement de ces organes. — 2. La Terreur à Vire. Caractères. Répression : émigrés, ascendants d’émigrés, prêtres déportés, prêtres insermentés. Prévention : les suspects ; les élargissements ; attitude du représentant Bouret. Conclusion sur la Terreur à Vire. — 3. L'esprit public à Vire en l’an II. Caractères. L’opposition. Les ralliés : hostilité à l’ancien régime ; fétes publiques ; adresses à la Convention ; réception des représentants en mission. — 4. Le mouvement religieux. Facteurs d’évolution. Manifestations anti-religieuses : fermeture des églises. Attitude des autorités à l’égard du clergé jureur. Attitude des prêtres : les abdicataires ; les mariages

de prêtres. — Les cultes nouveaux : la fête de la Raison à Vire. La féte de l’Etre suprême. Caractère local de ces cultes révolutionnaires. Profondeur du mouvement : état-civil, calendrier républicain ; célébration du décadi ; continuité de l’exercice du culte catholique. — Conclusion.

(1) I1 ajoute, avec plus de vraisemblance : « Le peuple est maintenant convaincu que la Montagne veut sincèrement son bien, et que la Convention est inflexible pour ceux dont les crimes peuvent attenter à l'unité et à l’indivisibilité de la République. » (AuLarp : Recueil, t. VIII, p. 245).

(2) Arch. Vire, I 74, f. 50. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 733, SF 66 736, f. 82. Les Virois n’ont pas assez de malédictions contre

Bougon-Lonzgrais, ce « traître », ce « conspirateur qui s’est joint aux

brigands de la Vendée ».

280 LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIFE

La période de la Montagne triomphante est celle au cours de laquelle tous les Français vraiment soucieux du salut de leur patrie adhèrent à l’idée montagnarde de la nécessité des grandes mesures révolutionnaires.

En l'an 1”, « les lois sont révolutionnaires, ceux qui les exécutent ne le sont pas. » (1) En l’an II, il n’est pas de patriote clairvoyant qui ne « marche ré olutionnairement ». Abandonnant ’individualisme qui avait marqué les premières années du régime nouveau, tous comprennent que la discipline la plus rigoureuse est devenue indispensable et acceptent sans résistance « le despotisme de la liberté contre la tyrannie » (2).

L’omnipotence étant ainsi rendue à lJEtat, la période de la Montagne triomphante est nécessairement celle de l'apogée du gouvernement révolutionnaire, celle où il fonctionne avec tous ses rouages essentiels et obtient le maximum de rendement. C’est aussi celle de l’apogée de la Terreur, car « il n’y a de citoyens dans ia Républiaue que les répuhlicains », et le gouvernement « ne doit aux ennemis du peuple que la mort » (3). C’est enfin l’époque de l’apogée d’un mouvement de déformation religieuse, tendant à substituer au christianisme, irréconciliable adversaire du nouveau ‘régime, des cultes « révolutionnaires » qui, malgré leur apparente diversité, « ne furent à la lettre que l’adoration de l'Etat, de la patrie, qui prit corps et se ritualisa » (4). Gouvernement révolutionnaire, régime de terreur, cultes nouveaux, tout va de pair, contribuant au même résultat : le salut de la patrie. Les innovations de la Montagne prouvent leur efficacité : les dangers de la guerre civile et extérieure diminuent, ce qui justifie les prévisions ue ceux qui, l’an d'avant, n'avaient cessé de réclamer l’emploi « terrible », mais « nécessaire », des « lois de la guerre » (5).

En ce qui concerne la ville de Vire, il convient de répondre aux questions suivantes : comment ont fonctionné les organes locaux du gouvernement révolutionnaire ? Comment a-t-on appliqué la Terreur ? Quel accueil a été fait à ce régime par la population, et, en particulier, quelle a été la contribution locale au mouvement de déchristianisation et d’instauration des cultes nouveaux ? ï

1. Pendant cette période, les organes locaux des ordres admi-

(1) Saint-Just à la Convention (10 octobre 1793).

(2) Définition du gouvernement révolutionnaire par Robespierre. (3) Robespierre.

(4) A. Marmiez (Rev. d’'hist. mod., t. III, p. 127).

(o) Jeanbon Saint-André (2 juin 1793).

nistratif et judiciaire installés sous la Constituante continuent de prendre part à la conduite des affaires publiques. Mais, averti par aventure fédéraliste, le pouvoir central les fait surveiller par ses agents et réalise la subordination administrative que la Constituante n’avait pas voulu établir, par défiance de tout ce qui rappelait les pratiques de l’absolutisme.

Mais, ces organes, bien que soigneusement tenus en haleine, ne peuvent suffire désormais. Il faut faire appel à d’autres rouages. L’un d’eux est le Comité de surveillance, issu du décret du 21 mars 1793 : ses attributions vont comporter maintenant la police générale et l’application des mesures concernant les menées contrerévolutionnaires. L’autre n’a pas, n’aura jamais de caractère absolument officiel : c’est l’ancienne Société des Amis de la Constitution devenue Société populaire des Amis de la République. En 1794, sous la pression des événements et grâce au crédit dont elle jouit près des représentants en mission, elle devient, à côté et même au-dessus des autorités légales qu’elle contrôle et parfois dirige, « un véritable gouvernement aux rouages multiples, aux attributions infinies » (1), vigoureusement actionné lui-même, grâce au système des affiliations, par le centre même de l’énergie révolutionnaire, le club des Jacobins de Paris.

C’est le fameux décret du 14 frimaire an II-4 décembre 1793 qui définit le mieux la tâche qui incombe à chacun des organes officiels. Il confie au district (2) « la surveillance de l’exécution des lois révolutionnaires et des mesures de gouvernement, de sûreté générale et de salut public dans les départements, à la charge d’en rendre compte exactement tous les dix jours au Comité de salut public pour les mesures de gouvernement et de salut public, et au Comité de surveillance de la Convention, pour ce qui concerne la politique générale et intérieure, ainsi que les individus » (3).

Pour donner plus de vigueur à l’application des lois, le même décret remplace le procureur-syndic, éligible, par un agent national désigné par le pouvoir central et chargé de réquérir et poursuivre l’exécution des lois, ainsi que de dénoncer les négligences

(1) Gazagert : Le club de Montauban (Rev. d’hist. mod., t. X, 1907-08).

(2) Depuis juillet 1792, le district fonctionne sous sa forme complète, le conseil général (12 administrateurs). Maïs le décret du 14 frimaire (sect. III, art. 5) ayant, à cause du fédéralisme, supprimé de la hiérarchie le département pour tout ce qui concerne « les lois révolutionnaires et les mesures de gouvernement », le district devient la véritable

unité administrative.

(B)Sect.vil, art 26:

et infractions (1). Obligé de correspondre tous les dix jours avec les Comités de gouvernement « afin de certitier les diligences faites. et de dénoncer les retards et les fonctionnaires publics négligents et prévaricateurs », l’agent national est le rouage de centralisation le plus effectif de l’administration locale.

« L'application des lois révolutionnaires et des mesures de sûreté générale et de salut public, dit le décret du 14 frimaire (2), est confiée aux municipalités et aux Comités de surveillance. à Ia charge. de rendre compte, tous les dix jours, de l’exécution.…. au district. comme chargé de leur surveillance immédiate. » Et l’agent national de la commune, qui remplace le procureur, est ici « l’œil et le satellite inséparable » de la loi. Le législateur considère ces organes « comme étant placés plus près des ennemis de la chose publique et formant en quelque sorte l’avantgarde destinée à les combattre ». « Vous êtes, leur écrit le Comité de salut public, les bras qui meuvent le levier révolutionnaire... Vous avez toute la latitude d'activité qui est nécessaire. Vous ne recevez de bornes que des lois. Il faut que la loi veille plus que le crime, que son action puisse... le frapper à toutes les heures... Cette loi révolutionnaire vous met à la main la vengeance nationale... » (3)

Il n’est pas nécessaire d’insister sur l’ampleur de la tâche constituée par l'application de la « loi révolutionnaire » : les difficultés résultant de l’état de guerre, le désordre financier, le malaise économique, les menaces de disette compliquent étrangement les choses.

Pour obtenir de tous ces organes un rendement conforme aux vues du législateur, il est utile de les débarrasser, au préalable, de tous les éléments susceptibles de ne pas marcher « révolutionnairement ». C’est pourquoi la loi du 14 frimaire prescrit l’épuration des autorités constituées. À cet effet, le Comité de salut public, le 29 décembre 1793, décide l’envoi dans les départements, de 58 députés munis de « pouvoirs illimités ». Précédemment, des représentants étaient allés en mission dans les départements, mais toujours pour des objets très particuliers. Il s’agit, cette fois, d’une grande mission d’unification : toute l’administration française doit en sortir régénérée selon les principes montagnards.

Toutefois, parce qu’on a bien soin de ne pas envoyer dans un département, de représentant appartenant à sa députation, ces

() Sect. IT, art. 14. L’art. 15 permet de déléguer les fonctions d'agent national au procureur syndic, s’il n’est pas dans le cas de destitution.

(2) "Sect. "IL art. 8.

(3) Circulaire du Comité aux communes sur l’application du décret du 14 frimaire,

délégués du Comité de salut public risquent fort de n’avoir aucune idée des conditions locales au milieu desquelles ils vont avoir à opérer. C’est alors qu'intervient, avec une efficacité certaine, le Club local. Il serait dangereux de consulter un corps électoral où pourraient se glisser des ennemis de la chose publique. Il vaut mieux se faire éclairer par un groupement qui, à cause de l’impulsion reçue des Jacobins de Paris, est, sûrement, « à la hauteur des circonstances » et présente toutes les garanties de partialité désirables.

Voyons comment le club de Vire a rempli ce rôle.

C’est seulement le 27 octobre 1793 qu’on s’est remis à l’œuvre pour « régénérer la société ». Après la rédaction d’une adresse de sympathie à la Convention (1), on prépare une assemblée générale qui se tient, le 26 novembre, dans l’église de l'hôpital général. Un Comité directeur ayant à sa tête Gauthier, Demortreux fils, Bazin du Parc et G.-F. Mauduit, puis des comités de correspondance, de surveillance et d’instruction publique (2) sont constitués et un règlement est rédigé (3). Le 8 décembre, un membre observe que « la société régénérée devait s’empresser d’en faire part aux Jacobins de Paris » : on leur écrit aussitôt et on les invite à « faire parvenir tous les ouvrages qui pourraient maintenir et propager l’esprit républicain et. aider à anéantir le fanatisme et toutes les aristocraties..… » (4) Ainsi se trouvent renouées ces rela-

(1) « Pour la féliciter sur ses travaux, lui témoigner de la reconnaissance pour la fermeté des mesures qu’elle prend dans les moments de crise, la prier de continuer et de rester à son poste jusqu’à ce que les ennemis de la République soient. anéantis. »

(2) « dont chaque membre, alternativement, serait chargé d’instruire le peuple. » (Arch. Vire, I 73, n. f.).

(3) Adopté définitivement le 3 février 1794 et imprimé chez Lebel, membre du club. Sur proposition du général Beaufort, de passage à Vire, on admit aux séances les militaires présentant un diplôme de civisme délivré par leur bataillon. Les militaires jouent un grand rôle aux séances, indiquant notamment comment procèdent les autres clubs qu’ils ont fréquentés, d’où nombreuses motions pour mettre celui de Vire à l'unisson. Mais, souvent, ces militaires, surtout ceux des bataillons de Paris, présentent leurs motions sur le mode violent et il y a tumulte. (Le procès-verbal du 14 décembre 1793 dit cependant : « On n’a pas confondu les militaires avec les muscadins qui sont venus troubler la société. » [Premier emploi à Vire du mot muscadin]). (Id., I 74, f. 2 6, 8, 11, 12, 33, 48. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 750, f. 37. — Bibl. Vire, ms. Crespin, t. 1°", p. 307-322).

(4) Le 13 mars 1794, un membre demande, peu opportunément Ê l’affiliation au club des Cordeliers qui a si bien mérité de la Révolution je On passe à l’ordre du jour, car « au surplus, nous sommes AIAUES à la société des Jacobins qui peut être regar‘'é2 comme la sociélé-mère de toute La République. » (Arch. Vire, I 74, f. 6, 57).

tions entre la société-mère et la filiale de Vire, qui avaient fait défaut au printemps précédent.

Pour assurer sa bonne marche, le club régénéré se rend compte qu’il convient d’effectuer une dernière besogne : l’épuration de ses membres. Il en charge son Comité de surveillance devenu Comité d’épuration et de présentation. Mais la mise en pratique entraîne la manifestation de deux tendances si opposées que cinq des sept épurateurs en arrivent à démissionner (1). La première, toute d’excommunication, est exprimée, le 6 janvier. 1794, en cette motion, très applaudie, « que tout condidat, sur l’interpellation qu’un membre pourrait lui faire de rendre compte de sa vie civique depuis la Révolution, n’en soit pas quitte à dire : que peut-on me reprocher ? Qu'il soit tenu de dire ce qu’il a fait pour clle ». Mais, c’est, finalement, non sans résistance (2), l’autre tendance qui l’emporte, puisque, le 16 février, la liste épurée est présentée en ces termes

« Le vœu de votre Comité, citoyens, a été de montrer cette enceinte comme le point où doivent se réunir un jour tous ceux qui ne sont pas assez malheureusement nés pour ne pouvoir jamais connaître les avantages de la liberté. Parmi ceux qu’il vous présente aujourd’hui, peut-être en est-il quelques-uns qui r’ont pas assez tôt senti la chaleur vivifiante de l’amour sacré dont doivent être pénétrés des cœurs vraiment républicains. Mais, en les appelant à ce foyer brûlant de patriotisme, votre Comité a cru vous acquérir des frères. Vous vous les assurez par l’accueil avec lequel vous les recevez. — Le rapport a été applaudi et le travail du Comité adopté. » (3)

(1) Premiers titulaires : Lebonnoiïis ; Leharnoiïis ; Pichon la Couronne, drapier ; Vincent, papetier ; Roussel, apothicaire ; Duval et Leforestier, ex-prêtres. Les 5 derniers démissionnent « à cause des attaques dont ils sont l’objet ». Leurs successeurs : Baron, geôlier ; Lepesteur, ex-moine ; Th. Petit ; H. Brion ; G. Murie, sont plus conciliants.

(2) Surtout en ce qui concerne les nobles. Le 5 mars, on dit : « la plupart des nobles [candidats au club] sont des patriotes de 89 ; ils gémissent d’être maculés de cette tache Au surplus, si quelqu'un d’entr’eux avait. des principes et une conduite équivoques, on serait toujours à même de le surveiller. Autre chose serait de les admettre à des places supérieures, autre chose [est] de les laisser partager un noviciat d'égalité et de républicanisme.…. » Mais, le 9 mai, « la société arrête que les noms des ci-devant nobles. seront supprimés de la liste de ses membres et qu’il leur sera délivré des certificats de bonne conduite quand la société le jugera à propos. » (Id., f. 54, 84).

(3) Dans la pratique, il y eut suspension, jusqu’à justification, de tous les candidats douteux. Ex. : Duchesne, ex-administrateur, « accusé de s'être fait payer à boire par des aristocrates » et de n'avoir pas gardé le secret sur les opérations du district. — Durand, papetier, « indifférent jusqu’à ce jour ». — Goislard, ex-administrateur, dur aux

Ainsi ouvert, le club comprend nécessairement quelques membres équivoques. Mais, ou ils évitent d’attirer l'attention, ou, tentant de détourner les soupçons, ils font de la surenchère (1), aux côtés de quelques rares « frénétiques », militaires de passage ou petits bourgeois locaux qui se laissent aller, heureux de s’encanailler, à prendre le ton du Père Duchesne (2). À coup sûr, tous restent sans influence sur la masse qui est « bonne et marche révolution- 1airement », bloc de 200 sociétaires connus pour leur civisme depuis 89, prêts à répondre à l’appel des autorités et des représentants, à intervenir dans les domaines les plus divers : centralisation et expédition des dons patriotiques, organisation des fêtes, ordre public, ravitaillement, extraction du salpêtre, ateliers de réparation d’armes, enfin, et surtout, propagande, au moyen de nombreuses séances publiques et même de tournées dans les communes rurales les plus réfractaires à l’esprit nouveau (3), pour le céveloppement de l’instruction civique et des principes auxquels se rallie le club sous l'influence vivifiante des Jacobins de Paris. C’est une nouvelle municipalité à côté de l’autre qu’elle complète et contrôle au besoin ; tout cela sans heurt, sans frictions pénibles pour l’amour-propre des uns et des autres, sans fastidieux conflits d’attributions, grâce à la bonne volonté générale, entretenue par ceux qui font partie à la fois du club et des administrations (4).

militaires, fréquente les suspects, a cautionné son beau-frère Lanon de la Renaudière, a signé les certificats de civisme de Lecoq, ex-directeur des aides, et de Heurtault de Boisneville, père d’émigré. — Duboscq- Roberdière, Fr. Lepeltier, J.-B. Tirel, etc.

(1) « Des patriotes tout neufs à la Révolution, qui n’avaient rien fait pour elle avant l'insurrection [fédéraliste], sans vertus républicaines comme sans titres à la confiance de leurs concitoyens, sont sortis tout à coup de leur apathie, ont paru plus révolutionnaires que les plus ardents révolutionnaires... » [Frémanger au Comité de salut public, sur l’état politique du Calvados, 13 avril 1794 (AurarD : Recueil, t. XI, p. 556). Voir aussi Crespin : ms. t. Il, p. 259].

(2) C’est le cas de l’ex-administrateur Duchesne, désormais surnommé

lui-même le père Duchesne.

(3) Notamment à Truttemer. (Arch. Vire, INT 59)

(4) Les présidents du club au cours de la période montagnarde ont été : P. Gauthier, commissaire national au tribunal du district Ch.-Aug. Bazin, vice-président du district ; Jaisné, agent national du district. — I1 n’y a eu querelle qu'entre le district et le fameux Julien Gosselin. « Proclame au plus vite, écrivit le district à ponrert que ceux-là ne sont pas les amis du peuple qui cherchent à l’inquiéter…. Ainsi, tu fermeras la bouche à ces hommes qui, trop souvent, déshonorent les séances des sociétés populaires. » (Arch. Cale MSN dIStCE

Vire, anc. 750, f. 81).

L'œuvre essentielle de la société a été son intervention dans la désignation des autorités constituées. Déjà, le 12 janvier 1794, il avait été nécessaire, à cause de l’importance de leur tâche, de remplacer 11 membres des Comités de surveillance, démissionnaires en raison des incompatibilités déterminées par le décret du 14 frimaire (1). Le district avait pris le parti de faire procéder à des élections conformes au décret du 21 mars 1793. Mais, la société populaire n’hésite pas, cette fois, à faire circuler une « liste d'indication de patriotes » choisis dans son sein, et la manœuvre obtient le succès à Saint-Thomas (2). Comme en mai 1793, de nombreux élus appartiennent aux classes sociales les plus rapprochées du peuple.

En même temps, a lieu, conformément au décret du 14 frimaire, le scrutin épuratoire du ci-devant procureur de la commune, nécessaire pour qu'il puisse exercer provisoirement les fonctions d'agent national. À l’unanimité, les deux sections, exprimant leur vœu à haute voix, déclarent que Delavente jeune n’a pas cessé de mériter leur confiance (3).

Ces élections de janvier 1794 constituent le dernier appel fait au suffrage universel sous la Révolution. Le 22 mars suivant, c’est par voie d'épuration qu’on procède au renouvellement des autorités constituées de la ville.

L'opération est dirigée par le représentant Bouret (4), un membre de la Montagne qui, pendant quelque temps, avait conservé des préventions contre le Calvados, à eause du fédéralisme (5). Il séjourne à Vire quatre jours, et, dès le premier soir (20 mars), il

(1) C’étaient : Leharnois, Langevin, Brion, Vesnié, Lebonnoiïis, Mardeley, Tirel, Dubourg, Festu, Dupont, Lemercier.

(2) Les élus y sont : J.-L. Duval, prêtre abdicataire ; Jacq. Lanon [frère de Richard}, rentier ; Brulay-Josserie, marchand ; Louis Queillé, drapier, candidats du club ; Lemasurier, dentiste et Guill. Lemoine, aubergiste, membres du club. (I y avait eu 210 votants). — A l'hôpital : Eust. Lemercier, candidat du club, est élu en tête (c’est un tisserand). Viennent ensuite : Guill. Surbled la Ribotte, tisserand ; Durand-Duval, papetier ; E.-L. Marie, apothicaire ; Pierre Roussin-Alais, rentier (243 votants).

(PATCH ire TT LIT RES SE lle

(D Bouret, des Basses-Alpes, avait été envoyé en missien, en compagnie de Frémanger, dans la Manche et le Calvados. Ils étaient chargés æépurer les autorités et de reviser les listes des suspects (de leur chef, ils ajoutent à ces objets la déchristianisation). C’est par Vire que Bouret termine sa tournée dans le Calvados, tandis que Frémanger visite Lisieux et Falaise.

(5) Voir sa lettre du 22 p'uviôse an II au Comité de salut public. (AULARD : Recueil, t. XI, p. 54).

se rend au club, lui indique l’objet de sa mission et fait appel aux lumières des sociétaires, car il veut associer « tout le peuple à ce grand acte de la représentation nationale ». Sur son ordre, on constitue la commission épuratoire chargée de l’éclairer. Elle comprend les administrateurs Bazin et Laisné, choisis par leurs collègues du district, et, d’ailleurs membres du club : puis J.-B. Duboscq le jeune et Lemonnier-Loisonniëre, représentants de la société populaire désignés par son président Bazin ; Martin, juge de paix et Anger marchand, agissant comme représentants des sections, mais élus, à la demande de Bouret, par la Société populaire, et non par les sections. Le suffrage universel n’est donc plus rien, et le club n’est pas loin d’être tout.

L'administration du district avait le plus grand besoin d’être réorganisée, étant réduite, depws le passage de Jeanbon-Saint- André (4 décembre 1793) (1), aux membres du directoire, Bazin, Angot et Laisné et aux membres du conseil Vaultier et Durand (2).

Sans qu’on puisse savoir pourquoi, Bouret refuse de rappeler au district les membres destitués par Jeanbon, mais conserve tous les sortants. Laisné est promu agent national ; Hellouin (3) passe au directoire que l’on complète avec Germain Duboscq, ex-président du tribunal criminel du Calvados destitué pour fédéralisme. Enfin, le très équivoque Michel Mauduit, maire sous l’ancien régime, administrateur démissionnaire le 29 juillet 1792, au moment du danger de la patrie, rentre au conseil général (4), en récom-

(1) Voir p. 272-273.

(2) Des 3 autres administrateurs, Demortreux était très occupé par ses fonctions d’agent militaire du district ; Hellouin et Brison, nommés dans les bataillons de réquisition, avaient démissionné le 25 décembre 1793. Dès le 14 février, le district avait proposé à Bouret, mais en vain, d'installer comme administrateurs : Jacques Lanon, du Comité de Vire ; J.-B.-Amand Bônière, ex-moine, procureur de la commune de Vassy ; Letourneur, chirurgien à Noireau ; Davouit, quartier-maître au bataillon de réquisition de Vire. Heureusement pour le district, deux des destitués, Goislard et Delavente aîné, avaient continué d’aider leurs collègues sans figurer nominativement dans les délibérations. Enfin, Le très suspect Michel Mauduit, sans doute désireux de trouver un abri, était venu mettre son habileté réelle à la disposition de l’administration qui l’accepta. (Arch. Calv. L, district Vire, anc. 720, f. 40 ; lee n. f. 14 pluviôse an IV (lettre rétrospective de Laïisné à Goislard) 5, Aie f. 27. — Arch. Vire, I 74 ; I* 76 (lettre de Polinière, médecin).

(3) Revenu sur sa démission du 25 décembre.

(4) Les autres membres du conseil sont : Vaultier, sortant ; Duhamel [notaire à Saint-Pierre-Tarentaine ?1 ; Basourdy, cultivateur à Saint- Jean-le-Blanc ; P. Vigeon dit Camp des Chemins, rentier à Saint-Sever : Phil. Lance, ex-receveur des aides, à Noireau [président] ; Lefournier, de Noireau ; Ch. Le Brun, de Pontfarcy.

pense des services qu’il a rendus à ladministration désorganisée par le geste de Jeanbon.

Le tribunal du district, où il faut remplacer Cailly, nommé président du tribunal criminel du Calvados, perd son président Thomas-Michel Demortreux, l’ancien subdélégué, « trop modéré sur le compte des aristocrates », avait dit le club. Mais, deux des victimes de Jeanbon, Goislard et Delavente aîné, prennent place comme juges titulaires en ce tribunal que va présider le très civique Pierre-François Lebailly (1).

L'épuration municipale est rendue plus complexe par le grand nombre de postes ; pour incompatibilités, démissions ou relations de parenté, 14 élus de 1792 sont déclarés sortants (2). Bouret conserve les 14 autres, Flaust restant maire, Delavente jeune, agent national ; Bazin, Vesnié et Desmarais, officiers municipaux ; les notables Busnoult, Duboscq-Roberdière, Monlien la Lande, Lepeltier et Decaen devenant officiers municipaux. Pour remplir les vacances, Bouret désigne 14 individus assez divers au point de vue social et dont il fait simplement des notables (3).

Enfin, pour remplacer ceux qui sortent des Comités de surveillance, Bouret désigne sept hommes nouveaux, presque tous de condition modeste (4). .

L'auteur de l’épuration prétend n’avoir été dirigé que par le souci d'éviter les incompatibilités et les relations de parenté proscrites par le décret du 14 frimaire. Ceux qui ont été destitués, proclame-t-il à la Société populaire, « ne l’ont pas été par incivisme, mais pour que les places ne soient pas héréditaires comme sous l’ancien régime » (5).

(4) Lemansel et Gohier étaient maintenus ainsi que P. Gauthier, commissaire national et le greffier M.-J.-B. Monlien. De même, sont maintenus les juges de paix Porquet et Martin.

(2) Morel, devenu pharmacien militaire ; Richard Lanon, engagé volontaire à 58 ans le 3 novembre 1793 ; Crespin (commis à la recette) ; Bellaise (enregistrement) ; Guéret (comm. de la garde nationale) ; Lebrethon (messageries) ; Châtel (tribunal de commerce) ; Dumont (eaux et forêts) ; Maurice (assesseur du juge de paix) ; James, Brenet, Alais, Chemin, Murie (parenté au degré prohibé).

(3) J.-B. Vivier du Raisin, rentier [frère d’un prêtre non sermenté] ;

Vente, négociant ; Jos. Meslier, marchand de sel ; F.-D. Anger, négo-

ciant ; Bonnel, architecte ; H. Picard, marchand ; Eust. Lemercier (du

Comité) et Joseph Lavinay, tisserands ; J.-H. Sonnet, drapier ; Th.

Pichon, sellier ; Durand-Duval (du Comité), papetier ; Ol. Halboui, à

ex-employé des aides ; V. Duchemin, marchand ; Porquet Belsendière fils, mercier.

(4) Laurent Montier, drapier ; Diavet, libraire ; Yver-Dubourg, des messageries ; Rob. David, Franç. Brière, J.-B. Sonnet, Levergeois, tisserands ou foulons.

COR NiITe MNT Sri

De fait, le caractère politique de cette épuration nous échappe presque entièrement : si l’on peut regarder comme une mesure politique l'élimination de Demortreux père, de Brenet, du notaire James, que penser du maintien de Duboscq-Roberdière, de Monlien la Lande, du rappel de Mauduit-Cotelle, aussi peu civiques que les premiers ? Les délégués choisis par le club, satisfaits d'avoir pu caser un très grand nombre de sociétaires, se sont-ils laissé pénétrer par l’esprit de conciliation qui avait dominé l’épuration de la société elle-même ? (1) Ou bien le « montagnard » Bouret a-t-il cru opportun d'abandonner un peu de Pesprit d’exclusion qui devait diriger sa mission ? (2) L’épuration des autorités constituées de la ville de Vire apparaît comme fortement dépourvue de ce caractère de rigoureuse excomimunication, marque propre de la « loi révolutionnaire ».

Mais, malgré quelques choix discutables, l’ensemble, plié à la forte discipline de l'instant, est « à la hauteur des circonstances ». L'administration du district fait preuve d’un zèle remarquable. « Continuons de servir la chose publique, proclame l’ex-fédéraliste Germain Duboscq. Quand la vertu est à l’ordre du jour, il est impossible de ne pas être tout de feu pour un gouvernement qui professe des principes aussi purs. Secondons ses efforts pour chasser le crime. » (3) Et s’il est sûr que les administrateurs sont peut-être un peu trop empressés à faire étalage de ce zèle, il faut bien constater, cependant, qu’ils font face alors à une besogne considérable. N’occupant en novembre 1792 qu’un secrétaire et quelques copistes intermittents, le district en arrive, après l’application du décret du 14 frimaire, à constituer 7 bureaux où travaillent 25 employés permanents (4). Une immense paperasserie té-

(1) Les questions de personnes ont pu, d’ailleurs, jouer un grand rôle, le district réclamant Mauduit qui lui rendait service, J.-B. Duboscq intercédant pour son frère Germain, fédéraliste repenti.

(2) Kuscinski (Dictionnaire des Conventionnels, p. 82) dit qu'aux veux du Comité de salut public, Frémanger était plus énergique que Bouret. Certes, à Vire, Bouret est peu porté à pénétrer au fond des choses, un peu mou, apathique : il abandonne prestement à Laisné le soin d’épurer les autorités des communes rurales et approuve tous ses choix. Ce n’est pas un caractère. Mais il agit souvent en toute connaïissance de cause parce qu’il croit plus politique de rallier non seulement ceux qui, comme Germain Duboscq sont tombés momentanément dans l'erreur, mais même des tièdes. (Voir plus loin son attitude à l’égard des suspects incarcérés).

(3) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 737, 22 floréal an IT. L’avant-veille, le district avait écrit : « Vous n’ignorez pas que nous Sommes surchargés. Le fardeau, il est vrai, nous paraît d'autant pus léger que notre ardeur pour la patrie est incalculable. » (Id., anc. 747, f. 49).

(4) Leur traitement nécessite un crédit de 34.300 J. Le bureau des

moigne de leur activité. Quant à l’agent national Laisné (1), sa puissance de travail est des plus remarquables et il justifie pleinement la confiance que lui accorde Bouret en diverses occasions.

L'œuvre de la municipalité est pareillement immense. Les municipaux sont des gens actifs, souvent jeunes (2), et, de par leur position sociale, rompus aux affaires. « Pas de patriotes exaltés », mais des gens pondérés, disposés, dans l’ensemble, à faire respecter la loi, parce que les circonstances sont graves et la discipline nécessaire.

Cette administration continue de fonctionner conformément à la loi du 14 décembre 1789, le bureau municipal, composé du maire et de deux officiers municipaux (3) étant l’organe d’exécution. Mais l’assemblée délibérante est toujours le Conseil général de la commune. Il lui arrive souvent de tenir deux séances dans la même journée et l’on compte peu d’absents, belle preuve du zèle de ces citoyens qui, ayant à régler d’importantes affaires privées, consentent à consacrer aux affaires publiques une grande partie de leur temps. La somme de travail à fournir (rapports, missions diverses) devient si considérable qu’elle nécessite une répartition entre tous les membres du Conseil général, et, le 13 avril 1794, « à raison de la diversité des parties d’administration », le personnel se divise en 3 sections (4) : bureau de police et administration générale (5), bureau des subsistances (6), bureau militaire (7). Si l’on ajoute qu’à tour de rôle et pendant un mois, chaque officier

domaines a jusqu’à 10 employés. Le secrétaire en chef est G.-F. Mauduit, ex-avocat, l’un des fondateurs du club.

)-Sur luissvoir p:13;n°2:

(2) En 1794, Flaust a 32 ans ; Delavente jeune 50 ; Bazin 45 ; Desmarais 49 ; Duboscq-Roberdière 43. Leur carrière politique ne se termine pas avec cette période. Beaucoup exerceront encore des fonctions après l’an VIII.

(3) Flaust, Bazin-Blanquaire, Busnoult.

(4) Adoption sur rapport de Duboscq-Roberdière. (Arch. Vire D 5, f. 58).

(5) Sûreté, salubrité, établissements communaux, travaux publics, contributions, correspondance et compte-rendu décadaire pour l’exécution des lois révolutionnaires et des mesures de sûreté générale et de salut public. Titulaires : Flaust, Bazin, Busnoult, et 6 notables.

(6) Vesnié, Desmarais, Decaen et 6 notables. La « partie des subsistances » est un gros souci en ce temps de disette.

(7) Duboscq-Roberdière, Monlien de la Lande, Lepeltier et 6 notables : billets de logement, étapes, réquisitions, casernes. Travail rendu consi-

dérable par la présence, dans la région, de l’armée des Côtes de Cherbourg.

municipal, doit, le décadi, à 9 heures du matin, lire et expliquer les lois au peuple, on ne peut qu’admirer le zèle de ces bons amis de la chose publique.

Les tribunaux locaux méritent les mêmes éloges. Le 30 avril 1794, le commissaire national Gauthier rappelle au tribunal Part. 4 du décret sur la police générale (1) : « Il est enjoint à toutes les administrations et à tous les tribunaux civils de terminer dans trois mois. les affaires pendantes, à peine de destitution ; et à l'avenir, toutes les affaires privées devront être terminées dans le même délai, sous la même peine, » Immédiatement, le tribunal proteste qu’il a toujours agi avec cette célérité. Et les registres montrent, en effet, que la justice, « cette dette sacrée de la société », se répand « comme un torrent », surtout sous « un gouvernement révolutionnaire qui n’est autre chose que la justice farorable au peuple et terrible à ses ennemis ». (2)

Quant aux Comités de surveillance, il nous manque le meilleur élément d’appréciation de leur œuvre : leurs registres de délibérations (3), et cette lacune est des plus regrettables. Nous ne pouvons connaître ces organes que par ce que rapportent les archives des autres administrations.

Richard Séguin les attaque avec ardeur

« Le Comité de salut public, dit-il (4), avait 500.009 espions ou agents, tous confrères de la petite clochette. Les municipalités n’étaient presque plus rien, et les administrateurs des districts avaient plus qu’une ombre d’autorité. Un comité de surveillance était, dans chaque commune, le centie de tous les pouvoirs (5) ; c’est là que le maçon ivrogne, le coidonnier sans lettres et le brutal portefaix, assis sur les fauteuils des émigrés, décidaient, à côté d’un poêle de corps de garde, en buvant le cidre, le vin ou l’eaude-vie qu’ils avaient envoyé prendre « au maximum », si l’on devait accorder un certificat de civisme au citoyen honnête, pour aller défendre ses droits en justice, ou déchirer le passeport que le magistrat venait de signer au négociant partant en tournée, ou distribuer trois onces de blé à chaque individu. »

Il n’est pas nécessaire de souligner toutes les erreurs commises par l'historien de la Chouannerie : présent aux armées en l’an II, il n’a pas vu fonctionner les Comités. Mais il est certain que le

(4) Décret du 27 germinal an II.

(2) Arch. Calv., L, trib. district Viréranc 110, 10159:

(3) Laisné leur a enjoint, après l’exécution du décret du 7 an II, d'envoyer leurs papiers au district. Ont-ils obéi ? On ne retrouve » Ÿ rien dans le fonds du district ni dans les arch. comm.

fructidor

(4) Hist. de la Chouannerie, t. 1°", p. 218. Entre autres erreurs, Ségrin place en l’an III l’époque de fonctionnement de ces comités.

(5) Séguin exagère évidemment.

æ) rer

« cordonnier sans lettres » n’est pas un mythe : ne voyons-nous pas le district de Vire protester près de Bouret, le 1° mai 1794, contre les diatribes de Julien Gosselin, ex-membre du Comité de surveillance, qui « se dit le père du peuple, sans rien faire pour lui », et s’est fait faire une pétition, « car il ne sait ni lire ni écrire » (1). Et, l'examen de leurs signatures malhabiles montre que le sellier Julien Roussin, le tisserand Mardeley sont des citoyens peu versés dans les humanités.

Ces quelques cas singuliers doivent-ils nous faire condamner ces Comités ? Certes, ils se montrent rigoureux dans l’application de la loi révolutionnaire ; témoin l’incarcération des suspects. Mais, jamais il n’apparaît que les comités virois aient été mus par des haines particulières (2). Leur zèle résulte d’une ardeur peu commune pour la chose publique (3), à laquelle il faut ajouter un certain mépris pour les subtilités d’exécution dont ils ne s’embarrassent jamais, étant souvent des simples, des frustes, peu versés dans l’art de nuances. Pas d’exceptions, pas d’atermoiements, telle semble avoir été leur rude politique pleine de bon sens. Beaucoup plus que leurs collègues bourgeois des autres autorités locales, ils ont été frappés par la logique brutale, implacable qui anime les grandes mesures d’exception votées par la Convention sous l’influence de la Montagne. Mais là aussi, certaines décisions le prou-

(1) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 750, f. 81.:—"A"noter qu'à la campagne, les incompatibilités, les liens de parenté créent de grandes difficultés de recrutement. Le 10 janvier 1794, le district s’en plaint au Comité de législation : dans les petites communes, on ne trouve pas un nombre suffisant de citoyens non illettrés pour occuper toutes les places de la municipalité, du comité et de la garde nationale.

(2) Le 28 novembre 1793, au club, un membre dit que les comités sont poussés par des rancunes. Mais il s’attaque à l’institution en général et non aux comités locaux. De même, le représentant Frémanger, le 13 avril 1794, réclamant la réduction de leur nombre à un par canton, déclarera : « Ils laissent une très grande latitude aux passions, à l’intrigue et à l’arbitraire, et. dans beaucoup de cantons, [ils] ont malheureusement trop servi les haïines particulières et les vues malveil-

lantes des ennemis de la chose publique. » — Le club de Vire dénonce, le 6 janvier 1794, au Comité de salut public, le comité d’Estry, près de Vire, qui, composé d”’ « aristocrates », a fait incarcérer un certain

Mitaine, coupable d’avoir rappelé que les nobles, leurs agents, les prêtres et autres suspects ne pouvaient faire partie des comités. Mitaine ne sera libéré qu’au passage de Bouret. (Arch. Nat., AF II 163. — Arch. Calv., district Viretanc- 742 0-0 act) loréalManali ETAT EM OMO IR Areb.SVire 145963025120 9220184)

(3) Seuls Duboscq, avoué, et Roussin, du Comité de Saint-Thomas, ont réclamé la prime de 100 1. allouée à ceux qui feraient arrêter des contre-révolutionnaires. C’est le département qui leur répondra, longtemps après (mars 1795), que leurs fonctions leur avaient fait de l’arrestation un devoir. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 738, f. 24 : 747, f. 59).

vent (1), les « agités », les « impulsifs » ont été des étrangetés, à côté de la masse de « gens pondérés, sains d'esprit. véritables conducteurs de la machine révolutionnaire » (2).

2. Aux mains de ces citoyens résolus, la « loi révolutionnaire » reçoit une application rigide. Qu'il s'agisse de répression ou de prévention, les atténuations seront le fait, non des autorités locales, mais des autorités supérieures.

En l’an II, la répression peut être dirigée non seulement contre les émigrés et les prêtres réfractaires, catégories nettement définies, mais contre tous ceux auxquels, à l’occasion d’une violation de certaines dispositions légales, on applique l’épithète, un peu vague, de contre-révolutionnaire. Peuvent être considérés comme tels des contrevenants très divers : accapareurs de denrées, émetteurs de faux assignats, insoumis, déserteurs, agitateurs de tous genres ; on donne alors volontiers une couleur politique à des faits qui, normalement, relèvent du droit commun. Nous n’examinerons ici que ceux dont le caractère politique est évident.

Les autorités locales continuent alors d’appliquer la législation propre aux émigrés. La plus grande partie de ce travail incombe au district chargé du séquestre et de l’administration provisoire des biens d’émigrés, du réglement de leurs créances, de leurs dettes, des opérations de partage des indivis auxquels ils sont intéressés, enfin, des aliénations de leurs immeubles ; besogne considérable (3), complexe, exigeant de la patience, de la minutie, sans que le district puisse compter sur l’aide des municipalités, peu zélées ou peu capables de coopérer à une telle tâche.

Celle de Vire a fait attendre jusqu’au 22 novembre 1793 l’achèvement de son tableau des émigrés. Du moins, il est irréprochable et renseigne même sur les droits successifs éventuels, la majorité des émigrés du lieu étant des fils de famille ne possédant rien en propre. De plus. on y voit figurer les individus qui, propriétaires à Vire, n’y avaient pas leur résidence normale.

La liste comporte 23 noms (4) : il y a peu d’omissions (5) et les additions postérieures seront le fait d’autres municipalités (6). Il

(4) Voir p. 274.

(2) P. Caron : art. cit. Rev. synth. hist., 1910, p. 158.

(3) C’est seulement le 14 mai 1794 que le district peut déclarer : « Tous les biens des émigrés connus dans le district sont séquestrés. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 737, n. f. 25 floréal an Il).

(4) Voir cette liste à l’appendice IT.

(5) Peut-être Louis-Armand de Quelquejeu.

(6) Cœurdoux frères (Ch.-Gust.-Aug.-Fréd. et Emmanuel-Jean de), de Saint-Pierre-du-Regard (Orne) dont les parents vinrent habiter Vire après leur départ. — Parmi les additions non maintenues, Thomas Rogue, gendarme disparu en gagnant l’armée de la Moselle [rentré à

faudra, d’ailleurs, opérer, parmi elles, un choix, car des autorités de localités éloignées n'hésitent pas à porter sur leur liste des itoyens dont la résidence ininterrompue en d’autres communes de France est un fait certain (1).

Quant à l’aliénation des immeubles, le district ne peut la commencer qu’en février 1794, les opérations préliminaires (expertises, divisions) ayant été retardées par l’incursion vendéenne qui nécessita la mobilisation des architectes pour l'édification des travaux défensifs (2) ; et même, la première aliénation d’un immeuble sis a Vire se fera attendre jusqu’au 22 mars 1795 (3).

C’est pendant cette période de la Montagne triomphante que la Convention se décide à frapper rigoureusement les parents et ascendants d’émigrés : le décret du 17 frimaire an II-7 décembre 1793 ordonne la mise sous séquestre de tous les biens leur appartenant, sauf à eux à prouver qu’ils ont tout fait pour empêcher leurs enfants de partir.

La promulgation n’a lieu à Vire que le 10 janvier 1794, mais le district exige, de prime abord, une application sans exception il sera toujours temps d’admettre les intéressés à faire la preuve exigée pour obtenir la main-levée (4). En conséquence, tous les biens des auteurs virois d’émigrés sont « mis dans la main de la nation » (5).

Vire le 3 prairial an V] ; Pierre-Ch.-Jul. et Louis-Ch.-Aug. Sijas, en résidence aux Antilles depuis 1790.

(1) C’est le cas de Michel Mauduit, administrateur du district de Vire, et de Flaust, maire de Vire, portés sur des listes d’émigrés établies dans le département de la Manche. De même, une municipalité de l’Orne inscrit Thoury de Corderie, en prison à Vire depuis le 23 avril 1793. Thoury mourut le 5 avril 1796 sans avoir obtenu radiation. Celles de Mauduit et de Flaust n’intervinrent que le 12 septembre 17964et/1e25 janvier 1198 (d ADI NE ELITE RDS EM)

(2) Arch: Calv., L;-district Vire, anc.-7/47,-f. 15.

(3) La situation laissée par les émigrés virois est très complexe, et, sauf lorsque leur intérêt est en jeu, leurs familles ne font rien pour faciliter la tâche des administrateurs.

(4) Plus tard, il fera remarquer qu’on repousse généralement les demandes de main-levée. (Id., anc. 720, f. 58 ; 737, n. f. 23 messidor an Jl).

(5) Sont atteints par ce décret : veuve Aubert ; dame de Banville de Saint-Jean (mère de l’émigré du Quesnoy) ; Banville de Truttemer et son épouse (grands parents de l’émigré Durand de Magny) ; Cœurdoux et son épouse ; veuve Collardin ; Corday père ; Drudes père et son épouse ; Heurtault père et son épouse ; Le Brun de Blon père ; veuve Le Brun de la Franquerie ; dame Leharivel de Fresne ; Lioult père et son épouse ; veuve Morel ; veuve Noël du Parc ; Noël du Rocher père et son épouse ; Percy père et son épouse ; veuve Roussel de Fontenelle ; Viel père.

I se produit alors, pour un laps de temps indéterminé, une confiscation plus ample que celle qui atteint les émigrés, leurs biens propres étant généralement moins considérables que ceux de leurs parents. La confection de l’inventaire va demander beaucoup de temps (1).

Pour des raisons bien différentes, il va en être de même de l’inventaire des biens des prêtres déportés.

Revenant sur une disposition de la loi du 28 mars 1793, favorable aux prêtres déportés (2), le décret du 17 septembre 1793 prononce, comme supplément de peine, l’assimilation des prêtres déportés aux émigrés.

Cette aggravation, que rien ne justifiait, semble avoir été mal accueillie dans « un pays qui était la pépinière des prêtres » Laisné, le 6 mai 1795, osera dire ce qu’il en pensait sans doute depuis longtemps : « Je n’ai jamais pu me faire à la loi qui confisque les biens des prêtres obligés d’obéir à la loi du 26 août 1792... Jamais je n’ai pu croire qu’il fût juste de s'emparer des biens de ceux qui obéissent à une loi et de les assimiler aux émigrés. Je suis d’ailleurs certain que cette loi. a aliéné beaucoup d’esprits à la Révolution : ceux qui comptaient sur la succession de leurs parents prêtres n’ont pas été bien’ aises de voir l'Etat s'emparer de leurs biens. » (3) Si l’on songé, en effet, que la liste dressée le 1°" mai 1794 par le notable Vivier (4) comporte 56 noms de prêtres disparus de Vire pour cause de déportation, on comprend que cette nouvelle nationalisation ait atteint désagréablement un grand nombre de familles viroises.

Ce qui est certain, c’est que le district a attendu jusqu’au 29 novembre 1793 pour prescrire aux communes de dresser le répertoire de ces biens (5).

Le décret du 22 ventôse an II-12 mars 1794 apporte un premier tempérament : on n’appliquera pas aux ascendants de déportés le décret du 17 frimaire qui met sous séquestre les biens d’auteurs d’émigrés ; de plus, contrairement aux dispositions de Ja loi du 8 avril 1792 qui avaient annulé les ventes effectuées par les émigrés après promulgation de la loi du 9 février 1792, le décret du 22 ventôse déclare valables les ventes faites devant notaire par les déportés au moment de leur départ (6).

(1) I1 n’y a pas de cas, à Vire, de l’application des décrets des 2 frimaire et 9 floréal an II étendant aux réquisitionnaires insoumis et à leurs auteurs les dispositions qui frappent les émigrés et leurs parents.

(2) Voir p. 245, n. 2.

(3) 2Td, anc. 741, n.#f;l'Afloréal anni

(4) Frère d’un prêtre non sermenté. (Arch. Vire, D 5, f. 74),

(5) Arch. Calv, L. district Vire, anc. 736, f. 99.

(6) Art. 5 et 11.

Ainsi limitée, la confiscation a lieu, d’ailleurs sans hâte (1) : le 4 mai 1794, le district se résout à commencer les ventes de meubles (2). Pour les aliénations d'immeubles, il faudra patienter jusqu’au 30 juin.

Le même district, si modéré à l’égard des prêtres déportés, ou, plus exactement, à l'égard de leurs familles (3), ne fait preuve d’aucune mansuétude envers les prêtres réfractaires restés à l’intérieur, « ces scélérats qui tentent une seconde Vendée dans ces parages, eux qui ont rendu rebelles les jeunes gens de la réquisition ». Bien mieux, il en arrive à ne plus faire de distinction parmi les non sermentés, entre ceux qui, astreints à la prestation du serment, l’avaient repoussé et ceux qui, non fonctionnaires publics, n’avaient jamais été assujettis à cette prestation. « Il existe, écrit-il le 18 mai 1794, au Comité de sûreté générale, une infinité [de prêtres]. que la loi ne peut atteindre et qui n’en sont pas moins dangereux. Sous le prétexte qu’ils n’étaient pas fonctionnaires publics, qu’ils n’ont pas été nominativement déportés, qu'ils n’ont pas été dénoncés, ils restent dans leurs foyers. Mais ce sont autant de loups qui épient l’occasion de se jeter sur les brebis, et il semblerait utile de s’assurer de tout ecclésiastique qui ne justifierait pas avoir prêté le serment exigé par la loi du 15 août 1792 (4). » Toutefois, en l’absence de texte impératif, il n’ose laisser en prison que ceux de ces non-sermentés désignés

(1) Le district s'efforce de prouver aux autorités supérieures les difficultés d’exécution : « La plupart [des prêtres] étaient de la classe la moins fortunée.. ; leur mobilier est d’une valeur si modique que les fcrmalités. en consommeront la plus grande partie. Il reste une infinité de petites saisies à faire, et encore, le mobilier de ces ci-devant prêtres est-il à partager entre des frères et des sœurs qui, pour la plupart, sont de malheureux journaliers. » C’est seulement le 18 août 1794 que le district peut envoyer au département la liste complète des prêtres de son ressort, déportés ou reclus. (d., anc. “737, nt lee Jtfloréaltan Tes St 2 MAS TA TEA)

(2) Il a soin de commencer par ceux de Chantreuil « volontairement déporté ». Par la suite, on vend ceux de Chanu, J.-N. Saillofest, Th. Allais, Jul. Brenct, Ph. Madeleine, Fr. Barbé, Rault, Laiguillon, Renault, R. Murie, R. Huard, Heutte, Deslandes, Lefrançois, Collard, tous à Vire.

(3) Ne pas oublier que Gilles-François Mauduit, secrétaire général ä&u district, est neveu et héritier de Richard Chemin, chanoine déporté. Le 19 octobre 1794, sa sœur Louise-Catherine Mauduit demandera au Comité de législation d’excepter Chemin de l'application du décret du 17 septembre 1793. (Arch. Nat., D IIL, 37).

(4) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 737, n. f., 5 thérmidor an II LT do ile

de) 1]

comme suspects par les comités de surveillance de leurs communes (1).

Moins heureuses ont été les religieuses insermentées : le 22 janvier 1794, en exécution d’un ordre du représentant Laplanche, en date du 15 décembre précédent, les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Vire, restées insermentées après promulgation du décret du 15 du 1°" mois de l’an IT, sont incarcérées comme « suspectes » dans l’immeuble de Billeheust, converti en maison de détention (2). L’exécution du décret du 9 ventôse an II permet de leur adjoindre, le 23 mai 1794, toutes les religieuses qui refusent de prêter le serment prescrit par ce dernier décret. Plus de 60 religieuses se sont ainsi trouvées détenues à Vire (3). |

Quant aux prêtres frappés de déportation et restés cachés à l’intérieur, le district et les Comités de surveillance les recherchent avec zèle, et on arrête finalement, pendant cette période, à Vire même

1° Pierre-Gabriel Ruelle, de Montchamp-le-Petit (4), ex-vicaire d’Ouffiéres (district de Falaise) pris le 6 novembre 1793, par Vesnié et Lioult, du Comité de Saint-Thomas, chez Madeleine Leneveu, 80 ans, fileuse, rue du Neufbourg ; 2° Louis Mondet, ex-curé de Saint-Jean-des-Bois [district de Domfront (Orne)], pris le 26 décembre 1793, par Roussin et Duboscq, du Comité de Saint- Thomas, chez Guillaume Chalmé, dit le Pape, ancien libraire, rue du Haut-Chemin ; 3° Robert Rouyer, ex-professeur de septième au Collège de Vire, pris le 6 mai 1794 par l’administrateur Bazin, à son domicile de la rue du Pont.

Ce nombre est fort peu élevé, mais des aveux de ceux qu’on arrête (5), il résulte qu’ils ne séjournaient pas dans la ville, où ils ne venaient que de temps à autre pour exercer le culte dans des maisons amies : leurs refuges ordinaires étaient situées dans les communes environnantes et ils en changeaient fréquemment (6). Il était donc difficile de les appréhender.

(1) Sont dans ce cas : Jean Vautier, de Clinchamps ; J.-B. Feuillet, du Tourneur ; Poupion, de Viessoix, etc.

Cd etance 20/0825) et 2 pluviôse an Il, 750, f. 113. Les infirmes et les plus âgées furent rendues à leurs familles. Il y eut 31 incarcérations.

(3) Arch. maison d’arrêt Vire : reg. 1786-an Il f 71; reg. an IIan IV, n. f., 4 et 23 prairial, 9 messidor an JI.

(4) Aujourd’hui Saint-Charles-de-Perey (Calvados).

(5) Notamment de Ruelle. (Arch. Calv., L, distriet Vire, anc. 1292 f. 163-169). Voir, pour l'exercice clandestin du culte à Vire, les allégations de Crespin rapportées à la fin du présent chapitre.

(6) C’est pourquoi Bazin du Parc dirigea quelques battues, à l'effet

Quelles ont été pour les intéressés les conséquences de leur arrestation ? Etant donné ce qu’on dit souvent de la Terreur, on pourrait s'attendre aux plus graves sentences. Et il est certain qu’en cette matière, les autorités cherchent toujours à effrayer les conrevenants : ne donneront-elles pas la plus large publicité au jugement du tribunal criminel du Calvados qui, le 11 août 1794, condamnera à la peine de mort Jacques Riblier, vicaire non sorti du territoire français, et Marie-Jeanne Guesdon, marchande de fil à Falaise, coupable de lui avoir donné asile ACL)

Mais le district de Vire ne présente pas un seul cas de ce genre : devant les tribunaux, les ecclésiastiques arrêtés trouvent plus de mansuétude que chez ceux qui les ont capturés.

Renvoyé devant le tribunal criminel du Calvados, P.-G. Ruelle est, par jugement du 16 pluviôse an II-4 février 1794, condamné à la déportation (2) et Madeleine Leneveu, sa complice, est acquittée et simplement conservée détenue comme suspecte.

Le lendemain, le même tribunal condamne à la réclusion, avec confiscation des biens, Louis Mondet, et acquitte son complice Chalmé, « parce que la loi ne porte de peines que contre ceux qui récèlent des prêtres sujets à la déportation ». Infirme et âgé, Mondet était, en effet, susceptible, non de déportation, mais de détention au chef-lieu de son département (3).

Le 28 floréal an II-17 mai 1794, Robert Rouyer est acquitté par le même tribunal que préside alors le Virois Ch. Cailly. Bien qu’il ait tenu les « petites écoles » du Collège, Rouyer est considéré par le tribunal comme n'étant pas fonctionnaire public. Toutefois, « attendu que led. Rouyer n’a pas prêté le serment de maintenir

de les découvrir, dans plusieurs communes, notamment Truttemer (où l’on prit Pierre Patry, de Saint-Cornier, le 2 juillet 1794).

COMId- anc 20 EMI LS EM ME AI ner ls tflor real ani 1 ns, défructidor an Li MArCh Vire TETE PANIS

(2) Il sera conservé en prison à Caen et libéré en 1795. Laffetay, qui a emprunté ce détail à Séguin fils, le fait mourir à Saintes le 6 mars 1795. La vérité est que Ruelle sera, de nouveau, incarcéré à Vire par ordre du général Bourgeois le 17 avril 1796, et transféré à Caen le 21 juin suivant. (Arch. maison d’arrêt Vire, reg. an Il-an IV, f. 183. — Arch. Vire, D* 14).

(3) Avec sa mauvaise foi coutumière, R. SéÉGuiN (Hist. de la Chouannerie, t. 1°", p. 136) raconte ainsi l'événement : « Guillaume Chalmé avait chez lui M. Mondet.… ; ils sont pris et jetés dans les cachots et conduits à Caen pour être guillotinés. « Remerciez l’Etre suprême, leur « dit le geolier longtemps après. Car si Robespierre n’était pas tombé, « il y avait des ordres pour vous faire périr. » — Mondet sera libéré en exécution de l’arrêté du Comité de sûreté générale du 11 ventôse an I, en même temps que Surbled et Bonnesœur, (Arch. Nat., F 7, 4.554),

la liberté et l'égalité, et a déclaré n’être dans l'intention de prèter aucun serment, et vouloir vivre comme il avait vécu jusqu’à ce jour, le tribunal ordonne qu’il restera en arrestation comme suspect » (1).

Ces mesures de clémence n’émoussent pas le zèle du district qui, en mai 1794, puis en juin et juillet, exécute des perquisitions à Viessoix, à Tallevende et dans certaines communes bordières de: districts de Saint-Lô, Mortain et Domfront (2). « Quand le sol de la liberté sera-t-il purgé de cette engeance abominable et qu’il faut absolument anéantir ? » tel est le vœu qu’il exprime au début de thermidor (3).

En matière de prévention, les autorités locales font preuve de la même ardeur (4), et, là encore, les atténuations seront le fait dorganes étrangers à la ville.

Nous avons vu précédemment que ia loi du 17 septembre 1793 avait été exécutée à Vire avec une rigueur impitoyable, à tel point que le club lui-même, le 28 novembre 1793, avait adopté de créer en son sein un Comité de surveillance générale chargé de reviser au besoin le travail des comités des communes (5). Mais, le décret du 14 frimaire an II-4 décembre 1793, défendant aux autorités locales de remettre en liberté les suspects détenus, était

(1) Le lendemain, on le ramène à la maison d’arrêt de Vire.

(2) On se concerte pour cela avec les administrations des districts voisins.

(3) Arch. Calv.. L, district Vire, anc:/737%n.11. 18; 125 messidor et 5 thermidor an II ; 740, n. f. 8, 21, 27 floréal an II ; 741, 6, 7 thermidortan Her 17-1"100:

(4) Plus que jamais, on surveille les auberges (la citoyenne Lair, du Cheval Blanc, est dénoncée le 18 avril 1794 par Tirel et Sonnet, du Comité de surveillance, pour infractions à la police des étrangers). On chlige Lefour, maître de la poste aux chevaux établie sur Neuville, à résider sur Vire, car Julien Roussin dénonce que les voyageurs qui ne veulent pas faire viser leurs passeports font à pied, à travers champs, le tour de Vire, et Lefour fait conduire leurs voitures à vide jusqu'aux autres issues de la ville. Bouret fait même incarcérer la femme de Lefour le 24 mars 1794. — On exécute aussi le décret des 27-28 germinal an II enjoignant aux ci-devant nobles de quitter les grandes villes: et de s’éloigner à 10 lieues des côtes. Un certain nombre de nobles s’établissent alors à Vire et doivent, chaque jour, se présenter à la maison commune. Le club, « pour surveiller ces nobles », se can- Pertetavec les comités Id. sanc #19,1026, 27,090: 723,0f.0108, T6; A Ch Vire D A RE DIU E-AS7L 89h:F 10066).

(5) Ce comité aura « 12 membres qui ne pourront apporter à la société

aucune dénonciation à moins qu’elle ne soit arrêtée par 7 de ses

membres ». Les administrateurs et fonctionnaires publics divers n’en

pourraient faire partie. (Id: I 74, f13).

survenu, infirmant presque immédiatement cette décision de la Société populaire. Les suspects devaient rester incarcérés jusqu’à examen de leur situation par un représentant en mission.

Il peut être intéressant d'examiner quel régime pénitentiaire était appliqué à ces détenus. Pour ceux qui sont consignés à leur domicile sous la garde d’un sans-culotte, il est clair que la pratique comporte quelques tempéraments : le 19 janvier 1794, un membre du club déclare que les sans-culottes chargés de ces gardes « ne répondent pas toujours à la confiance qu’on leur accorde. Plusieurs …s’éloignent assez souvent de leur poste, soit par indifférence, soit à dessein, laissant aux suspects les moyens et le temps d’établir des correspondances dangereuses. » Pour éviter ces abus, la Société réclame la relève quotidienne de ces gardes.

Quant à ceux des suspects qui font connaissance avec la maison d'arrêt de Vire, séjour fort peu agréable, si l’on en croit le rapport que fera Mauduit le 22 octobre 1794 (1), ils jouissent d’un certain nombre de tolérances refusées aux détenus des autres catégories : Thoury de Corderie n’a-t-il pas été autorisé à introduire « pour son bien-être » une literie complète avec « deux matelas » et différents objets personnels au nombre desquels figurent « deux fleurets » (2). De plus, ils ont la faculté de faire venir leur repas du dehors (3) ; et on a bien pour eux quelques complaisances, puisque, le 25 décembre 1793, au club, le rapporteur du Comité de surveillance dénonce « l’abus qui se commet en la maison d’arrêt de cette ville : les suspects y détenus y jouissent d’une trop grande liberté et font passer journellement des lettres à toutes sortes de personnes ». Un autre membre s’élève contre les certificats de maladie qu’on leur accorde trop volontiers.

Plus tard, à un questionnaire du district concernant ces détenus, la municipalité fera les réponses suivantes

« 1° Les frais de nourriture et d’entretien des détenus comme

(1) Prison « construite par la barbarie », « foyer de mort et de destruction », « humidité manque d’air ». Mais ce rapport a été établi au moment de l’épidémie connue sous le nom de « fièvre des prisons » il n’y avait plus alors de suspects incarcérés à Vire. (Arch. Calv., L, district Vire anc "27.1 340)

(2) Id., tribunal district, anc. 771, f. 115.

(3) Le 3 novembre 1793, le Comité de Saint-Thomas avait obtenu de

la municipalité qu’il ne fût fait aux suspects « aucune délivrance de grains » : à eux à s’en fournir chez leurs fermiers ou au grenier commun. — Le 31 janvier 1794, au club, « uñh membre demande que

les détenus n’aient pas une livre et demie de pain, qu'ils n’en aient qu'autant que les autres citoyens et de même qualité. Un autre demande qu’ils ne puissent se procurer de mets délicats et qu’ils n’insultent pas par leur sensualité à la isère des citoyens. » (Arch. Vire, D 4, CUITE RTS ESS TES STE

suspects, ceux... de garde et d’entretien de la maison d’arrêt ont été payés par les détenus entre les mains du gardien... qui a pourvu à leurs besoins en tous genres selon leur demande ; 2° ces paiements ont été faits de gré à gré, sans ordre particulier, et tirés de la bourse particulière des détenus ; 3° il ne s’est trouvé aucun individu qui ait refusé de payer sa quote-part et qui ait voulu être mis dans la classe des pauvres suivant la loi du 26 brumaire. Ainsi, chacun a payé sa dépense. ; 6° Il n’est point mort de détenu comme suspect dans les maisons d’arrêt de cette commune ». (1)

Quant aux détenus transférés à Caen, on n’omet pas de leur faire rembourser le montant des dépenses occasionnées par leur déplacement, frais de transport compris.

Quoique non maltraités, ces détenus font, tout naturellement, tous-leurs efforts pour recouvrer la liberté. Le décret du 8 ventôse an 11-26 février 1794 leur reconnaît, d’ailleurs, le droit de réclamer, à la condition, pour chacun, de rendre compte de sa conduite depuis le 1° mai 1789. Les pétitions pleuvent, chacun s’efforçant de prouver son civisme et invoquant les témoignages les plus inattendus, même ceux du club (2).

Mais le décret du 14 frimaire n’accorde le droit d’élargissement qu’à la Convention, aux Comités de salut public et de sûreté générale, organes fort éloignés. Or, les Comités locaux qui ont signé les mandats d’arrêt, ne mettent aucune hâte à envoyer au Comité de sûreté générale les états et rapports que réclame l’art. 9 du décret du 17 septembre 1793 et à examiner ies pétitions des détenus (3). Les suspects auraient pu solliciter longtemps s’il n’était pas venu de représentant en mission.

En vertu des pouvoirs qui lui sont conférés, tout représentant est compétent pour examiner les réclamations des détenus et leur donner une solution. Le représentant Bouret considère même qu'avec l’épuration des autorités, c’est là l’essentiel de sa mission Gans la Manche et le Calvados. Et il se trouve qu’au moment, où, plus que jamais, la Terreur est à l’ordre du jour, c’est à ce déchris-

OAI RTL PTE DEL SÉE55 RS lestrelifieuses ont été recluses dans une maison d’arrêt particulière. où elles ont été traitées comme les détenus aux frais de la nation. qui a été chargé de tous les frais

de garde et d’entretien. »

(2) Est-ce pour le remexcier de son utile intervention et l’inciter à continuer qu’en mai 1794, plusieurs suspects libérés où encore détenus (Drudes, Heurtault, Lecordier, Viel, Gaultier de Carville. etc.) font don,

au ciub, du bois nécessaire à l’édification de ses tribunes ? (1d., I 74,

Fe) et0193):

(3) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 740 et 786, passim.

tianisateur que la plupart des détenus virois vont être redevables de leur liberté (1).

Bouret, au préalable, a réclamé les lumières de la Société populaire et l’avis des Comités et des autorités. Le 16 mars, au club, Ch. Cailly montre les difficultés de la tâche qui incombe aux Comités de surveillance (2). Une longue discussion s'engage, et plusieurs membres se récusent « parce qu'ils ont voté contre nombre de détenus dans le Comité révolutionnaire ». Finalement, le club ordonne « à ses trois Comités réunis de lui faire un rapport sur les différentes arrestations du ressort, les charge d'inviter les Comités des sections de leur procurer la liste des détenus et les motifs de la détention et de prendre tous les renseignements utiles ». C’est ce travail qui sert de base aux décisions prises par Bouret qui arrive à Vire le 20 mars.

Bouret, dès l’abord, constate que les arrestations n’ont eu lieu que « pour les motifs de sûreté commandée par la loi » ; mais, il en est, dit-il, qui résultent d’une « mauvaise interprétation de la ioi ». De plus, quelques-uns de ceux qui ont été justement incarcérés, ont été « suffisamment punis ». Par un premier arrêté, en date du 3 germinal an II-23 mars 1794, Bouret accorde liberté totale à deux femmes et trois domestiques ; et 13 autres Virois, aussitôt qu’ils auront trouvé un répondant, seront remis en liberté sous la surveillance des autorités. Enfin, de Mortain, le 8 germinal-28 mars, et d’Avranches, le 12 germinal-1°" avril, Bouret ordonne de libérer, sous caution, un grand nombre des autres détenus (3).

(1) Dans sa lettre du 23 ventôse an II-13 mars 1794 (Arch. Vire, 1* 76), Polinière aîné disait à son correspondant : « Il y a eu ici nombre d’arrestations.… Beaucoup attendent avec impatience les représentants : on espère qu'il en sortira le plus grand nombre... Je crois bien que ta conscience est trop pure pour ne pas faire aussi des démarches qui la mettent en évidence et toi en liberté. Emploie donc les moyens qui te justifieront : nos lois sont justes et ne tendent qu’à sauver innocent calomnié. » Ainsi donc, un adversaire du régime, qui ne sait pas alors qui viendra à Vire, de Bouret ou de son collègue Frémanger, compte sur la mansuétude ces représentants ! Où sont donc les redoutables envoyés de la Convention, terrorisant les populations provinciales, sombres proconsuls venus pour exercer de sanglantes représailles ?

(2) « On a à craindre, dit-il, de condamner à une mort civile des innocents ou d’innocenter des coupables qui pouvaient augmenter le nombre des mécontents et déchirer le sein de la patrie. » (Id. I 74).

(3) Le 5 germinal-25 mars, de Mortain, Bouret écrit au Comité de salut publie : « A Vire et à Bayeux, l’examen des détenus a occupé une grande partie de ma résicence dans ces communes. Quelques détentions arbitraires ou trop légèrement exercées ont cessé. Plusieurs des

Les intéressés s’empressent, dans les jours suivants, de trouver le répondant exigé (1).

Seuls, 15 hommes, 7 femmes mariées, 2 veuves et 6 femmes célibataires restent détenus (2) ; mais la bienveillance de Bouret s'exerce en leur faveur puisqu’on les ramène de la prison de Caen à celle de Vire ou même qu’on les renvoie à leur domicile où ils seront gardés par des sans-culottes.

Ces mesures de clémence sont les dernières que Bouret a eu le pouvoir de prendre : deux décrets des 8 et 13 ventôse an II (26 février et 3 mars 1794) lui parviennent alors ; désormais, le Comité de sûreté générale est seul investi du pouvoir de mettre en liberté les détenus, Le 2 avril, d’Avranches, Bouret proteste contre ces décrets et rappelle comment il a procédé. « Je suis même persuadé intimement, ajoute-t-il, que j'ai acquis plus de prosélytes à la Révolution que si j’en avais agi autrement » (3).

La Terreur à Vire se réduit donc à une rigoureuse incarcération des suspects. À aucun de ces détenus, on n’applique l’art. 23 du décret du 27 germinal an II : déportation à la Guyane des individus qui, vivant à ne rien faire, seraient convaincus de s'être

äétenus sur lesquels la loi du 17 sept. a prononcé affirmativement une exception ont recouvré leur liberté, mais j’ai cru. devoir les laisser tous sous la surveillance des corps administratifs, quelques-uns avec des cautions, d’autres avec la garde d’un ou plusieurs sans-culottes. » (AULARD : Recueil…., t. XII, p. 176). En réalité, Bouret n’avoue qu’une

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