partie de ce qu’il a fait
(1) Les décisions de Bouret furent communiquées aux détenus par la municipalité, le geolier et l’agent national du district de Caen. Les répondants appartiennent presque tous au même clan politique que les libérés (certains ont été désarmés en avril 1793). C’est René-Richard Castel qui cautionne la mère du fédéraliste Armand-Louis Dumont. Roussel, du Comité de surveillance de Saint-Thomas, cautionne Angé-
lique Viel de Maisoncelles.
(2) Ce sont : Brouard de Clermont et son épouse ; la veuve Collardin et ses deux filles ; Corday père ; Dupont de Prébois ; Duhallay de Montchamp ; Heurtault de Boisneville et son epouse. ; Le Brun de Blon père et fils cadet ; veuve Le Brun Franquerie et sa fille ; Lecordier de Bon ; Letourneur de la Bretonnière ; Lioult de Saint-Martin- Don, sa femme et ses deux filles ; Noël du Parc et sa fémme ; Noël du Rocher, sa femme et sa fille ; Percy et sa femme ; la femme Roussel de Fontenelle ; [Viel]. (Arch. Calv., L,district Vire, anc. 742, n. f., 20 prairial an II). Les religieuses, incarcérées en vertu d’une décision spéciale, restent détenues.
(3) « Dès ce moment, je suspends tout travail à cet égard. » (AULARD :
Recueil…., t. XII, p. 357).
plaints de la Révolution ; à aucun d’eux, on n’applique la fameuse loi du 22 prairial an II qui défère au tribunal révolutionnaire et condamne à la peine capitale tous ceux qui, « par quelques moyens que ce soit et de quelques dehors qu’ils se couvrent, auront attenté à la liberté, à l’unité, à la sûreté de la République ou travaillé à en empêcher l’affermissement » (1). Bien loin de se servir du droit de renvoi devant le tribunal révolutionnaire qui est accordé aux représentants commissaires de la Convention, le montagnard Bouret, quatre mois avant la chute de Robespierre, préfère, pour acquérir des « prosélytes à la Révolution », atténuer les effets de la loi du 17 septembre 1793, si rigoureusement appliquée par les autorités locales (2).
3. Ces atténuations à la sévère « loi révolutionnaire » ont-elles produit l’effet escompté par le représentant ? Cette question nous amène à rechercher ce que la population viroise a pensé du régime montagnard et de son application locale, c’est-à-dire à étudier l'esprit public.
Saisir toutes les nuances de l’esprit public au cours de cette période est une tâche délicate, les éléments d’appréciation faisant défaut.
Il n’y à pas à compter sur la presse départementale qui, alors, disparaît presque totalement. Il n’y a plus d’élections. Enfin, l’opposition, dûrement atteinte par la loi du 17 septembre 1793, apeurée, traquée, se tait, se cache.
Pour nous faire une opinion, il ne nous reste que des documents présentant un caractère unilatéral, les pièces d’archives provenant dautorités constituées résolues à « marcher révolutionnairement », ct, davantage encore, à faire croire au gouvernement que leurs administrés sont « à la hauteur des circonstances ». Un peu de scepticisme n’est pas superflu dans l’examen de ces sources (3).
Cependant, elles comportent quelques aveux précieux, de sorte qu’on saisit bien que, pendant ces 8 ou 9 mois au cours desquels, à Vire, on n’est rallié à la Montagne que parce que l'intérêt supérieur de la République a paru Pexiger, « la température du corps
CA TTMONE NT
(2) On verra plus loin ce que pensa de l’attitude de Bouret le tisserand Mardeley, ex-m. du Comité de surveillance.
(3) IT vaut mieux écarter résolument les témoignages de l’époque postérieure : les magistrats virois, et bien d’autres avec eux, racouteront ne 30% ns 701 1 alors, pour s’excuser d’avoir servi la Montagne, que « la hache du tyran et de ses adjoints ambulants » était prête à tomber sur leurs têtes.
l'exemple de Bouret suffirait à détruire cette légende des adjoints ambulants du tyran.
social ne s’élève pas sensiblement », la « frénésie » reste « superficielle et limitée » (1).
Toutefois, cet esprit public subit une extension : limité, jusqu'ici, à l’attitude politique, il va comporter, désormais, une attitude religieuse ; ou, plus exactement, devant la complexité, la rapidité des événements, attitude religieuse, attitude politique se complètent, se confondent si bien qu’il est impossible de les séparer.
C’est à cette époque, en effet, que se manifestent les essais de déchristianisation et d’instauration de cultes nouveaux. Les prêtres, même constitutionnels, apparaissent comme des contre-révolutionnaires. Le catholicisme, momentanément, doit faire place à la religion de la Patrie. Car, qu’on la nomme culte de la Raison, culte de l’Etre suprême, n’est-ce pas toujours la patrie révolutionnaire qu’il s’agit d’honorer ? Les spéculations philosophiques troublent peu l'esprit de ces bourgeois pratiques : dans un culte, puis dans le suivant, ce qu’ils voient, c’est le ferment contre l’ancien régime qu’il faut vaincre. C’est pourquoi ils confondront si facilement les deux grands cultes révolutionnaires, et nous les verrons aller au temple de la Raison chanter les louanges de l’Etre suprême.
Ainsi donc, à côté de l’évolution politique proprement dite, il nous faut, dans ce chapitre, étudier l’évolution religieuse qui en est comme le corollaire.
Vire, en 1794, comporte encore de nombreux « aristocrates ». Mais les plus notoires d’entre eux sont alors incarcérés ou gardés à vue comme suspects. Les autres, pour éviter un sort semblable, n’osent manifester leur opinion. Bien mieux, certains déguisent leurs sentiments, gratifient la Société populaire de multiples dons, notamment de tout le bois nécessaire à l’édification de ses tribunes (2). Quant à leur langage, il est soigneusement expurgé. Témoin cette lettre du 13 mars 1794, écrite par le médecin Polinière, homme d’ancien régime, à un suspect détenu
« Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort !
« Le hasard, mon ami, m’a appris ta détention. J’en ai été fort surpris et fâché…… Je t’avoue que, tayant toujours connu bien pensant, je te crois bon républicain. Nous étions tous si las des grands, de la cour et de toutes ses fredaines que je n’imagine pas comment il peut encore se trouver des imbéciles qui ne jouissent
pas pleinement de l’avantage d’en être débarrassé.. « Nous n’avons rien de nouveau : il y a eu ici nombre d’arres-
(1) P. Caron (Rev. synth. hist. oct. 1910, p. 157). « Dans notre district, écrit l’administration au Comité de sûreté générale, le 24 janvier 1794, il existe des putriotes ardents, mais peu d’exagérés. » (Arch. Calv., L. district Vire, anc. 747, f. 16).
(2) Arch. Vire I 74, f. 91, 93.
tations, dont plusieurs ont été remis en liberté, et beaucoup attendent avec impatience les représentants. Je crois que ta conscience est trop pure pour ne pas faire aussi des démarches qui la mettent en évidence et toi en liberté : les lois sont justement sévères pour les ennemis de la chose publique, et tu ne te laisseras pas confondre avec cette espèce abominable qui a causé les malheurs et les troubles que nous avons vus. La République a des ressources et des forces énergiques à déployer. Nous les terrasserons (sic) et jouirons du bonheur de notre Constitution. Emploie donc les moyens qui te justifieront : nos iois sont justes et ne tendent qu’à sauver l’innocent calomnié.. Adieu, mon bon ami. Travaille à éclairer les comités sur ta conduite afin qu’ils te rendent à tes frères républicains. Il faut servir la République, mon ami, et la sauver. Nous nous sauverons tous avec. Salut et fraternité. » (1)
Est-il possible de mieux voiler ses véritables sentiments ?
A côté de ces « aristocrates » notoires, il faut ranger « les intrigants, les égoïstes, les faux patriotes, les hommes à circonstance, les caméléons du corps politique » (2), plus nombreux encore. Il s’en est glissé jusqu’au club (3) ; il s’en glisse, à l’insu du représentant en mission, jusque parmi les autorités constituées (4). II. n’est pas facile, d’ailleurs, de les discerner tous, les éléments de discrimination faisant défaut ou n’ayant pas de valeur actuelle (5).
(1) Id. I* 76. Cette lettre a dû être saisie par les autorités. — Au même moment, l’imprimeur Gabriel Adam, homme fort peu civique, annonce en ces termes son installation à Vire : « Républicains ! Aimer
sa patrie, faire le bien de ses concitoyens, propager de toutes ses forces le génie de la liberté, tel est l’important emploi du Français. Le nombre des propagateurs de ce génie auguste ne sera jamais trop grand. Pénétré de la vertu de ces principes, j’ai voulu aussi entrer en lice avec ces hommes amis de la chose publique et qui se sacrifient tous entiérs (sic) à la faire fleurir. Je viens de lever une imprimerie qui sera au nombre de celles dont la presse ne gémit que pour écraser le fanatisme. Heureux si, entouré de la confiance de mes concitoyens, elle peut servir de rempart inébranlable à notre auguste Constitution que nos représentants montagnards nous ont sagement donnée. » (Rapporté par C.-A. FÉDERI- QUE (Annuaire de l'Association normande, 1897, p. 177).
(2) Expressions de Bouret et Frémanger (AULARD, Recweil…, t. XI, p. 54).
(3) Ce ne sont pas les moins zélés des sociétaires. Parmi eux, les Crespin, père, fils et petit-fils, ce dernier âgé de 10 ans, autorisé, le 8 mars 1794 à accompagner aux séances son grand-père Etienne. Cet apprenti jacobin est le rédacteur du ms. Crespin (où il nous met au courant des agissements de ses congénères devenus membres du club).
() Ex. : Michel Mauduit-Cotelle au district.
(&) Les liens de famille ne sont pas probants : Goislard est l’époux d’une Lanon de la Renaudière ; Demortreux fils, d’une de Crennes, fille d'une Porée de Valhébert ; Flaust est beau-frère d’un Juhel de la Noliè-
Faut-il conclure que l’ensemble comporte seulement des individus qui, par crainte, dissimulent leurs véritables. sentiments: ou qui, liés par une sorte de complicité tacite dont aucun: d’eux ne serait dupe, sont uniquement soucieux d’ adopter l'attitude susCeptible de leur assurer la tranquillité ?
Certes, il ne faut pas se fier à tout ce qui se dit, à.tout ce qui se fait : les autorités, par exemple, excellent à donne: un sens civique à des faits qui, comme la vente des biens nationaux, prouvent seulement qu’il y a toujours des gens désireux de réaliser des opérations fructueuses. « La chaleur des enchères nous démontre l’attachement de nos concitoyens à la Révolution », écrit le district. « La vente des biens d’émigrés… se fait toujours avec des proportions consolantes pour les sans-culottes… Dis de notre part à la Convention qu'ici ça va et ça ira. » De même, dans ses compte-rendus décadaires au Comité de salut public, dans ses rapports au Comité de sûreté générale, le district proteste trop volontiers de la vigueur de ses intentions : « Nous jurons, écrit-il, le 25 décembre 1793, de poursuivre à outrance les ennemis de la République et de ne nous reposer que lorsqu'ils seront tous détruits » (1).
Différentes mesures procèdent de cet esprit : proseription des signes d’ancien régime (2), désignation des lieux par des noms « analogues aux circonstances » (3). Bien mieux, au club, Laisné
re et cousin du « féroce » chouan La Mariouze dit « Moustache » Bazin du Parc a eu pour parrain Viel de Maisoncelles, ete. — Sous le
Directoire, le geolier Baron, le commandant de la garde nationale Dubourg, et même Flaust, seront peu républicains. Mais beaucoup de gens ont évolué depuis 1794 : en l’an IT, rien ne permet de suspecter le civisme dont ils font montre.
(1) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 747, f. 2, 21, 54.
(2) « De vrais républicains, des hommes faits pour la liberté doivent mépriser, et à jamais, écarter d’eux tous les objets inventés par les filous-et les jongleurs des siècles ignares. » Le district rappelle à l’observation de ces règles les communes de Coulonces, Vaudry, Truttemer. (ame 1207 1 1422; 747, f.,60: :0750,fw40:—— "Arch oVire, 174,91, 45, 58; 18, 81,82).
(3) Nombreuses. motions du club à ce sujet. Les sections de Saint- Thomas et de l’hêpital deviennent celles de la Montagne cet des sansculottes ; la rue Girard devient la rue Marat ; celle des Cordeliers, rue de la Révolution ; la rue Notre-Dame, rue de la République ; celle du Neufbourg où habitent les « aristocrates », rue de l'Egalité. — Du mêrne ordre sont les prénoms révolutionnaires infligés aux nouveaux- nés Valère-Publicola Bruley ; Jules-César Mauduit, fils de membres des Comités de surveillance ; « Sophie de la Montagne » Rifioux, fille d'un cordonnier. Les enfants naturels s'appellent : Romain, Républicain, Tell, Messidor, Liberté, Convention. (Voir l’état-civil).
et le très suspect notaire James présentent cette motion outrancière qui, heureusement pour l'esthétique, ne sera pas suivie d’exécution : « Laisserons-nous subsister plus longtemps, au scandale des esprits éclairés, cette masse informe et colossale qui ne peut rappeler que des souvenirs humiliants ou ridicules ; ce vieux donjon qui mérite, sous tous les rapports, de rentrer dans le néant, soit que vous le considériez comme un monument de féodalité, soit que vous l’envisagiez comme un reliquaire de la superstition. Une souscription nous a paru propre à faciliter l’abattement de cet objet hideux qui contraste désagréablement avec la Montagne. » (1) Ô «
A chaque séance, le local de la société retentit des échos des chansons patriotiques en vogue (2), non seulement de l’hymne des Marseillais et du « Mourir pour la patrie », mais encore d’une multitude de pièces de circonstance, dues à des compositeurs locaux, souvent peu brillantes au point de vue poétique, mais sincères dans leur gaucherie, et, surtout, faciles à retenir, ayant adopté l’air à la mode, « meilleur moyen de faire goûter à ceux qui ne savent pas lire les principes de la liberté ». Puis, à partir du 11 décembre 1793, les lectures publiques sont de règle : bientôt, à l’ouverture de chaque séance, on lira le « manifeste du républicain Robespierre ». Quant aux journaux, les plus goûtés seront longtemps le Sans-Culotte, puis le Père Duckhesne (3).
Mais les grandes manifestations de l’enthousiasme, sincère des uns, affecté des autres, sont les fêtes publiques. Elles sont alors nombreuses, la Convention, persuadée de leur bonne influence sur Pesprit public, les rendant officielles par décret. On a ainsi célébré à Vire : le 9 janvier 1794, la fête de « la reprise de l’infâme Toulon » ; le 25 janvier, le retour de l’armée Tilly, victorieuse de la Vendée ; le 8 février, la plantation de l’arbre de la Liberté et
(1) Une montagne symbolique avait été établie sur la place du
château, au pied du donjon. (Arch. Vire, D* 14, 23 messidor an II : TANT LDO)*
(2) Le club les fait réimprimer chez le « patriote » Lebel ou chez le « Montagnard » Adam, car « les hymnes dont il s’agit respirent le plus pur patriotisme, et sont capables de réchauffer le civisme dans les campagnes ». À chaque séance, ces chants alternent avec la récitation des droits de l’homme par des écoliers, et des discours par les dirigeants. (Arch Calv.; L, district Vire-anc. 725, 1. 82.:0726, f..2-: 749 n. f., 8 mes-
sidor. — Arch. Vire, I 74, f. 44, 57. — Bibl. Vire, Imp PC2 7610-50. Crespin, t. 1°" passim).
(3) « Le style et les idées de cet énergique ami des sans-culottes a
(sic) fort réjoui l’assemblée et n’est pas resté sans fruit. » (Arch. Vire, I 74, f. 41, 46, 48, 51, 109).
de la Fraternité ; enfin, les fêtes « mémorables du 31 mai et du 14 juillet ».
Conformément au décret du 4 nivôse an IT, le club et la municipalité organisent la fête de la reprise de Toulon, destinée à « éterniser le souvenir du triomphe des francs sur les esclaves ». En réalité, c’est une sorte de commémoration de toutes les victoires remportées par les armées françaises (1). Dès 9 heures du matin, les autorités, le club, la garde nationale, les troupes se rendent, en musique, à l’autel de la patrie : « Les eris de : Vive la République ! Vive la Montagne ! » sont « mille fois répétés par un peuple immense ». Le cortège fait ensuite le tour de la comraune. « En passant devant la maison du citoyen Châtel, lieutenant au 7° bataillon du Calvados, blessé dans un combat contre les brigands, qui s’était fait approcher de la fenêtre pour voir la cérémonie, il s’est fait une station : le maire et un officier municipal sont allés lui donner l’accolade fraternelle.… Le spectacle d’un peuple reconnaissant envers ses défenseurs, dont on a joui pendant cet instant, était fait pour attendrir les âmes les plus dures. En passant devant l’Hôtel-Dieu, les drapeaux ont salué les militaires. Les cris répétés de : Vivent les défenseurs de la Patrie ! ont fait retentir les airs. » A l’arbre de la Liberté de la rue du Pont, on chante « des hymnes et des chansons faites pour la fête » ; les cris de : « Vive la République ! Vive la Montagne ! Vivent les sans-culottes ! Vivent les défenseurs de la patrie { » sont « mille fois répétés ». Enfin, on couronne deux vieillards invalides qui ont « versé leur sang pour la défense de la patrie », et on brûle « un tas de vieux papiers et de titres de la féodalité » aux accents du « Ça ira ! » (2).
Le même caractère patriotique se retrouve à la réception de l'armée Tilly, fête due à l'initiative du club. Une députation va au-devant de l’armée, présenter « aux bandes guerrières qui vienrent enfin de laver dans le sang de ses parricides enfants les
(1) Les dispositions sont arrêtées trois jours d'avance. Toutes les autorités apprennent « l’hymne immertelle de la Raison et celle des
La veille, le conseil général fait afficher cette
patriotes marseillais ».
proclamation : « Citoyens ! Les brigands de la Vendée ne sont plus L’Anglais est chassé de Toulon ; le Prussien, l’Autrichien ont 1üi de Wissembourg, Lauterbourg, Haguenau et Landau ! Citoyens | à qui devons-nous tant de victoires ? A la bonté de notre cause, à la prévoyante fermeté de nos représentants, à J’intrépidité de nos qétens seurs ! » (Sur cette fête, voir : id., D 5, 1e ON EN DT Er TES CE PNA RTE Arch Calye NL district Vire, anc. 720, f. 57, 60, 64, 68, 69, 103 ; 736, f. 83 ; 747, f. 6, 7 ; 750, f. 42, 43).
(2) Le soir, illumination des bâtiments publics, « la disette d'huile et de chandelle n’ayant pas permis aux citoyens d'en faire autant »,
outrages faits à leur patrie », les lauriers qu” « ils ont si bien mérités ». Tilly est couronné, des dons de vêtements sont faits aux soldats les plus dénués, au son des hymnes en l’honneur des victoires et aux cris de « Vive la République ! » (1)
La fête de la plantation, « sur la place de la Liberté, d’un chêne vert, symbole de la liberté et de la fraternité » revêt une signification spéciale, parce qu’en même temps, elle est celle de « l’anniversaire de la mort du tyran » (2). « Sur la place, dit le procèsverbal (3), était élevé sur un piédestal entouré de fleurs de lys, le buste du dernier roi. Au-dessous, était la fosse dans laquelle on devait placer l’arbre de la Fraternité : on avait pratiqué dans ce souterrain un artifice qui, faisant explosion subite à l’arrivée des autorités, a couvert de flammes et de fumée et bientôt réduit en cendres tout cet échafaudage du despotisme et le despote luimême... C’est ainsi que la végétation de l’arbre, emblème du triomphe des Français, sera accéléré par les cendres de la tyrannie terrassée. »
C’est de façon beaucoup plus terne qu’ « aux termes de la loi », l’on célèbre l’anniversaire du 31, mai. Le Conseil général de la commune, la Société populaire se prodiguent en défilés, au son de la musique ; mais la brièveté du procès-verbal laisse discerner que, cette fois, le: cœur n’y est pas : il était quelque: peu dur d’être si vite contraint de brûler ce qu’on avait tant adoré l’an précédent (4).
La fête du 14 juillet ne peut motiver une telle réserve. Aussi, les préparatifs sont des plus minutieux, afin de « donner une pompe et une majesté convenable » à cette fête qui « doit être une des mieux solennisées, puisque, ce jour-là, le peuple reprit ses droits, ce qui a amené à l’établissement de la République » (5). Sur la
(1) « Une héroïne revenant de la Vendée combattre les brigands de l'armée de Jésus est admise aux honneurs de la séance. » (Arch. Vire, ITA E.52-34):
(2) Le 7 pluviôse an II-26 janvier 1794, Bouret a décidé que cette commémoration aurait lieu le i* décadi suivant la notification de son arrêté.
(3) Id, D 5, f. 18, 23 ; D 10, p. 186. Cortège, « stations civiques », chansons, vivats, musique, rondes, etc.
(4) Le 27 mai, Laisné, président du club, propose de « célébrer la fête mémorable du 31 mai ». L’ordre du jour est adopté parce que « la Convention n’a pas statué sur le mode de célébrer les fêtes publiques ». Mais, le 29, « sur la motion d’un membre, la société arrête que cette fête sera célébrée aux termes de la loi. Un membre prononce un discours sur la nécessité de la réunion des républicains, sur l'avantage du Gouvernement et sur le succès de nos armes. » (Id., I 74, f. 94-96).
(G) Les communes du district envoient des délégués qu’on loge chez les habitants aisés. À 7 heures du soir, un souper civique a lieu, chaque