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semble de la population et à croire sincère son ralliement à la Montagne. Au fond, ils ont bien jugé : ce ralliement est dicté, non par la peur, mais par le patriotisme, la Montagne apparaissant à ces modérés comme un ferment d’unification des forces nationales, au moment où celles de l’ancien régime mettent en péril l'œuvre réalisée depuis 89.
4, Des mobiles analogues font la sincérité du mouvement religieux qui se manifeste au cours de la même période.
La précédente n’avait pas présenté un seul exemple de manifestation anti-religieuse (1). La masse était restée profondément catholique et le clergé constitutionnel avait gardé l’appui officiel : il a même été associé à la promulgation de la Constitution de 1793 (2), et à Vire, le programme de la solennité du 10 août avait comporté une messe et un Te Deum auxquels les autorités s'étaient fait un devoir d’assister.
Qui a favorisé la naissance de la tendance anti-religieuse ? Ce n’est pas vraiment la Convention (3) : le 18 frimaire an II-8 décembre 1793, un mois après la première cérémonie du culte de la Raison, elle invite encore les bons citoyens, au nom de la patrie, à s’abstenir de toutes disputes théologiques (4). Quant au Comité de salut public, dans son arrêté du 28 nivôse an I[-17 janvier 1794, aux autorités constituées, sur les bases du gouvernement révolutionnaire, il répète aux agents nationaux : « La liberté des cultes doit être l’objet de votre sollicitude. Le fonctionnaire public n'appartient à aucune secte ; mais il sait qu’on ne commande pas aux consciences ; il sait que l'intolérance et l’oppression font des martyrs. »
(1) On ne peut qualifier ainsi la circulaire du district aux municipalités (16 janvier 1793), à propos du métal de cloche : « Il est possible que, dans votre église, vous ayez plus de cloches qu’il n’est nécessaire. Ce luxe religieux n’ajoute rien à la dignité de la religion. » (Arch. Calv 1 district Vire anc:732/109)
(2) Elle reconnaît la liberté des cultes. Lors du plébiscite pour son acceptation, l’assemblée primaire de Pontfarcy réclama un salaire pour les prêtres, garanti par la Constitution. Celle de la Kerrière-au-Doyen demanda la prohibition du mariage des prêtres. (Arch. Nat., B II 4).
(3) Le 11 janvier 1793, elle décide de faire « une instruction au peuple pour lui expliquer que jamais la Convention n’a eu l'intention de la priver des ministres du culte catholique que la Constitution civile du clergé lui a donnés »,
(4) Publication solennelle dans le district de Vire. (Arch. Calv. L, district Vire, anc. 720, f. 96).
Cependant, à cette date, le mouvement anti-religieux s’est déjà manifesté dans toute la France ralliée à la Montagne.
En beaucoup d’endroits, il y a là conséquence du fédéralisme, des prêtres constitutionnels ayant favorisé ce mouvement (1). De plus, il s’est créé peu à peu une sorte de confusion : dans la plupart des troubles, on retrouvait la main des prêtres ; il a suffi qu’il y ait parmi eux quelques constitutionnels pour qu’on n’ait plus jugé utile de faire un distinguo. C’est ce qui explique que, sur le rapport de représentants en mission, la Convention, en septembre 1793, rendant un décret contre les « prêtres turbulents » ait, cette fois, laissé de côté la division, si longtemps observée, entre réfractaires et jureurs. Par voie de conséquence, quelques jureurs, se sentant, désormais, visés par la nouvelle législation, ont pu, çà et là, manifester leur mauvaise humeur, justifiant ainsi ies mesures prises (2).
La contagion de l’exemple est également l’une des causes déterminantes de ce mouvement : on ne veut pas être en retard sur le voisin. Là encore, le club, renseigné sur ce qui se passe ailleurs, joue le premier rôle. Des motions anti-religieuses lui sont présentées par les individus les plus divers : hommes de loi, marchands, ex-prêtres, artisans, ayant tous ceci de commun que, précédemment, ils avaient été de bons catholiques, et que, la crise passée, ils feront un pieux retour à la religion de leurs pères (3).
(1) Je n’en ai pas trouvé un seul exemple dans le district de Vire.
(2) Dans le district de Vire, on a attribué à des jureurs deux cas de troubles : 1° 9 janvier 1794, à la Ferrière-Harang, au moment où on va célébrer la fête de la reprise de Toulon, conflit violent entre le capitaine de la garde nationale qui veut une fête laïque, et une troupe d'hommes et femmes qui veulent une cérémonie religieuse. Injures, menaces, coups. Passent pour avoir suscité les troubles : le curé et le vicaire de la Ferrière, le curé de Carville, tous constitutionnels. [Le dernier aurait dit en chaire : « Mes frères, on veut détruire la religion, mais, à nous seuls, nous pouvons la conserver. »] Il y a non-lieu, mais le réquisitoire de Laisné sur cette affaire est hostile à tous les prêtres cans exception. — 2° 14-16 mars 1794, à Saint-Jean-le-Blanc, troubles lors de la célébration de la messe : le curé constitutionnel Lemoisson, rendu responsable, est incarcéré. [Bouret le fera libérer]. Plus tard, on arrêtera à Vire trois abdicataires : Jean-Thomas Barbot, ex-curé de Neuvy (Nièvre), incarcéré sur la demande du Comité de Cosne, de floréal à fructidor ; Gallet et Cruet, insoumis à la réquisition, libérés au
bout de quelques jours. (Arch. maison d'arrêt Vire, an Il-an IV. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 720, f. 60, 64, 68, 145, 146, 150 ; 740, n: f. 14 messidor an II ; 747, f. 6, 7. — Arch. Vire, I 74).
(3) Les annalistes virois n’omettront pas de signaler la mort de Ch. Cailly, « muni des sacrements de l’église », le 8 janvier 1821. Il avait été l’orateur de la fête de la Raison. — La liste de la pieuse
Enfin, pour la Manche et le Calvados, il y a influence très réelle des représentants Bouret et Frémanger qui appliquent une politique résolûment déchristianisatrice, précisée le 30 ventôse an II- 20 mars 1794 par l’arrêté fameux ordonnant la fermeture immédiate des édifices « ci-devant appelés églises » et proscrivant tous signes extérieurs des cultes dans la Manche et le Calvados ; attitude d’autant plus remarquable qu’ils n’ont pas èté envoyés pour cela (1). Le 22 mars, Bouret, de Vire, transmet au Comité de salut public copie de cet arrêté : « Les circonstances et les localités, affirme-t-il, exigeaient cette mesure ; je ne pense pas que vous la désapprouviez. » Mais, comme il est clair, même pour le Comité, que Bouret rend compte d’une mesure appliquée déjà en maints endroits, mention est faite sur ia copie reçue : « Le Comité n’a pas pris de décision. » On n’approuve pas et on ne peut improuver.
En résumé, attitude des réfractaires et de quelques jureurs ; contagion de l’exemple ; politique des représentants en mission dans la région, telles peuvent être les causes de l’éclosion du mouvement déchristianisateur à Vire.
Nous aurons à examiner les manifestations de cet état d’esprit, puis à en discerner les caractères et à en apprécier la profondeur.
Les manifestations sont nombreuses et variées : il.y a celles qui résultent de l’application même de la législation ou de la réglementation : 1° descente de cloches et suppression des signes cultuels ; 2° fermeture des églises et utilisation pour les services publics ; 3° laïcisation du personnel hospitalier ; 4° traitements ecclésiastiques. Il y a, d’autre part, et ce sont les plus originales. celles qui sont spontanées, dues au désir de se montrer à la hauteur des circonstances, abdications et mariages de prêtres, culte de la Raïson. IT faut y ajouter le culte de l’Etre suprème, légal, obligatoire.
Les envois de cloches et de matières précieuses à la Monnaie procurent aux autorités les premières occasions d’étaler des sentiments antireligieux. Le 4 octobre 1793, la municipalité écrit à la Convention : « Nous offrons à la patrie des croix, calices, bénitiers, encensoirs.. Assez et trop longtemps les riches ornements des temples. ont annoncé le faste orgueilleux des officiers de l'Eglise, sans honorer un Dieu qui ne peut être flatté que par le
Congrégation des gens de lettres, réorganisée en 1801, comporte un certain nombre d’ex-sectateurs des cultes révolutionnaires.
(1) Le Comité de salut publie leur rappellera qu’ils ont été envoyés surtout pour épurer les autorités. [De Bayeux, le 6 février, puis de Lisieux, le 28, ils avaient indiqué leurs intentions. « Je ne compte pas, disait Frémanger, laisser d'église ouverte derrière moi, ni de prêtres qui se disent encore ministres du culte catholique. »]. (AULARD : Recutetl”. AIX, pr te XT pp A60 TXT MP Het p4120(n, 4),
culte des vertus. » Ce ton s’accentue avec les envois ultérieurs. Âu septième, le district, s’élevant contre les « escamoteurs que l’on appelait prêtres », annonce sa résolution d’ôter à ses administrés jusqu’au « souvenir de ces joueurs âe gobelets qui les ont dupés si longtemps » (1).
Quant à la destruction des signes du « fanatisme », elle s’exécute facilement dans presque tout le district (2). A Vire, c’est le club qui en prend l'initiative le 9 décembre 1793 (3). Mais, selon Crespin, des destructions avaient été opérées déjà par l’armée Sépher, arrivée à Vire le 9 novembre. Elle aurait notamment détruit « le calvaire qui était sur le donjon, établi en 1696, et les croix » (4),
Le Conseil général de la commune n’intervient que plus tard il a la singulière idée de choisir pour effectuer les destructions le notable Vivier, frère d’un prêtre non sermenté, et le curé constitutionnel Alais. Est-ce là un moyen dilatoire ? Ce qui est certain,
() De petites communes, en déposant ces objets, manifestent des sentiments qui ne peuvent être ceux de.leurs administrés : celle de Beaumesnil, le 13 mars, se. dit « heureuse » de déposer au club, avec des dons pour les défenseurs, « un vieux missel pour faire des gargousses ». . Celle de Tallevende-le-Grand, le 9 avril, demande au district l’autorisation de vendre des débris de tombeaux en forme de croix, « restes du fanatisme au pied desquels les âmes faibles vont encore se prosterner et scandalisent les vrais républicains ». Le district autorise la vente de ces pierres « ouvragées sous le règne de l’imbécillité ». — La municipalité de Vire requiert les autres « d’apporter les confessionnaux des églises pour en faire des guérites ». (Arch. Vire, D 10, p. 136 ; D 11, f. 51 ; PA NET PAeN Calve I duistrictVire anc 720 4167%:726;t-94%: 751, f. 14). :
(2) Résistances à Coulonces, Sainte-Marie-Laumont (arrestation de 2 prêtres), Tallevende-le-Grand (arrestation de 4 ouvriers pour refus de travail). Le 12 avril, le district requiert les municipalités d’envoyer aux Bénédictines « tous les ornements, instruments et argenteries propres au culte, les grilles de fer, battants de cloches, croix et matières tant en fer qu’en cuivre ». (Id., anc. 733, f. 57 ; 737, n. f., 10 thermidor an II ; 742, n. f., 1° thermidor an IL ; 744, n. f., 21 messidor an Il).
(3) La motion vise « tous les hochets de la superstition, tous les livres de chicane, ceux de l’absurdité par principes, de la théologie... de la benoîte dévotion, les menins de l’imbécillité, bouquins et recueils de sottises. » (Arch. Vire, I 74, f. 7, 32).
(4) « Lorsqu’on apprit que cette armée, composée d’impies, devait arriver…., chacun s’empressa d’enlever les vierges exposées dans les différents quartiers. La vierge de la rue du Calvados ne fut pas enlevée à temps : un militaire voulut la hacher à coups de sabre ; mais, comme il aliait pour frapper le premier coup, le bras lui tordit-et il fut obligé d’en rester là ». Crespin ajoute que « quantité de militaires insultaient à la religion. » Mais un certain Amiard, les provoquant en duel, en tua un certain nombre. (Crespin : ms. t. II, p. 254-255).
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c’est que l’un et l’autre se récusent. Le 19 avril 1794, on en charge Julien Gosselin, célèbre par ses motions outrancières (1).
Cette fois, on peut en croire Crespin : « Le beau lutrin de l’église Notre-Dame fut passé au creuset, on brisa les chapelles... on acheva de briser les autels… Quelques personnes se saisirent secrètement d’ornements, pierres sacrées, reliques de saints dont quelques-uns furent cachés dans la voûte de l’église Notre-Dame. Le reste fut foulé aux pieds ou volé par des malheureux qui brülaient les saints, vendaient ou se faisaient des habits, vestes, culottes ou des lits ou ciels de lit avec les ornements. (2) Le procèsverbal que dressera l'administration municipale, le 10 octobre 1796, lorsqu'il s’agira de restituer l’église Notre-Dame au culte, montre que Crespin n’a pas exagéré (3).
Il ne reste plus dès lors qu’à supprimer le culte lui-même. Le Conseil général de la commune semble avoir pris les devants dès le 9 novembre 1793 : « Considérant qu’il n’existe pas d’emplacement pour le dépôt des farines et fourrages de l’armée, que le local le plus propre à cet effet est l’église Notre-Dame, mais que les bancs qui y existent nuisent..., les bancs de la chapelle neuve seront provisoirement Ôtés et mis en piles. ; le Conseil. met en ‘réquisition tous les charpentiers et menuisiers de la commune pour démonter les dits bancs. »
Ainsi disposé, le même conseil, le 12 mars 1794, accueille favorablement une motion de Julien Gosselin, demandant la fermeture
(1) Gosselin travailla si maladroitement qu’il fit tomber les éclats des vitraux de Notre-Dame dans l’avoine du magasin militaire qu’il fallut remplacer (Arch. Vire, D 5, f. 65 et 70). — Le 26 avril, Laisné propose à Bouret « la destruction de tous les objets du culte catholique » ; le 16 mai, il autorise la mise au feu d’une croix de bois ; le 30 mai, il ordonne de détruire comme servant de rendez-vous aux fanatiques, l’ermitage de Saint-Manvicu, les chapelles de la Ruaudière et de la Pinsonnière, à Tallevende. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 725, f. 27, 64 ; 740, n. f., 5 messidor an IL ; 742, n. f., 7 floréal an Il)!
(2) Crespin, ms. t. II, p. 255, 258, 456. Séguin fils conte qu’à Carnaval, eut lieu une scandaleuse mascarade, des individus revêtus d’ornements religieux ayant fait le tour de la ville, portant un mannequin recouvert d’insignes sacerdotaux qu’ils faisaient danser au chant du Ça ira.
(3) « Etat de délabrement et de dévastation effrayants…., orgue brisé dans sa boiserie et tous les tuyaux enlevés, les 11 autels disparus... l'autel principal totalement détruit, confessionnaux brisés, Christ et arcade du bas du chœur en morceaux, statues enlevées ou brisées,
53 croisées dont les vitres sont presque toutes brisées. » (Arch. Vire, P* 96).
des églises. À l’unanimité (1), le conseil, voulant « hâter les moments où le peuple doit enfin être désabusé, où le culte de la vérité et de la morale doit succéder à celui de la superstition et du mensonge, et voyant avec plaisir que les esprits se préparent à une révolution heureusement étonnante, puisqu’elle secoue la fange des plus antiques préjugés, a arrêté que les bâtiments qualifiés églises seront incessamment clos et fermés jusqu’à ce que administration supérieure en ordonne l’ouverture pour le service de l’utilité réelle de la République » (2). Alors, nous dit Crespin (3) « les prêtres jureurs cessèrent leurs exercices, les églises ne furent plus que des magasins à foin pour les chevaux des troupes. » (4)
C’est au cours de cette période qu’on réalise la laïcisation du personnel hospitalier. En effet, même après promulgation du décret du 15 du premier mois de l’an II (5), ce sont encore les Augustines, des insermentées, qui assurent le service de l’Hôtel- Dieu. Certes, lorsqu'il leur faudra se justifier, le district et la
(1) On vient d’apprendre la prochaine venue de Bouret et Frémanger.
(2) Ainsi donc, l’arrêté Bouret-Frémanger du 30 ventôse, promulgué à Vire le 9 avril, y est exécuté avant son apparition. Dans le reste du district, l’application en avril occasionne, dit Laisné, « queiques murmures de la part des fanatiques et des mécontentements secrets ; mais tous les citoyens s’y sont soumis et cela n’a occasionné aucun troubie, » (Id:; D 4, f. 118 ; D 5, f. 38 ; I 74, f. 83. — Arch. Calv., L, district Vire, anC 20/66 4165 0733, fv97:%742 nf. -20 prairial antllé:#750; 1. 88):
(3),MS TU IL p.258 Dans let. 1,1p. 1341, lplace la fermeture des églises dans « la première semaine du Carême », soit avant le 15 mars ; il y aurait donc eu exécution immédiate. Le même t. 1°", p. 551, contient une « lettre écrite dans le temps où les églises étaient fermées en France, qu’on ne voulait plus de prêtres, que tout était en combustion ». Rédigée en patois bocain, elle peut être résumée ainsi : « Que veux-tu que j'aille faire à Vire ? Ne pas gagner la résine qu’on y brûle ? Dans le monde d’à présent, les gens ne sont pas chanceux. M. de Campagnolles et Mme du Reculey, qui avaient encore soin d’assister les pauvres, ne donnent plus rien depuis toutes ces affaires. Plus d’enterrement.…, plus de lavabo ; sans cela, j'aurais pu encore être un des 12 apôtres. C'était toujours son écu et sa tourte de pain blanc. Dans ce règne-ci, il faut se torcher les babines. Croyons que le ciel n’est pas irrité de tout ce qui se fait. On ne va plus à messe ni à vêpres ; plus de confession ; on est tout comme des huguenots ; on meurt. comme des bêtes, on est enterré sans enterrement, et puis, va comme je te pousse, dans le champ aux bœufs » [nom gardé par le cimetière, jadis en herbage].
(4) A la date du 22 septembre 1794, l’église Saint-Thomas est un magasin à poudre ; la chapelle Saint-Maur est la boucherie de l’armée ; Sainte-Anne est une écurie ; la chapelle de l'hôpital général est un magasin à grains. (Arch. Vire, D 5, f. 145 ; D 11, f. 48).
(5) Qui, d’ailleurs, n’a lieu à Vire que le 6 décembre 1793.
municipalité ne manqueront pas d’invoquer la nécessité, issue de la transformation de l’Hôtel-Dieu, maison de charité à 40 lits, en un hôpital militaire à 200 lits ; puis, le contrat passé le 12 novembre 1793 entre les Augustines et le commissaire général ordonnateur de l’Armée des Côtes de Cherbourg (1).
Mais, le représentant Laplanche, informé de cette situation, donne les ordres les plus nets : ils parviennent à Vire le 17 décembre 1793, à 10 heures et demie du soir, et le ton est si impératif que le district et le conseil général de la commune, réunis d’urgence, malgré l’heure tardive, préfèrent, pour éviter d’être accusés de fanatisme, passer à l’exécution immédiate. En pleine nuit, les Augustines sont invitées à prêter serment ; sur leur refus, on les constitue en état d’arrestation chez elles, avec charge de continuer leur service jusqu’à remplacement ; le port du costume religieux leur est interdit et elles doivent céder leurs guimpes et béguins. En même temps, les commissaires chargés de l’exécution enlèvent « le reste des grilles et autres objets annonçant la retraite, ainsi que tous les autres signes du fanatisme » contenus dans la maison.
Le jour suivant,, à 4 heures du soir, les autorités se rassemblent sur la place à l’endroit « le plus éminent » pour procéder au brüûlement des guimpes et béguins. « Le son de caisse ayant réuni une grande quantité de citoyens, un officier municipal a mis le feu au bûcher aux cris de « Vive la République ! » répétés par tous les assistants. Des débris de hochets de la superstition ônt été livrés aux flammes. Pendant cet autodafé, des hymnes à la Liberté et à la Raison ont été chantés.. Les citoyens, voyant jeter au feu un morceau de bois jadis appelé saint, ont crié : Pas d'autre culte que celui de la Raïson ! » (2)
Après des paroles aussi nettes, il convient de voir comment les autorités traitent les membres du clergé constitutionnel, ministres
(1) « Ce n’est pas par esprit de fanatisme que nous avons toléré jusqu’à ce jour... une communauté de femmes insermentées, consacrée au service des militaires. 11 y a plus de deux ans que nous avons renvoyé pour ce sujet celles qui administraient notre hôpital général. Nous n'avons rien négligé pour remplacer celles destinées au service de l'hôpital militaire. ; et le département, à qui nous avions écrit, il y a plus de 6 mois, pour avoir des sujets. ne nous a fait aucune réponse. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 750, f. 113). -
(2) Le district peut ensuite écrire à Laplanche : « Ceux-là vous ont bien trompé qui nous ont accusé de fanatisme. Depuis longtemps, le culte de la Raison est celui des fonctionnaires publics de notre commune. Nous avons toujours apprécié à leur prix les hochets de la superstition.… » (Id., ane. 720, f. 32-33 ; 750, f. 113). Les Augustines, incarcérées du 22 janvier au 31 décembre 1794, rentreront au service de l’Hôtel- Dieu le 23 septembre 1804.
d’un culte condamné. Tandis qu’en 1793, la municipalité leur a délivré, souvent à l’unanimité, d’élogieux certificats de civisme (135 voici'que le ton change : le 29 janvier 1794, Laisné n'écrit-il pas au Comité de salut publie : « Si le fanatisme religieux n'avait pas de partisans, la Révolution aurait pour amis la très grande majorité de nos concitoyens, à l’exception des ci-devant nobles et des prêtres. Car je pense que ceux de ces derniers qui tiennent à leur prétrise et ne veulent pas renoncer à en faire les fynctions, sont actuellement aussi dangereux que les premiers. Celui qui ne renonce pas au mensonge a dessein d’en faire usage. » (2)
Aussi, quoique ne négligeant pas de faire payer leur traitement aux prêtres fonctionnaires publics, le district agite, dès nivôse an II, la question de la suppression des traitements ecclésiastiques (3), et, après la fermeture des églises, Laisné écrira au Comité des finances : « Il s’agit de. savoir si ceux qui n'ont pas remis leurs lettres de prêtrise doivent toucher quelque traitement. Doit-on salarier celui qui est censé ne plus travailler ? » (4)
Quelle est, en regard de celle des autorités, l’attitude des prêtres de la région ? Une question de la plus haute importance doit être posée d’abord : le clergé lui-même a-t-il pris part au mouvement de déchristianisation ?
Un certain nombre de prêtres de la région cessent alors toutes fonctions ecclésiastiques publiques. Quelques-uns se contentent
(1) Ex. : Thcemas et Pierre-Thomas Lepesteur ; Bertrand Porquet, Coulleray et Dupont, vicaires ; Desmortreux, ex-principal ; R. Mulot, aumônier de l’hôpital ; J.-B. Queillé ; F.-M. Besnier ; L.-J. Foucher ; F.-D. Lepeinteur ; N.-A. Aze ; A. Marin ; Masson ; M.-A.-G. Monlien ; G.-V. Quéruel : Lemoine du Gassel. (Arch. Vire, D 4 passim).
(2) Arch. Calv. L, district Vire, anc. 747, f. 18.
(3) Le 22 décembre 1793, il écrit : « Comme [les constitutionnels] ne font pas partie de l’ancien clergé, et que, conséquemment, ils n’ont pan eu le temps de s’engraisser, il est naturel de leur procurer, peut-être pour la dernière fois, leurs traitements. » (Id., anc. 733, f. 4).
(4) Le 22 mai 1794, Alais, curé constitutionnel de Pont-Bellenger, apprenant qu’on va vendre nationalement les biens de sa cure, réclame la portion de jardin garantie aux curés par la loi de 1790. Refusé, car « il est temps d’ôter du champ du cultivateur les plantes PRRASiteS . (id, anc. 725, f.-50 ;°742,.nf.,.6 prairial an I). — De même, le 18 février, la municipalité, répondant à une pétition de Lepeinteur « que, dans les temps d’ignorance, l’on nommait prêtre », dérmandant un salaire pour avoir, en oct.-nov. 1795, acquitté la ere HEURES s’exprime ainsi « Le Conseil, par commisération, de l’état d’infirmité du réclamant, a autorisé le citoyen Surirey d'arrêter un conne ie avec lui, de le payer et de l’avertir que, désormais, . ait 1 attention faire payer les prières qu’il fera, les HAMBENCES qu’il délivrera par les sots qui les réquerront. » (Arch. Vire, DS; 20).
den faire déclaration devant leurs municipalités (1) ; d’autres leur remettent leurs lettres de prêtrise (2). Mais la plupart préfèrent venir les déposer au district de Vire où certains font dresser un acte d’abdication et de renonciation à la prêtrise. Il est difficile de donner une liste complète de ces abdicataires, beaucoup d’entre eux n’étant venus s’établir à Vire qu'après octobre 1794, la plupart du temps pour fuir les vexations des Chouans (3).
La liste enregistrée par le district, du 22 décembre 1793 au 5 août 1794, comporte 48 noms d’abdicataires, dont 30 fonctionnaires publics (4). Les deux premiers sont ceux de Sébastien Tirard, sousdiacre de Vassy ; et Jean-Louis Duval, ex-curé et procureur de la commune à Brouy (Seine-et-Oise), membre du club de Vire et bientôt du Comité de surveillance (5). Le cinquième, le 18 janvier 1794, est Joachim-Thadée-Louis Lemoine du Gassel, bachelier, licencié, docteur de Sorbonne, ex-vicaire général du diocèse de Périgueux, et qui, au moment d’aller siéger à la Convention comme suppléant en remplacement de Claude Fauchet, exécuté, préfère abandonner tout caractère ecclésiastique (6). Le 25 mars suivant, il sera imité par son frère Pierre-Louis Lemoine de la Durandière, curé de Truttemer.
Sur ces 48 abdicataires, 24, l’an suivant, reviendront au district réclamer leurs lettres de prêtrise, et au moins cinq autres feront retour à l’état ecclésiastique avant le Concordat (7).
(1) Lecreps, curé de Neuville ; Savary, curé de Coulonces. Les presbytères vacants sont à affermer. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 720, f. 140, 143).
(2) Ex. : Sérard, curé de la Lande-Vaumont ; Demary, curé de Champdu-Boult. [Il en informe ensuite le district (id., f. 178)].
(3) Ex. : Sérard, rentré à Vire, le 11 novembre 1794 ; Guill. Gosselin, de Presles, ex-curé dans le district de Domfront, arrivé le 20 décembre 1794. (Arch. Vire, l* 64).
(4 Arch. Calv.,, L, district Vire, anc. 761, f. 28-37. Elle n’est pas complète puisqu'elle ne comporte ni J.-B.-Amand Bônière, ni Demary, ni Ch.-M. Demortreux (curé de Roullours), ni Michel Sérard.
(6) Fils de Guillaume, négociant, et beau-frère de F.-M.-A. Durand, négociant et notable ; jamais il ne rentrera dans l’état ecclésiastique. Il sera administrateur municipal de Vire de novembre 1795 à avril 1798. Selon Séguin fils, « il se maria, devint usurier et mourut à Vire après’ une vie scandaleuse ». J’ai vu qu’il devint banquier, mais je n’ai trouvé trace ni de son mariage ni de son décès à Vire.
(6) Kusacxskr (Dictionn. des Conventionnels, p. 398) n’a pas aperçu cette origine ecclésiastique de Lemoine.
(7) Les 24 sont : Aze ; Th. Barbot (curé de Neuvy-Nièvre) ; J.-Ch. Auvray ; G. Châtel (curé de Bernières-le-Patry) ; J.-B. David ; O.-F.
Un état de 46 ecclésiastiques pensionnés habitant Vire, dressé le 23 septembre 1794, en exécution du décret du 18 thermidor an Il, mentionne 22 prêtres ayant déposé leurs lettres, parmi lesquels sept ne figurent pas sur la liste du district (1). Il y aurait donc eu pour la région environ 60 dépôts de lettres de prêtrise dont près de la moitié semblent avoir été définitifs.
Certains de ces abdicataires font du prosélytisme. Témoin J.-B. Amand Bônière, de Vassy, « ci-devant prêtre et chanoine prémontré » (2), qui, le 19 janvier 1794, présentant au club copie de son acte d’abdication, invite la société à « n’admettre dans son sein aucuns prêtres qui n’aient préalablement montré qu’ils sont véritablement citoyens en renonçant à des titres qui ne leur ont servi jusqu'ici qu’à s’isoler au sein de la société, à consacrer leur égoiïsme, des titres enfin, qui n’ont été et ne peuvent être que la pancarte du charlatanisme ». (3)
En cette matière, comme en beaucoup d’autres, il est clair qu’on cherche à se mettre à l’unisson de la France montagnarde : le 9 décembre 1793, au club, « un secrétaire a donné lecture d’une lettre du citoyen Dumont [André], représentant du peuple dans les départements de la Somme, du Pas-de-Calais, de lOise…, sur la déprétrisation infinie qui a lieu dans les départements cidessus » (4). Ce renseignement peut nous porter à croire que.
Dumont (curé du Theil) ; J. Enguchard ; J.-B. Gallet ; Fr.-J. Grivel ; M. Hubert ; P. Jouenne ; P. Lechartier (curé d’Annebecq) ; G. Lemoisson (curé de Saint-Jean-le-Blanc) ; N. Lemonnier ; P.-Th. Lepesteur ; J.-Th. Murie (curé de Campagnolles) ; J.-P. Pichard ; Picquenard (curé de Tallevende) ; Pôtel (curé de Sept-Frères) ; G.-V. Quéruel ; Ant. Robert ; Savary (curé de Coulonces) ; Ch.-F. Sérard ; L.-P. Sérard. — L>s 5 autres sont : Th.-R.-F. Desmortreux (vic. de Vire) ; H.-Fr. Duboscq (curé de Chênedollé) ; P.-J. Quéruel ; Phil. Surbled ; Guill. Vasnier (curé d’Ondefontaine).
(1) J.-B. Boissel (curé de Saint-Jean-des-Champs-Manche) ; G. Godier, curé de la Chapelle-Biche (Orne) ; J.-F. Chemin, curé de Batilly (Loiret) [dépôt de lettres sans abdication] ; P.-J.-N. Lecornu, curé de Jumeauville (S.-et-0.) ; Ch.-M. Demortreux, curé de Roullours ; Julien Montier, curé d’Heudreville (Eure) ; Eust. Sonnet, curé d’Hélier (Mayenne). [Les italiques désignent ceux qui ont fait retour à l’état ecclésiastique].
(2) Agent national de Vassy, il fut blessé le 19 sept. 1795 par les Chouans qui assassinèrent son père. Commissaire du Directoire exécutif à Vassy en 1798, substitut du commissaire du gouvernement près le tribunal de Vire en 1801. « Ex-prêtre, dans les mêmes principes [jacobins] et sans aucune moralité ». (Préfet à ministre de la police, 26 octobre 1804). (Arch. Nat., F 7, 3.661, Calv. 3).
(3) Cette motion « a paru méditer une discussion sérieuse. Vu lheure trop avancée, elle a été ajournée. » Ajournement sine die. (Arch. Vire, 74, #6. 31). d
(4) Le 6 avril 1794, le club fait donner lecture d’un grand nombre de tableaux d’abdication de prêtrise. (Id., I 74, f. 6, 82).
parfois, il y a « déprêtrisation » par mode ou par souci d’être « à la hauteur des circonstances ».
Cependant, quelques-unes de ces conversions à rebours ont pu être sincères. Certains abdicataires, qui ne rentreront jamais dans les ordres, cherchent, pour compenser l’insuffisance des pensions, à se créer une nouvelle position sociâle à laquelle ils demeureront attachés (1). D’autres, par une grave atteinte au vœu de chasteté, s’interdisent de rentrer dans les ordres : ils contractent mariage. « Il s’en trouva, dit Crespin, qui dirent avoir été prêtres de force, et, attendu qu’on ne pouvait forcer la nature, se marièrent. » (2) Il en cite 4 qui se seraient mariés à Vire même : Jean Alais, curé de Notre-Dame ; Lemoine, Dumont et Grivel, moines. Après minutieuse vérification, j’affirme qu'aucun de ces 4 religieux n’a contracté d’union en l’an II, au moment de la déchristianisation.
Jean Alais, curé constitutionnel, reste à Vire au moins jusqu’à février 1795, habitant toujours le presbytère où il songe un instant à créer une école secondaire privée (3). Ensuite, je perds sa trace, mais Séguin fils déclare : « Il se retira à Paris où il se maria ». Ce qui est certain, c’est qu’il revient à Vire après 1815 et y meurt le 19 juillet 1819. Son acte de décès dit : « Ex-curé de Vire, pensionné du gouvernement, époux de Marie-Louise Méance » (4). Son mariage est donc prouvé, mais n’a pas été célébré à Vire.
(1) Bônière (magistrat) ; Lemoine du Gassel (fonctionnaire) ; Lemoine-Durandière (agent de change) ; Duval (banquier) ; Omer-François Lefourmentier [demi-frère du conventionnel L.-Ph. Dumont] (employé des finances) ; J.-P. Leforestier ; KF.-J. Grivel ; Jean Alais, etc. — Parmi ceux qui rentreront dans les ordres, Bertrand Porquet a été jardinier ; J.-B. Duval, ex-vic. de Courvaudon, boulanger ; J.-B. Gallet, commis libraire ; R. Leplanquois, ex-vic. de Rully ; R. Mulot, carme ; J.-B. Queillé, ex-vic. de Vire, drapiers ; Th. Lefèvre ; Alex. Marin ; L.-J. Fouché, employés à l’hôpital ; N.-A. Aze, commis au district de Vire, etc.
(2) Crespin, ms. t. II, p. 254. Dès le 11 sept. 1790, le club, sur motion de Jacques Malo, ex-cordelier, s'était prononcé en faveur du mariage äes prêtres. (Arch. Vire, I 73, f. 23). — En sept. 1793, un certain Lemoine, du district de Vire, demande à la Convention le vote d’un décret permettant aux enfants des ecclésiastiques d’hériter de leurs parents, droit qui, selon le pétitionnaire, n’est pas accordé par la nouvelle Constitution. « Il est, dit-il, de l’intérêt du gouvernement d’encourager la population et il n’est pas de décret qui y soit plus propre. Nombre de curés, de religieux, de religieuses ne balanceront plus à se marier, lorsqu'ils pourront espérer de transmettre à leurs enfants une propriété, leurs droits et leurs rangs dans leur famille. » (Arch. Nat., D III, 37).
(3) Arch. Calv. EL, district Vire, anc. 711, f. 44 ; 712, n° 233 ; Tate f. 100. — Arch. Vire, I 60 (2 partie, n° 8).
(4) Une Marie-Louise Méance a été institutrice à Vire, du 6 au 13 oct. 1792, en remplacement des sœurs de la Providence. (Id., D 3, f. 41 et 45),
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Quant à Pierre-Louis Lemoine de la Durandière, fils d’un conseiller au bailliage de Vire et frère du conventionnel Lemoine, il quitte sa cure de Truttemer en l’an II, abdique le 25 mars 1794 et s'établit agent de change à Vire. Mais c’est seulement le 30 décembre 1798 qu’à l’âge de 48 ans, il épouse, à Vire, Jeanne-Perpétue-Charlotte Bellaise, 29 ans, fille de Jean-François, contrôleur des actes, puis receveur de l’enregistrement à Vire. Lorsqu'il se marie, Lemoine n’a plus, depuis longtemps, aucun caractère ecclésiastique (1).
Il en est de même de Jean-Marin-Thomas Dumont, ex-génovéfin, qui, le 9 février 1800, à 7 heures du matin, épouse à Vire Antoinette Pierre, fille d’un sellier (2).
Enfin, François-Jacques Grivel, prêtre de la Chapelle-Engerbold, épouse, la même année, Agathe-Jeanne-Marie Vaulogé de Beaupré. fille d’un négociant, membre du tribunal de commerce de Condésur-Noireau (3). Quoi qu’en ait dit Crespin, ce mariage n’a pas été célébré à Vire.
Par suite de quel hasard Crespin ne parle-t-il pas de certains prêtres qu’il a, cependant, pu entrevoir, tout enfant, aux réunions du club où le menait son grand-père, et qui, eux, étaient mariés bien avant ceux qu’il cite dans son manuscrit ? Il s’agit de Jacques-Nicolas-Louis Demary, curé de Champ-du-Boult, et de Jean- Paul Leforestier, curé de Beaumesnil, l’un et l’autre membres du club de Vire.
Demary présente cette originalité qu’il s’est marié dès le 22 janvier 1793, dans sa propre paroisse, quatorze mois avant de renoncer à l’état ecclésiastique. Cette attitude osée lui attira d’ailleurs un remarquable charivari de la part de ses paroissiens (4).
(1) Lemoine attendra le 17 mai 1801 pour réclamer une pension ecclésiastique. (Id, D 19, f. 65). 4 filles et un fils sortiront de ce mariage.
(2) Après publication en date du 27 décembre 1799, Dumont renonça au mariage : puis, il se ravisa, mais demanda, pour éviter le scandale, que la cérémonie fût célébrée en dehors de la fête décadaire. Accordé pour les mariages d’ex-prêtres et pour ceux des filles enceintes. (Id. D 8, f. 3 ; Etat-civil, publications des bans pour l’an VIII, n° 19).
(3) Arch. Nat., F Ile III, Calv. 2 (Liste des membres composant le corps électoral de l’arrondissement de Vire). — Arch. Vire, Etat-civil, 1848, n° 261).
(4) Agé de 44 ans, il épouse Marie-Thérèse Vauvert, 24 ans, fille d’un tailleur de pierres de Champ-du-Boult. Le district de Vire dut le protéger contre ses paroissiens. (Arch. comm. Champ-du-Boult. Etat-civil 1793. — Arch. Calv., L, district Vire, anc. 720, f. 178 ; 723, f. 44, 56, 59, 60 ; 736, f. 25, 129. — P. Nicozce : Les mésaventures d'ua prêtre mulié (Au Pays Viroi:, l'° année, p. 223-228). L'acte de mariage ne mentionne pas la qualité de curé et est signé : « Demary, citoyen ».
Le 6 décembre 1793, dans sa propre paroisse, Leforestier épouse Catherine Mesguet, fille de toilier et couturière à Vire (1), mais, moins téméraire, il cesse, au préalable, ses fonctions ecclésiastiques, et, aussitôt après, il s’installe à Vire où il joue un rôle comme commissaire épurateur de la société populaire (2).
Certains des membres du clergé donnant de tels exemples, on comprend que la petite minorité anti-religieuse de la cité n’ait plus hésité à étaler au grand jour ses tendances. C’est pourquoi elle songe vite à substituer un nouveau culte à celui qu’elle veut supprimer.
Dès le 9 décembre 1793, au club, Pierre Gauthier, président, chante « l’hymne de la Nature » dont le refrain est repris en chœur par tous les assistants. Un membre demande et obtient l'impression de cet hymne à 600 exemplaires. À cette même séance, le général Esreaux distribue des exemplaires de l’hymne à la Raison et des commandements de la patrie (3).
Dès ce moment, le courant nouveau apparait, mais on tâtonne encore : seuls, des intellectuels peuvent saisir ce qu’on entend par Nature, par Raison. Il va falloir donner du corps à ces idées pour les populariser : là encore apparaît la société populaire.
C’est elle qui, le 24 janvier 1794, décide de faire célébrer une fête de la Raison (4). Elle choisit comme date le 10 pluviôse-29 janvier, arrête les grandes lignes de son projet, en fait part à la municipalité dont elle sollicite l’avis. Celle-ci, sur rapport de -Thomas-Michel Bazin, donne son approbation, et le 28, désigne pour la représenter à cette « auguste cérémonie, qui doit être le tombeau de toutes les momeries du fanatisme », Bazin, Brenet, Busnoult, Desmarais, officiers municipaux, Châtel, Decaen, Lepeltier, Maurice, notables, consignant sur son registre « son regret de ne pas pouvoir assister en corps à une fête qui est si chère à
(1) Leforestier avait 40 ans ; sa fiancée 30. Mariage célébré à 8 h. soir. (Arch. comm. Beaumesnil. Publications et mariages. — Arch. Vire, Publications 1793). — A propos de Demary et Leforestier, l’abbé LAFFETAY (Hist. du diocèse de Bayeux, t. 1°", p. 309) dit : « Citons entre autres le curé de Champ-du-Boult et le prieur de Beaumesnil qui se martèrent réciproquement, après avoir eux-mêmes publié leurs bans. » Je n'ai pu obtenir confirmation de ces relations entre ces deux curés.
(2) Un autre prêtre, Guillaume Gosselin, de Presles près Vire, « ayant demeuré dans le district de Domfront où il était ci-devant curé » se fixe à Vire le 20 décembre 1794, « avec Marie-Louise-Nicole Denis, son épouse, et une domestique. » (Arch. Vire, I* 64, 2° partie, n° 48).