La rentrée de l’emprunt foicé a été beaucoup plus rapide
Dès le 20 mai 1793, la Convention, qui considère que la richesse doit être plus spécialement imposée (4), a voté le principe dun emprunt forcé d’un milliard sur les riches. Mais l’application pratique de cette disposition est réglementée par le décret du 3 septembre 1793 et la circulaire du 7 du même mois.
Dans la quinzaine, les citoyens doivent passer déclaration de leurs revenus. Ces déclarations seront contrôlées. Une partie seulement du revenu sera imposée : celle qui excède 1.099 L. pour le célibataire, 2.500 pour le citoyen marié, plus 1.000 1. par enfant ou personne à sa charge. De plus, la contribution est progressive :
(1) « La contribution mobiliaire, dit l’instruction, était déjà condamnée dans lopinion publique ; injuste cans ses résultats, elle grevait les citoyens peu fortunés ; ceux qu’elle aurait dû atteindre trouvaient le moyen de s’y soustraire. »
(2) On avait ecmpté sur deux dégrèvements formant un total de LINÉS2S MINES EST
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(4) Le 9 mars, elle avait décrété le principe d’une subvention extraor. dinaire de guerre « qui ne pèsera que sur les riches ». Le 18 mars, elle adopte l’impôt progressif. Le 9 juin, elle exempte de contribution « labsolu nécessaire à la subsistance des citoyens ».
dans la partie du revenu soumise à la taxe, ce qui n’excède pas 3.000 1. est partagé en neuf portions de 1.000 1. ; la première est taxée à raison d’un dixième, la seconde, à raison de deux dixièmes, … la neuvième, à raison de neuf. Ce qui excède 9.000 1. subit une taxe égale à la totalité (1).
Les rôles doivent être rédigés pour le 1‘ décembre, et recevoir ‘a plus large publicité, afin de sauvegarder les droits de chacun et ceux de la Nation.
Le recouvrement sera fait par le receveur du district : il admettra les récépissés de l’emprunt volontaire établi par la loi du 24 août 1793 (2). Les citoyens qui n'auraient pas souscrit à lemprunt volontaire paieront leur taxe en assignats (3) par tiers en décembre 1793, janvier et février 1794. Les retardataires perdront tout droit d'emploi de leur récépissé : leur taxe sera considérée, non plus comme un prêt, mais comme un impôt.
Le 9 octobre, le district commence ses démarches pour lPapplication de ce décret. Il envoie des « instructions capables de faire connaître aux individus des campagnes que la République exige de leur civisme d’apporter au trésor national les assignats dont on peut dire qu’ils regorgent », et il invite les municipalités à terminer dans la quinzaine les opérations préliminaires. Puis, le 25 octobre 1793, dans une proclamation « aux 97 communes et aux vrais républicains », faisant appel à l’esprit de sacrifice, il invite les citoyens à se rallier autour de la Convention, à « ne pas être sourds à sa voix ». La recette doit commencer.
Mais, bien que le ministre des finances ait prolongé jusqu’au 30 frimaire-20 décembre 1793, le délai accordé aux citoyens pour passer les déclarations, ils ne marquent aucun empressement. Le 19 décembre, la municipalité de Vire doit gourmander les retardataires. Son rôle ne sera prêt que le 2 février 1794 (4).
Etabli par Duboscq-Roberdière, Dumont, Châtel et Crespin,
(1) Ex. : Roger-Sorière, marié, 2 enfants, une vieille fille à sa charge ; biens-fonds, rentes, intérêts de capitaux et profits commerciaux 23.450 1. 4 s. (déclaration admise). A déduire pour charges de famille 5.500 1. Reste soumis à l’emprunt : 17.950 1. 4 s. Somme à fournir à l'emprunt : 100 + 200 + 300 — 400 + 500 + 600 + 700 + 800 + 900 + 8.950 1. 4 s. = 13.450 I. 4 s.
(2) Le prêteur volontaire continuera de jouir des intérêts attachés à cet emprunt, avec latitude d'employer son récépissé en achats d’immeubles nationaux.
(3) Ils seront brûlés, car le législateur songe à diminuer la masse des assignats en circulation. — Ces prêteurs n'auront pas à recevoir d'intérêts, et ne pourront employer leur récépissé en achats de biens nationaux que. deux ans après la paix.
(4) Malgré Delavente, la municipalité ne nomme ses commissaires vérificateurs que le 27 novembre. — L’empressement est encore moins
480 LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAÏRE
rotables :; J.-B. Duboscq, président du tribunal de commerce, et Brouard, négociant, ce rôle ne comporte que 35 articles 34 citoyens ont passé déclaration de leur revenu CD'EMeRSSRest le fameux Thoury de Corderie, alors incarcéré, et qu’on impose d'office comme ayant résisté à la loi. Les commissaires semblent avoir admis facilement les déclarations présentées et ne s'être guère souciés de rechercher si certains non-déclarants sont bien en dehors de l’application de la loi.
La plupart des déclarants sont d’ex-privilégiés, presque tous alors sous la surveillance des autorités. Et ceux des suspects qui ne figurent pas dans cette liste sont alors détenus à Caen (2). Presque tous les individus d’ancien régime ont dû se soumettre à la loi (3).
Par contre, il y a rareté anormale de déclarations émanant de « patriotes » du cru ou soi-disant tels : seuls des municipaux Palors, Richard Lanon et Surirey figurent dans la liste, De même, dans une ville où le haut commerce constitue un élément notable,
grand dans les communes rurales. À la date du 18 février 1794, le district n’a encore reçu que 49 rôles sur 97. Le 19 avril, il lui en manque encore 26, mais 17 prétendent que dans leur ressort, personne n’est sujet à l’emprunt. Il fallut envoyer des commissaires à leurs frais dans 3 communes absolument réfractaires. « Nous reprochons aux officiers municipaux leur inertie qui paraîtrait engendrée par une espèce daristocratie », tel est l’avis du district. Par contre, au Reculey, on impose d'office plusieurs propriétaires ayant passé déclaration à Vire, d’où 3.824 1. 7 s. de décharge pour double emploi. (Arch. Calv., L, dis. trict Vire, anc. 719, 107. :.720, f 150 ;:2749; 1740-42; 44/48; b3,-55, 59168707 102 1071288760 m0 70 SAT Ch Vire DA OIE 12 EDS MN DEIO SDS 0)
(1) Pierre-René Avenel ; Guill. Boivin ; J.-F. Brouard de Clermont (taxe : 2.652 1.) ; Dlle Charpentier ; Ch.-Louis Coquard ; Dlle Coquard ; veuve Viel de la Graverie ; J.-A. Drudes de Campagnolles (taxe 1.004 1.) ; Julien Drudes de la Caterie ; veuve Surirey, née Dubourg ; veuve Lechevalier de Clos-Fortin ; dame Grivel, veuve du Hazé ; veuve Grivel ; Jacques-François Grivel ; Cl. Hénault ; veuve Duhamel de Saint-Denis : veuve Porée du Reculey (taxe : 2.641 1.) ; Laisné-Lansardière ; dame Lambert (civilement séparée de Leharivel de Fresne) ; Lanon frères et sœur (Richard, Jacques et Jeanne) ; veuve Godard de Millières ; veuve Coquard ; Michel Mauduit-Cotelle ; Victoire Mauduit (sa fille aînée) ; veuve Roussel de Fontenelle ; veuve Dumont de la Rochelle ; veuve Jacques Monlien ; dame Morel veuve Drudes ; J.-F. Noël du Rocher ; J.-F. de Percy ; J.-B.-Louis Porée du Reculey (taxé à 1.617 1) ; Marie-Jeanne Porée [sa sœur] ; Roger-Sorière (taxe 13.450 1. 4) ; J.-B.-Fr. Surirey. [Le nom des ex-privilégiés est en italique]. (Arch. Vire, G* 36).
(2) C’est le cas de Corday d’Arclais, Heurtault de Boisneville, Lecordier, Lioult de Saint-Martin-Don, la veuve Le Brun-Franquerie, etc.
(3) Sauf Huillard d’Aigneaux, Lanon de la Renaudière et Monlien de Perthou, tous gros contribuables dix ans après.
seul Roger-Sorière passe une déclaration mentionnant des béné-.
fices commerciaux (1). Enfin, les déclarants n’avouent qu’une partie de leurs revenus : des documents ultérieurs, liste des 550 plus fort imposés du Calvados (exécution de l’art. 25 du sénatusconsulte du 16 thermidor an X-4 août 1802), liste des 100 plus fort imposés de Vire dressée le 4 juillet 1803, liste des éligibles (payant plus de 1.000 fr. de contributions directes) arrêtée le 9 août 1815, montrent qu’en 1793-94, certains citoyens de tous les états, de tous les partis ont dû habilement dissimuler leur véritable situation de fortune (2).
Il en résulte que le montant du rôle de Vire est peu élevé 27.130 1. 5 s. 2 d., dont 13.450 1. 4 s. pour Roger-Sorière seul. Néanmoins, c’est plus que tout le reste du district (3). Quant au recouvrement, pour lequel il sera présenté 23.950 1. de récépissés de l'emprunt volontaire, dont 12.000 1. par Roger-Sorière, il ne sera achevé qu’en ventôse an III, y compris la contribution extraordinaire de guerre, égale au dixième de la taxe, exigée par la loi du 17 prairial an II.
11. PARTICIPATION DES ADMINISTRATIONS LOCALES À L'ŒUVRE DE DÉFENSE NATIONALE
I. Les nouvelles levées : 1. la levée des 300.000 hommes, recrutement, rassemblement, équipement, mise en marche ; 2. la réquisition ; moyens employés pour l’éviter ; rassemblement, casernement, ravitaillement, habillement, équipement, armement, instruction, mise en marche ; cavalerie.
II. Les mouvements de troupes : service des étapes, mesures diverses.
III. Mesures d’ordre général : réquisitions diverses, levées de chevaux, descentes de cloches, réquisition des armes de calibre, ateliers de réparation d'armes, d’extraction du salpêtre ; réquisition de la manufacture locale pour l’habillement des armées de la République.
De 1793 à 1795, par suite des exigences nouvelles de la défense nationale, les questions militaires apparaissent au premier plan. Pour combler l'insuffisance des effectifs enrôlés en 1791 et 1792 deux mesures radicales sont successivement décrétées par la Convention qui veut faire face à la coalition. C’est tout d’abord une levée extraordinaire de 300.000 hommes décidée le 24 février
(1) Brenet de Braye qui paiera 1.309 fr. de contributions directes en Jan XI, ne fait pas de déclaration en 1793, pas plus que Vente, J.-B. Duboscq, J.-B. Gilard, G.-F. Cahours, Desmarais, Alaïs, etc.
(2) Arch. Nat., F1c II, Calvados, 2 "Arch. Vire.
(3) Totalité à recouvrer dans le district (après déduction de 307265 10) : 48.000 ]. environ. (Bibl. Vire, ms. C 319).
1793 ; puis, devant le danger mortel couru par la patrie au cours de l'été suivant, c’est la mise en état de réquisition pour les armées de tous les jeunes gens de 18 à 25 ans, ordonnée par Ja loi du 23 août 1793, effort de recrutement alors sans précédent.
Or, l'exécution de ces opérations de levées, avec tous leurs corollaires : rassemblement des jeunes gens, logement, ravitaillement, habillement, équipement, armement, instruction, mise en marche, incombe aux seules administrations locales, charge d’autant plus lourde qu’elles n’y sont pas préparées, et que la réglementation y relative n'apparaîtra qu’au jour le jour, sans véritable plan d’ensemble, sinon sans idée directrice.
En même temps, la formation, dans la région, des armées des Côtes de Cherbourg et de Brest, y multiplie les mouvements de troupes, objet de soucis quotidiens pour les autorités civiles Chargées de tous les détails de la fourniture des étapes, cantonnements, approvisionnement, service sanitaire, réquisitions exceptionnelles diverses.
Enfin, beaucoup de mesures militaires d’un ordre plus général leur incombent également : levées de chevaux, descentes de cloches pour fabrication de canons, réquisitions d’armes, d’outils, de denrées et fourrages pour les armées, constitution d’ateliers de réparation d’armes, d’extraction du salpètre, surveillance de la manufacture locale réquisitionnée par la Commission d’habillement et d'équipement des armées. La « partie militaire » donne aux autorités locales l’occasion de faire montre de qualités d’improvisation et d'adaptation aux circonstances, et met rudement à l'épreuve leur zèle plus que jamais nécessaire pour vaincre l’inertie, la résistance des masses et contribuer ainsi à la sauvegarde de la patrie.
I. Ayant fourni en 1791-92 un nombre considérable de volontaires, la ville de Vire avait acquis le droit de croire qu’elle serait pendant longtemps à l’abri de toute contribution militaire nouvelle. Aussi, au début de 1793, les autorités se contentent de faire rejoindre les retardataires, les convalescents, les permissionnaires (1) ; puis, le 18 février, pour remplir les vides qui se sont produits dans les effectifs, le district nomme des recruteurs cantonaux, payés à raison de 6 1. par recrue.
(1) Exécution des arrêtés départementaux des 28 novembre et 15 décembre 1792. Les premières levées présentent déjà un déchet considérable : le 7° bataillon du Calvados, présent à Morlaix à la fin de décembre, n’a déjà plus 500 hommes. Certains « volontaires » n’ont pas quitté leurs foyers : le 14 décembre, le district de Vire invite les municipalités à faire rejoindre ces retardataires. Le 28 janvier 1793, on signale que de nombreux volontaires sont déjà rentrés dans leurs communes d'origine. Le 18 février, le district proteste contre la facilité
1. Mais, le 3 mars, à 10 h. et demie du soir, le district reçoit le texte du décret du 24 février 1793, relatif à la levée des 300.090 hommes. Un arrêté de l'administration du Calvados l’accompagne, fixant à 750 hommes le contingent à fournir par le district de Vire, nombre évidemment exagéré, le contingent départemental étant de 2,415 hommes seulement. Néanmoins, sur-le-champ, le district passe à l’exécution ; et, prenant pour base la population, il effectue la répartition, et à 2 h. du matin, des courriers extraordinaires vont informer les municipalités de ces décisions.
Après quoi, sans désemparer, il prend plusieurs arrêtés ; les municipalités doivent astreindre les cordonniers de leur ressort à ne travailler que pour les défenseurs de la patrie, jusqu’à concurrence de deux paires de souliers neufs par homme à incorporer. Neuf commissaires, un par canton, sont nommés pour aider les municipalités dans les opérations de levée, et centraliser les résultats. Enfin, le département est invité à permettre la réunion en un seul bataillon, de tout le contingent du district de Vire, le recrutement régional étant de nature à accélérer les enrolements.
Les opérations de recrutement commencent le 7 mars. Mais, malgré l’activité des commissaires, elles sont fertiles en incidents de toute sorte : c’est le prélude au mouvement de chouannerie qui se manifestera, l’an suivant, fruit de l’irritation des populations rurales, peu pénétrées par l’esprit nouveau, contre un régime qui restaure, en l’aggravant, l’odieuse milice (1).
A Vire, le 7 mars, en une réunion préparatoire tenue dans
avec laquelle les militaires obtiennent des congés de convales:ence ou autres. « Ces hommes répandent qu’ils ne rejoindrent pas. Nous craignons que ces propos ne soient dangereux dans un moment où la patrie « encore besoin de défenseurs. » Il invite même la municipalité de Vire à faire rejoindre ceux qui sont présents dans la ville ; que leur congé soit où non régulier. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 732, f. 2, 5, 12, 14, 6).
(1) Des municipalités réclament des délais d'exécution, des explications sur le sens de la loi, des conseils pour le choix des hommes à enrôler ; protestent contre le contingent qui leur est assigné [Condé, Brémoy, Neuville]. Celle de Coulcnces s’oppose à l’exécution de la loi pour la faire céder, il faut l’envoi de la garde nationale de Vire ; de même à Bény-Bocage. Les jeunes gens de Landelles et Neuville se retirent sans avoir délibéré. Ondefontaine fournit du premier coup 8 hommes sur 9, se croit dispensée du reste, s’étonne qu’en lui fasse recommencer ses opérations pour un homme seulement. Des municipalités ont lhabileté d’attirer sur leur territoire, comme « velontaires », des jeunes gens des communes voisines, au grand dam des cémpatriotes de ceux-ci. Le district doit faire recommencer beaucoup d'opérations viciées par ce subterfuge. — Lors des opérations, des troubles éclatent à Annebecq, Beaumesnil, Cahagnes, Campagnolles, Champ-du-Boult, Clinchamps, Coulonces, Estry, Jurques, La Graverie, Maïisoncelles-la-Jourdan, Pier-
l’église Notre-Dame, devant la garde nationale assemblée, le conseil général de la commune donne lecture de la loi du 24 février, de celle du 21 relative aux pensions de retraite et aux soldes, de l'arrêté départemental du 2 mars pour la répartition du contingent assigné au Calvados. Le district a fixé à 149 hommes le contingent du canton de Vire, dont 30 pour la ville. Le maire annonce qu'à la maison commune, trois registres sont ouverts, l’un pour l'inscription des volontaires, le second pour celle des citoyens qui cèdent leur uniforme pour habiller les défenseurs, le dernier, pour l’enregistrement des dons qui seraient faits en faveur des volontaires par les « généreux patriotes ».
La réunion des citoyens de 18 à 40 ans visés par la loi a lieu le 11 mars dans l’église de l’hôpital-général. Elle est orageuse et
res, Roucamp, Rully, Saint-Aubin-des-Bois, Saint-Germain-de-Tallevende, Sainte-Marie-Laumont, Saint-Ouen-des-Besaces, Saint-Pierredu-Fresne, Saint-Sever, Truttemer-le-Grand, Vassy, Vaudry, Viessoix. — A Saint-Germain-de-Tallevende, l’émeute dure toute la journée, la municipalité est insultée, menacée : un de ses membres est en danger de mort, les mutins voulant l’obliger à rédiger un procès-verbal contraire à la vérité. 150 gardes nationaux de Vire doivent y séjourner 3 jours et 2 nuits, arrêtant 19 perturbateurs. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. TA0 MANS AN SDS NE TS-03 7 MIE 732 ne EST 20 SO CEE 51, 120 ; 744, 9, 25 et 29 pluv. an III). — A Annebecq, les jeunes gens comparaissent avec des bâtons, foulent la loi aux pieds. Michel Lefèvre clame qu’il ne veut pas s’enrôler, « qu’il aimerait mieux que sa peau fût sur la haie à Danjou » (sic) que d’aller aux frontières. Deux volontaires sont menacés de coups de fusil. Jean Turgis crie au maire : « Va soutenir ta jean-foutre de patrie ! Tu as juré de soutenir ta sacrée constitution, va la soutenir ! Nous sommes-les maîtres, les plus forts. » En frimaire an Il, on réussit à incarcérer quelques-uns des perturbateurs. Ils furent jugés le 23 germinal an II-12 avril 1794 par le tribunal criminel du Calvados qui s’était transporté à Vire : il y eut 3 condamnations à mort par contumace, 8 à l’emprisonnement de 1 à 6 mois, à l’amende. et aux frais. (Id, 732; n°" 142-148 -:- prPolice, carton 23). — A la date du 12 mars, Bernières et Bures ont, seules, fourni tout leur contingent. « Des désorganisateurs infâmes… travaillent les esprits et mettent tout en œuvre pour empêcher le recrutement. » Des communes s’obstinent à préférer au tirage au sort la voie du scrutin. Résultat : les élus prennent la fuite. Le district obtient la suppression de ce système pour toutes les communes où il n’a pas été adopté à l’unanimité. D’où, recommencement des opérations et nouveaux retards. — Les exemples faits à Tallevende amènent la soumission : le 14 mai, il reste 25 hommes à fournir par 13 communes ; seules les Loges et la Ferrière- Duval mont rien fourni. Le 20 mai, le district arrête : « Les pères et mères qui ne feront pas comparaître leurs fils désignés au sort ou qui ne justifieront pas de leur présence en France depuis la promulgation de la loi du 24 févrie:.… seront compris au nombre des pères et mères d’émigrés, et, comme tels », astreints à la loi du 12 septembre 1792, pourquoi les sommes fournies. seront employées à se procurer des citoyens en remplacement des fuyards. (Anc. 732, n°° 151, 162, 167-179: 190, 202, 203, 215, 218, 219, 240, 277, 282 ; 718, f. 94 ; 736, f. 29, 30).
stérile, les intéressés ayant recours à toutes sortes de moyens dilatoires. Tout d’abord, « un des membres de l’assemblée à demandé que les prêtres et les domestiques de 18 à 40 ans fussent appelés pour concourir avec les autres citoyens à l’exécution de la loi ». L'adoption de cette proposition (1) soumettant aux obli- Sations communes une centaine d'individus qui avaient pu se croire en dehors de lapplication de la loi, entraîne le renvoi au lendemain de la suite des opérations (2).
Mais l’assemblée du 12 est aussi peu opérante. Des domestiques y protestent contre la décision qui les atteint (3) ; on refuse de les écouter. On annonce que 9 jeunes gens s’enrolent volontairement : il reste à désigner 21 individus pour compléter le contingent. Mais un des intéressés vient faire observer que « parmi les inscrits pour partir au 25 juin 1791, 25 sont restés dans la ville sans s’être acquittés d’aucun service militaire ». Immédiatement, l’assemblée trouve très commode de choisir le reste du contingent sarmi ces 25 volontaires défaillants. C’est en vain que les délégués du conseil général rappellent que des lois interdisent de « faire rejoindre de force ceux qui s'étaient engagés dans les volontaires « (4) : la motion des jeunes gens est adoptée à l’unanimité et ils refusent de continuer à opérer tant que le département n’aura pas statué, acceptant, tout au plus, de distraire du nombre de ces 25, « les citoyens qui sont actuellement administrateurs ou officiers municipaux, sauf le remplacement de la part de citoyens salariés ». En même temps, ils élèvent une protestation formelle contre le contingent assigné au district de Vire : il a déjà fourni l'effectif de près de deux bataillons, les cinq autres districts en
(1) « Unanimement arrêté que la loi ne reconnaissant pas de religion dominante, tout ministre d’un culte quelconque devait étre soumis... à la loi sur le recrutement, dès l’instant qu’il n’était pas marié, et qu'il
avait l’âge prescrit par la loi. »
(2) On utilise ce délai pour ouvrir une souscripticn en faveur des volontaires éventuels. — A remarquer que le conseil général de la commune tente de se dispenser de diriger les opérations du recrutement et manifeste le désir de ne pas entrer en relations avec Duboscq avoué, commissaire cantonal pour la levée. Mais le district refuse de suivre la municipalité sur ce terrain. (132 6n2 0129 M5 "Arch. Vire, D\3,1. 138).
(3) « Ne partageant pas les avantages des lois de la République, ils
ne doivent pas en supporter les charges. »
(4) D’ailleurs, les personnes visées scnt pour la plupart « actuellement exceptées par la loi, soit parce qu’elles occupent des places dans
: : h se 1] > cp «€ ariées : »Q les administrations, soit parce qu’elles se sont mariées depuis »
avant donné 8. Or, on lui réclame maintenant 750 hommes sur 2,415 ! (1). De nouveau, l'assemblée se sépare sans résultat (2).
Le lendemain, tout est même remis en question : les 9 volontaires de la veille et 6 nouveaux de ce jour, « enfants de famille qui, [s’enrôlant] malgré leurs parents, ont besoin de tirer leur subsistance d’ailleurs que de la maison paternelle où ils seraient mal vus », réclament leur solde de 20 sols par jour, ainsi que Île promet la loi. Mais le district leur apprend qu’ils ne seront alignés en solde qu'après leur réception par les agents militaires. Cette réponse fait le plus mauvais effet. « Plusieurs qui devaient s’eniôler, voyant que la paye était refusée, ont été découragés ; d’autres, déjà enrôlés.. ont fait rayer leur nom... Et plusieurs sont également prêts à réclamer contre leur inscription. » Heureusement, Gauthier, commissaire du département pour l’exécution de la loi dans le district de Vire, déclare que « l'intérêt public doit faire décider en faveur des volontaires », et le conseil général sur les deniers municipaux, fait l’avance nécessaire pour la solde (3). De plus, il ajoute sa quote-part à la collecte faite pour les volontaires. Ces mesures sages sont suivies de quelques enrôlements.
Enfin, le 20 mars, les autorités reçoivent l’arrêté rendu la veille par le département (4). Les termes en sont des plus nets : « aristocratie », « malveillance », « manœuvres tendant à l’inexécution de la loi », tels sont ceux dont on se sert pour qualifier l’attitude des jeunes gens. Les motifs invoqués par eux sont tous rejetés et, dans les 24 h. de la réception, le contingent doit être complété
sans désemparer.
L'assemblée n’a lieu que le 23, le commissaire Duboseq ayant jugé nécessaire pour le maintien de lordre le retour de la garde nationale, alors occupée à Tallevende (5). Beaucoup d'hommes de
(1) C’est ainsi que les 9 communes du canton de Villers-Bocage doivent ensemble fournir 6 hommes ; les 14 communes rurales de celui de Vire s’en voient réclamer 119 !
(2) « Vous verrez, écrit le district le 14 mars, de quelle manière ils s’y sont pris pour ne pas exécuter la loi. Leur exemple a fait le plus mauvais effet dans nos campagnes. » (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 732, n°157167 "Arch Vire DEA 3-6 Du10; p. 96).
(3) Id.; D 4, f. 6; D: 10,p. 95-96:—"Arch.Calv., LL, "district Vire, anc. 132,000 52 1h58 LT
(4) Le district écrivait au département le 17 mars : « On attend votre décision. Elle fera plus de sensation que celle que nous aurions pu prendre... Nous croyons qu’on ne compte pas beaucoup sur les mauvais soutiens consignés dans les procès-verbaux, Nous croyons de même que, définitivement, on se soumettra à la loi. » (Anc. 732, n° 173).
(5) Le 21, il lit l’arrêté départemental, et doit faire mettre en état
18 à 40 ans sont absents. Les présents protestent contre les expressions du département, s'élèvent à nouveau contre la quotité assignée au district de Vire « qui a déjà fourni proportionnellement le double des autres districts ». Ensuite, ils font parmi eux une collecte pour susciter de nouveaux enrôlements : quatre sont enregistrés sur-le-champ. Pour désigner le complément, soit 10 hommes, ils choisissent unanimement « la voie du sort, comme étant la seule qui pourra écarter les haines, déjouer les intrigues et faire subsister légalité ». Le tirage a lieu, un petit tambour de la garde opérant pour les absents (1) : les dix hommes désignés par le sort se font tous remplacer. Le 29 mars suivant, les 30 hommes du contingent virois sont reçus par le commissaire Duboscq-.
L’intervention des administrations locales dans lapplication du décret du 24 février 1793 ne se borne pas là : il leur faut rassembler la levée du district, l’habiller, l’équiper et l’armer, puis l’acheminer sur Valognes (Manche), point de rassemblement des levées de la région qu’on incorpore dans l’armée des Côtes de Cherbourg. La venue à Vire des représentants Duroy et Bonnet, les 3 et 4 avril, n’a pas d’autre objet que l’accélération de ces opérations.
La réunion au chef-lieu du district de plus de 700 jeunes gens sans chefs, sans discipline, habitués depuis plusieurs semaines à Voisiveté, au désordre (2), inspire des craintes à une population qui se rappelle avec effroi le séjour du 7° bataillon du Calvados. D'ailleurs, à moins de faire appel aux habitants, non encore remboursés des frais nécessités par les précédentes levées, le logement fait défaut. Aussi, le district propose au département le rassemblement de la nouvelle levée en cinq centres : Aunay, Condé, Pontfarcy, Saint-Sever et Vire, avec échelonnement des appels d’après les ressources en équipement. L’envoi à Valognes se ferait par petits détachements. Ce parti est adopté, et le premier détachement, comprenant tout le contingent virois, part le 19 avril (3).
d’arrestation pour « propos incendiaires », un aubergiste de la rue du PoutoUd /anc 123 1 1010732 nl 81 Arch Vire, 1D*, 1/7):
(1) Ils sont si nombreux que le petit tambour amène 5 bulletins de bens pour le service. Parmi eux, Guillaume-J.-F.-Vivier, prêtre non sermenté, non fonctionnaire publie. [Le décret du 23 mars 1793 n’excep- (era des levées que les prêtres fonctionnaires publics}.
(2) Dans les communes rurales, ils s’étaient signalés par leur mauvaise conduite, rançconnant leurs ccncitoyens. Le district en fit incarcérer quelques-uns, car « des défenseurs de la patrie ne doivent pas en être Île fléau ».
(3) On Pavait équipé grâce au zèle des habitants, des autorités et de l'agent miitai: Demortreux. Les uniformes étaient ceux des gardes rationaux. Les autres fractions, équipées, mais non armées, partent les
Ces différentes opérations ont nécessité un labeur considérable.
« Nous avons cru, écrit le district au département le 19 avril, ns user de ménagements et d’indulgence pour des officiers municipaux qui, depuis un mois à six semaines, ont été extrêmement occupés du recrutement, soit pour fournir le contingent, soit pour procurer à jeurs volontaires des habillements ou des sommes qui leur avaient été promises. Il est difficile de se former une idée exacte des embarras que cette levée a occasionnés tant aux officiers municipaux... qu’à nous-mêmes. Nous vous certifions que, depuis le premier jour, nous nous en sommes occupés jusqu’à ce jour. Nous l’avons, pour ainsi dire, été exclusivemeni et ik y a peu de jours où nous n’avons eu séance matin et après-midi. Chaque jour encore, les occupations, les embarras, les difficultés renaissent. Ainsi, les autres affaires de l’administration sont beaucoup retardées. » (1)
9, L'application du décret du 23 août 1793 devait cependant créer aux administrations locales encore plus de soucis. En effet, cette nouvelle mesure, mettant en état de réquisition tous les jeunes gens de 18 à 25 ans, atteint un bien plus grand nombre d’individus que la levée des 300.000 hommes.
C’est le 5 septembre 1793 que le district de Vire, au reçu du texte du décret et de l’arrêté départemental y relatif, prend ses premières dispositions d'application. Le 12, il envoie aux 97 communes et aux 22 bataillons de garde nationale de son ressort les tableaux nécessaires à l’inscription des célibataires ou veufs sans enfant, âgés de 18 à 25 ans. Le 16, il nomme comme agent militaire pour la nouvelle levée le citoyen Demortreux dont les services ont été très appréciés lors de la levée précédente.
Les termes de la loi, visant indistinctement tous les jeunes gens de 18 à 25 ans, laissent croire que l’exécution suscitera peu de difficultés. Et, effectivement, dès le 29 septembre, 43 communes, sur 97, ont fait connaitre les résultats de leur recensement. Vire achève le sien qui porte sur près de 200 jeunes gens (2).
Ce sont les décrets et arrêtés rendus par la suite qui, en créant
30 avril, 2, 4, 9, 11, 16 et 18 mai. La maison Desmarais a fourni du drap pour 600 uniformes confectionnés par les tailleurs et couturières réquisitionnés (menacés de prison s’ils travaillaient pour leur clientèle avant achèvement de l’habillement de la levée). La doublure vient de Beauvais ; les chapeaux, de chez Boscher, de Vire. Les cordonniers, également requis, fournissent du 14 mars au 22 avril, 2.720 paires à 9 1. 10 s. Faute de ressources locales, l’armement ne put être fourni. (Id., 793, UNE cu 109-2105 Sn 56 210242258251 DD RS 08 136, ?. 30, 31, 34. — Arch. Vire, D 10, p. 114 ; H* 40 :; H 41).
(1) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 736, f. 38:
COMMISE TO T2 PCT 2 En 0e 2 DURE partie) ; 35-36 (2° partie). Les tableaux doivent mentionner le nombre de chevaux non utilisés pour la culture, et celui des armes de calibre.
des catégories d’exemptions, ont compliqué les opérations et favorisé lPinsoumission. Un nombre extraordinaire de jeunes gens vont réclamer le bénéfice de ces dispositions spéciales : les renseignements faux, les certificats de complaisance, accordés par des fonctionnaires publics trop conciliants, la lassitude d’administrateurs surchargés de trop de besognes pour avoir le temps d’enquêter à fond, permettront à un certain nombre de réquisitionnaires éviter les obligations militaires qui leur incombaient normalement.
Un décret du 23 nivôse an II-12 janvier 1794, concernant la mise. en état de réquisition des papeteries, dispense ainsi de rejoindre les compagnons papetiers de 18 à 25 ans, exception très importante pour la région viroise où fonctionnent nombre de moulins à papier. L’administration du district est chargée de prononcer les exemptions. Mais, très vite, elle doit s’apercevoir que jamais les papetiers de la contrée n’ont disposé d’un personnel aussi nombreux, aussi jeune et aussi inexpérimenté. Et elle demande au Comité de salut publie d’ordonner la rentrée dans la réquisition de leurs communes, de tous les jeunes gens de 18 à 25 ans qui, six mois avant le 23 août, n'étaient pas papetiers (1).
Un arrêté du Comité de salut public en date du 26 pluviôse an II- 14 février 1794, autorise les représentants en mission à distraire des corps de troupes, à titre provisoire, les jeunes gens de 18 à 25 ans précédemment occupés à la fabrication des cuirs, à l’exoloitation des bois et charbons destinés à alimenter les forges requises pour la fabrication des armes. Il y a là une nouvelle porte entr’ouverte sur la voie des abus : dès le 7 mars 1794, le district menace de sanctions sévères les municipalités aui, en cet ordre de choses, fourniraient des certificats de complaisance (2).
Enfin, la constitution d’ateliers de réparations d’armes, d’extraction du salpêtre, permet à des jeunes gens « incapables d’y travailler », de trouver, grâce à des complicités, des emplois sans rapport avec la vie militaire. La suppression des ateliers de Vire, en thermidor an Il, ne les décourage même pas ils essaient de se faire recevoir dans ceux de Falaise ou de Lisieux, avec la recomraundation de leurs anciens chefs d’atelier.
(1) « Les entrepreneurs choisissent pour ainsi dire tous leurs ouvriers parmi les jeunes gens de 18 à 25 ans. La majeure partie sont ou fils de laboureurs ou ont de la fortune... Il n’est pas présumable que celui qui faisait valoir une grande propriété eût quitté sa charrue pour entrer dans une manufacture de papier, et que celui qui avait une fortune à pouvoir vivre sans travail se fût mis à un genre d'ouvrage dur et pénible. »
(2) Le 12 septembre 1794, il rappelle à lPobservation réelle de la loi les papetiers, t’nneurs, maîtres de forges qui interprètent trop largeinent les arrêtés. (Id, 720, f. 130; 733, f, 110 ; 734, f. 9 et 44 ; 751, f. 19).
Le 25 mai 1794, le district de Vire se plaint au Comité de salut public de cette situation (1)
« Lorsque la Convention. a porté des exceptions sur la loi de réquisition, elle n’a point entendu permettre qu’on abusât pour soustraire. des jeunes gens qui n’auraient jamais songé à prendre te: ou tel état, si la peur ne les avait saisis, lorsqu'il a été question d'aller défendre la patrie. Or, le fait est que plusieurs jeunes gens se prétendent exempts d’aller aux frontières, les uns, parce que, depuis la loi de ia réquisition, ils ont fait un contrat d’apprentissage avec un fabriquant de papier, les autres pour avoir fait des essais dans l’extraction du salpèêtre, d’autres, pour avoir quelquefois travaillé chez des tanneurs, des armuriers. Et ainsi, une foule de jeunes gens ont pris différents métiers dans l'intention évidente d’être exemptés de la loi de la réquisition. L'administration du district l’avouera : elle a cru trop facilement, dans le principe, au témoignage des fabriquants de papier, des chefs d’ateliers d'armes et de salpèêtre. Elle s'aperçoit maintenant de la nécessité d’une sévérité dans l’application du principe qui prononce l’exemption. Il est utile que le Comité de salut public mette un terme à des abus aussi préjudiciables à la chose publique. Nous attendons sa réponse pour rapporter différents arrêtés surpris à notre religion et faire cesser des réclamations qui n’ont ni la loi ni la justice pour base et font jeter les hauts cris aux jeunes gens qui ont obéi à la loi. » (2)
Dans la même région, beaucoup de jeunes gens, sans chercher à ergoter sur des textes, trouvent plus simple de rester chez eux (3).
(1) À remarquer, que le même jour, l’agent national Laisné réclame des sursis agricoles pour la rentrée de la récolte. (Id., 742, n. f., 6 prairial an Il).
(2) Id., 747, f. 53. Quelques jeunes gens ont contracté mariage entre la date du vote et celle de la promulgation de la loi ; d’autres ont eu 25 ans quelques jours avant cette promulgation, ou 18 ans quelques jours après. Des municipalités délivrent des actes de baptème falsifiés, juis des passeports et des certificats de civisme qui permettent aux titulaires d’aller, en toute quiétude, travailler au loin. [Le secrétaire de la municipalité de la Lande-Vaumont a été accusé de falsifications de ce genre. (Id., 733, f. 110 ; 747, f. 50. — Arch. Vire, l* 86).
(3) Le 8 juillet 1794, le district signale à Demortreux 8 jeunes gens de Jurques, « les riches de cette commune qui, sous ce rapport, se croient obligés à rester et avaient Pair de se moquer des autres ». (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 733, f. 131). A noter qu’une loi du IS du 1°" mois avait suspendu l’incorporation des jeunes gens jugés nécessaires aux semailles, et un arrêté du Comité de salut public du 6 pluviôse an 11-25 janvier 1794, permit aux représentants en mission de retirer des corps de troupe les jeunes gens jugés indispensables à l’agriculture. Dans le Bocage, pays de petite propriété, où tout artisan de village est en même temps laboureur, beaucoup d'individus peuvent réclamer le bénéfice de ces dispositions. Or elles sont brusquement révoquées par arrêté du Comité de salut public du 21 ventôse an II-11 mars ; et Frémanger, le 29, menace de peines sévères les agriculteurs qui ne rejoindraient pas leur corps,
malgré le décret du 2 frimaire an 11-22 novembre 1793, qui assimile les insoumis aux émigrés. Aussitôt qu’on les fera rechercher, ils gagneront les bois, résisteront à la force publique.
Parmi ceux qui se soumettent d’abord à la loi, un trop long séjour au chef-lieu du district, nécessité par les difficultés de l’équipement, de l’armement, amène chez certains l’ennui, la nostalgie. Le spectacle de ceux qui, plus heureux, ont trouvé un emploi comportant exemption, achève de les décourager. Les prétextes les plus futiles (1) entraînent leur désertion avec armes et bagages (2) : ils vont grossir ces bandes dont on parle dès prairial an [I et que des émigrés rentrés voudront grouper en armée catholique et royale, cherchant ainsi à donner une couleur politique à des actes de pure et simple insoumission à la loi militaire.
En vain, le district de Vire multiplie les mesures contre ces « Jeunes muscadins », menace les autorités des communes comportant de nombreux insoumis (3), fait faire, par la garde nationale de Vire, des perquisitions pour les decouvrir, se concerte avec les districts de Mortain et dé Domfront, procède à des arrestations de pères et mères d’insoumis, puis, brusquement, revient à une politique de douceur qui amène quelques soumissions, mais enhardit les plus déterminés des réfractaires (4).
En vain, le représentant Bollet, le 13 fructidor an 11-30 août 1794, de Vire, promettra le pardon à tous ceux qui se soumettront avant -le 1" vendémiaire an II, et menacera de toutes les peines applicables aux émigrés rentrés les insoumis capturés après cette date on enregistrera dans les délais prévus une vingtaine de sou-
missions (5).
La Convention, crovant venir à bout des ferments de révolte signalés dans l’ouest, vote alors la loi du 12 frimaire an ITI-2 décembre 1794 : les agents nationaux des districts sont autorisés à accorder des congés limités aux jeunes gens de la réquisition et
(1) Ex. : retards dans les distributions de vivres. (1d., 734, f. 18 et 38).
(2) C’est pourquoi beaucoup de Chouans portent uniforme. — Le 18 avril 1794, un détachement de 250 hommes doit partir pour Caen en les compte au moment du départ : il y en a 71 sur les rangs ! (Id. 100 1800788 2 21970181);
(3) Ex. : les 2 Truttemer, 21 insoumis. (Id., 7 AG TeL 9):
ed 20 le 2 26e 25 rer 202-2733; 14107; TEÉPENRE 18 et 26 messidor an II ; 747, f. 66, 71.
‘3 Bollet complète cet arrêté par celui du 13 vendémiaire an JII- 4 octobre 1794 renvoyant devant le tribunal criminel les jeunes gens convaincus de Chouannerie et incorporant les insoumis non Chouans
dans les armées du Nord et de Sambre-et-Mouse. (Id. PAL TELAERD IE
de la levée des 300.000 hommes, restés dans leurs communes, où qui, abjurant leurs erreurs et profitant de l’amnistie, y rentreraient. « Munis de ces congés, ils ne seront pas inquiétés, pourront librement et en sûreté se consacrer aux travaux utiles et honorables de l’agriculture. » Ce retour au régime de la loi du 18 du premier mois de l’an II sur les sursis agricoles, est en réalité un aveu d’impuissance. Il restera d’ailleurs sans efficacité, puisque C’est en l’an III que se constitue vraiment la Chouannerie.
Au milieu d’un district qui a fourni un nombre élevé de réfractaires à la réquisition, la ville de Vire fait contraste. Non pas qu’on ne puisse citer aucun exemple de mauvaise volonté : Vire a des insoumis, mais au nombre de 4 seulement, et le 25 mai 1794, la Société populaire n’hésite pas à donner leurs noms en pleine séance (1). De même, il y a quelques déserteurs (2) : et un petit nombre de réquisitionnaires essaient de trouver place dans les ateliers locaux (3) ou tentent de trouver des emplois les dispensant de rejoindre les armées : c’est ainsi que le club doit dénonce le fils Cotelle, boucher, qui est resté employé par le commissaire aux vivres de la commune, place qui doit revenir à « un père de famille ». Cependant, nous voyons l’administration du district, si pointilleuse parfois, essayer de mettre à l’abri l’un de ses commis, « Davoult, quartier-maiître provisoire dans le bataillon de réquisition de Vire, Jeune homme intelligent et bon patriote. Sa santé délicate lui permet plutôt d’être administrateur que militaire ». (4)
(1) Ce sont Debon, domestique de du Hallay de Montchamp ; Huard rue Girard ; le fils de Mette, huissier ; le fils de Guéret, du Haut- Chemin. (Arch. Vire, I 74, f. 94).
(2) Christophe Barbot, canonnier à la 14° division, arrêté dès avril 1793. — Lebesnerais, volontaire en congé, arrêté le 18 novembre 1793, pour avoir « par cabale et mauvais exemple, excité un grand nombre de velontaires à donner leur démission ». Le plus fameux des déserteurs virois est Richard Guéret, neveu d’un officier municipal de 1791- 92 : revenu de l’armée de Sambre-cet-Meuse en mai 1795 pour une permission de huit jours, il passe aux Chouans et devient adjudant géné- Tale l’armée de Frotté (Arch MCalv., 1, “district Vire, anc, 7/19/0592, IH RATCNAVIre TIR S Pie
(3) Le elub passe à l’ordre du jeur sur les demandes du chef de l'atelier du salpètre. Un certain Duval s'étant inscrit pour y travailler « gratis », le elub répond qu’ « on n’y recevra pas les jeunes gens de la. réquisition ». Aucun Virois ne figure parmi les maçons et tailleurs de pierre envoyés travailler au port de Brest. (Arch. Vire, H 42).
(4) À Bouret et Frémanger, 26 pluviôse an II. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 747, f. 27). La municipalité demande aussi la mise en sursis de Cosnard qui s'occupe des fontaines publiques. Par contre, elle faït supprimer Pallocation (due aux parents de défenseurs de la patrie) à Pierre Boscher dont le fils est devenu secrétaire d’un commissaire des guerres..(Arch. Vire, -H 52).
Toutefois, le moyen le plus en vogue pour éviter de servir dans les unités combattantes est Ja production du certificat d’élève en chirurgie, médecine ou pharmacie. Dans le registre ouvert à la mairie dès le 7 septembre, conformément à la loi du 1° août 1793, figurent, à côté de médecins, chirurgiens et pharmaciens ayant passé l’âge de la réquisition et qui s’inscrivent comme volontaires, 12 jeunes gens de la réquisition, nombre bien élevé pour un contingent de moins de 200 individus. Plusieurs sont fils ou frères de membres du corps médical ; les autres produisent des certificats signés surtout de Polinière et Degournay, médecin et chirurgien à Vire, qui apparaissent ainsi comme ayant de bien nombreux élèves dans cette petite ville (1). La plupart de ces jeunes gens serviront comme infirmiers à l’armée des Côtes de Cherbourg ; 5 d’entre eux seront même employés à l’hôpital militaire de Vire.
Les fils de famille qui ne peuvent présenter de tels certificats s’empressent de profiter d’une disposition du représentant Jeanbon-Saint-André, en date du 14 frimaire an II-4 décembre 1793, qui leur permet, s'ils sont titulaires d’un certificat de civisme, de passer à la cavalerie qu’on rassemble alors dans la région, en exécution d’une réquisition spéciale du représentant Garnier (de Saintes), en date du 10 brumaire-30 octobre 1793 (2).
Enfin, toute une catégorie de citoyens restent en dehors de l’application de la loi : le 15 juin 1794, les Comités de surveillance de Vire ayant présenté au district une liste de jeunes gens considérés comme insoumis, le district constate que « plusieurs sont des cidevant prêtres, curés et vicaires qui ont objecté que la loi du 23 mars qui excepte les ci-devant évêques, curés ei vicaires du recrutement des 300.000 hommes, n’était pas rapportée, et qu’ifs
(1) Parmi eux : Richard Dubcurg, 18 ans (ses connaissances doivent être assez restreintes) : Thomas Huard 20 ans [« il électrise avec beaucoup de dextérité » affirment Polinière, Rouyer et Degournay|. (Id. Se t10)
(2) Parmi les demandes, figurent celles de Roland Roger-Sorière ; J.-F. Léonor de Clinchamps ; J.-B.-Louis Porée de Valhébert ; Delahaye (domestique de Brouard de Clermont) ; Savary (commis au district). Ceux qui w’obtinrent pas le certificat de civisme exigé durent rejoindre en janvier 1794 le bataillon de réquisition alors à Domfront. (Arch. Vire, H"39."— Arch. Calv, Il. district Vire, anc. 137, n. f., 4 pluviôse an Il). Le 25 mai, le district cita le cas de l’un d’eux, bien résolu à ne pas partir « Cet homme, fort, vigoureux, pcur ne pas partir avec ses camarades, se propose pour la cavalerie. Forcé de partir, il s'était fait donner un brevet d'instruction des jeunes gens de la réquisition. Cette commission lui ayant été ôtée, et l’ordre lui étant donné de partir, il s'est avisé de dire qu’il avait des connaissances dans l'extraction du salpêtre. I1 s’est fait réclamer sous ce rapport, et les AORRAIBIS GA NenRE ont cru de leur devoir de m'avoir aucun é:azd à cette réclamation. »
Id., 747, f. 53).
croyaient que, pour celle du 23 août, ils étaient exempts sous ce rapport ». Le représentant Pomme, alors à Caen, consulté sur ce cas, répond qu’ « une malheureuse expérience n’avait que trop prouvé que cette caste fanatitie n’était propre qu’à porter le trouble partout. ; lorsqu'ils étaient reconnus dans les armées, on les forçait de se retirer. » En résumé, Pomme croit qu’il est « inutile de les faire marcher ». (1)
Quant à l'attitude du personnel médical chargé d'examiner ces jeunes gens, le petit nombre de réquisitionnaires renvoyés chez eux pour infirmités permet de la juger comme inspirée par le souci des besoins de la défense nationale (2). D'ailleurs, dès le 28 avril 1794, un officier de santé désigné par le représentant Pomme opère à Vire même une contre-visite, et continue pour les exemptés du district jusqu'au 22 août 1794, Puis, le bruit ayant couru que certains officiers de santé avaient reçu des pots de vin, une nouvelle contre-visite est prescrite le 12 janvier 1795, par l’administration du district, en exécution d’ordres reçus du citoyen Vernet, chirurgien en chef de l’armée des Côtes de Cherkourg.
Un état dressé le 10 prairial an V-29 mai 1797, par Delavente jeune, porte que 179 réquisitionnaires atteints par la loi au moment où ils résidaient à Vire, ont réellement servi (3). Le déchet, en ce qui concerne cette ‘ocalité, a donc été très restreint.
La concentration à Vire de la réquisition du district, va, pendant plus d’un an, créer des soucis constants aux autorités locales.
I faut d’abord loger ces jeunes gens. DÈs le 7 septembre 1793, ia municipalité et le district, voulant éviter le logement chez l’habitant, désignent comme caserne l’enclos des Bénédictines évacué lan précédent : il peut recevoir 600 hommes. C’est peu pour 3.308 réquisitionnaires recensés. Mais l’administration décide que le
(1) On en avait arrêté deux comme insoumis le mois précédent (Gallet
et Cruet, prêtres abdicataires) : on dut les relâcher. La plupart des autres étaient devenus étudiants en chirurgie, se créant ainsi un cas dexemption complémentaire. (Id., 733, {. 109, 121. — Arch. maison
d'arrêt Vire, reg. an IT-an AV, 15 et 18 floréal an [1).
(2) Ce qui est plus fréquent, c’est le cas de jeunes gens réformés au bout de quelques mois de service. (Ex. : Porée de Valhébert et Jean Saillofest, du 9° hussards). A noter le cas de Roland Roger-Sorière malade, il reste dans ses foyers, puis, le 29 juillet 1795, produit des certificats attestant qu’il est phtisique. Le 29 septembre 1795, il reçoit une lettre signée du général Pille, commissaire exécutif des armées de terre, qui le dispense de rejoindre : « La présente vous tiendra lieu de congé de réforme ». Or les certificats produits émanent des médecins de lhôpital militaire de Vire, dont plusieurs sont des Virois. Il est singulier qu'on ait prononcé la réforme sans contre-visite sur le vu de pièces aussi critiquables. (Arch. Vire, H 38, f. 25, 31, 33).
(3)#Arch.1Galv., 1 -districte Vire tance M3 NE N6 D TD TUNER Arch Vire, D 17, arréte du25Mmivose an DITS Hd):
1assemblement se fera par échelons, la ville attendant toute sa subsistance du dehors et devant déjà fournir l'étape à de nombreuses troupes de passage.
D'ailleurs, le décret du 18 du 1‘ mois laissant provisoirement dans leurs foyers les jeunes gens utiles aux semailles, on n’incorpore d’abord que les contingents des communes populeuses : Vire, Condé, Aunay, Landelles, Tallevende-le-Grand (1). Et chaque fois qu’on manquera de place à la « caserne de la réunion », on utilisera Comme cantonnements d’autres biens nationaux ou même des immeubles appartenant aux suspects incarcérés en exécution de la loi du 17 septembre 1793. Quant à l’aménagement intérieur, ï est constitué par voie d’achats soldés par le receveur du district, ou par réquisition de mobilier, objets de literie, couvertures, effectuée chez les émigrés, les suspects et les citoyens fortunés (2).
Rassemblés par groupes, les réquisitionnaires comparaissent devant les officiers de santé, et les « bons pour le service » sont immédiatement alignés en solde et vivres, la caisse du district. conformément à l’ordre de comptabilité établi par la loi du 24 février 1793, avançant les fonds nécessaires.
I faut nourrir, habiller, équiper et armer ces recrues. La nourriture aurait dû être fournie par le magasin du district alimenté par le paiement en nature des fermages de biens nationaux et l’acquittement des contributions en grains. Mais il est si mal pourvu qu’on doit recourir à la réquisition pour les denrées non périssables et à la voie du commerce pour les objets de consommation courante. Il en résulte des soucis quotidiens pour les autorités qui, parfois, ont bien de la peine à calmer les mécontente-
COPA reh Cal le districhnNire -anc. 92/0601 84, 1160 :.733; 1.159) Le nombre 3.308 est indiqué le 29 germinal an II. Mais le compte rendu de fructidor donne comme incorporés 2.777 hommes seulement, « Il n’en reste qu’un petit nombre qui, pour cause de maladie, ont eu un laps de temps pour se rétablir. Ils sont surveillés et partent à mesure que le temps qui leur est accordé par les officiers de santé se trouve écoulé. » (Arch. Nat. Fic III, Calv. 7).
(2) Le 17 décembre 1793, les locaux suivants sont considérés comme « casernes » : Bénédictines, Ursulines, Capucins, Hôpital général, Hôtel- Dieu (hôpital militaire) ; Collège (salle de discipline) ; Cordeliers, Chapelle Sainte-Anne (écurie) ; maisons des émigrés Le Brun Franquerie, de Billeheust, Chantreuil ; des suspects Duhamel de Saint-Denis, du Hallav de Montchamp, Drudes fils, Dubourg, veuve Grivel, Coquard, Legrand, de Baudre, Le Brun de Blon, Lioult de Saint-Martin-Don. —- 533 lits sont fournis par les communes voisines. Les bancs de Notre- Dame sont amenés aux casernes. Les jeunes gens commettent de nom breuses dégradations : serrures, portes brisées, objets perdus; Hs maculés de boue. (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 719; f. user 11e y eR 790 1.100. — Arch. Vire DA 117 ;: D 5, f. JADE 00036)
ments des jeunes gens très portés à se plaindre des préposés aux subsistances (1).
La question de l’habillement nécessite une égale activité. Dès le 11 septembre 1793, les tailleurs réquisitionnés sont au travail, utilisant le drap d’uniforme resté en réserve au magasin (2). Mais, le département ayant prescrit la confection de 1000, puis de 3.000 uniformes (arrêtés des 12 septembre et 12 octobre), il faut acheter de nouvelles pièces de drap chez les fabricants de Vire. J.-B. Duboscq, agent réceptionnaire, renonce au système de l’adjudication, à cause des difficultés que font naître les adjudicataires qui, « pour faire un énorme profit, fournissent de mauvais drap et se coalisent pour faire monter les objets au-dessus de leur valeur ». Au moyen de commissaires compétents, « l’habit complet revient à 40 1. meilleur marché » que le prix obtenu des adjudicataires par le département le mois précédent (3).
Les chapeaux sont fournis par le commerce local, après adjudication, à un prix plus élevé que le maximum. Les chemises, bas, gibernes, sacs, etc., sont de même obtenus par voie d’adjudication. Leur livraison donne lieu parfois à des contestations, certains adjudicataires manquant d’honnêteté, et d’autres étant d’une incompétence totale (4).
L'objet des chaussures est des plus importants. Sans cesse, il faut combler le déficit causé dans le magasin militaire par les troupes de passage souvent dénuées de souliers (5). Le 31 décembre 1793, le district doit réquisitionner, au prix de 9 I. 10 s. la paire, tous les souliers neufs du ressort. Le 6 décembre précédent,
Arch Calvi district Niremanc MOMENT SSI ARTE n° 356, 394 ; 734, f. 18, 38. On use des mêmes voies pour le ehauffage et l’éclairage des casernes.
(2) Le 12 juillet, il restait 2.572 paires de chaussures, 104 uniformes et pour 93.094 I. 14 s. de drap.
(3) Pour les autres fournitures et la façon, on a recours à l’adjudication. On constitue des stocks pour les besoins ultérieurs. L’envoi des sommes nécessaires se fait régulièrement, le district insistant pour qu’il y ait paiement à la livraïson. Il n’y eut déficit que le 9 mai 1794 : on ne disposait que de 50.000 1. pour payer une commande de 62.302 1. 6 s. (CN EE ECS O7 PTE ENTER TETE DIN TES aps), AN) 2 133 0285181);
(4) Le 8 janvier 1794, la Société populaire fait incarcérer deux Caennais, Gouesmel et Vauquelin, « fournisseurs infidèles » de « chemises déclarées affreuses ». Ils sont élargis le 26, car « ils ne sont pas connaisseurs en toile, l’un étant pelletier, l’autre fripier ». (Arch. Vire, I 74, f. 27, 29. — Arch. Calv. L, district Vire, anc. 720, f. 57, 59, 60-62, 66, 75).
(5) Le 19 mars 1794, 3.573 paires ont déjà été fournies ainsi, dont 1.642 à l’armée Sépher.
LA DÉFENSE NATIONALE (1792-95) ALpT
les municipalités avaient recu l’ordre de recenser les cuirs des cordonniers et tanneurs, et, conformément au décret du 4 brumai. re, d’en délivrer à chaque cordonnier la quantité nécessaire à la confection de 45 paires dans le délai de trois mois. Ceux qui dissimuleraient des cuirs seraient déclarés traîtres envers la patrie.
Malgré tout, le cuir finit par manquer. Le 19 mars 1794, on craint de ne pouvoir chausser toute la réquisition. En prairial, les cordonniers interrompent leurs versements ; on perquisitionne chez eux : réellement, ils n’ont plus de cuir. Il faut attendre thermidor et l'effet d’une réquisition de 50 cuirs forts à Pont-Audemer pour reprendre le travail (1).
Quant à l’armement, le district pense d’abord que « le département ferait bien de demander à Paris ». En attendant, on utilise les armes des suspects, puis, conformément à la loi du 23 août, cn réquisitionne toutes les armes de calibre. Mais, dès le 19 février, tout est utilisé. Désormais, les jeunes gens sont armés très lentement, au moyen des ressources de l'atelier local de réparation d'armes.
Il reste à grouper ces jeunes gens en compagnies, à les encadrer, à leur donner, avant le départ pour les armées, les premiers éléments de l'instruction militaire.
Ce travail dont est responsable l’agent militaire, ne va pas sans difficulté. A Demortreux-Poterie, a succédé un certain Letellier qu’un beau matin de prairial, le Comité de surveillance fera tout simplement incarcérer comme « déserteur » (2). En attendant d’être ainsi démasqué, ce singulier agent militaire s’occupe fort peu de ses fonctions, n’en impose aucunement aux jeunes gens qui, lors de la formation des compagnies, veulent se constituer en unités communales, et refusent de nommer leurs gradés tout le temps qu’ils n’ont pas reçu satisfaction (3).
(1) Le commissaire ordonnateur de la 14° division réclame constamment des souliers pour le magasin de Caen. Le district lui déclare que les réquisitionnaires et les troupes de passage doivent être pourvus
avant les”magasins.-(Id., 719,£, 119; 720, f. 16, 22, 50 ; 726, f. 30 ; HD LIEN 38 RAT NORD 87, 105, 112 1400773479).
(2) En même temps que son commis Lebouteiller, lui-même « insoumis » à la réquisition. Ils seront conduits à leur corps les 7 et 16 juin 1794, (Arch. Calv., L, district Vire, anc. 740, n. f., 18 prairial an II. — Arch. maison d’arrêt Vire, reg. ans II-IV, 18 prairial an Il).
(3) Le district doit expliquer aux jeunes gens que leur prétention est admissible qu’à la condition de ne pas grouper plus de 100 hommes par compagnie. Il faut reverser dans les compagnies incomplètes les excédents des autres. Ainsi les jeunes gens de Vire constituent deux compagnies complétées avec ceux des communes voisines. — Le commandant du 1‘ bataillon de réquisition, où figurent les Virois, est Antoine Fédérique, instituteur, ex-adjudant-major de la garde nationale de Vire. L’an suivant, il sera instructeur à l’école de Mars.
Le mème Letellier, homme conciliant, qui accorde par écrit ou verbalement de très nombreuses, très longues et très irrégulières permissions à des individus qui, de ce fait, sont constamment dans leurs foyers, a la faiblesse d'exercer sa complaisance à l'égard d’autres réquisitionnaires désireux de retarder leur départ pour les armées, et qu’il accepte, malgré leur incompétence, comme instructeurs de leurs camarades. Le résultat est tel que, le 30 octobre 1793, les jeunes gens eux-mêmes viennent au district dénoncer leurs instructeurs qui ne leur apprennent rien. À plusieurs reprises, Letellier est durement rappelé à ses. devoirs (1).
En prairial, Demortreux reprend ses anciennes fonctions d’agent militaire et recoit toute latitude pour réparer les négligences de Letellier. Dès lors, l'instruction se poursuit normalement.
La mise en marche des réquisitionnaires vers les armées se ressent tout naturellement des différentes causes de retards inhérentes à la situation (2). Toutefois, les premiers départs s’effectuent normalement. Le 9 décembre 1793, un premier détachement gagne Domfront, y est rejoint, le 20 janvier 1794, par la compagnie de Vassy, soit, au total 450 hommes, « bien habillés et armés », provenant de Vire et des bourgs du district, et qui, en ventôse, gagnent Péronne et l’armée du Nord (3). Si l’on songe qu'ils avaient été incorporés le 16 novembre 1793, on voit que peu de semaines ont suffi à les mettre en état de rejoindre.
A cause des difficultés de l’armement, les départs suivants n’ont lieu que les 17 et 18 avril 1794 en deux détachements de 254 et 253 hommes, y compris les cadres. Puis, le 24 mai, il en part 296 autres ; le 20 juillet, 508. Au total, 2.477 hommes partent normalement avant le 15 fructidor ; 300 autres, des réfractaires avant
(4) « Par quelle fatalité se fait-il done qu'une partie aussi essentielle soit négligée ? Est-ce défaut d’instructeurs ? Nous ne pouvons le croire, puisqu'il en existe beaucoup dans cette ville ? Est-ce la faute de ceux à qui on a confié ce soin ? Nous ne pouvons encore le présuner, puisqu'ils sont sous vos ordres. Songez, citoyen, que tout délai apporté à ce que la jeunesse soit ivstruite est un crime qu’il est du devoir des vrais amis de la liberté de dénoncer. » (Arch. Vire, D 4, 2 pluv: an El "Arch. Calvs "Li. district Vire anc 20 9752 PL06 AE O nee LS pra al ANNE ATEN CET ET
(2) C’est ainsi qu’en fructidor un conflit éclate entre individus également zélés. Les commissaires à la réception des fournitures retardent un départ par suite de l’examen méticuleux auxquels ils se livrent, tandis que les commissaires départementaux, surtout soucieux de hâter le départ, s’énervent des observations présentées sur les fournitures. Le district a quelque peine à ramener le calme: (Id. 725, f. 137 : 733, DAS LS OST SA ERIC RO DRES SN
(3) C’est un arrêté du Comité de salut publie en date du 24 pluviôse an 11-12 février 1794, qui affecte à l’armée du Nord la réquisition du Calvados d’abord destinée à l’armée des Côtes de Cherbourg.
fait leur soumission, rejoignent à la fin de septembre 1794. Désormais, On n’acheminera, sous la conduite de la gendarmerie, que quelques petits détachements de retardataires (1).
Quant à la cavalerie (2) levée en exécution des ordres des représentants Garnier (de Saintes) et Jeanbon-Saint-André, et qui, malgré la réquisition du premier, paraît avoir compté fort peu d'anciens cavaliers (3), on doit successivement la diriger sur Avranches, puis sur Valognes. Le 15 mars 1794, 55 hommes partent pour cette dernière ville, retardés par une épidémie qui avait atteint leurs chevaux. Les autres seront acheminés ensuite sur Rouen, à la disposition du représentant Guimberteau, chargé de l’organisation de la cavalerie (4).
II. Les autres interventions des autorités locales dans le domaine militaire présentent moins d’intérêt que leur participation aux levées. Cependant, il convient de ne pas oublier qu’elles constituent pour ces autorités, pendant plusieurs années, un surcroît quotidien de besogne. Ce supplément est occasionné surtout par la présence, dans la région, de l’armée des Côtes de Cherbourg. Tous
(1) Arch. Nat, Fic III, Calv., 7 (compte rendu du district de Vire pour fructidor an II). — Arch. Vire, H 42. — Arch. Calv. L, district Vire, ADI RD 002 0133 LAPS 022 010 2857259 MIA" 120 734, f. 16). Des contingents d’autres districts passent alors par Vire en nivôse, des bataillons de Dieppe et d’Arras allant en Bretagne ; en germinal, 31 détachements de Bretagne (f.500 hommes) gagnant Péronne, Lille, Lens, Cassel.
(2) En mai 1793, le conseil militaire @e l’armée des Côtes de Cherbourg avait imposé au district de Vire une levée exceptionnelle de 34 hommes pour la formation des « dragons de la Manche ». Mais, le 25 mai, le chef d’escadron Lair, commissaire chargé de cette levée, offrit au district « d'envoyer de Caen le nombre des hommes que le district devait fournir ». On n’eut que le soin d’équiper et armer ces dragons (coût : 67.306 1. 11 s. 10 d.) et de les menter au moyen des chevaux de luxe requis. Ils partirent de Vire pour Caen le 16 juin et prient part à l'insurrection fédéraliste. (Id., 718, f. 96 ; 732, n°° 288-291 ; 733, f. 60. — Arch. Vire, H 41).
(3) L’ordre de Garnier, du 10 brumaire-31 octobre, réquisitionnait les hommes de moins de 50 ans ayant servi dans la cavalerie. La plupart des hommes dans ce cas furent dispensés comme ayant des fonctions publiques.
(4) Ce corps n’avait pas été levé en exécution d’un décret, d’où multiples difficultés avec l’agent militaire et le receveur du district [qui ne veut pas payer les frais d'équipement, de logement de: chevaux, de fournitures de fourrages, etc.]. — Sur proposition de Lemoine du Gassel, je 13 mars 1794, la Société populaire fournit un « cavalier jacobin », équipé à ses frais, qui partit en messidor. — La ville a fourni de plus, deux jeunes gens de 17 ans pour l’école de Mars. (Arch. Calv. L, MiSEnCE Vire, anc. 720, f. 36, 39 ; 732, f. 117, 138 ; 733, f. 3, 5-11, 29, 38, 44, 66, 69, 75, 81, 92 ; 740, n. f., 28 prairial an II. — Arch. Vire, Dé15;an IT; n° 10 : H 42, n° 356 ; I 74, f. 58, 60, 102, 109).