DÉS 01952: DIT
s’agira, en l’an VI, de mettre en application la législation nouveile concernant le calendrier républicain, l’administration municipale devra mettre celle du département au courant de la situation antérieure : « Le 15 nivôse an II, le conseil général de la commune avait fixé la date des marchés à primidi, quartidi, septidi et nonodi, mais les gens de campagne n’ont pas voulu changer les anciens jours. » Et il faut bien, le 21 décembre 1797, avouer qu’en réalité le marché aux grains a lieu les « lundi, mercredi et vendredi » de chaque « semaine » ; le marché aux bestiaux, le « vendredi », de germinal à vendémiaire inclus ; les marchés aux œufs, beurre, volailles, légumes, le « vendredi » toute l’année ; il y a toujours une foire Saint-Michel qui commence le 8 vendémiaire et dure huit jours ; enfin, la foire des Rogations ouvre « le lendemain de l’'Ascension (vieux style), et comme cette époque, fixée d’après l’ancien calendrier, est mobile, on n’a pu déterminer aucune époque analogue au calendrier actuel, parce que les marchands étrangers ne connaissaient pas d’autre calcul. »
Le Directoire exécutif insistant sur ce sujet par arrêté du 14 germinal an VI-3 avril 1798, l’administration Bazin doit, le 24 avril, rappeler tout le monde à l’observation du calendrier républicain, fixe les jours de marchés aux primidi, quartidi, septidi et nonodi pour les grains, aux quartidi et nonodi pour les bestiaux, beurre, volaille, légumes. Les exercices de la garde nationale auront lieu les quintidi et décadi. Enfin, le 18 mai, après entente avec le département, la foire des Rogations est fixée au 29 floréal de chaque année. Ces modifications sont communiqueés à toutes les administrations municipales de la région, depuis Saint-Hilaire-du-Harcouët (Manche), jusqu’à Beaumont-en-Auge (Calvados) (1).
Mais arrêter est une chose et appliquer en est une autre. Delavente s’en rend compte (2). Dès le 3 juin 1798, « on est obligé de
(1) Arch. Vire, D 7, f. 8, 8 ; D 13, f. 16, 46. Toutes les localités de la région agissent alors de même, d’où volumineuse correspondance à ce sujet.
(2) « 11 n’est plus question que de mettre le tout en activité, et ce n’est pas le plus facile. Tant qu’il existera des almanachs à l’ancien calendrier, le nouveau restera sans crédit. Si les ennemis de la Révolution pouvaient tout à coup se trouver en déroute sur cet article, on parviendrait en peu de temps à atteindre le but proposé. Le gouvernement saisira sans doute tous les moyens en son pouvoir pour faciliter aux autorités constituées les efforts nécessaires au succès que le temps seul peut assurer. » Eloigné de l’application, le département s’en tire avec des encouragements : le Directoire « vous a réservé la gloire de vaincre les résistances que les nouvelles institutions éprouvent de la part des ennemis de la liberté et de tous les hommes liés par l'habitude aux anciens préjugés ». — « Il ne suffit pas de régler Pemploi du temps de la municipalité sur la décade, et de fixer à nouveau la date des marchés :
renouveler un avertissement pour que les malveillants n’aillent pas les jours de marché au-devant de ceux qui apportent des denrées, les molestent et les obligent à s’en retourner. » Et déjà, il faut parler de « sanctions sévères contre les délinquants » et contre « ceux qui essayeraient de dissuader les gens de campagne de venir aux marchés aux nouveaux jours fixés ». Mais, malgré les avertissements, les cultivateurs conservent les anciens jours de marché ; et, le 9 juin (21 prairial), devançant l’arrêté départemental du 23 prairial, l'administration municipale a recours à la « force armée », à laquelle elle donne pour consigne de ne souffrir aucun marchand apportant des denrées en dehors des jours fixés. 55 gardes nationaux seront de service « chaque jour de marché suivant l’ancien calendrier, lundi, mercredi et vendredi, à moins qu’ils ne correspondent aux nouveaux, et ce, jusqu’à ce que le nouveau calendrier ait fait oublier l’ancien. Ne laisser entrer aucuns cultivateurs, bladiers, beurriers, marchands de légumes, de volailles, etc., les jours prohibés. »
Mais, tout d’abord, l’administration est mal secondée par Dubourg, commandant de la garde nationale : le 6 juillet, les patrouilles entrent trop tard en activité, de sorte que de nombreux cultivateurs se présentent pour tenir selon l’ancien usage un marché qui n’aurait dû avoir lieu que le lendemain. « Plus de cent mottes de beurre, quantité de volailles et œufs ont été ainsi vendues aux particuliers. »
En vain, Dubourg, peu après, est destitué ; en vain, le 7 septembre, l’administration proclame et affiche solennellement la loi du 17 thermidor an VI relative aux mesures pour coordonner les jours de repos avec le calendrier républicain ; en vain, Delavente, le 28 septembre 1798, informe le typographe Adam qu’il est interdit d'imprimer des almanachs non conformes au calendrier républicain, puis fait fixer au 1° vendémiaire et au 1° germinal, pour les locations et baux, les termes de la Saint-Michel et de la Marsèche, le 1° messidor remplaçant la Saint-Jean comme date d’avertissement des cessations de locations à la Saint-Michel ; en vain on oblige les marchands, sous peine de trois jours de prison et d’une amende de trois journées de travail, à tenir leurs boutiques cuvertes les jours des marchés légaux.
En vain, enfin, le Directoire exécutif essaie de constituer un véritable culte décadaire, par l’exécution de la loi du 13 fructidor an VI entraînant : 1° obligation de chômer le décadi sauf au
il faut interdire les marchés à d’autres jours, disperser les rassemblements mercantiles qui se forment aiors. Beaucoup de fermeté, d’autorité, pas d’insouciance ». (Id, D* 15 ; 6 prairial an VI ; B* 1, arrêté du 23 prairial an VI). — On imprime de petits avis pour que les cultivateurs connaissent la nouvelle réglementation, :
:noment des récoltes, semailles et travaux urgents ; 2° organisation de fêtes décadaires où les administrations propageront la morale républicaine, l’amour des lois et du devoir. « Trop longtemps, écrit Lévèque, le 29 septembre 1798, à ses subordonnés, les prédicateurs fanatiques tinrent les hommes asservis sous le joug de leurs honteux préjugés. La raison doit désormais régner sans partage. » L'art. 6 de la loi exige la présence à ces fêtes des instituteurs et institutrices publics et particuliers avec leurs élèves (1).
Lévèque devra continuellement gourmander les commissaires cantonaux, menaçant de « révocation ceux qui ne pourraient prouver qu’ils ont fait. leur possible. en ce sens ». Il doit luimême avouer que le repos décadaire n’est pas observé (2).
A Vire, du moins, la décade est, à partir du 10 vendémiaire an VII-1* octobre 1798, célébrée par l’administration municipale dans les formes officielles (3). Mais, dès le 5 décembre, il faut avouer que, « parmi les instituteurs et institutrices, il en est beaucoup qui, au mépris de. la loi, se sont refusés, jusqu’à ce jour, à conduire leurs élèves aux fêtes et eux-mêmes n’y ont pas paru... Il va être fait une proclamation. pour avertir définitivement les instituteurs particuliers que , s’ils ne se trouvent pas avec leurs élèves à la décade prochaine, ils seront poursuivis et leurs écoles fermées ». Cette menace a si peu d’effet qu’on doit la renouveler le 5 mars 1799 (4).
Cette querelle entre M. Dimanche et le citoyen Décadi, « vraiment querelle entre l'Eglise et l'Etat laïque » n’est pas un succès pour le dernier nommé. Il semble même que dans l’administration viroise où, après les élections de l’an VII, figurent deux
(1) Le 21 brum. an VII-11 novembre 1798, un arrêté du département contre « les esclaves des anciennes habitudes » menace les instituteurs publics et particuliers qui ne mènent pas leurs élèves aux fêtes décadaires, de les considérer comme renonçant implicitèment au droit d’enseigner. Les cultivateurs devront demander permission de travailler le décadi à leur agent municipal qui s’assurera qu’il n’y a pas eu repos pendant la décade td. BAM MDN OS ALES MISES DAS ENS 0: CLS SD ROMANE 6)
(2) Circulaire du 26 germ. an VII. « Je saurai employer... l’inflexibilité nécessaire pour faire observer les institutions républicaines. »
(3) « Le président a donné lecture. aux citoyens des lois et actes de l'autorité publique. Ensuite il a donné connaissance des actes de naissance et de décès et de reconnaissance des enfants nés hors mariage. Les instituteurs et leurs élèves ont assisté à la séance. Après quoi, il a été procédé par le président à la célébration d’un mariage, le tout conformément à la loi... » Les autres comptes rendus sont analogues.
(4) On visitera ces écoles particulières les quintidi et décadi pour voir s’il y a classe. (Id, D 7, 152,56, 68,70, 82).
prêtres, Sérard et Brison, il y à zizanie à Ce sujet, puisque Delavente, en messidor an VII, dénonce à Lévêque qu’ « un administrateur municipal » s’absente des fêtes nationales, « à cause du dégoût qu’il a conçu pour elles ».
Quant au calendrier, ne voit-on pas qu’en l’an VII, le tribunal du Calvados, sans doute pour plus de précision, continue de dater dans les deux styles ? (1). Dans ces conditions, on comprend qu’ua libraire, le 9 septembre 1799, ait songé à demander à Delavente si, dans un almanach « républicain » pour l’an VII, on pouvait inttiquer « l’ère ancienne ». Delavente répondant négativement, le libraire déclare qu’il y a eu des exceptions et le prouve en sortant «un almanach sans nom d’auteur ni d’imprimeur, qui cite à peine et comme par dérision le nouveau calendrier accolé à l’ancien, portant tout le martyrologe dont il est farci ». Voilà le cas qu’on faisait d’une des prescriptions essentielles du Directoire.
C’est pourquoi il n’est pas étonnant de voir l’administration locale, le 7 septembre 1799, rendre un arrêté pour « empêcher les insultes publiques contre le commissaire de police, surtout à l’occasion du travail des jours prohibés » (2).
Le 14 fructidor 1799, plus d’un an après l’application de la loi du 13 fructidor an VI, la municipalité fait afficher la proclamation suivante qui nous indique comment le public a observé CetteHIormR:
Les lois et arrêtés. relatifs à la célébration des fêtes nationales et décadis ne reçoivent plus depuis longtemps leur entière exécution dans cette commune. S’il est du devoir de l’administration d’y tenir strictement la main, il est de sa sollicitude de vous rappeler à l’exécution des lois pour en éviter les peines.
Vous ne pouvez vous livrer à aucune travaux ostensibles dans ces jours-là. Vous devez prendre les précautions nécessaires pour ne pas faire arriver ces jours-là des charretées de gros bois, fagots, des tonneaux de cidre et autres. en prévenant les cultivateurs, vos vendeurs, de vous apporter ces objets de veille, ou de différer au lendemain ; en un mot, vous ne devez rien faire en publie qui ait l’air d’un travail. L'administration vous prévient qu’elle fera poursuivre les délinquants par son commissaire de police, fera poursuivre ceux qui insulteront ledit commissaire. et fera poursuivre tous les instigateurs d’attroupements d’enfants ou de domestiques... Oui, ce n’est qu'avec douleur, citoyens, que l’admipistration se voit forcée d’avoir recours à de pareilles mesures pour réprimer les excès qui ont eu lieu, et elle attend avec con-
(1) Ex. : 19 therm. an VII. « qu’il est constant qu’à l’époque du 12 au 13 nivôse an IV, correspondant à celle du 1% au 2 janvier 1796 vieux style. » (Id. 1* 86).
(2) Des cultivateurs ayant apporté des charretées le jour du repos, le commissaire de Re a voulu intervenir : « des enfants ont hué le commissaire, » (Id., D 7, f. 161 ; D* 16).
fiance.. qu’il lui suffira de vous rappeler ce que veut la loi pour obtenir votre entière soumission. » (1)
Ainsi donc, pour la première fois, nous constatons un échec extrêmement net de la politique du Directoire. Désormais, il y a quelque chose de changé ; et les réponses de Delavente aux questionnaires sur formules imprimées, qui apparaissent à la fin de lan VI, ne cèlent pas la véritable situation (2). A la question : quet est l'esprit public du canton ? Delavente répond, en vendémiaire an VII : « Toujours tranquille, mais refroidi en patriotisme », ou bien : « toujours assez tranquille, mais froid pour la Révolution qui l’ennuie ». A cette autre, très importante : « Le gouvernement est-il respecté ? », il déclare : « Il est vu, en général, bien indifréremment », et ajoute, dans la première décade de vendémiaire un VII : « Cependant, le Corps législatif est peu estimé, depuis, surtout, qu’il s’est donné 330 francs par mois de supplément, tandis que les rentiers et pensionnaires de l'Etat meurent de faim. » L’apathie, l’indifférence, l’irrésolution, de nouveau, règnent souverainement. Ce sont là les signes annonciateurs d’une abdication plus complète.
C’est en de telles circonstances qu’ont lieu les élections de Jan VII.
Ce sont les plus ternes de toute la période du Directoire. Le petit nombre des votants, cette fois, est tout à fait anormal. La Liberté réunit de 109 à 55 votants ; l’Egalité, de 93 à 46 ! Les royalistes, certes, sont absents ; mais il est clair que les indifférents forment presque l’unanimité.
Cela n'empêche pas la dispersion des voix d’être considérable ;
par suite de l’absence de toute candidature, on ne sait à qui
(1) Un arrêté municipal du 8 fructidor an VII-25 août 1799 décida que les mariages, seule partie du programme pouvant attirer le public, seraient tous célébrés au cours de la séance décadaire. Mais le 26 décembre 1799, à propos du mariage de l’ex-religieux Dumont, on dut autoriser le président à célébrer à l’heure qu’il jugerait convenable les mariages des ci-devant prêtres et ceux des filles en état de grossesse avancée, pour éviter la « risée publique ». (Id., D 8, ?. 31 ; D 13, f. 160).
(2) Arch. Calv., L, Comptes décadaires des administrations cantonales, Vire. Il y a dans ces questionnaires. 18 groupes de questions. Le premier est relatif à l’esprit public. A chaque question, Delavente répond d’une façon très concise, nette, d’une franchise brutale. Ex. : section VII (hô-
pitaux et hospices, personnes qui les administrent) : D. « Quelles sont leurs principes et leur moralité ? » R. « Presque tous ennemis de la Révolution ». D. « Les fêtes républicaines sont-elles observées ? »
R. « Oui, par le petit nombre, surtout les décadis qui sont des jours de fainéantise et font un désert. dans la commune. Hier, cependant, on voyait plus de monde, mais à la promenade, et non à la réunion des citoyens. »
donner sa voix. Il faut plusieurs tours de scrutin pour obtenir le résultat (1). 4
Certes, tout s’effectue sans trouble : « Nos assemblées primaires et communales, écrit l’administration le 22 mars 1799, seront terminées aujourd’hui très tranquillement. Nous avons des électeurs républicains, nous allons avoir des administrateurs dans le même sens. Les frères et amis de Robespierre, les fils légitimes de la monarchie et de l'Eglise n’ont pas fait fortune. »
En effet, les nouveaux électeurs sont à la Liberté : Jacques Lanon, ancien président de l’administration centrale du Calvados ; Pierre-Louis Bônière, capitaine réformé, fils de l’aubergiste de Vassy assassiné par les Chouans en 1795 ; Pierre-François Vente, négociant. — A l’Egalité, ce sont Lebailly et Tirel, déjà électeurs en germinal an V ; et l’ex-religieux Gilles-Vincent Quéruel, qui avait été secrétaire de la société populaire. « Les choix faits des électeurs, écrit Delavente à Lévêque, sont généralement approuvés par les patriotes. » (2)
Pour la désignation des administrateurs municipaux, il y a plus de flottement. Après toutes sortes de démarches, Delavente et Lévêque ont obtenu que Bazin et Vesnié ne seraient pas sortants de droit (3). Roussel a démissionné le 30 janvier, et Le Nouvel, 18 mars 1799. Parmi les trois élus de l’an précédent restés en présence, le sort a désigné Brison comme sortant.
Vivier du Raisin, élu au premier tour par 93 voix sur 146, décli-
{) A l’Egalité, au 3° tour pour l'élection municipale, les 63 votants égarent encore leurs suffrages sur 21 citoyens !
(2) Arch. Vire, D 13, f. 113 ; K* 88, an VII. — Les présidents des sections étaient les frères Thomas-Michel et Charles-Augustin Bazin, électeurs de l’an précédent. Le second, alors commissaire du Directoire près l’administration du canton rural de Vire, fut élu administrateur du Calvados. Immédiatement, Pierre Gauthier, des Cinq-Cents, demanda au ministre de l’intérieur de lui donner comme successeur Thomas-Michel Bazin, son aîné, qui, « depuis le commencement de la Révolution, a rempli des fonctions publiques gratuites et n’a cependant qu’une fortune très modique Le Directoire exécutif ne peut, à mon avis, faire un meilleur choix. » Cette recommandation fut rendue vaine par Ch.-Augustin Bazin qui préféra rester commissaire près le canton rural. (Arch. Nat. F1b II, Calv., 27).
(3) François de Neufchâteau avait d’abord pensé qu’ils étaient sortants comme avant été élus deux fois de suite, en l’an V et l’an VI ; de ce fait, ils n'auraient pas été rééligibles. Puis, on décida : 1° de ne pas tenir compte de l’élection de l’an V, comme annulée par le 18 fructitidor ; 2° de ne pas tenir compte de la désignation du 25 fructidor an V, qui n’était pas une élection. Bazin et Vesnié furent considérés comme ayant été élus pour la première fois en l’an VI, donc sortants de droit simplement en l’an VIII. (Arch. Nat, F1b II, Calv., 27. — Arch. Vire,
ne l'offre comme l’an précédent. De ce fait, les résultats définitifs ne sont acquis qu'après trois tours. Finalement sont élus : Pierre- I.-B. Brison l'aîné, ex-curé, administrateur sortant ; Michel Sérard, ex-curé, administrateur de brumaire an IV à germinal an Nos Georges-René Marie, dit Flambeau, drapier, jadis nommé notable par Lozeau. Mais, ce dernier élu refuse les fonctions, « faute de capacité », dit-il ; et, comme en germinal an V, il faut solliciter les suivants dans l’ordre de la liste. Le dixième accepte enfin ; mais, le 6 juillet 1799, il n’est pas encore venu siéger : l’administration est réduite à se compléter elle-même par adjonction temporaire ; elle fait choix de Gilles-François Mauduit, jadis secrétaire à l’administration du district, devenu marchand de beurre, après avoir été procureur à l'élection de Vire, puis avocat (1). Par 2 voix contre une à Bazin et une à Vesnié, elle en fait même son président (2). C’est cette administration Mauduit-Bazin-Vesnié- Sérard-Brison, plus terne que la précédente, qui restera en fonctions jusqu’à l'installation de la municipalité consulaire en floréal ADN
6. Peu après ces élections de germinal an VII (3), les Virois qui, lan précédent, avaient cru toucher à la paix générale, vont, à nouveau, avoir l’occasion de concevoir de vives alarmes.
En effet, la formation d’une seconde coalition contre la France entraîne, dès avril 1799, la reprise des opérations militaires sur presque tous les fronts, et comme en 1793, les premiers mois ne sont pas heureux pour nos armes. En même temps, cette situation ranime les espoirs des royalistes : à partir de prairial, le comte d'Artois s'efforce de faire renaître la Chouannerie, et Frotté reparaît en Normandie.
Mais le péril de la patrie va motiver le retour aux formes de la Terreur. Trois actes, à cet égard, sont essentiels : le 10 messidor an VII-28 juin 1799, sur la motion de Jourdan, vote d’une loi levant tous les conscrits ; le même jour, vote d’un nouvel emprunt
(1) Au début de 1792, il avait demandé l’inamovibilité de sa place de secrétaire du district de Vire, « démarche coupable » avait dit le district, et qui avait motivé une intervention de François (de Neufchâteau) à la Législative, contre les fonctionnaires publics qui voulaient se per-
pétuer dans leurs places. (Arch. Nat., D XL, 1 : lettre du district de Vire, 25"mars 1792).
(2) On ne saisit pas pourquoi Mauduit a été préféré à Bazin qui est de ses familiers. (Les Bazin et les Delavente sont parmi les signataires de l'acte de mariage de Maüduit en 1783).
(3) Elles ont permis d’envoyer au Corps législatif un Virois de plus : à Pierre Gauthier, sortant, succède aux Cinq-Cents, Germain Duboscq, président du tribunal criminel du Calvados, déjà élu en l’an VI, mais qui avait alors refusé les fonctions de législateur.
forcé de 100 millions sur les riches ; enfin, le 24 messidor-12 juillet, vote de la fameuse loi des otages : dans toute localité d’une région troublée, seront désignés comme otages les parents d’émigrés et de brigands, les ci-devant nobles ; à l'assassinat d’un patriote, il sera répondu par la déportation de quatre otages, et tous, solidairement, seront frappés d’une amende de 5.000 IL. et indemniseront de leurs deniers les victimes des actes de pillage.
Examinons comment la population viroise a ressenti les effets résultant de cette situation difficile, comment elle a essayé d’y remédier et quelles furent les modifications qui en résultèrent pour l'esprit public.
L’alarme semble bien avoir été donnée à Vire par l’administration centrale du Calvados : son arrêté du 25 germinal an VIl- 14 avril 1799, prescrivant la formation de colonnes mobiles dans chacun des anciens districts, fit comprendre à tous que les circonstances étaient graves : on en induit que les Anglais vont tenter un débarquement en France (1).
D'ailleurs, le 6 mai, Lévêque informe Delavente qu’un émissaire de Pitt a dû débarquer sur les côtes du ci-devant district de Bayeux, pour embaucher les réquisitionnaires et les conscrits de la région. Ensuite, il fait passer de multiples circulaires du département relatives aux menées de l’Angleterre, aux émigrés rentrés, à la réorganisation de la Chouannerie.
Le 19 mai, à une lieue et demie de Vire, sur Neuville, une bande de Chouans en armes attaque deux gendarmes conduisant à Caen 6 déserteurs. Puis, le 14 juin, on croit voir Frotté arrivé, dit-on, dans la région de Saint-Sever pour y assassiner Lechaptois, commissaire du Directoire exécutif prés de ce canton. Beaucoup de bruits faux ou venus de faits dénaturés circulent, achevant de soulever l’émotion (2).
(1) Un arrêté du 27 messidor-15 juillet déclare que « les bruits de débarquement des Anglais en France sont semés par les ennemis de la République pour répandre l’inquiétude », et qu’il n’y a guère de réalisation possible. Mais l’arrêté prescrit un tel luxe de précautions [mise de toutes les gardes nationales du Calvados sous le commandement du général Avril commandant la 14° division ; réunion inimédiate de ces gardes en cas d’alerte ; veillées de jour et de nuit dans les clochers, etc.j, qu’à Vire on fut convaincu que l’événement était proche.
(2) Arch. Calv., L, comptes décad. des admin. cantonales, Vire rural. ArchVire, D 7, f.04142%; D 13,1: 122, 124/144-146-;"H*157. Le 26, thermidor, les Chouans pillent à Tallevende un acquéreur de biens nationaux ; peu après, ils désarment les « patriotes » de Maisoncelles. Aux confins de la Manche, de l’Orne et du Calvados, ils lèvent des taxes, incendient quelques immeubles. On dit qu’ils sont 300 vers Flers, 400 vers Brécey (Manche) ; ils « forcent les jeunes conscrits à se joindre à eux ». Des tailleurs et des cordonniers leur constituent des uniformes.
A Vire, « la tranquillité règne », mais on avoue qu’ « elle est plus menacée que jamais », car, dans la ville-même, « on ne peut se dissimuler qu’il existe. des malveillants secrefs, tant hommes que femmes, capables ou d’introduire l’ennemi ou de lui donner des renseignements » (1). Il y a lieu de se défier des Chouans précédemment amnistiés. Enfin, ce qui ne s’était guère vu au cours de la première Chouannerie, un certain nombre de Virois passent dans les rangs des rebelles (2).
En regard, on ne peut « dissimuler que, parmi les citoyens de la garde nationale, les uns, vrais patriotes, sont très fatigués &e service ; les autres, tièdes, quelques-uns même jusqu’à l’excès, n’inspirent pas une sécurité suffisante pour se reposer sur leur surveillance pendant la nuit ». Quelques grenadiers, chasseurs et canonniers, dont le zèle avait toujours été constant, offrent maintenant leur démission, suivant un fâcheux exemple donné par l’ex-administrateur Roussel ; les capitaines des compagnies du centre sont invités à n’admettre dans leurs rangs aucun de ces défaillants ; et le département, le 25 août, est prié d'intervenir pour prohiber ce procédé qui désorganiserait la garde nationale. En même temps, l’organisation de la colonne mobile, conformément à l’arrêté départemental du 25 germinal, suscite peu d’enthousiasme ; et des 12 célibataires choisis pour en faire partie, 6, dont lPex-Montagnard Adam, imprimeur, s'efforcent de prouver leur iraptitude à servir.
De nouveau, certains individus s’empressent de modifier leurs sentiments, « tout disposés à se ranger du parti des brigands dans le cas où ils obtiendraient quelque succès ». Les fêtes nationales sont désertées, et l'administration, le 29 août, dans une proclamation à la garde nationale, révèle que « des gens riches qui ne font aucun service à la garde nationale, considèrent les fêtes nationales comme une corvée ; il est temps d’accoutumer ces êtres avec les principes. Tous les citoyens de cette commune de la classe aisée, quoique non armés (souvent parce qu’ils ne le méritent pas) seront
() Selon SÉGuIN (Hist. de la Chouannerte, t. II, p. 322), c’est à Vire, sous la direction de Drudes de Campagnolles, que se tint le conseil constitutif de la « troisième Chouannerie ». Il affirme (p 331) que « la caisse du trésor de l’armée catholico-royale…. ainsi que la correspondance et les archives furent placées à Vire et cachées sous un tas de charbon. Chaque chef venait y prendre les sommes dont il avait besoin. » S
(2) Jacques-André Degournay,. horloger, 35 ans ; Michel Debray, cordonnier, 23 ans ; Marin-Thomas Séguin, tisserand, 24 ans ; Pierre- François Leplanquois, cordonnier, 23 ans ; Alexandre Lesueur, 18 ans, fils de Lesueur la Chapelle, officier de santé et grenadier de la garde nationale de Vire ; Philippe Halbout, 18 ans, fils de Thomas-Georges, receveur des hospices de Vire,
tenus d’être présents aux fêtes derrière les compagnies dont ils devraient faire partie » (1).
Les autorités s’efforcent, pour remédier à cette position, d’appliquer la législation d’inspiration jacobine qui réapparaît alors par suite du danger de la patrie. Pour sauvegarder l'esprit public des atteintes du royalisme, Delavente, conformément aux instructions de Lévêque, recherche les écrits contre-révolutionnaires qui foisonnent alors (2), surveille les correspondances avec l’étranger. Les visites domiciliaires sont plus fréquentes ; il y a quelques arrestations (3). Un arrêté municipal du 16 thermidor-3 août remet 2n vigueur les dispositions de sûreté publique : « les aubergistes, loueurs de voitures, de chevaux, de chambres garnies » doivent remettre « exactement l’état des individus qui auraient recours à leurs services. » ; on se met à « vérifier les passeports d’un grand nombre d'individus étrangers à cette commune qui logent chez des particuliers ayant la même opinion qu’eux en fait de Révolution ». On ne délivre de passeports qu'aux citoyens d’un civisme certain (4). Il est interdit de sortir sans fanal après 10 h. du soir,
CAD EC MSAESDMS 1149;
(2) Ex. : « Proclamation du roi aux Français ». — « L'armée des mécontents aux Français égarés ». — « Adresse au peuple français et aux nations conquises par les armées républicaines. » [Elles émanent, dit Lévêque, du « prétendu Louis XVIII » et ont pour but d’ « exciter à la révolte »]. — « Proclamation du comte de Williamson, commandant en second l’armée cathoïique et royale de Normandie », etc. (Arch. Vire BEM DS COMTE Cl yerdem"an VIIL) Je n’ar pas retrouvé l’ « appel aux Français », composé par le Virois Drudes dit la Tour, et cité par SÉGUIN (op. cit., t. II, p. 322) : « Les Chouans veulent rétablir l’ordre et la religion, et protéger les ministres qui se sont dévoués au martyre pour l’église de Jésus-Christ et le salut des âmes ; réparer... toutes les espèces de torts. et réprimer par un juste châtiment sans passion et sans exception de personne, tous les attentats portés aux droits et aux propriétés. Ils exhortent les Français à se défendre contre toutes les extorsions et contributions corvéables. L’impôt n’est dû qu’au Roi : c’est un crime de le verser dans des mains rapaces et dilapidatrices, souillées par l’exercice d’une autorité usurpée, rougies du sang de la famille royale et de trois millions de Français massacrés. Dans un système d’usurpation et de sacrilège, où tous les fonctionnaires publics sont suppôts, le repentir, la démission, la désertion et la révolte deviennent des devoirs rigoureux et indispensables. »
(3) Quelques prêtres réfractaires, dont Patry, Chapin et Pelletier, le 21 août. Mardeley, geolier, signale que des dévôtes leur ont apporté à la maison d’arrêt des literies complètes. L'administration fait porter le tout à la caserne, « pour bien coucher les défenseurs de la patrie » plutôt que de le « laisser pour des fanatiques ennemis de la chose publique ». TA DTA LAlÉ TEE DÉE15)"
(4) Nombre d’individus ont des passeports « illimités », de l’Orne, l'Ille-et-Vilaine, la Manche, « ce qui rend nulle notre surveïllance. »
(Hd, D 13, f. 145),
et les barrières sont fermées. On saisit chez les armuriers les armes non déclarées ; tous les particuliers doivent déclarer les leurs, les déclarations antérieures étant annulées ; « ceux qui n’ont pas fait leur déclaration. sont exposés à être réputés d’intelligence avec les ennemis et poursuivis comme tels » (1).
Conformément à l’arrêté départemental du 27 messidor an VII- 15 juillet 1799, le plus complet en ce qui concerne la sûreté générale (2), l'administration municipale, rendue permanente, visite quotidiennmeent les prisons, afin d’éviter le renouvellement de l'aventure survenue à Coutances dans la nuit du 9 au 10 février 1799 (3).
Enfin, on applique la loi du 24 messidor : ça et là, dans les textes, figurent des noms suivis de la mention « pris en otage ». C’est le cas de Cheux de Saint-Clair, père d’émigré ; de Vaufleury de Saint-Cyr, beau-père du Chouan amnistié Gaudin de Vilaine, malgré sa qualité d’ancien maire de Mortain. Cette loi, complétée le 2° complémentaire an VII-18 septembre 1799, ne fut pas d’ailleurs exécutée jusqu’au bout, par suite de la cessation rapide du danger de la patrie : aucun des otages virois ne semble avoir été inquiété ; mais, au moment même où l’on rapporte la loi du 24 messidor an VII, l’administration municipale de Vire écrivait à Charles Caiïlly, alors membre des Anciens, pour en réclamer le maintien (4).
On se préoccupe surtout de mettre la ville en état de repousser une attaque des Chouans qui rôdent aux environs, commettant toutes sortes d’excès (5). La garde nationale, réorganisée le 20 mes-
(1) Lelogeais jeune est arrêté le 30 juillet, pour avoir chez lui un fusil non déclaré. (Id.,:D 7,-f. 134).
(2) Il prescrit de prendre des otages parmi ceux notoirement connus pour seconder les projets de l’ennemi (ce qui prouve qu’on songe à exécuter sans retard la loi du 24 messidor, de trois jours antérieure), de désarmer les suspects, d’envoyer aux conseils de guerre les gens trouvés dans les rassemblements de garde nationale où ils n’avaient que faire.
(3) ROBILLARD DE BEAUREPAIRE : Le Chevalier des Touches, p. 115. Le Virois de la Mariouze participa à ce coup de main.
(4) Lettre du 21 brumaire an VIII-12 novembre 1799. [La loi a été rapportée le lendemain]. « Les demi-mesures ont toujours tourné au détriment de la chose publique. Nous désirerions que ceux qui sollicitent le rapport de la loi sur les otages fussent ici ! Ils en demanderaient alors l’exécution, s’ils n'étaient pas les complices de ceux qu’elle frappe. » (Arch 4Vire” DT EMI NAS ED SM MI0 EMILE IMS AD TON RSS)
(5) Selon SÉGuIN, c’est à la fin de sept. que Drudes de la Tour établit son quartier général au Mont-Savarin, sur Tallevende-le-Grand. Au début octobre, Frotté l’y rejoint et passe les Chouans en revue sur les Monts lonnel. « Frotté avait une envie passionnée de s'emparer de Vire. » (Hist. de la Chouannerie, t. II, p. 330, 332, 386). Le 14 octobre, l’admi-
sidor-8 juillet, conformément à la loi du 1°” du même mois, est mise, le 4 thermidor-22 juillet, en état de réquisition sous les ordres du général Avril. On n’arme de fusils que les « gens sûrs» ; on désarme ceux qu’on juge « dans le cas d’en faire un mauvais usage ». À partir du 9 août, les patrouilles sont doublées. Seuls « les hommes forts et sûrs, sur lesquels on puisse compter », en font partie. Mais ce service devient si dur pour les compagnies ‘élite auquel il incombe, que, malgré leur zèle, elles n’y peuvent suffire (1) : 150 hommes sont parfois nécessaires à la fois, notamment la nuit. Or ces gardes nationaux sont « tous des pères de famille qui ont besoin de leur travail pour nourrir les leurs ». On ne peut faire constamment appel à eux. Aussi, on réclame de la troupe soldée, des armes et des munitions (2).
Au moment où les Virois songent à résister seuls derrière les 14 barrières qui ferment les issues de leur cité, des renforts arrivent enfin. Renseigné par d’autres voies, Lévêque s’est aperçu que l'administration viroise n’exagérait pas le danger couru (3), et, en hâte, il a fait envoyer à Vire, à défaut de troupes de ligne, plusieurs détachements de grenadiers, chasseurs et canonniers des gardes nationales de l’ancien district de Vire, et aussi de Caen, Bayeux, Balleroy, Baynes et Caumont. Ces troupes arrivent à Vire le 1° brumaire-23 octobre.
Ii était temps : le 5 brumaire-27 octobre 1799, à 9 h. du matin, « les Chouans, au nombre de 4 à 500 », attaquent avec vigueur le faubourg Saint-Clair, au sud de la ville. Jacques Cotelle qui, en l'absence d’officier de la ligne, a le commandement temporaire, fait battre la générale et prend ses dispositions de combat. Il a sous ses ordres 25 soldats, 350 gardes nationaux, dont 100 étrangers
nistration municipale écrit au département : « La tranquillité continue à régner dans nos murs. Mais les Chouans se montrent en force dans les communes environnantes. Ces brigands ont tellement déversé de terreur dans nos campagnes, qu’on ne peut être instruit de leur marche qu'après leur passage. » (Arch. Vire, D 13, f. 160).
SLA MD ETES lASTE D 8, f. 11 ; H* 57. — Le commandant de place demande d’y incorporer tous les hommes sûrs « sans y faire entrer un seul homme dont l’incivisme est connu ». (Arch. Vire, H* 57).
(2) Nombreuses démarches à ce sujet. Il y avait deux canons, mais pas de poudre. Avril avait promis 200 fusils qui tardèrent à venir. (Id., D.8, f. 6, 10 : D 13, f, 131, 134, 139, 143,144, 146, 150, 160, 163 ; H* 57). R. Sécuix (op. cit., t. II, p. 336) dit : « Vire était au centre de ce foyer chouanique… ; il n’y avait guère de garnison, mais la garde nationale, aguerrie et bien organisée, en servait. »
(3) Il connaît la présence autour de Vire de « Bruslard dit Guérin ; Pivardière ; Placène ; Frotté ; le baron de Commarque ; Fresnel, dit Tellier ; Williamson ; Fortière ; Picot et autres. » (MA RDES ET ADS if. 163 ; H* 57, 5 brumaire an VII).
à la ville, avec une pièce de canon. Une colonne de 150 gardes nationaux commandée par Tirel, capitaine des canonniers, escaladant les hauteurs de la Besnardière, se porte sur le flanc des assaillants et contre-attaque, tandis que l’autre colonne, dirigée par Vente, fait front sur la route de Mortain. La manœuvre réussit bien, Tirel, avec « l’ardeur qui lui est connue », ayant immédiatement poussé à fond (1). Les Chouans doivent battre en retraite d’abord sur le bois de Saint-Clair, dont ils sont vite débusqués, puis sur la Pinsonnière et le Clos-Fortin où ils se retranchent pour la nuit. Après six heures d’escarmouches diverses, les gardes nationaux, tout danger immédiat étant conjuré, rentrent dans la ville, au milieu de l’enthousiasme de leurs concitoyens, ramenant les corps de deux capitaines chouans qu’on expose sur la place du Château (2). Cette affaire, qui coûte aux républicains trois morts (3) et quelques blessés, a dans toute la région un retentissement considérable, surtout lorsqu'on sait que l’opération a été dirigée par Frotté en personne. Et de vives félicitations sont adressées aux vainqueurs par de nombreuses administrations de la région (4). Le 13 brumaire-4 novembre, le général Avril exprime sa satisfaction en ces termes : « Les grenadiers, chasseurs et canonniers de Vire méritent d’être comparés aux plus valeureux grenadiers de l’armée. Deux fois, ils ont combattu les Chouans, et deux fois, ils ont été vainqueurs. N'est-ce pas à eux que Vire a l'obligation de n’avoir été ni pris ni pillé ? Et de tels services s’oublieraient ? Non, jamais ! » (5). Enfin, le 12 brumaire-3 novem-
(4) SÉaGuIx qui donne un long récit de ce combat (op. cit., t. II, p. 339- 343) le date du 26 octobre, dit que Frotté, à la tête de 8 à 900 hommes, était bien « résolu d’entrer dans Vire si cette première attaque réussissait ». Il représente le combat comme ayant été extrêmement vif. Partout « même ardeur, même acharnement ». Mais Frotté se rendit compte de l’impossibilité de pénétrer dans Vire et ordonna la retraite.
(2) Voir Bibl. Vire, E III, 1.284 : Conseil des Anciens. Discours prononcé par Cailly sur l’avantage remporté sur les brigands royaux par les gardes nationaux du Calvados. Séance du 12 brumaire an VIII. Le récit du combat par Jacques Cotelle se trouve dans cet imprimé.
(3) Parmi eux, le fils de Jacques Surbled des Moulins (avocat et président du tribunal de Vire après lan VIII), neveu du prêtre abdicataire Philippe Surbled des Moulins. Il mourut de ses blessures le 2 avril 1800. — Sur cette affaire, voir Arch. Vire, D'8; f. 21 ; D 13; f. 164, 165, 179-116-2280 9H857)
(4) Notamment du Calvados, de la Manche, de la Mayenne, et aussi
du général Rey et de Fouché, ministre de la police.
(5) Lettre de J.-J. Avril, général commandant les subdivisions du Calvados, Caen, Boulay-Malassis, an VIII. (Voir aussi Bibl. Vire, ms. CH970 en 2225)
bre, au Conseil des Anciens, Ch. Caïlly lit le rapport de Cotelle, commandant de la garde nationale de Vire, et ajoute
€ L’amour de la patrie brûle encore dans le cœur des habitants de cette portion intéressante de la République. Quel zèle, quel dévouement ses grenadiers et chasseurs ont montré !. C’est à la sagesse de l’administration, à l'énergie qu’elle a déployée, c’est au zèle infatigable, à la prudence, à la sagacité du commissaire du pouvoir exécutif [le citoyen Lévêque] que l’on doit la conservation du département. Leur conduite est digne d’éloges. C’est pour la troisième fois que la commune de Vire est obligée de repousser Pinvasion des rebelles, et, toujours, elle l’a fait avec succès, Braves et bons habitants, mes concitoyens, je me plais à vous payer le tribut d’estime que vous méritez. Pendant le cours de la Révolution, au milieu des crises les plus difficiles, vous avez su vous garantir de tous les excès : vous vous êtes toujours montrés laborieux et fidèles observateurs des lois ; infatigables au milieu des dangers, vous avez toujours repoussé les agressions des ennemis de la liberté, dont vous fûtes et serez toujours les amis. » (1)
Seuls, les Virois ne se laissent pas endormir par toutes ces louanges : il leur apparaît que le succès du 5 brumaire n’a rien de décisif. Le Chouan n’a été qu’écarté de la ville : il peut songer à la revanche ; il lui suffit pour cela de recevoir des renforts. On se ie représente déjà, pénétrant dans Vire, réussissant à « ouvrir les prisons, délivrer les Chouans et autres mauvais sujets qui y sont détenus, s'emparer de nos pièces de canon, de nos munitions, s’approvisionner, disent-ils, mais piller nos concitoyens, voilà le mot, et massacrer les Républicains ». La chose, pour lui, est d’autant plus tentante qu’ « on ne peut se dissimuler qu’il existe ici des malveillants secrets, tant hommes que femmes, capables d’introduire l’ennemi ou de lui donner des renseignements ». (2)
(1) « Je demande qu’il soit fait mention honorable au procès-verbal, de la sagesse, de la conduite et du zèle des administrateurs et du commissaire du pouvoir exécutif, du dévouement et du courage des gardes nationales du département et du commandant de la garde nationale de Vire. Adopté. » — La SICOTIÈRE (Louis de Frotté, t. II), donne, p. 316- 219, un très long récit de ce combat. Il n’accepte pas les chiffres officiels des effectifs engagés, pas plus que ceux des pertes. Il fait cependant dire à Moulin, p. 317, que les gardes nationaux de Vire sont « au nombre de 1.000 à 1.200, dont moitié au moins n'étaient pas hostiles aux royalistes ». En réalité, les Virois n’ont utilisé que les hommes sûrs. J’accepterais plutôt le chiffre 450 que celui de 2.000. Quant aux pertes, pourquoi les autorités auraient-elles masqué, non seulement les leurs, mais celles des Chouans ? J’ai aussi l’impression que le récit du fameux Michelot Moulin (rapporté, p. 318, n° 1) est un beau modèle d’amplification.
(2) Arch. Vire, D 13, f. 165 ; D 8, f. 11. Ce soupçon est d'autant plus fondé que c’est à Vire même qu'après l’attaque du 27 octobre, vint se faire soigner le jeune Louis-Jules-Auguste des Rotours de Chaulieu, blessé d’un coup de feu au bras. (LA SIGOTIÈRE Louis de Frotté, t. II,
Masquant ses véritables intentions (1), Frotté a fixé son quartier général à Gathemo, à 11 kil. S.-S.-W. de Vire, et ses avant-postes continuent d'occuper le Clos-Fortin, à deux kilomètres au sud de la lisière de la ville, excellente position naturelle avec des « fossés très élevés » et des murs de grosses pierres derrière lesquels: « trente hommes bien armés arrêteraient un bataillon ». Des reconnaissances viennent observer la ville du haut du bois de Saint- Martin ; et même, le 14 novembre, « à la chute du jour, deux chefs arrivent à une portée de pistolet des abords » de Vire. Le 28 octobre, ils ont recu des renforts amenés par « un émigré, oncle de Chouan », qui se sont heurtés sur la route de Mortain à la garnison de Sourdeval. Puis le 6 et le 8 novembre, au carrefour de Vengeons, sur la même route, ils attaquent le courrier (2). Le bruit court dans Vire qu’ils n’attendent que le moment de prendre une éclatante revanche : ils entreront dans la ville et l’incendieront.
Certes, les autorités sont résolues à la défense : le 29 octobre, l’administration municipale établit des consignes en cas d’alerte de nuit, à la fois pour éviter la confusion et pour annihiler l’action des malveillants qui résident dans la cité. Seuls les hommes sûrs prendront la garde, et des visites domiciliaires seront effectuées quotidiennement chez les suspects (3).
Enfin, on rase le bois de Saint-Clair qui, le 5 brumaire, avait masqué l’approche des Chouans ; on fait des abatis, des barricades avec chevaux de frise. Les fonds manquant pour établir des fortifications plus complètes, l’administration municipale, le 7 novembre, déclare que « c’est le moment pour les riches de se départir de leur système d’égoïsme et de prouver à leurs concitoyens qu’ils re sont pas encore tout à fait étrangers aux maux de leur patrie ».
(1) On sait que les Chouans entreprirent alors une randonnée dans le département de la Manche, au cours de laquelle ils perdirent d’Olliamson, l’un de leurs chefs, et furent vaincus à la Fosse, près de Coutances. Ils battirent en retraite par la forêt de Saint-Sever jusqu’à leurs repaires habituels des confins des trois départements. Mais, à ce moment, Frotté subit toujours lattraction de Vire où « le roi était soutenu, dit Séguin, par des hommes de cœur et de talent ». Il conserve le gros de ses forces à proximité : les alarmes des Virois ne sont donc pas vaines.
(2) C’est là que périt le Chouan Thoury de Roullours.
(S)MATChEMVIre HET TE b run An NITIE EDMONTON" D 8, f. 11. Les remplacements sont interdits. Quand la générale battra, les fenêtres donnant sur les rues devront être éclairées ; les femmes et enfants ne devront pas sortir ; il est expressément interdit de sortir par les derrières. Lévêque avait recommandé de visiter « les nobles, les fanatiques des deux sexes, ceux même qui, par leur état ou leur for-
tune, sembleraient ne donner aucun soupçon: »° (Id, .H% 57, 7"Pbrüm. an VIII).
En conséquence, les sommes nécessaires sont réclamées à des «€ avanceurs de fonds » choisis surtout parmi les suspects (1).
Mais toutes ces dispositions locales peuvent être rendues inopérantes par la brusquerie d’une attaque faite avec des effectifs nombreux. Ce qu’il faudrait avoir pour y répondre, c’est une garnison de 7 à 800 hommes de troupes de ligne, bien équipés et dis- Ciplinés. L’administration municipale ne cesse de la réclamer : elle ne reçoit que des détachements de passage, dénués de tout, sans chaussures, sans solde depuis un mois, manifestant « un mauvais état d’esprit dont pourrait profiter le parti royaliste qui essaie d’allécher les défenseurs ».
Ne pouvant obtenir satisfaction (2), les administrateurs virois, pour la première fois, sombrent dans le pessimisme, se déclarent « abandonnés » par les autorités supérieures, avouent leurs « anxiétés » (3). Lévêque, qui les croit découragés, en vient même à leur déclarer : « Les Chouans ne seront audacieux qu’autant qu’ils remarqueront que les citoyens et leurs magistrats sont atteints d’une ferreur panique. Ne vous défiez pas trop de vos propres forces. » Mais, ce pessimisme ne les incline nullement à la capitulation ; témoin, cette lettre du 21 brumaire-12 novembre, où ils demandent à Ch. Cailly le maintien de la loi des otages. « Il est temps, ajoutent-ils, que les premières autorités constituées mettent en action tous les moyens que la loi met entre leurs mains ; et nous croyons que des commissaires civils, investis de grands pouvoirs, seraient bien utiles, même indispensables. Des
(1) Les « avanceurs » sont : Michel Mauduit, Lemoine Durandière, Drudes de la Caterie, veuve Drudes de Campagnolles, Coquard, veuve de Saint-Denis, veuve Grivel, veuve Surirey, veuve Collardin, veuve Roussel de Fontenelle, veuve Lechevalier de Clos-Fortin, veuve Dumont de la Rochelle, veuve Le Brun de la Franquerie, Vaufleury de Saint-Cyr, CL Hénault, Lioult de Saint-Martin-Don, Noël du Rocher, Monlien, Heurtault de Boisneville, Vivien, de Cœurdoux, de Morant fils aîné, E.-F, Drudes de Campagnolles. « Les circonstances, leur écrit-on, vous offrent l’occasion de [faire] constater que vous êtes loin d’approuver ou. de seconder les projets des rebelles. » Vaufleury et Cœurdoux refusant de verser, l’administration leur écrit : « Chaque individu résidant dans cette commune doit être considéré comme redoutant l’entrée des rebelles dans nos murs, où comme ne la redoutant pas, pour ne pas dire plus. » Le département finit par déclarer ce système d'emprunt forcé contraire à la Constitution. (Id., D 8, f. 15 ; D 13, f. 179, 183 ; H* 57, 23 brum. an VIII).
(2) Lévêque répond qu’il est difficile de distraire des troupes de ligne conservées pour s’opposer au débarquement des Anglais.
(3) Le département leur en fait reproche : « Vous devez vous apercevoir que « vous nétiez pas abandonnés », leur écrit-il après l’envoi d’un détachement. Le général Avril « va faire tout son possible pour vous subvenir et diminuer vos anxiétés ». (Id., H* 57).
taxations sur les pères des insurgés, mères, tuteurs, protecteurs et receleurs, feraient le meilleur effet : quoi de plus juste que de faire porter les frais de la guerre de nos pays à ceux qui la suscitent...? Les demi-mesures ont toujours tourné au détriment de la chose publique. »
C’est au moment où les Virois, plongés dans de continuelles alarmes (1), convaincus de l’inertie des autorités supérieures, en viennent ainsi, par crainte, à réclamer le retour aux procédés exceptionnels, autoritaires de l’an II, qu’ils apprennent un événement qui leur apparaît vite comme décisif : le coup d'Etat du 18 brumaire.
Cet événement est sans doute un coup de force contre une constitution révérée qu’on a juré de défendre. De plus, il a pour premier effet de mettre la réalité du pouvoir entre les mains d’un homme, système contre lequel le peuple français s’est prononcé à l’occasion de thermidor an II. Le 1° vendémiaire an VIII-23 septembre 1799, un mois et demi avant le coup d’Etat de Bonaparte, ie serment a été prêté avec la formule nouvelle suivante : « Je jure fidélité à la République et à la Constitution de l’an III. Je jure de m’opposer de tout mon pouvoir au rétablissement de la royauté en France et à celui de toute espèce de tyrannie. » Le souvenir exécré de Robespierre a empêché de pressentir Bonaparte. Véritablement, les Virois n’ont pas vu la contradiction (2).
À quelques défaillances individuelles près, cette population est restée républicaine, c’est-à-dire ennemie de la monarchie (3). Mais, à son insu, elle a subi, sous l’influence des événements d’ordre militaire, toute une évolution. « Tout le génie de la France s’est tourné vers la guerre : par la permanence de la guerre, l’armée est devenue l’instrument par excellence de la politique de l'Etat. » Quel que soit l’attachement à la Constitution, il est, pour tous, évident qu’il n’y a « pas de paix au dehors ; pas de gouvernement organisé au dedans. Les armées seules commandent le respect
(A) « L’ennemi est à nos portes. Nous nous attendons chaque jour à une nouwælle attaque. » (Id. D 13, f. 173, 21 brum. an VIII).
(2) Arch. Vire, D 7, f. 169. Les Virois qui ont prêté le serment du 1" vendémiaire prêteront tous celui du 6 frim. suivant.
(3) Le langage tenu le 10 therm. an VII n’a rien d’équivoque pour les auditeurs de G.-F. Mauduit qui « a encouragé le peuple à conserver la liberté, et à redoubler d’efforts pour déjouer l’intrigue et la malveillance dont les ennemis. voudraient user dans ce moment pour l’asservir de nouveau. » — Le 18 fruct. an VII, il s’étend sur la nécessité de « déjouer les complots liberticides ». Nous seuls songeons que ces paroles peuvent être appliquées à Bonaparte. (Id., D 7, f. 130, 132, 136, 140).
intérieur et extérieur. Le public se détourne des débats vers les armées. » (1) Leurs succès répétés portent à s’enorgueillir tous les « fils de la Grande Nation » ; et le gouvernement lui-même, parce que l’armée est souvent la nourricière du trésor public, doit se faire le coryphée dans le chœur de la victoire, donner le branle pour lPadmiration que la patrie doit aux généraux vainqueurs. À leur mort, Hoche, puis Joubert (2) sont l’objet de cérémonies funèbres à caractère officiel, à la manière des héros antiques entrant dans l’immortalité des demi-dieux. °
Mais ce « militarisme » s’est vite circonscrit : l’un des généraux vainqueurs s’est emparé du cœur de ces républicains. Dès l’an V, grâce aux lettres qu’adresse à ses amis de Vire l’adjudant-général Brouard, chef de l’état-major de la 4° division de l’armée d'Italie, « l’inappréciable général Buonaparte » a été l’objet de l’admiration des Virois (3). Par la suite, il négocie la paix avec l’Autriche. Puis, c’est sur lui qu’on compte pour mettre à la raison « le plus lâche, le plus cruel, le plus dangereux de nos ennemis, le. gouvernement anglais » (4).
« L’invincible Buonaparte » part pour l'Egypte. Pendant son absence . voici de nouveau que la patrie est en danger. Mais, une fois de plus, l’armée, qui porte tous les espoirs de la nation, justifie la confiance publique. Le 21 vendémiaire an VIII-13 octobre 1799, on célèbre spontanément à Vire la fête commémorative des victoires remportées sur les ennemis de la République par « les armées de la (sic) Helvétie, de la Batavie et de l’Orient ». Une imposante manifestation a lieu au milieu d’ « un grand concours de monde » qui crie : Vive la République ! Vivent nos braves armées ! et chante des chansons patriotiques.
(1) A. SOREL : L'Europe et la Révolution, t. IV, 1. III, ch. VI, 4 — PVR che 2; (2) La pompe funèbre de Joubert fut célébrée le 2 octobre 1799.
(3) Arch. Vire, D 12, f. 17.
(4) Malgré la tentative de négociation Malmesbury, à la fin de 1796, personne ne saisit l’importance de la question de Belgique pour l’Angle-. terre. On ne voit dans son attitude que perfidie, cruauté. Le 15 janvier 1798, Lévêque se fait l’écho de cette « anglophobie » : « La paix sur le continent a couronné les victorieux exploits des soldats républicains... Cependant. le plus lâche, le plus dangereux, le plus cruel de nos ennemis reste à vaincre. L’artisan de tous nos malheurs, le gouvernement anglais, doit expier par sa chute, les crimes dont il s’est rendu coupable envers la France, envers l’humanité entière. La Grande Nation, en vengeant sa propre injure, vengera celle des nations tributaires de l’orgueilleuse et perfide Angleterre. Les vainqueurs du Rhin, de l’Adige et du P6ô sont prêts à franchir l'intervalle qui les sépare de la Tamise. Conduits et dirigés par l’invincible Buonaparte, leur triomphe est
certain. »
Le décadi suivant, a lieu la fête officielle, toutes les autorités réunies autour de l’autel de la patrie. Mais, en même temps que les Victoires, on célèbre « l’heureux retour de Buonaparte en France » (1). La veille, l'administration centrale du Calvados, dans une proclamation qu’on va bientôt connaître à Vire, avait déclaré sans hésiter : « Le retour de Buonaparte et de la victoire nous annonce que la patrie est sauvée, et bientôt nos phalanges auront reconquis la paix. >» (2)
La paix ! Mot magique ! après sept ans et demi de luttes ininterrompues, voilà l’espoir de tous ! Des victoires sans précédent n’ont pu encore l’arracher à nos ennemis. Encore un effort ; car ce n’est qu'avec de nouvelles victoires qu’elle sera assurée. Que Bonaparte, le grand vainqueur, l’illustre négociateur, dirige cet ultime effort. Et cette victoire finale ruinera les dernières illusions de tous ceux dont les menées ne visent à renverser la République que pour rétablir un ancien régime abhorré. Ainsi donc, c’est la paix qui sauvera la République ; et la France républicaine est à Bonaparte parce qu’il apparaît comme beaucoup plus capable que le Directoire d’assurer cette paix.
I1 semble que les premières nouvelles relatives au coup d’Etat aient été transmises à Vire dès le 21 brumaire, par Germain Duboscq, membre des Cinq-Cents. Mais ce n’est que le 25 (16 novembre 1799) qu’on prend des dispositions « pour publier les actes régénérateurs de notre gouvernement ». Le lendemain, après avoir fermé les issues, garni les postes, effectué les patrouilles nécessaires et chargé les armes, car le Chouan rôde aux environs et on craint une attaque, les troupes de ligne, le 20° régiment de cavalerie et la garde se rassemblent en carré sur la place du Château pour entendre lecture du décret de translation du Corps législatif à Saint-Cloud, du procès-verbal de la séance du 18 aux Anciens, des proclamations de Bonaparte aux troupes, de la loi du 19 brumaire concernant « l’anéantissement du Directoire et de 61 membres de la représentation nationale », de l’arrêté des consuls du 20, etc. Des cris nourris de : Vive la République ! Vive Bonaparte ! accueillent cette lecture. L’appareil militaire de cette proclamation, les précautions prises contre le Chouan qui menace la
(1) Le président. a prononcé un discours dans lequel il a payé aux différentes armées le tribut d’éloge et d'honneur dont elles viennent de se couvrir (sic). Il a vanté leur bravoure et leur dévouement au gouvernement républicain. Il a rendu au général Buonaparte le tribut d’éloges et de reconnaissance qu’il méritait. » (Arch. Vire, D 8, f. 4,28)
(2) Proclamation relative aux périls intérieurs, et à la mise du Calvadès en état de défense. Le 24 octobre, l’administration de Vire écrit au département : « L'esprit public a un peu remonté depuis nos victoires ; et la confiance paraît se rétablir. » (Id., D 13, f. 164).
place, les angoisses éprouvées par cette population républicaine, tout contribue à faire passer dans les esprits cette idée : Nous sommes en péril, mais nos « anxiétés » vont prendre fin, car la République va être gouvernée et il n’y aura plus de « demi-mesures ». Le même jour, l’administration municipale écrivant à Cailly, au sujet des « grands événements qui viennent d’avoir lieu et qui nous font augurer le bonheur », déclare déjà : « Nous nous attendons bien à une pacification générale qui, sûrement, ne tardera pas. » (1)
Ainsi donc, Vire, « citadelle avancée de la République en plein Bocage chouan », acclame le coup d’Etat sans l’avoir compris, croyant naïvement, comme les grenadiers qui avaient dispersé les Cinq-Cents, qu’il sauvait la République.
Aussi, le 6 frimaire-27 novembre suivant, tous les corps constitués de la ville, la garde nationale, les gardiens de la maison d'arrêt, les agents forestiers, les gendarmes, les notaires, les instituteurs et institutrices, tous sont présents pour prêter, conformément à la loi du 25 brumaire, un nouveau serment (2). Tout comme pour ceux qui l’avaient précédé,'il est prononcé sans hésitation. D'ailleurs, la formule nouvelle : « Je jure d’être fidèle à la République une et indivisible, fondée sur légalité, la liberté et le système représentatif », ne comporte rien d’équivoque pour les républicains : on ne leur demande pas encore d’adorer ce qu’ils avaient brûlé.
1. Importance de la tâche ; division du travail. — 2. Police municipale, garde nationale, maison d’arrêt. — 3. Travaux publics, domaines nationaux et communaux. — 4. Subsistances. 5. Instruction publi-
que. — 6. Finances municipales.
1. Les administrations municipales issues de la Constitution de l’an III n’ont pas manqué de besogne. Bien que se manifeste alors une certaine tendance au retour à la normale, il reste à liquider un passé chargé, et pendant quelque temps encore, certains problèmes continuent de se poser avec ie même caractère anormal qu’au temps du gouvernement révolutionnaire. Et, en attendant le définitif qui ne saurait tarder, c’est souvent encore du provisoire qu’il s’agit de mettre en œuvre.
Or, pour assumer toute cette tâche, il y a désormais cinq admi-
(DATA DÉS EEE VDS M7 176-177:
(2) Il n’y a pas de procès-verbal détaillé de cette réunion qui a lieu dans le « temple décadaire ». Les absents prêtent serment le 10. (Ia. DRE 3 ADO CEE EDER
nistrateurs seulement. De plus, si un échelon de la hiérarchie administrative antérieure, le district, disparait, ce qui oblige à s'adresser directement à l'administration centrale du département, cette simplification a surtout pour résultat, à une époque où les communications sont difficiles, de retirer à l'administration municipale un appui moral, une source de réconfort qui, jamais, n'avait fait défaut à l’époque précédente. On comprend qu’en de telles circonstances, certains élus aient parfois hésité devant une tâche comportant des responsabilités plus grandes, réparties sur un plus petit nombre d'individus.
Cependant, par une habile division du travail, les acceptants ont pu venir à bout de leur besogne.
Dès novembre 1795, l'administration que préside Duboscq-Roberdière se fractionne en 4 bureaux (1) : le premier s’occupe de la police municipale, des prisons, des domaines et travaux publics, de l’assistance et des impositions ; le second est celui de l’étatcivil ; le troisième a le soin des subsistances. Enfin le quatrième est le bureau militaire.
Ce n’est pas d’après le nombre des délibérations en commun qu’il faut juger cette administration. Elles sont parfois peu nombreuses, notamment en1797-98 (2). C’est dans les bureaux que s’effectue la besogne utile.
Toutefois, le 1° thermidor an VII-19 juillet 1799, le danger de la patrie ramène la permanence de l’administration comme en 1792-94. Enfin, le 11 février 1800, « les deux séances bidécadaires.… ne suffisant [plus] pour toutes les affaires, il est arrêté que Vadministration municipale se réunira désormais deux fois par jour. » (3)
9, Au nombre des attributions du 1°” bureau, se trouve la police, assurée par les soins du commissaire et de la garde nationale. Cette dernière, restée sous les ordres du commandant d'armes du 10 février au 18 août 1796, temps où Vire est considérée comme place de guerre, a été réorganisée le 16 mai 1796, conformément à la loi du 28 germinal an IV, et selon les indications du général Bourgeois ; puis, le 16 juin, conformément à l’arrêté directorial du
(1) Ce système subsiste jusqu’à mai 1800 ; mais le bureau des subsistances (la disette ayant pris fin) est supprimé le 24 décembre 1796. — Un secrétaire en chef et 5 commis complètent le personnel. Delavente, commissaire du Directoire exécutif, est seul pour accomplir sa tâche. — Pour certaines mesures (recensement, assiette des impôts), l’administration peut légalement faire appel à des membres de la communauté.
(2) Séance normale le primidi et le quintidi, mais pendant le premier trimestre de l’an VII, il y a 29 séances, dont 10 fêtes ; en germinal, 5 séances seulement, dont 3 décadis et un procès-verbal d’élection.
(S)MArCh Vire DT SE IS SEM ER SRPE 0!
17 floréal an IV, elle a fourni le sixième de son effectif, soit 160 hommes, pour la formation d’une colonne mobile chargée d'opérer dans le district. Cette garde joue un rôle important au cours de la Chouannerie, et son attitude contribue à éloigner de la ville les bandes de Frotté (1).
Mais, après la pacification, il y a relâchement : le 31 décembre 1796, le commandant Dubourg est invité à ne toiérer aucune nonchalance ; le 6 juillet 1797, Delavente proteste contre le mauvais service : on ne confiera plus aux compagnies du centre, peu zélées, que le service du corps de garde, réservant celui des patrouilles aux compagnies d’élite où le remplacement ne sera pas toléré. — On procédait à la réorganisation conforme à la loi du 25 thermidor an V, dit loi Pichegru, quand on apprit à Vire le coup d'Etat du 18 fructidor qui eut pour effet de faire rapporterm cette loi (2).
Un arrêté départemental du 25 germinal an VII-14 avril 1799 prescrira formation d’une nouvelle colonne mobile prise dans les gardes, mais Vire y contribuera pour 12 hommes seulement. Enfin, en exécution de la loi du 1* messidor an VII, déclarant que la réorganisation des gardes aurait lieu tous les ans, conformément à l’art. 281 de la Constitution, une « première » réorganisation constitutionnelle à lieu le 20 messidor-8 juillet 1799 (3). Elle vient d’être achevée lorsque l’arrêté départemental du 27 messidor met ia totalité de cette garde en réquisition sous les ordres du général Avril. Cette situation ne cessera que le 1° frimaire an VIII-22 novembre 1799 (4). Grâce à cette force armée, toutes les mesures concernant la police générale, la police des cultes, la police municipale, furent bien observées à Vire.
(Ad ADN Gt ORDER 172-071 Te lmsSpensés, aisés parmi lesquels R.-R. Castel et 11 parents d’émigrés et de prêtres réfractaires) furent chargés du service d’ouverture et fermetuie des barrières de la ville.
(2) Id DY6, LRO IAE II, 165,167 D TE, 194 —— Arch. Caly.; L, comptes décad. des administrations de canton, Vire, 20 vendém. an VI : « Il serait bien à désirer qu’on püt réorganiser notre garde,
car, plus elle va, plus elle se trouve en désordre C’est un abus, sans doute, que de laisser si longtemps les mêmes chefs en place. La loi Pichegru nous a fait voir ici combien nous avions à nous défier des manœuvres de quelques-uns des principaux... »
(3) Celle de l’an IV n’avait pas été « constitutionnelle », le Directoire avant arrêté, le 3 germinal an IV-23 mars 1796, que les gardes comprises dans le ressort de l’armée de l’Est, Côtes de l’Ocean, resteraient, à cause de la Chouannerie, conformes au décret du 28 prairial an II. (Arch. Vire, D 7, f..95- 111, 116,120 ; D 13, f. 134 ; H 55, n° 47 ; H* 56).
4) On a vu le rôle de cette garde dans la nouvelle chouannerie, notamment lors de l’attaque de Vire le 27 oct. 1799.
La surveillance et l'administration de la maison d’arrêt constituent pour la municipalité une source de soucis constants. Il s’agit d’un établissement que la Chouannerie remplit sans cesse et qui est en si mauvais état que les évasions sont extrêmement faciles (1). De plus, le gouvernement fait passer avec des retards considérables les fonds destinés à cette maison. Incertains d’être payés, les cultivateurs ne veulent pas fournir à son boulanger. En thermidor an IV, l’administration municipale s'adresse partout en vain. Le 30 juillet 1796, elle écrit au département (qui ne lui répond jamais sur cet objet embarrassant) : « Nous vous prévenons que, dans le cas où vous ne pourvoiriez pas à la subsistance de la maison d’arrêt sous quatre jours, il ne novs restera à prendre que le parti violent de faire transférer à Caen tous les détenus, plutôt que de les exposer aux fureurs de la faim (2). » L’administration doit déjà neuf mois au boulanger ; personne ne se présente pour soumissionner aux adjudications de la fourniture. La maison vit d’expédients, de prêts consentis par les uns et les autres : en juillet 1797, un détenu meurt faute de soins, d’autre, sont très malades ; les valides s’insurgent, réclamant « qu’on les juge, qu’on les guillotine, qu’on les fusille plutôt que de les laisser sans secours ».
Le 3 frimaire an VI-23 novembre 1797, le ministre de l’intérieur reconnaît que les prisons sont dans « un état de détresse pénible », et invite à ranimer « le zèle des fournisseurs ». Mais il n’y a pas davantage d’adjudicataires, et, le 6 juillet 1798, las de ne pas être payé, le boulanger cesse de fournir : on lui doit neuf mois de Pan V et tout l’an VI !
Le 23 octobre 1798, sur la promesse que le paiement sera mensuel, une nouvelle adjudication a lieu pour le pain, la viande et la paille : au bout de quatre mois, la promesse faite n’est pas tenue : et, de nouveau, l’administration municipale menace d’évacuer sur Caen les 63 détenus. Le département n’évite cette solution qu’au moyen d’une avance de fonds. Cette situation subsiste en l’an VII et, finalement, est léguée à l’administration suivante (3).
3. La même absence de ressources empêche l’administration locale d'entreprendre des travaux publics importants : la répara-
(1) 11 du 27 janvier 1796 au 14 juillet 1798.
(2) Le départ fixé au 4 août pour les 50 détenus n’eut pas lieu, « vu
que les parents et amis des détenus ont pris soumission de les nourrir pendant un mois »,
(3) A la fin de l’an VII, on doit les réparations des bâtiments, les frais de séjour de prisonniers anglais en l’an VI et même ceux des détenus militaires en l’an V ! (Id. D 7, D 12, D 13, passim).
tion des édifices publics, l’entretien des fontaines, le curage de la Vire, le soin des pompes à incendie et de l’horloge suffisent normalement à absorber les crédits. Les fonds manquent pour l’installation des reverbères projetée depuis décembre 1792 (1). Enfin, la clôture de la ville, avec barrières aux issues et postes de garde, nécessitée par la Chouannerie, est une entreprise coûteuse qui empêche l’éclosion de tout autre projet (2).
Accessoirement, l’administration municipale doit s’occuper des biens nationaux situés dans son ressort. La fameuse loi du 28 ventôse an IV semble avoir fait naître chez certains Virois des convoitises qui ne cadrent pas avec l'intérêt public. L'administration Duboscq-Roberdière doit défendre contre eux les immeubles des Augustines et des Bénédictines qui peuvent être utilisés par les services publics (3). Elle ne réussit pas complètement, les soumissionnaires ayant des appuis à l’administration départementale (4).
Du moins, elle obtient le succès contre Lemonnier-Loisonnière qui soumissionne pour l’acquisition de l’emplacement des halles, affectant de considérer comme nationale cette propriété communale. Enfin, elle s’élève avec force contre différents laboureurs des communes de Roullours et Vaudry qui, à la faveur des circonstances troubles et avec la complicité tacite de leurs magistrats, empiètent de plus en plus sur le communal des grands monts de Blon (5).
(1) « Nous n’avons jamais eu de moyens d’en faire placer. » (Id. DAS RS 25 Eocte1798)
(2) Installation en nov. 1796, réparation en nov. 1799. (Id., H 54, f. 60).
(3) Elle réclame tous les domaines non aliénés pour les services publics ou pour reconstituer le patrimoine hospitalier. (Voir : Exposé succinct de la réclamation de l'administration municipale de la commune de Vire auprès de l’administralion du Calvados pour la conservation de plusieurs domaines nationaux sis en lad. commune et destinés à un service public (21 frimaire an V), Vire, Adam, in-8°. — Arch. Vire, D 11, passim, notamment f. 186 : D 12, f. 13, 17 ; D 6, f. 79-81, 108 ; D 19, 228 0N695 elléprarialtan iM)
(4) Jacques Lanon. — Ch.-Aug. Bazin et Lemonnier-Loisonmière obtiennent la Bouille et 5 petites maisons, rue du Pont, venant des Augustines. (Duboscq affirme, à tort, que ces biens venaient de l’Hôtel-Dieu). Le Nouvel réclame l’enclos des Bénédictines, n’obtient que les pièces de terre, le couvent étant réservé comme caserne de gendarmerie.
(5) Le 20 déc. 1796, 34 citoyens furent condamnés à 9.660 1. d'amende par le juge de paix pour avoir abattu du bois dans les Monts. Le 3 et le 12 mai 1796, 16 laboureurs de Roullours, Vaudry, Maisoncelles et Tallevende poursuivis pour usurpations, invoquent l’exemple, l’impunité qui semblait assurée, le désir d’augmenter la surface arable. Iis apandonnent le terrain usurpé (clos, défriché et pourvu parfois de constructions). En ‘évr. 1797, d’autres poursuites sont en cours pour empiètements postérieurs à la loi du 21 prairial an IV qui a sursis à toutes
4. Au point de vue des subsistances, question presque exclusivement municipale désormais, la période du Directoire, heureusement pour l’administration nouvelle, est marquée par la fin de la disette qui durait depuis la mauvaise récolte de 1792. Deux causes ont amené la disparition de la disette : l'abondance des récoltes et la législation nouvelle.
La récolte de 1795 est la dernière des déficitaires : de ce fait, la première année du Directoire est difficile. Mais la récolte de 1796 est excellente et les suivantes, moyennes, de sorte qu’on n’a plus peur de manquer.
La législation fixée le 4 nivôse an III a rétabli en principe la libre circulation des grains ; mais, par timidité, le législateur en e annulé les bienfaits par toutes sortes de règlements contre lesquels on proteste à Vire : « Je ne connais, écrit Laisné à Lévêque, le 16 décembre 1795, qu'un moyen de remédier aux maux occasionnés par le défaut d’approvisionnement des halles et marchés ainsi que des communes populeuses : c’est d’anéantir toutes les lois sur les subsistances et d'accorder dans l’intérieur la liberté illimitée du commerce des grains. Je le répète. : sans la liberté illimitée du commerce des grains dans l’intérieur, il y aura en beaucoup d’'endroits disette réelle. » Et le 25 décembre suivant, le même Laisné écrit à Gauthier, membre des Cinq-Cents : « Il faut convenir qu’il n’y a point. de liberté dans les marchés publics, et que si l’on ne s’approvisionnait pas chez les individus, en fraude de la loi, il faudrait mourir de faim. Une loi qui oblige nécessairement à l’enfreindre est mauvaise et doit être anéantie. » (1)
Ce retour au régime de liberté, on l’obtint avec la loi du 21 prairial an V-9 juin 1797. Dès lors, les transactions s’opèrent si commodément que jamais plus les autorités ne s'occupent de la question des subsistances.
Il n’en avait pas été de même au cours de l’an IV. Non point qu’il y ait eu alors troubles ou émeutes de subsistances (2) : on
poursuites concernant les biens communaux. — Les 20 et 23 juin 1797, 70 personnes sont encore poursuivies. Le 26 juillet, un récidiviste prétend que l’action de la municipalité de Vire n’est pas recevable ; il n’a pris que 4 à 5 vergées, fondé sur la loi du 10 juin 1793 qui autorise le partage. La municipalité de Roullours n’a pu procéder au partage à cause de la Chouannerie, mais a connu ses agissements * il a même payé impôt pour cette propriété nouvelle. Les poursuites se continuent encore en 1798-99 1(d. DSP 27S EDG ME MOI MSS NES OT RITS ENROS)E
(D Arch® Calr, 1 districteVire tance N7AS TS:
(2) L’incursion des militaires de la garnison le 6 janvier 1796, chez les boulangers auxquels ils enlèvent, sans payer, le pain amendé et la
brioche, n’est pas une émeute de la faim. C’est une protestation contre la célébration du ci-devant jour des Rois que s’apprêtaient à célébrer
sait trop bien tourner la loi pour ne pas éviter la pénurie totale. Les fameux achats effectués en « quantités très considérables » au cours de 1795 dans le ci-devant Maine, et qu’on avoua un an après coup, doivent bien être continués en 1796, quoiqu’on n’en ait pas parlé (1).
Ce qui est certain, c’est l’insuffisance des ressources locales. « Les riches possesseurs du produit de la terre, notre mère nourricière commune, écrit l’administration au district le 27 novembre 1795, semblent, par une coalition impie et sacrilège, vouloir le garder pour eux et en priver totalement leurs frères habitant les communes de consommation. D’où vient un refus si opiniâtre et si inhumain ? » Or, « pour comble d’infortune, on nous force encore d’approvisionner l’armée, en exigeant le paiement des contributions en nature », et, à cause de cela, « bien des cultivateurs manqueront de semences ». (2)
L'administration municipale presse le district d’agir : « Envoyez des gendarmes avec pouvoir d’amener dans la maison d’arrêt… les membres des autorités constituées qui, par faiblesse ou malveillance, ne font pas exécuter vos ordres, avec un nombre déterminé des plus riches cultivateurs qui n’auraient pas fourni leur contingent, et y détenir les uns et les autres jusqu’à parfait fournissement de l’arriéré. » (3)
Le district tergiverse quelque temps, puis, voyant que « le mal est à son comble », que « la mesure verse », que « tout est désespéré », il fait des reproches aux retardataires, leur envoie la force armée, enfin, le 30 novembre 1795, fait incarcérer 4 cultivateurs de Neuville (4).
des Virois fidèles aux anciens usages. L'administration Duboscq affecta de voir dans la fabrication de galettes des rois une preuve de la fin de la disette, ce qui n’est pas exact. (Arch. Vire, D 6, f. 8. — C.-A. Séguin, ms., 1796).
(1) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 741, 2 et 25 frim. an IV ; 743, f. 53. En mess.-therm. an III, il était venu quotidiennement du Maine et de la Bretagne pour Vire et sa banlieue 40 à 50 sommes de froment.
(2) « Plusieurs de nos concitoyens ont été réduits pendant des décades entières à ne manger que des choux, des navets, des carottes. » (Ibid. Aren Vire DIM)"
(3) « Les citcyens affamés se porteront à tous les excès » … « la place des fonctionnaires publics ne sera plus tenable si on ne leur fournit les moyens de venir au secours de leurs administrés ». (Lettre du district à Lévêque). — On accuse les autorités rurales de ne frapper de réquisition que les petits producteurs ; les riches sont épargnés.
(4) L'administration municipale accuse les communes rurales de préférer « leurs animaux à des républicains ». Le 26 nov. 1795, les cantons de Vas:y et Vire sont en retard de 1.769 quintaux. On adresse des reproches à 19 communes ; on envoie la garde nationale aux frais
Mais, au fond, le district n’est pas partisan de ces moyens violents. Le 24 décembre 1795, il exhale sa mauvaise humeur contre ladministration municipale qui le pousse dans cette voie ; il l’accuse d’une correspondance « injurieuse » pour lui, demande qu’elle soit elle-même chargée de ravitailler la ville, menace de démissionner si le département n’approuve pas sa conduite.
D'ailleurs, le moyen employé à Neuville n’intimide personne : malgré leur condamnation, les délinquants refusent de fournir. Les envois de gardes nationaux dans les communes sont « dispendieux » et « peu profitables ». Le district, chargé en même temps d’approvisionner les magasins militaires, ne sait plus où donner de la tête, agite sans cesse la menace de sa démission (1).
C’est seulement le 17 thermidor an IV-4 août 1796 que l’administration centrale du Calvados établit un nouveau modus vivendi il sera créé aux Bénédictines de Vire un magasin civil alimenté par les férmages des biens nationaux et la contribution foncière payés en nature. Cette mesure tardive, qu’on applique avec le plus grand zèle (2), reste inopérante : l’abondance de la récolte de 1796 va permettre de débarrasser le marché d’une tutelle administrative trop étroite. Et la liquidation du magasin civil aura lieu le 23 février 1797. Le bureau des subsistances de la municipalité luimême est disparu le 24 décembre précédent. Désormais, l’administration municipale s'occupe uniquement de taxer le pain après les mercuriales, les boulangers ayant tenté, en vendémiaire an V, de conserver le pain à un prix élevé (3).
Tous les rapports adressés par la suite à l’administration centrale, au ministre de l’intérieur, signalent que le ravitaillement s’effectue normalement aux marchés de Vire et des villes voisines cù vont les boulangers locaux. « Le commerce des céréales entre dans une ère de régularité et de calme qui ne sera troublée durant ie 19° siècle que par des crises moins aigües et plus courtes » (4).
des récalcitrants à Bernières, Burcy, Cahagnes, Estry, Jurques, Presles, letTheil Truttemer ((Ud-anc 7419 Efrim. ane IV "75 RTS T0 ARC AVITe DES PATIO ODENIERSIS AIS D
(1) Arch. Calv., L, district Vire, anc. 751, f. 128 : 741, 5-6 nivôse an IV.
(2) Installation du garde-magasin le 23 août 1796 ; avertissements aux ruraux et aux autorités les 31 août et 13 sept. ; volumineuse correspondance à ce sujet en octobre. (Arch. Vire, D 6, f. 65 ; D 12, f. 31, 34, 38, 42).
(3) Le 15 janvier 1797, elle arrête que la taxe sera publiée « tous les samedis » (sic), d’après les mercuriales de la veille. Les boutiques doivert être garnies de pain ; les pains seront marqués du signe du boulanger ; l’acheteur pourra faire peser et diviser les miches. (Id, D 6, RATS DE TROPI DES SE
(4) COMMISSION DES DOCUMENTS RELATIFS A LA VIE ÉCONOM QUE DE LA RÉVOLUTION. Noles el documents sur ses travaux de 1903 à 1912, p. 71.
5. À la même époque, malgré les intentions du législateur, on r’arrive pas encore à organiser définitivement l'instruction publique.
Des projets ont, cependant, été élaborés, car l’administration locale veut « arracher ses enfants aux ténèbres de l’ignorance qui commence à les entourer » (1) ; des efforts ont été tentés, même sans attendre l’impulsion de l’administration départementale qui, dans différents arrêtés, montre l’intérêt qu’elle porte à l’instruction publique (2).
Mais, il y a peu de réalisations, parce que tout fait défaut à la fois : l'argent surtout, les locaux souvent, les maîtres parfois et peut-être même les élèves,
L'administration municipale tente de rénover l’enseignement secondaire. Un décret de ventôse an IIL avait supprimé les collèges : celui de Vire, depuis longtemps, n’avait plus d’élèves, et son dernier professeur, Chalaust, était passé à l’enseignement primaire le 12 janvier 1795 (3). Quant au local, l’administration a soin de le faire figurer parmi les immeubles nationaux à ne pas aliéner, car elle n’a pas perdu l’espoir d’en rouvrir les portes pour l’enseignement, la loi du 3 brumaire an IV ayant institué les écoles centrales. Il en a été installé à Caen et à Avranches ; une troisième a sa place toute marquée à Vire, et la municipalité, invoquant l’art. 10 du titre II de la loi, porpose de l'installer à ses frais, au ci-devant Collège. Mais la démarche, appuyée par Doulcet, n’a pas de suites. C’est seulement à la rentrée de l’an XI (octobre 1802) que Vire aura une école secondaire (4).
(1) Arch. Vire, D 11, f. 184, 24 prairial an VI.
(2) Son arrêté du 25 frim. an VII déclare : « Le courage de nos guerriers a fondé la République ; la sagesse de nos législateurs l’a consolidée par une Constitution que nous avons tous juré de défendre. Cette Constitution invoque en outre le secours d’une instruction nouvelle qui forme de bonne heure des citoyens pour l'Etat. Elle doit trouver ce secours dans l’organisation de nos écoles publiques, mais surtout dans celles destinées à l’enseignement des premiers éléments, c’est-à-dire les écoles primaires. Cependant, si l’on veut [le succès], il faut qu’elles soient dirigées par de nouveaux principes dont l’ensemble serve d'introduction à la vie sociale... »
(3) Il pétitionne, le 18 mars 1800, pour être distrait du rôle des impositions, vu sa détresse et le grand nombre de ses enfants. (Arch. Vire,