RÉPONSES AU COMITÉ DE SURETÉ GÉNÉRALE
12. Nos gardes nationales ont toujours montré de l’ardeur et obéissent avec exactitude aux réquisitions.
13. Les jeunes gens de la première levée se rendent au chef-lieu du district à mesure qu’ils sont convoqués pour le rassemblement. Jusqu'ici, le défaut de subsistances et d'équipement a empêché de les réunir : on le fait à mesure des fournitures. Si utiles qu’ils soient à l’agriculture, ils obéissent quand ils sont requis de partir : ils seront de bons défenseurs de la patrie.
14. Le fanatisme a fait des efforts dans notre district, comme dans tant d’autres de la République, pour abuser les esprits. Plusieurs prêtres insermentés que nous avons fait arrêter, et dont deux sont actuellement au tribunal criminel du département (1) ont donné l’exemple aux autres et arrêté les progrès. Toutes les fois que des troubles ont eu lieu, nous y avons mis fin en faisant arrêter leurs auteurs et instigateurs. Huit à dix vont être jugés par le tribunal criminel qui doit, à cet effet, se transporter dans notre ville. Le crime qu’on leur reproche est d’avoir occasionné un soulèvement lors du recrutement ordonné par la loi du 24 février 1793 (2). Treize hommes et femmes ont été mis en arrestation le 23 du mois dernier pour avoir paiticipé, le 20, à un autre soulèvement dans une de nos communes (3). Nous renverrons probablement cette affaire au tribunal criminel. Deux prêtres (4) lout nombre parmi ces détenus, et nous pensons que c’est par fanatisme que ce soulèvement a eu lieu, et que, peut-être, on parviendra à découvrir les auteurs et instigateurs. La veille de cette scène, jour de décade où on devait célébrer la reprise de Toulon, on a remonté les cloches.
Dans une autre de nos communes où nous avions été instruits que se retiraient des prêtres réfractaires qui en fanatisaient les habitants, nous avons envoyé un d’entre nous avec une force armée pour y opérer des perquisitions pendant la nuit. Mais, instruits, sans doute, de cette démarche, malgré le secret que nous avions gardé, il n’y en eut aucun d’arrêté (5).
15. La majorité des citoyens de notre district étant peu instruits, et, conséquemment, faciles à tromper par les prêtres superstitieux et fanatiques, étaient attachés à leurs usages religieux. Dans le principe, on eut de la peine à les leur faire abandonner. Mais, peu à peu, l’esprit public et révolutionnaire a fait chez eux des progrès, et nous pensens que, dans très peu de temps, on peut leur ôter les prêtres qui, tant qu’ils seront salariés par la République, seront toujours dangereux. Dans la société, permettre tous les cultes, toutes les religions, sans donner de privilèges à aucun. tels doivent être les principes du gous-rnemesnt républicain.
(1) Il s’agit de Ruelle arrêté le 6 novembre 1793, et de Mondet, arrèté le 26 décembre 1793.
(2) Il s’agit de l’affaire d’Annebecq. Voir p. 484.
(3) IL s’agit de l’affaire de la Ferrière-Harang, le jour de la fête de la reprise de l° « infâme » Toulon. Voir p. 317, n. 2.
(4) Ce sont des prêtres constitutionnels.
(5) I1 s’agit d’une perquisition effectuée à Truttemer, commune très
incivique.
16. La vente des meubles d’émigrés s’est faite avec avantage pour la République. Les citoyens s’y sont portés en foule. Elles ne sont pas encore toutes faites. Nous croyons que les immeubles se vendront aussi facilement et à un assez haut prix. La première enchère de la première vente a eu lieu le 1‘ de ce mois. .
L'on n’a pu y parvenir plus tôt, parce que les modèles de procèsverbaux envoyés d’abord par l’administration des domaines nationaux étaient défectueux et il a fallu les corriger, ce qui a détruit les premières opérations des commissaires estimateurs. D’un autre côté, les brigands s’étant approchés de notre territoire à quatre ou cinq lieues, l’on n’eut pas alors trouvé d’architectes (1).
17. Nous n'avons pas connaissance que des hommes aient tenté, par astuce ou perfidie, de mettre obstacle à leur vente.’
18. Nous n’avons pas connaissance que des personnes aient voulu discréditer les assignats. Si nous découvrions quelques-uns de ces contre-révolutionnaires dangereux, nous les livrerions surle-champ au tribunal criminel qui en ferait justice. Depuis plusieurs mois, les assignats ont pris beaucoup de forces (2).
19 et 20. Il est probable que, parmi le grand nombre de pères et parents d’émigrés de notre district, plusieurs ont entretenu des correspondances avec ces derniers ; plusieurs fois, nous avons ordonné des perquisitions chez eux et nous n’en avons pas trouvé. Depuis, ils ont été mis en état d’arrestation, et vous saurez si les comités de surveillance en ont trouvé dans leurs papiers.
21. Nous ne connaissons aucuns accaparements de blés, farines et autres objets de première nécessité. Il serait bien difficile d’accaparer dans un pays qui produit peu, et dont la population est très considérable. Il y a trop, d’yeux ouverts, et les déclarations plusieurs fois réitérées ne laissent aucun moyen d’accaparer dans ce district où les subsistances manqueront dans peu de mais si la Convention ne lui en fait fournir. Nous croyons pouvoir affirmer qu’il n’y à aucun magasin formé pour les armées contre-révolutionnaires.
22. Les propriétaires et cultivateurs du district ont ensemencé leurs terres comme à l'ordinaire. Ils les cultivent suivant leur ancien usage. Les récoltes consistent en froment et seigle, à peu près en égale quantité. Cependant, le froment l’emporte actuellement sur le seigle depuis quelques années. Mais, la très grande majorité de nos récoltes consistent en avoine et sarrazin, dont on fait, depuis plusieurs mois, du pain, le froment et le seigle ne nourrissant pas les habitants du district pendant plus de deux à trois mois.
23. La circulation des grains est peu considérable. Car ‘es citoyens qui ne récoltent point ne sont nourris qu’au moyen des autorités constituées. Il n’est pas parvenu à notre connaissance qu’on en ait fait sortir pour approvisionner les armées ennemies ou rebelles (3).