FIN
(Introduction.) Les deux principaux manuscrits de la fin du IX' siècle, qui se distinguent encore par une exécution recherchée , sont celui de Charles le Chauve, actuellement conservé au Musée des souverains, et celui qui fut fait en Italie, de Tan 877 à 880 au plus tard, par le scribe Ingobert, pour Karloman, fils de Louis le Germanique, alors généralement reconnu comme roi en Italie. On trouve dans Touvrage d'Eckart (t. ii, p. 024) une reproduction de la principale miniature de ce curieux manuscrit ; cette peinture, de style byzantin, représente Carloman assis sur un trône, et revêtu des attributs impériaux. Sur cette figure jeune et probablement ressemblante, on reconnaît facilement un caractère de sénilité et de débilitation précoces qui paraît avoir été général chez les derniers descendants de Charlemagne.
A ces deux importants spécimens de l'art d'écrire au IX* siècle, on peut joindre le magnifique sacramentaire de saint Grégoire, conservé dans la bibliothèque d'Autun, et un autre fait pour Drogon, l'un des fils de Charlemagne.
A partir de cette époque, la décadence est rapide et profonde dans la copie et l'enluminure des manuscrits. L'exécution des figures d'animaux fantastiques et des poissons
employés dans la décoration des lettres majuscules, devient de plus en plus barbare et incorrecte. L'ignorance et l'inexpérience des copistes se trahit même dans la rédaction des actes publics du x' siècle, qui fourmillent d'irrégularités grammaticales, et de locutions empruntées aux dialectes barbares. On peut en dire autant du style des chroniqueurs de ce temps ; Luitprand, auprès des autres, est un modèle d'élégance et de correction.
Il y eut d'ailleurs, pendant une période de près de cent ans, une difficulté matérielle qui vint s'ajouter à toutes les autres. L'Egypte, conquise par les Sarrasins, avait cessé de fournir à l'Occident le papyrus: le papier de chiffons n'était pas inventé, et, quand il le fut, l'usage paraît s'en être établi fort lentement. Restait donc le parchemin, trèsrare et très- cher comme il l'avait toujours été. Il y eut un moment où l'on ne put écrire que sur des pahmpsestes, c'est-à-dire conserver les traditions de l'art d'écrire qu'en détruisant des écritures.
On continua pourtant à s'occuper de la copie des manuscrits dans les grandes abbayes d'Italie et des bords du Rhin, qui échappaient aux ravages des païens et des infidèles. Parmi les monuments écrits de cette époque qui ont échappé à la destruction, on remarque ceux de l'abbaye i bénédictine de Saint-Père, actuellement réunis à la biblio- 1 thèque de Chartres, et ceux de la célèbre abbaye de Saint- Gall, qui sont maintenant à Fribourg.
La bibliothèque de Montpellier est également riche en manuscrits des ix' et x*" siècles. Plusieurs des plus curieux ont appartenu à deux savants illustres, Pithou et le président Bouhier. On y trouve Horace, Juvénal, Perse, Sal- 1 uste, Yirgile. Les rares copistes qui consacraient encore leurs veilles à la reproduction des chefs-d'œuvre de l'an-
(iqiiité préféraient généralement les poètes aux prosateurs; c'est ainsi que se sont accomplies tant de pertes irréparables.
On remarque dans ces manuscrits de nombreuses copies de la Consolation do Boèce, et d' un Commentaire sur T A p<h calypse, par Haimon d'Alberstadt, disciple de Raban Maur. Ces deux ouvrages jouissaient évidemment d'une grande vogue parmi les rares lecteurs du temps. La résignation mélancolique de Boèce, les sombres et mystérieuses visions de Pathmos s'hannonisaient bien avec les misères et les sombres préoccupations de ce siècle.
Parmi ces manuscrits, on trouve encore beaucoup de traités de grammaire, des copies partielles de T Écriture sainte, des vies de saints, des traités séparés et opuscules détachés de saint Augustin et d'autres pères de l'église latine, de Bède, de Raban Maur. Quelques-uns des manuscrits de Saint-Gall se distinguent par une certaine exécution calligraphique, notamment les n" 229 et 230, contenant divers ouvrages de saint Isidore, et surtout l'Évangéliaire (n" 50) , beau manuscrit avec titres et lettres en or, en argent et en couleurs. Parmi les manuscrits précieux de cette époque, on ne saurait passer sous silence le Béné dictionnaire de l'archevêque Robert d'Yorck, qui servit plus tard au couronnement des rois anglo-saxons; le Psautier de la bibliothèque de Stuttgart, sur lequel nous aurons longuement à revenir, car il nous fournit des renseignements du plus haut intérêt sur les costumes, les meubles et les instruments de musique de cette époque ; et enfin le curieux manuscrit de Glermont-Ferrand, contenant la Passion de Je' sus-Christ^ et le Martyre de saint Léger en langue romane avec musique notée. Ce manuscrit a été l'objet d'une savante notice de M. Champollion-Figeac, que nous nous
bornons à indiquer ici. On pourrait relever encore d'autres indications intéressantes dans le Dictionnaire des Manuscrits d'Hœnel, ouvrage malheureusement bien incomplet. Au reste, bien des motifs nous portent à croire que la majeure partie de ces manuscrits n'appartient qu'aux dernières années de ce siècle , c'est-à-dire à l'époque où l'illustre Gerbert donna une si vigoureuse impulsion à la rénovation des études.
La science historique doit à l'église de Reims les ouvrages de Frodoard, documents précieux et souvent uniques pour les événements de la première moitié du dixième siècle. La véracité et la candeur de Frodoard rendent surtout son témoignage précieux pour les faits dont il a pu avoir connaissance par lui-même; il est, sous ce rapport, bien supérieur à Luitprand, dont il n'a ni les préoccupations haineuses, ni les acerbes récriminations. Mais les récits du bon chanoine de Reims perdent beaucoup de leur autorité, quand ils ont pour objet des faits accomplis dans des pays éloignés de son diocèse; alors il n'est plus que l'écho fidèle de bruits populaires souvent controuvés. Son travail le plus important et le plus utile est sans contredit la partie de V Histoire de l'Eglise de Reims, qui contient le dépouillement et l'analyse de la correspondance des archevêques Hinkmar et Foulques avec les papes et princes de r Occident chrétien.
Nous avons parlé ailleurs des annales de Saint-Bertin, de Metz et de Fulde. On sait que ces dernières ont été fréquemment recopiées, avec des additions et des variantes considérables. Elles étaient communiquées d'un monastère à l'autre, et les copistes les plus intelligents y ajoutaient l'indication des événements dont il avaient personnellement connaissance. Tout ce qui s'y trouve relativement aux ex-
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péditions d'Arnoul en Italie est l'œuvre d'un témoin oculaire et contemporain, et mérite toute confiance.
L'abbaye de Fulde gardait encore, dans la première moitié du x" siècle, les traditions civilisatrices du célèbre RabanMaur. Elle possédait, vers l'an 950, une nombreuse bibliothèque, qui pourrait bien avoir été quelque temps sous la garde de Luitprand, alors exilé d'Italie. Ce serait là qu'il aurait écrit une partie de son histoire. On voit, par ses fréquentes citations, qu'il était à portée de consulter Horace, Virgile, Térence, et plusieurs ouvrages de Gicéron, puis Homère, Hésiode et quelques auteurs grecs qu'il comprenait à peu près. Mieux eût valu, pour un pareil travail, avoir sous les yeux Tite-Live ou Tacite, mais il n'en parle pas, et semble môme ignorer leur existence.
L'ouvrage de Richer, si précieux pour l'histoire de France, ne donne aucune lumière sur les événements qui font l'objet de cette étude.
Réginon, abbé de Pruim, est encore une des rares lumières de son siècle. Nous avons fait usage de sa chronique, dont l'autorité peut s'assimiler à celle de Frodoard. Les autres traités et ouvrages théologiques de Réginon , publiés par Baluze, sont utiles pour la connaissance de l'histoire ecclésiastique de son temps. Nous avons parlé assez au long de Rathier, l'un des hommes les plus remarquables de ce temps, et qui aurait mérité peut-être une place parmi les Pères de l'église, si la dignité du caractère avait été chez lui en rapport avec la science et le talent.
Plus on étudie en détail cette époque obscure, plus on comprend la difficulté d'émettre sur elle de ces vues générales, si à la mode aujourd'hui en histoire. On rencontre à chaque pas des témoignages contradictoires à discuter, à confronter ; ce qui est vrai dans une année ou dans une lo-
calité, ne l'est pas dans d'autres. Le pape Léon IV, l'un des hommes qui ont le plus honoré l'église dans la seconde moitié du ix' siècle, se plaignait déjà , en 853, de la décadence des études dans le clergé, décadence telle que dans plusieurs diocèses, on manquait de clercs capables d'expliquer aux autres l'Écriture sainte et tout ce qui concernait la récitation des offices. Mais d'un autre côté, l'écrivain anonyme de Salerne nous apprend, d'après des documents contemporains , que précisément vers cette même époque, il y avait dans la seule ville de Bénévent trente-deux philosophes ou savants de première force dans les diverses branches des connaissances humaines. Dans des âges bien autrement civilisés, peu de villes ont possédé un pareil foyer de lumières. Malheureusement, il désigne comme le chef de cette académie un certain Hildéric, dont quelques ouvrages sont venus jusqu'à nous. Ces ouvrages ne sont pas, à beaucoup près, à la hauteur d'un si magnifique éloge,
Rathier, dans son Itinerarium , maltraite beaucoup le clergé itahen. Il l'accuse de gourmandise, de luxure; il affirme que de son temps les clercs italiens ne se distinguaient des laïcs que par leur barbe rasée, et quelques différences insignifiantes dans la forme et la coupe des vêtements. Certains passages de Luitprand et d'autres auteurs semblent confirmer, jusqu'à un certain point, le témoignage de Rathier. Toutefois on est forcé de reconnaître que les assertions de cet auteur varient au gré de ses impressions et de ses intérêts, et qu'il est aussi suspect d'exagération dans le blâme que dans l'éloge. Ainsi, il parle ailleurs avec enthousiasme et respect des exemples d'instruction et d'édification qu'il a trouvés à Rome , au moment où le pape Jean XII, fils de Marozie , venait de le nommer évêque de Vérone*
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Tout allait bien pour lui, et son langage s'en rossent ; plus tard ses affaires se gâtèrent, et il fut disposé à voir tout sous un mauvais jour. Le fameux code d^Havell-le-Bon, auquel nous consacrerons une note spéciale, donne du clergé do Rome une idée bien différente des appréciations passionnées de Luitprand et de Rathier.
Ici , comme partout , il faut chercher la vérité entre les extrêmes. Il y avait beaucoup d'ignorance et d'abus dans le clergé italien ; mais il y eut, même dans les plus mauvais moments, de louables efforts pour remédier au mal ; et, pour être juste, il faut reconnaître que, dans une intention souvent louable, le zèle des réformateurs exagérait parfois les négligences et les abus. Plusieurs chartes, émanées de différents évêques, témoignent de leur zèle pour assurer la dignité et la régularité du service divin, et même l'éducation des enfants dans les villes et dans les campagnes. On trouve dans la collection de Muratori une charte de Godefroid, évêque de Modène, en date de l'an 908. Il confère à l'un de ses prêtres la cure du canton de Rubiano, à la charge de réparer les couvertures de l'église, d'entretenir le luminaire, chose importante et coûteuse à cette époque , enfin, de tenir école pour l'instruction des enfants. Trente ans plus tard, Hatton, évêque de Verceil, que nous retrouverons toujours sur la brèche pour combattre les abus et les désordres de tout genre, exige que les prêtres, même ceux des campagnes, s'occupent de l'éducation des enfants qu'on leur confiera. Rathier parle aussi des écoles , mais c'est dans un de ses moments de mauvaise humeur. Il se plaint de ce que les gens riches n'y envoient leurs enfanta que pour leur assurer l'accès des hautes dignités ecclésiastiques. Dans la plupart de ces écoles, on n'enseignait guères autre chose, il est vrai, que les notions élémentaires du christia-
nisme, parmi lesquelles des légendes apocryphes de miracles tenaient souvent une large place ; et quelques principes de grammaire latine , généralement bien imparfaits, si l'on en juge par le style des scribes ou notaires qui rédigeaient les actes des princes et les décisions judiciaires. Du temps même de la domination longobarde, on sent, dans les actes rédigés en langue latine, l'influence croissante des formes grammaticales et même de l'orthographe de la langue des conquérants. Déjà les noms et les adjectifs y sont employés comme indéclinables, au mépris des lois de la syntaxe, et affectent plus spécialement les désinences e^ i^ o^ qu'a conservées depuis la langue italienne, produit définitif de cette fusion qui s'opérait alors. Cette corruption devient plus manifeste encore à mesure qu'on avance vers les ténèbres du moyen âge ; l'adjonction d'un grand nombre de mots d'origine franke ou tudesque vient témoigner, à son tour, de l'invasion carolingienne, qui a donné à l'Italie de nouveaux maîtres, et confondu dans une commune sujétion les vainqueurs et les vaincus d'un autre âge. La rédaction des actes publics devient de plus en plus pénible à ceux qui en sont chargés, surtout aux scribes laïcs qui ne sont pas entretenus dans la pratique de l'ancien langage parla récitation fréquente des offices de l'église. Certains passages des chartes latines du x^ siècle ne sont déjà plus que du patois du temps, fort semblable à l'italien moderne. Ainsi, dans un procès-verbal d'audience dont la date m'échappe, un juge prête serment de statuer seconda leggi è justizza.
Il n'en demeure pas moins certain que plusieurs contrées de l'Italie résistèrent avec une certaine énergie à l'envahissement de l'ignorance et de la barbarie. Parmi les dépôts monastiques où se conservaient quelques vestiges
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d'étude et de civilisation, on peut citer les abbayes de Nonantule, de Farfa, de la Novalaise, mais surtout celles de Bobbio et du Mont-Cassin. Plusieurs des abbés du Mont- Cassin furent des hommes d'une érudition étendue et môme d'une certaine intelligence politique, et la chronique d'Erchempert, qui vivait dans ce monastère au commencement du X* siècle , a une véritable importance , malgré son extrême brièveté, par la candeur et la sincérité de Técrivain, qui n'est pas sans quelque analogie avec notre Frodoard. Erchempert raconte fidèlement , naïvement, les malheurs de son temps, dont il s'est informé le mieux qu'il a pu , et surtout ceux de son couvent. Il a vu de ses yeux les Musulmans enlever les bestiaux et les chevaux des religieux du Mont-Cassin ; quand les infidèles envahirent et dévastèrent la célèbre abbaye , Erchempert était du nombre de ceux qui purent s'échapper et gagner les montagnes, tandis que l'abbé et les plus âgés des moines succombaient sous les coups des barbares , qui ne laissèrent après eux que des ruines fumantes et des cadavres. Et pourtant, dans ces ruines, dans ce martyre, il restait quelque chose de plus vivace, de plus durable, que dans la rage brutales de destructeurs. Trente ans après cette catastrophe, l'abbaye du Mont-Cassin avait réparé ses pertes, et les Musulmans étaient bloqués et exterminés dans leur dernière forteresse. D'autres chroniques ou débris de chroniques, bien plus informes et négligées que celles du Mont-Cassin (comme par exemple celle du moine Benoît, qui nous a été fort utile), donnent peut-être une idée plus exacte de la physionomie générale du temps, de cette vie inerte, au jour le jour, à horizon fatalement borné, que nous avons essayé de caractériser dans notre introduction. Toutefois cet état de marasme et de torpeur générale comportait d'assez fré-
quentes exceptions. On a des preuves peu nombreuses, mais irréfragables, que la peinture , l'architecture, Torfévrerie et la bijouterie n'ont jamais cessé d'être cultivées du x*' siècle , surtout à Rome et en Italie. Dans les premières années de ce siècle, le pape Sergius III entreprit et mena à bien une œuvre d'une haute importance, unique peut-être dans ces années de désolation. Il employa une somme considérable, provenant des libéralités des pèlerins, à reconstruire de fond en comble la basilique Saint-Jean de Latran, qui tombait de vétusté. Le savant Mabillon a recueiUi et publié un témoignage précieux de cette intéressante restauration ; c'est une sorte de procès-verbal d'un diacre nommé Jean, qui donne, dans un latin assez correct pour le temps, la nomenclature détaillée des vases d'or et d'argent et des ornements dont le pape Sergius enrichit l'église. Cet écrit fait mention de Sergius comme vivant encore, et par conséquent doit être antérieur à l'an 911. Nous trouvons encore dans l'anonyme de Salerne, écrivain qui vivait à la fm de ce siècle, mais qui travaillait sur des documents plus anciens, la preuve que plus d'un demi-siècle auparavant , l'orfèvrerie et la bijouterie étaient cultivées avec succès dans les États longobards du sud de l'Italie. Cet auteur parle d'un duc de ce pays , qui non-seulement s'intéressait aux travaux des orfèvres {auriflces) , mais encore mettait lui-même la main à l'ouvrage, si bien qu'un jour les défenseurs d'une ville qu'il assiégeait l'insultèrent du haut des remparts en le renvoyant avec mépris à ses outils [forfices) , comme aux seules armes qu'il sût manier. Plusieurs passages de Luitprand, que nous aurons occasion de citer, témoignent aussi de l'ardeur effrénée des princes et des princesses de ce temps pour les pierreries, l'or et les bijoux. Nous reviendrons sur ce sujet.
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Les traditions byzantines dominaient évidemment dans les travaux d'art religieux et profanes de cette époque, et peut-être serait-il fort difïicile de faire, dans les reliques de Fart byzantin qui sont venues jusqu'à nous, la part des ouvriers de rOrient et de ceux d'Occident. Dès la seconde moitié du viii* siècle, les persécutions des empereurs 'grecs iconoclastes, qui durèrent, avec de rares intermittences, pendant plus de cent ans, rejetèrent sur l'Italie un certain nombre d'artistes peintres, sculpteurs, émailleurs, qui s'y établirent et y firent école. On a la certitude qu'il y eut aussi en France des artistes émailleurs pendant le x* siècle. Le musée du Louvre possède un curieux spécimen de l'émaillerie française à cette époque. C'est la crosse ou bâton pastoral d'Hagenfred, évêque de Chartres, mort en 960. Toute V imagerie de cette crosse a été reproduite très en détail dans l'ouvrage de Villemin. On y voit plusieurs scènes de l'histoire de David; sa vocation, son combat contre une bête féroce qui ressemble vaguement à un tigre, puis contre un Goliath vêtu d'une cotte de mailles comme les barons du temps. On y remarque également, dans des médaillons, la personnification sous forme d'anges de six vertus, sobriété, largesse, concorde, foi, pudicité, charité, terrassant les vices qui leur sont opposés, également personnifiés sous la figure de démons (Villemin, fig, 30). Tout cela est d'une extrême incorrection ; toutefois il y a de l'invention, de la naïveté et de la variété dans les attitudes des vertus triomphantes et des vices abattus, et, à tout prendre, une certaine grandeur barbare dans la conception et l'exécution de cette œuvre d'art. Une inscription en lettres d'or sur fond bleu porte le nom de l'auteur: Frater Willelmus. On voit aussi au Louvre un fragment de châsse orné d'incrustations et de rosaces, et une figure de saint
avec le costume ecclésiastique du temps, signée Fr. Guinamundus, qui semblent appartenir à la même époque. Dans son important travail sur l'émaillerie , M. Jules Labarte a réuni des renseignements curieux et authentiques sur les origines de cet art en France.
Les auteurs du temps mentionnent quelques travaux de peinture d'une certaine importance, exécutés sans doute par des artistes byzantins réfugiés en Occident. Dans les dernières années du ix* siècle, le pape Formose fit faire quelques travaux de ce genre dans la basilique de Saint- Pierre. Vers l'an 910, Sergius III orna de même Saint-Jean de Latran qu'il venait de restaurer complètement. Quelques années plus tard, Jean X , l'un de ses successeurs, décora plusieurs salles du palais de Latran de tableaux représentant les récentes victoires des chrétiens d'Italie sur les Musulmans. Enfin , Luitprand , qui connaissait les peintures des églises et des palais de Gonstantinople, parle avec une admiration peut-être exagérée d'un tableau qu'Henri l'Oiseleur, roi de Germanie, avait fait faire dans la grande salle de l'étage supérieur du château de Merseburg, pour conserver le souvenir d'une grande bataille gagnée sur les Hongrois, en 933. Pour se faire une idée exacte de l'importance qu'avait à cette époque la peinture de décor, même à l'extérieur, il faut se rappeler que tous les édifices d'une certaine importance étaient alors bariolés de diverses couleurs, suivant un usage byzantin, soigneusement imité en Occident. On en trouve la preuve positive dans le manuscrit de Stuttgart, dont nous avons déjà parlé.
l\ existe aussi des mosaïques du x^ siècle. L'une des plus importantes est de l'an 955; elle représente l'intronisation du pape Jean XII, si tristement célèbre dans ce siècle. Ces représentations n'ont d'importance que sous le rapport des
attitudes et des costumes ; les figures sont évidemment la reproduction des mômes poncifs, et ne visent aucunement à la ressemblance. 11 n'en est pas tout à fait de même des sceaux et médailles de la même époque. Pour ne parler que de l'Italie, les sceaux des empereurs Gui et Bérenger, des rois Rodolfe , Hugues et Lother , les effigies de plusieurs papes sur des monnaies , accusent des tentatives plus ou moins heureuses pour retracer la physionomie de ces princes ou de ces pontifes. Parfois aussi , dans les monnaies romaines, les graveurs simplifiaient leur besogne en reproduisant la figure de saint Pierre. Muratori, dans sa vingtseptième dissertation {de monelâ) , a reproduit des spécimens de toutes ces monnaies. On y remarque les effigies de Formose (n*»' 28 et 29) , de Jean IX (30) , de Sergius III (34 et 35) , de Jean X (37) , avec des variantes de costumes intéressantes pour l'histoire ecclésiastique de cette époque.
Pour ce qui regarde la sculpture, on aura quelque idée de ce qui se faisait de mieux dans ce siècle, par les ivoires contemporains des Othons, que possède le musée de Cluny (n*** 387 et 388 du catalogue) , et par les planches 73 et 91 de l'ouvrage d'Hœffiier, si toutefois ce dernier sujet (décollation de saint Jean-Baptiste en ivoire, d'une grande originalité de composition et d'un dessin assez correct), appartient bien réellement au x* siècle.
De tous les arts, l'architecture est celui qui eut le plus à souffrir dans ce temps- là. On peut compter par cen* taines les villes et les monastères détruits par les invasions païennes et musulmanes, de 850 à 950 ; et ce n'est guères qu à partir de l'an 1000 qu'on peut signaler un effort énergique, unanime pour réparer ces grands désastres. Jusque-là on ne remarque que quelques tentatives isolées de réparation et de reconstruction; la tendance dominante.
parmi ces générations si durement éprouvées, c'est un immense découragement ; Tattente d'une catastrophe définitive, de la fin du monde, que tant de funestes présages semblaient annoncer. Cependant l'instinct de la conservation lutte contre ce découragement inerte ; mais jamais époque n'a mieux vérifié cette parole de l'Écriture, la vie est un combat. Pour vivre parmi tant de calamités, il fallait en effet combattre, ou se tenir prêt à combattre à toute heure. Aussi toutes les habitations, urbaines ou rurales, les palais, les églises même, se transforment peu à peu en forteresses. Les évêques, les abbés et même les abbesses, président à la construction des remparts de leurs villes, remparts dont les abords se hérissent de chausse-trapes [arma latitantia circùm) qui en défendent l'approche ; « le tout pour éviter les surprises des païens. » On comprend que l'élégance des constructions et les traditions de l'art étaient la moindre préoccupation de ceux qui dirigeaient de semblables travaux. Nous avons parlé ailleurs de l'insouciance brutale avec laquelle on appropriait à ces mêmes nécessités de défense les plus précieux monuments de la civilisation romaine.
Il est souvent question, dans les écrivains de ce siècle, des sep arts libéraux ^ que l'on considérait alors comme embrassant toutes les branches possibles des connaissances humaines. Trois de ces arts, la grammaire, la rhétorique et la dialectique, étaient réunis sous la dénomination de triviumj, c'est-à-dire, suivant quelques auteurs, triple voie pour parvenir à l'éloquence. Les quatre autres, formant un ordre d'enseignement supérieur, étaient groupées sous la dénomination de quadrivium; c'étaient l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique, qu'on est assez étonné de trouver en semblable compagnie, du moins selon nos
idées modernes. Mais, au fond, ce rapprochement de la musique, considérée au seul point de vue de l'agencement des rhythmes, avec les sciences exactes, est beaucoup plus logique qu'il n'en a l'air au premier abord , et l'idée de cette association remonte, comme on sait, à Pythagore. Les écrivains du x" siècle empruntaient simplement toutes ces divisions et définitions à Boèce, leur auteur favori.
Nous avons parlé ailleurs du grand nombre de traités de grammaire qui figurent pai'mi les manuscrits de ce temps. Ce ne sont guère que des copies ou des abrégés de travaux antérieurs, et l'imperfection des études littéraires, et même des études élémentaires, n'est que trop bien attestée par l'incorrection de la plupart des actes publics du temps, par l'orthographe capricieuse et barbare des écrivains eux-mêmes. La rhétorique et la dialectique étaient en grand honneur parmi tous ceux qui conservaient quelque amour et quelque intelligence des lettres, mais ils en faisaient de singulières applications, comme on peut le voir dans les drames si curieux de la célèbre Hroswitha, où quelques martyrs accablentjuges et bourreaux à grands coups de syllogismes.
La plupart des écrivains ne nomment le x' siècle que pour l'accabler du reproche d'ignorance et de barbarie, et ce reproche n'est pas sans quelque fondement. Il est certain que toute la science d'un grand nombre de clercs, et même de fonctionnaires ecclésiastiques d'un ordre plus élevé, se réduisait à une connaissance généralement fort imparfaite de l'Écriture sainte, des Canons cités dans l'office divin, et à quelques extraits des Pères de l'église latine. Toutefois nous ne saurions trop répéter qu'en tout ceci il faut bien se garder d'émettre des vues trop absolues, et de formuler un blâme trop général. D'ailleui's, quand on a la
patience de scruter à fond les annales de ces temps obscurs et tourmentés, on est forcé de reconnaître qu'il restait vraiment bien peu de place pour l'étude, dans ces existences incessamment absorbées par le malheur ou la prévision du malheur, et qu'il fallait alors une force d'âme peu commune pour penser à autre chose qu'aux soucis et aux difficultés de la vie matérielle. Dans un siècle aussi complètement préoccupé de périls incessants et de rudes labeurs, l'imperfection des études était, relativement^ un mal moindre qu'on ne pense; pendant une certaine période d'années, le monde et l'église même ont eu moins besoin d'hommes de science que d'hommes d'action.
La musique vocale, réunie à la poésie populaire rimée et chantée, a exercé à cette époque une notable influence sur l'existence des peuples de l'Occident chrétien. Il faudrait une dissertation spéciale pour traiter à fond ce sujet curieux et difficile. Il y a là, sous des formes abstraites, et que les érudits mêmes ont peine à saisir, tout un ordre de sentiments oubliés et presque inintelligibles aujourd'hui, tout un côté longtemps inexploré de l'histoire populaire du moyen âge. A ce point de vue, le x* siècle doit être encore considéré comme une période de transition et de lutte entre les tendances spiritualistes du culte chrétien et les débris des superstitions romaines et barbares. C'est toujours, sous une forme différente, l'éternel combat entre la matière et l'esprit. Le zèle jaloux des ministres de l'église poursuivait les derniers vestiges des croyances éteintes jusque dans leurs derniers retranchements, jusque dans ces chants traditionnels qui se conservèrent longtemps dans les banquets, dans les réjouissances publiques et jusque dans certaines circonstances capitales de la vie privée, comme les mariages et les funérailles. Le paganisme, si longtemps persécuteur,
puis à peine toléré, puis sévèrement proscrit, avait succombé à son tour, et ses dernières pratiques, dès le temps de Charleraagne, ne subsistaient plus que grâce à d'étranges transformations. Les enchanteurs, les sorciers, si sévèrement condamnés par les lois ecclésiastiques et civiles, étaient en réalité les derniers représentants des traditions païennes. (Voy. ci-après.)
Ce triomphe définitif n'avait pas été seulement le résultat des anathèmes ecclésiastiques ; le christianisme avait employé un autre moyen, d'une efficacité puissante, pour modifier les habitudes populaires et substituer des chants pieux aux réminiscences poétiques et musicales de l'idolâtrie. Dès le iV' siècle, ce système fut adopté et vigoureusement soutenu par les plus grands évêques. Ils multiplièrent leurs efforts pour faire participer les laïcs à la récitation des offices ecclésiastiques, en adoptant pour ces offices un système de notation peu compliqué, à la portée de simples fidèles. Ils composèrent des hymnes et des proses d'un rhythme entraînant et facile, propres à se substituer aux chants profanes dans la mémoire du peuple. Plusieurs de ces rhythmes, employés et sanctionnés par l'église, sont encore employés aujourd'hui dans les offices sacrés.
Mais alors la lutte continua sous une autre forme. Les dogmes païens avaient péri sans retour, mais les idées matérialistes qu'ils avaient longtemps symbolisées cherchèrent un refuge à l'abri des rhythmes chrétiens eux-mêmes, et telle fut l'origine de ces chansons bachiques ou erotiques, écrites et scandées comme les hymnes de l'église, et dont plusieurs sont venues jusqu'à nous. Ce conflit s'est prolongé même bien au delà du x* siècle ; on en retrouve notamment la trace dans les hymnes ou proses farcies, monstrueux accouplement de lambeaux de psaumes ou d'hymnes chré-
tiens avec les pensées les plus profanes, souvent les plus obscènes, généralement exprimées en langue vulgaire. Nous ne pouvons qu'indiquer ici ce sujet, élaboré depuis peu d'années par plusieurs érudits allemands et par M. E. Duméril, dans la savante introduction de son recueil des Poésies populaires latines antérieures au xiV siècle.
Des documents incontestables prouvent que la musique n'a pas cessé d'être cultivée pendant toute la durée du x^ siècle. L'érudition allemande s'est beaucoup occupée dans ces dernières années des chants d'Hucbaldj, fort goûtés à cette époque, et à peu près inintelligibles aujourd'hui. Il est question dans une pièce que nous citerons à la fin de cette note, de ce qu'on a nommé depuis musique de chambre^ destinée à être exécutée pendant les repas ; de flûtes, d'instruments à cordes, les uns à archet, les autres se pinçant comme la guitare ou la harpe. Ces instruments, dont quelques miniatures des temps carolingiens nous ont conservé la figure, s'employaient pour accompagner le chant dans les banquets, et sans doute aussi dans certaines cérémonies publiques. Quelques-uns ont été reproduits dans l'ouvrage de Villemin, notamment aux planches 19 et 26. Ils affectent tantôt la forme de la lyre, tantôt celle de la harpe ou de la guitare, quelquefois même une forme triangulaire. Tel est notamment celui qui figure dans la planche 19 ; il a un plus grand nombre de cordes que les autres, ce qui semble indiquer des ressources plus grandes, et se joue avec une baguette ou plectrum. Sur le côté de l'instrument, on rô^ marque une clé ou marteau destiné sans doute à remonter ou à remettre les cordes.
Nous trouvons aussi dans le curieux recueil d'Hœffner plusieurs autres figures d'instruments de musique usités dans le x" siècle. La plupart de ces figures sont emprun-
tées au curieux psautier de Stuttgart. On remarque entre autres une harpe à douze cordes d'une forme bizarre, et une sorte de guitare tout à fait différente des autres (fig. 53 et 74), et qui se jouait indifféremment avec les doigts ou avec le plectrum. Ce mot doit ici s'entendre seulement d'une touche ou baguette, car dans aucune figure de cette époque je n'ai trouvé l'archet proprement dit, avec des crins et comme nous le comprenons aujourd'hui.
On voit aussi, dans le même psautier, la figure d'un orgue. Malheureusement le peintre, se méfiant de son habileté, n'a osé le représenter que par derrière ; mais il a placé à côté de l'instrument trois hommes foulant une outre qui sert de soufflet, et qu'on relève avec un manche. Enfin on y voit des femmes frappant avec une sorte de marteau sur des timbres disposés horizontalement, qui devaient produire des effets particuliers de sonorité. Une autre est armée d'une paire de cymbales reliées entre elles par une longue branche de métal recourbée. Cet instrument a précisément, s'il faut le dire, la figure d'une paire de pincettes.
Selon toute apparence, plusieurs de ces instruments de fonnes si variées ne s'employaient pas dans les solennités religieuses, mais bien dans des réjouissances toutes profanes, et notamment dans les banquets. Nous en trouverons la preuve positive dans une pièce de vers de cette époque, citée à la fin de cette note, et où il est aussi question de flûtes ou de musettes. Néanmoins, on peut tenir pour certain que dans les divertissements de la vie privée comme dans les fêtes pieuses, la musique instnimentale n'était que l'accessoire et l'accompagnement de la musique vocale.
Le poëme allemand de Ruodlieb, généralement attribué
au x*' siècle, fait allusion à l'usage des rondes et des chansons à danser. Peut-être était-ce seulement dans ces œuvres légères, dont rien ne nous a été conservé, que s'absorbait ce don heureux de l'invention naélodique, ce soufile inspirateur accordé dans chaque siècle à quelques natures privilégiées. INous avons déjà émis ailleurs cette conjecture, que le génie, si l'on veut, une grande facilité d'improvisation musicale et poétique, pouvait bien avoir été l'une des grandes séductions des grandes courtisanes du x" siècle. N'oublions pas qu'il s'agit ici surtout de l'Italie.
L'épitaphe du moine Athanasius, retrouvée dans un manuscrit du xr siècle, et reproduite par M. du Méril (p. 73j, prouve quelle importance on attachait dans ce temps-là à l'étude et aux exercices du chant ecclésiastique, puisque le principal mérite de ce moine, ce qui lui avait valu les honneurs d'une inscription spéciale, c'était son habileté dans l'enseignement de la musique vocale. Au x*= siècle, la musique était encore cultivée avec soin dans plusieurs des écoles fondées par Gharlemagne et par Lother 1", son petit-fils. Ce fut à l'école de Pavie que Hugues, roi d'Italie, l'un des dilettante de son temps, remarqua pour la première fois son futur historien, le jeune Luitprand, pour la beauté de sa voix. La fameuse école de Rome {schola cantoruni) , dont la fondation remontait au iv" siècle , était toujours une corporation importante, jouissant de biens considérables, et dont les chefs étaient de grands personnages. Muratori et d'autres savants ont retrouvé et pubUé des baux emphytéotiques et autres des biens de l'école des chantres, passés par les 'primiciers de cette école.
Enfin deux traités sur la musique, rédigés au x^ siècle, sont venus jusqu'à nous. L'un d'eux a été pubUé dans l'importante collection de Pertz. L'autre , trouvé par Muratori
NOTES ET ÉCLATROISSEMBNTS. M
dans la bibliothèque de Milan, est d'un moine nommé Enchiriade. Cet ouvrage, écrit en forme de dialogue entre le maître et Télève, est divisé en trois livres. 11 donne d'abord les principes élémentaires de chant et de prosodie, puis toutes les règles de Tart comme on le comprenait alors, pour les voix formées {articulatœ) .
Les versificateurs latins du x' siècle, qui prétendaient continuer les anciennes traditions de la vraie poésie latine, sont généralement d'assez tristes poètes. Leur diction est presque toujours pénible et contournée ; on y sent des efforts continuels et presque toujours impuissants pour répudier les habitudes du langage vulgaire. A côté de passages entiers des auteurs du siècle d'Auguste, littéralement copiés ou imités plus ou moins maladroitement, on retrouve de ces mots d'origine théoiisque ou longobarde, violemment implantés dans la langue de la civilisation, comme les barbares eux-mêmes dans le monde civilisé. Ces œuvres bâtardes n'ont ni l'élégance harmonieuse du véritable latin, ni la sève énergique des chants barbares, ni même l'intérêt historique et social de la poésie rimée et chantée.
Telle est l'impression générale qui résulte de la lecture de ce genre d'ouvrages, quand on a le courage de l'entreprendre. Ce sentiment est d'ailleurs conforme à celui des hommes les plus éclairés de ce siècle même. L'un d'eux, Gunzon, abbé de Sainte-Colombe de Sens, écrivait, vers l'an 960 : « Je ne sais si de mon temps il se trouve un seul homme capable de faire un véritable poëme ! »
Toutefois, il serait injuste d'ériger un semblable jugement en règle générale. On ne peut contester ni l'imagination, ni la verve, ni même une certaine grâce à la religieuse de Gandersheim, la célèbre Hroswitha, dont nous aurons occasion de parler plus longuement, si nous abor-
dons, dans une autre suite de récits, le règne glorieux d'Othon le Grand. On a pu apprécier dans ceux-ci le mérite poétique de Luitprand et du panégyriste de Berenger. On trouvera dans l'ouvrage déjà cité de M. du Méril (p. 84 et 85) rénumération des principaux poètes ou versificateurs de ce siècle. 11 faut toutefois y réunir ceux que désigne Muratori. (Diss. ital., III, 914 et suiv.) On remarquera parmi eux un certain Théodule, bien supérieur à tous les autres, si Ton en juge par la fable du loup et de Vagneau, que lui attribue Muratori, et que nous transcrivons ici.