PRÉFACE. T
miellés des chefs indépeiulanls, crèvent des barrières iiisurnioii tables entre les localités les plus rapprochées. Enfin, ce qui est plus triste encore, en même temps que Tintelligence, la conscience humaine semble s'obscurcir. De grossières superstitions, réminiscences de l'idolâtrie, usurpent le pouvoir moral de la religion, et rejettent dans l'ombre ses dogmes les plus essentiels. Le christianisme ainsi compris n'est plus ni un frein pour les forts ni une protection pour les faibles, et plusieurs hauts dignitaires du clergé autorisent par leur exemple l'ignorance, la violence et d'autres vices encore plus honteux. En présence de tant de scandales et de misères, quand la sécurité semblait proscrite comme la vertu; quand des terreurs incessantes assiégeaient le seigneur dans sa tour, le moine dans son couvent, le colon ou le serf dans sa chaumière; quand enfin chacun vivait au jour le jour, sans être sûr du lendemain ni même de la nuit, peut-on s'étonner qu'on ait cru à la fin prochaine du monde, et que cette catastrophe ait été prédite comme une expiation, implorée comme une déliviance !
Et pourtant, quand on a le courage d'aborder cette époque en détail ; quand le regard s'est habitué, pour ainsi dire, à la nuit qui la couvre, des lueurs inattendues s'y révèlent; près du mal apparaît le bien, près du crime le châtiment. On prend, vers la fin du ix° siècle, la féodalité à sa source, dans toute la puissance de son organisation primitive et de sa raison d'être. On la voit ce qu'elle fut d'abord, ce qu'elle fut longtemps, l'expression d'une impérieuse nécessité sociale, le dernier refuge de la civilisation menacée, la barrière suprême où vint enfin se briser le flot destructeur! « Le x' siècle, dit M. Miclielet dans un de ses bons moments, fut un temps obscur, dont les résultats ont assez dit la grandeur. Ce fut l'âge de la défense, l'âge qui résista, bâtit les asiles de la résistance, et sauva l'Europe de l'invasion normande, hongroise etsarrasine. » Ily a vraiment quelque chose d'épique dans la physionomie de ces premiers chefs du mouvement féodal, de ces pa-