‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 103 sur 922 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Rambaud, pendant la croisade, abandonna la cause provençale. Les Avignonnais, qui le prirent dans un combat, punirent cruellement le traître. Ils l'écofchèrent vif, et pendirent ses membres aux quatre coins de leur cité. Bientôt après ils accueillaient dans leurs murs le comte et l'infant de Toulouse, et conduisaient le jeune prince à la conquête de Beaucaire. Plus récemment encore, ils s'illustrèrent par leur résistance héroïque au roi de France qui venait s'emparer du Midi légué par Monfort. Avignon, la noble et fière république, déjà démantelée par ce roi, fut, à la paix de Paris, vendu au saint-siége, pour devenir, un siècle plus tard, la Rome grotesque des papes gascons et cahorcins ^

Ramon VII avait fait le serment de rétablir l'Église dans la situation où elle se trouvait avant la croisade, de rendre tous les biens ecclésiastiques saisis pendant la guerre, et de payer en dédommagement au pape la somme de dix mille marcs d'argent. De plus, à l'abbaye de Giteaux, deux mille marcs; à Grandselve mille; à Clairvaux, cinq cents ; à Belleperche, cinq cents, et trois cents à Gandeil. Clteaux et Clairvaux, à cent cinquante lieues du théâtre de la guerre, n'avaient nullement souffert de ses ravages ; mais c'était le salaire des prédicateurs des diverses croisades qui, d'ailleurs, s'étaient largement rétribués eux-mêmes dans le pillage du Midi. Nous n'en citerons que deux: le premier et le plus grand de tous, le fameux Arnauld-Amalric,

1. Lupi rapaci... Gaorsini e Guaschi... Dante, Parad,, cant. 27.

abbé de Cîteaux, s'était fait archevêque de Narbonne, primat de Septimanie. Et Foulques, évêaue de Toulouse, son turbulent et implacable suffragant, obtenait les châteaux de Vertfeuil et de Las Bordas, comprenant une vingtaine de villages dissémmes, fiefs déjà cédés par le roi. Louis VIII, et plus anciennement encore par Montfort. Il rendait au comte Fanjaus, mais démantelé de ses murailles démembré de son territoire, dévoré presque tout entier par le monastère de Prouille, berceau de 1 ordre dominicain. Enfin, Ramon VII payait quatre mille marcs pour entretenir, pendant dix ans quatre maîtres en théologie, deux maîtres en droit canon, six maîtres ès-arts et deux régents de grammaire dans Toulouse. Ce n'est point là, comme on la cru, la fondation, mais plutôt la transformation de l'université de Toulouse qui, de romane et de populaire, devenait catholique, rovale et française Ces dominicains étaient chargés par le pape d'enseigner à l'Athènes des troubadours les doctrines romaines, dans un latin barbare et un français qui n était encore qu'un aigre jargon picard, en échange de sa foi cathare et de sa langue mélodieuse, également proscrite comme hérétique. Le chevaleresque et poétique idiome du gaûsavoir est condamné dans l'avenir à n'être que le grossier langage de la tristesse et de l'ignorance, le langage des vaincus, des proscrits, des patarins, des patits (soufî'rants), des patauds (vagabonds), et comme disaient les Normands avec dédain, le patois *. Et

1. Patouès est un mot normand adopté par les méridionaux qui le prononcent encore à la française. Les Fran-

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