Du Mège, Hist, de Toulouse
auprès de lui ses deux frères, Améric, délivré des tours de Carcassonne où i] avait été pendant quinze ans rotage des Montfort, et le jeune Loup, son émule en valeur et en piété cathare; Pons-Adhemar de Rodeilla, son précepteur, avec ses frères de Durfort : le noble Arnauld de Villemur, seigneur de Saverdun, et son frère Amiel de Palhers ; et les douze rameaux masculins et féminins des Fils de Bélissen, comprenant tout le baronnage du comté .de Foix. Hauterive, Cincte-Gabelle, Saverdun et Pamiers, furent successivement les haltes de ce triomphe qui devait recevoir son couronnement à Foix. La résidence du prince était encore au Gastellar de Pamiers. Le château de Foix était depuis dix ans en dépôt entre les mains de l'Église romaine. Le gardien sacerdotal se troubla devant la victoire populaire et la chute de la croisade. Il rendit ces inexpugnables tours, et le comte rentra dans le palais féodal de ses ancêtres : le retour des exilés de Gastelbon se terminait après sept ans de guerre par la conquête du donjon de Foix. Le prince y revint avec la comtesse Ermessinde, sa fidèle compagne, leurs deux enfants adolescents, Roger et Esclarmonde ; ses jeunes frères, ses vieux compagnons d'exil, ses écuyers, ses troubadours, ses palefrois, toute une cour chevaleresque ; et ces tours veuves, ces salles si longtemps désertes, retentirent des fêtes nationales où le bruit des armes se mêlait aux sons des harpes, et la poésie refleurit sur ces créneaux comme ces giroflées jaunes frissonnantes aux derniers soufiles de Thiver. (Avril 1223.)
Mais l'ovation la plus touchante fut celle de Carcassonne. Quinze ans auparavant, après le massacre deBéziers (1209), Agnès de Montpellier, vicomtesse de Garcassonne, comme une Andromaque féodale, sortait de son palais et de la cité, après avoir donné son petit Astyanax à baiser à son époux qui s'armait pour combattre et mourir sur les murailles. Fugitive devant la croisade, elle s'éloignait au galop de son cheval, emportant vers les Pyrénées son enfant suspendu à la mamelle, et n'arrêta sa course haletante que dans les tours de Foix\ Là, quelques jours après, elle apprend le triste sort de Garcassonne surprise par trahison, de son peuple évadé par les souterrains, et fuyant nu et aff'amé vers les cimes d'Espagne, et du jeune vicomte Ramon-Roger, son époux, retenu dans les fers, et, par une félonie plus noire encore, mis à mort dans un fond de tour. La place de cette mère et de cette veuve était auprès de son enfant et des comtes protecteurs de l'orphelin et vengeurs futurs du martyr. Mais la catholique Agnès, femme vulgaire si ce n'est infidèle épouse, se trouva sans doute dépaysée parmi ces nobles comtes et leurs doctes et courageuses compagnes, princesses théologiennes, poétiques, héroïnes de la patrie romane, comme de la foi cathare ou léoniste. Elle abandonna son enfant et le noble asile des tours de Foix. Un soir elle reparut mendiant aux portes de son palais de Garcassonne. L'indigne princesse traitait avec Montfort, abandonnait à l'usurpateur l'héritage de