Guilhem de Tudella, vers
porté dans les bras, sur les lèvres, et comme sur les baisers des mères pleurantes de bonheur dans le palais désert et dévasté de son aïeule Aladaïs. Hélas I sa mère l'avait délaissé ! Son père avait été lâchement assassiné I On ne sait pas même où dorment ses os I H ne pourra pas pleurer sur son sépulcrel Mais la mère de l'orphelin, c'est Garcassonne ! Le père de l'Infant, c'est le sol albigeois. Cet adolescent représente, après tant de douleurs, le retour d'un âge d'or.
Le jeune vicomte s'appelle Ramon-Roger comme son père; Ramon, du comte de Toulouse dont il est le petit-neveu, Roger, du comte de Foix dont il est l'arrière-petit- cousin. On le nomme aussi Trencabel (qui tranche bellement), surnom que ses ancêtres avaient gagné dans les batailles ^ Roger- Bernard, son tuteur, installale jeune prince dans son donjon et sur son trône féodal. Dans le palais de Garcassonne, au centre d'une vaste cour entourée de portiques romans, s'élevait un orme antique. Cet orme avait probablement remplacé l'arbre druidique et sacré qui a laissé son appellation au plateau de Garcassonne, la. Roche du Chêne^. C'est sous cet orme séculaire qu'assis sur leurs trônes de pierre, les rois goths rendaient la justice et que la vicomtesse Aladaïs tenait ses cours d'amour ^ et présidait aux
1. M. Mahul traduit Trencabel par Casse-Noisette (Trencaavellana); les noisettes qu'il cassait, c'étaient le« casques d'airain.