LIVRE TROISIÈME
terres du comte de Foix où ses descendants habitent encore, dans leur condition rustique, autour de la grotte du Mas-d'Azil. Le comté de Foix fut toujours l'asile des proscrits; le grand et pieux comte Roger-Bernard s'entoura constamment des chevaliers déshérités; et lui-même, l'Olivier des guerres romanes, dépouillé de Pamiers, de Mirepois et de Chalabre, resta comme un prince des faidits des forêts pyrénéennes.
Tel était le faiditisme albigeois qui, vague, fugitif, insaisissable, pullulant dans tous les buissons, fourmillant dans tous les halliers, hurlant dans toutes les cavernes, poussant le cri de guerre de rocher en rocher, s'étendait comme une mer orageuse, depuis les croupes de" Rouergue jusqu'aux cimes des Pyrénées. Les conquérants français le partageaient du nord au sud par leurs forteresses échelonnées de hauteur en hauteur, des sources de l'Aveyron aux sources de l'Ariége. Les sénéchaux de Toulouse et de Garcassonne le divisèrent de nouveau de l'est à l'ouest; ils jetèrent tout au travers du Lauragais et du Narbonnais une série de postes fortifiés ; les restes en sont encore reconnaissablés aux clochers des églises dont le mur de brique massive est toujours flanqué d'un ou deux clochers latéraux : ce sont des tourelles d'observation qui faisaient nuit et jour' le guet sur les contrées environnantes*. Garcassonne, campement central de
1. Voir, sur la ligae stratégique de Toulouse à Garcassonne, les clochers de Villefranche et de Castelnaudari ; et, sur la ligne militaire du nord, l'énorme tour de l'église de Rabastens.
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la conquête, fut le point d'intersection des deux grandes lignes stratégiques. L'insurrection, ainsi refoulée au nord et au sud par les sénéchaux, et coupée en tronçons par les autres chefs croisés, dut, pour sauver ses débris sanglants, s'adosser aux montagnes, et chercher l'appui des bois et des hautes cimes. Il se forma donc géographiquement trois groupes de résitaoce, trois camps escarpés d'insurrection et de guerre patriotique : au nord, à Penne d'Albigeois ; au centre, sur la montagne Noire, vers le pic de Noirajaiisiud, dans les Pyrénées, sur une des croupe^ du Th^r. Pendant qu'une quatrième troupe, attacbée'à -la fortune errante du jeune vicomte de Carbassonfe, traversait la grande chaîne vers les sources de PAude, et redescendant dans les vallées de la Sègre et de l'Èbre, se dispersait dans les bercails et les cités de la Cerdagne, de la Catalogne et de l'Aragon.
tr.S PAIDITS DE PENSE ET DE l'aVETROR. — LÉGENDE DE LA DAME DE PENNE ET DU VICOMTE POBDAN DB SAINT-ANTONIN. ~ DONA ÉLIS DE TURENNE. DAME DE GOURDON. — LES CHEVALIEnS OLIVIER ET BERNARD DR PENNE. — ILS REFUSENT DE LIVRER LEUR CHATEAU AU ROI DB FRANCE. — ILS DEVIENNENT LES CHEFS DES INSURGÉS DU QUERCY, DB l'albigeois ET DU ROUERGUE. .
Recherchons ces camps de proscrits : commençons parle plus septentrional, Penne d'Albigeois. D'après le traité de Paris, le comte Ramon devait remettre