‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 187 sur 922 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

l'amour sera le verbe mystérieux de l'Europe chevaleresque et démocratique conspirant au moyen âge contre le despotisme théocratique. Aussi bien n'est-il pas la forme céleste de la liberté ? Et maintenant il est proscrit des châteaux et des cités ; il erre dans les déserts, il est le martyr des cavernes ; les troubadours ne le chantent plus que sous l'ombrage des forêts. Bannis des poétiques cours de Castres, de Lombers, de Boissezon, de Saissac, de Cab-Aret devenus des camps français, ces pauvres chantres sans abri se réfugient avec leurs seigneurs auprès du roi de l'Haiitpoullois. Hautpoul fut l'harmonieuse métropole du camp des faidits de Nore, et c'est peut-être en souvenir de ces derniers poètes proscrits que la ville de Saint-Amand a conservé sur son écusson la harpe romane, mais stygmatisée, comme les armoiries de toutes les autres villes albigeoises, du sceau de plomb de la servitude, la fleur de lis capétienne*.

Cette harpe n'est plus qu'un rêve ; cette histoire n'est plus qu'une ombré, un nuage : la terre en montre partout des vestiges, mais garde sa morne taciturnité. Dernièrement encore, nous gravissions les rampes en zigzags qui escaladent au-dessus de Mazamet le versant septentrional de la Montagne- Noire, et à mesure que nous nous élevions, se déployait sous nos yeux le royaume de ravins et de torrents du roi des faidits. A notre gauche, sur une crête* de roc grisâtre, avec son bourg pendant sur un abîme, apparaissait comme un nid dévasté d'oiseaux de proie, son poétique et sauvage donjon

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