‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 188 sur 922 · Gompayré · texte numérisé non relu

Gompayré

d'Hautpoul. Plus près de nous, les ruines de Toratoire de Saint-Sauveur dominaient la gorge ombragée de chênes, où, dans son canal de granit brun, roulait, comme un ruisseau de savon, la cascade de Ninouvre. Au-dessous, comme l'écaillé vide d'un animal disparu, s'ouvrait la grotte ascétique de la pauvre Sauvimonde, et de l'autre côté du torrent, les cavernes de ses compagnes, les diaconesses du Paraclet. Au-dessus, en remontant vers sa source, le bourg de Roquerland (la terre des rochers), d'origine gothe avant d'être cathare. Plus haut encore, et sur le point culminant de la montagne, à droite, s'étendait la vaste forêt des Ramondens, à gauche, le hameau des Martyrs^ épars sur les terres de Dieu. Tout nous désignait donc le campement des faidits de Nore, mais tout était silence et mystère. Seulement, la terre était rouge d'asphodèles ; le vent agitait leur moisson funèbre ; on e\\i dit la floraison sanglante d'un champ de bataille et de massacre. De cette hauteur suprême, nous découvrîmes Garcassonne, comme une ombre, noyée dans un brouillard de soleil, et par delà les masses ébréchées de ses murailles et de ses tours, la crénelure gigantesque des cimes catalanes, les neiges du Canigou, du Bugarach et du Thabor d'où se détachait le spectre à peine perceptible des ruines de Montségur.

1. L'ami qui m'accompagnait n'est plus. Sa cendre repose à Mazamet, son lieu natal. Sa famille était Albigeoise. Elle a produit au xiiie siècle un diacre cathare, et au xviie un ministre distingué de Castres. Jean Verdier, mon doux et fidèle compagnon devait avoir ce souvenir dans un coin de ce martyrologe.

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