‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 189 sur 922 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

LES FAIDITS DU THABOR. — LES FILS DE BÉLISSEN ! ROGER ET ARNAUD DE MIREPOIS, ISARN DE FANJAUS, LES BATAILHA DE MIREPOIS, DE VEN- TENAC, DE CASTELVERDUN.

Le refuge da Thabor eut pour noyau primitif la maison romane de Mirepois, dépossédée par Gui de Lévis, maréchal de la croisade, qui, non content de lui ravir ses domaines, lui déroba encore, en les défigurant, jusqu'à ses origines poétiques et fabuleuses. Elle prétendait avoir pour patriarche une matrone gothe du nom de Mélissende, ou peutêtre môme une déesse ibère, Bélissema*, la mne des deux, dont le chef croisé fit sa cousine la reine des anges. De là, ses nombreux rejetons furent appelés, selon l'usage des clans antiques, les fils de Bélissenon de la Lune. Les Pierre-Roger de Mirepois étaient le tronc séculaire d'où se détachèrent successivement les rameaux masculins des Arnauld- Roger, des Batailha et des Isarn de Fanjaus. L'antique souche avait encore poussé des branches

1. Près de Mirepoix existe encore la forêt de la Béléna. On a trouvé près de Fousseret un autel de Belissema. (Du Mège.) Ce nom de Belissema, celui d'Astartéa, que le dimanche porte encore chez les Basques, ceux du Lion, du Dragon, de la Vache aux cornes rayonnantes, semblent indiquer, chez les Ibères, une origine phénicienne. Les Ibériens seraient-ils frères des Ihri, enfants d'Abraham?

féminines dans les maisons de Foix, de Durban, de Lordat, de Rabat, de Castelverdun, de Castilhon et d'Arvigna, et le fief de Mirepois, indivis sous douze chefs, participait du domaine féodal et du clan ibère '. Les Pierre-Roger, aînés de la race, portaient seuls le nom de Mirapéis, et seuls possédaient le gracieux manoir, au pied duquel s'allongeait le bourg, peuplé de leur tribu chevaleresque, et pressé entre la colline et TErs. De leur donjon, ils découvraient leur fief immense, qui, depuis les monastères de Bolbone et de Saint- Antonin de Pamiers, remontait, sur les deux rives, vers la source du Gave qui l'arrose, et comprenaient les châteaux de Dun, de Limbersac, do Léran, de Cueille, de Camou, confinant aux grands fiefs amis ou alliés de Fanjaus, de Bélestar, de Lavelanet et de Ghalabre. Mirepois, qui géographiquement appartenait, au moins pour la zone septentrionale, à la vicomte de Garcassonne, venait d'être rattaché tout entier au comté de Foix par l'entreprenant et glorieux comte Ramon-Roger. Pierre- Roger de Bélissen, son émule en amour, en poésie et en batailles, l'avait accompagé en Orient dans la croisade de Richard Cœur-de-Lion 2. Il recueillit dans ses murs le patriarche Gaucelm, fugitif de Toulouse, et réunit dans son château le synode, qui décida la construction de Montségur. Mirepois devint une métropole albigeoise. Pierre-Roger, dépossédé par Simon de Montfort, fut rétabli.

Page 1