LIVRE THOISIÈME
possession de Mirepois, hérissa son monticule de hautes murailles, de vastes tours et de sinistres • crénelures, dans l'enceinte dentelée desquelles le ' donjon, à Topposite de la porte ogivale ouverte à l'ouest, s'isolait du manoir féodal qu'il dominait et s'escarpait à l'orient. Il détruisit le bourg, au pied du château, trop dangereux pour le tyran catholique et féodal; il le reconstruisit dans la plaine, sur la rive opposée de l'Ers. Gui de Levis, devenu le maréchal de la Foi * ou de l'Inquisition, reprit Dun, Léran, la Roca, Massabrac, Lavelanet, Bélestar, dont les seigneurs étaient alliés ou vassaux de Mirepois. Il ne s'arrêta que devant Montségur^ dont le donjon, inexpugnable sur sa cime, brava quinze ans encore, du sein des nuées, les colères du roi de France et de l'Église romaine 2.
Du haut des cimes de Thabor, le camp des faidits de Montségur, par-dessus les têtes des croisés et des inquisiteurs, haletants dans les plaines de Carcassonne, saluait, à vingt-cinq lieues vers le nord, sur la Montagne-Noire, semblable à un nuage obscur, le camp des faidits de Nore.
1. Ce n*est pourtant qu*au xve siècle que les marquis de Mirepois ont pris ce titre dont ils exerçaient la fonction depuis la croisade.
2 Gui de Lévis mourut en 1230. Il voulut être frère de la patriotique abbaye de Bolbonne. C'est là probablement qu'il choisit son tombeau. Ce farouche gardien des Marches de Foix, non content de surveiUer, vivant, les comtes dans leurs donjons, voulut, mort, surveiller encore ces princes dans leurs sépulcres.
LES FAIDITS DESPAGNE.
Cependant un troisième groupe de faidits, formé de proscrits de la Montagne-Noire, des Gorbières, .des Pyrénées, remontait lentement les rampes du Donazan et du Gapsir pour se retirer en Espagne * . Le prince de ces exilés était le jeune vicomte de Carcassonne, à qui les chefs croisés venaient d'arracher une seconde fois Limons et Ghalabre, et qu'ils rejetaient derrière les grandes montagnes. Ceux qui l'accompagnaient étaient les ofl&ciers de sa cour, les plus hauts barons de l'Albigeois, de nobles dames célèbres dans les ballades, des troubadours avec leurs harpes muettes ou éplorées. Mais, arrivés aux ports des Pyrénées, au moment de passer la frontière catalane, beaucoup sentirent défaillir leur cœur. Ils reculèrent devant l'exil et ne purent s'arracher au sol natal, aux foyers paternels. C'étaient, surtout, les montagnards plus enracinés à leurs rochers. Ils transigèrent avec le roi et n'y gagnèrent que d'être dévorés un peu plus tard par l'inquisition. De ce nombre était, nous l'avons vu, Guilhem de Pierrepertuse, de la souche primitive de Fenouillèdes, vicomte pyrénéenne, que Ava, héritière de la branche aînée, avait portée