LIVRE QUATHIÈME
aux toits paternels; et le cœur se brisa quand il fallut prononcer ce suprême et éternel adieu Puis on s enfonça, apas lents et en silence, dans les hautes gorges et les âpres sinuosités de la montagne Ramon de Pérelha. avec ses hommes d'armes, ^étt bht dans son donjon; immobile sur ce sommet crénelé, il reprit sa fonction de gardien du sancuaire du Paraclet. Mais ses compagnons descendirent au fond du vallon, sur les bords de l'Ers Ils reconstruisirent leurs cabanes brdlées par Monttorf Ils relevèrent leurs huttes effondrées par les pluies eues vents, et dont ils eurent à disputer les ruines aux bêtes sauvages. Ces grandes châtelaines de Fanjaus et de Mirepois qui naguère encore habitaient de nobles demeures féodales, d'antiques manoirs chevaleresques, n'eurent désormais pour abri • que des parcs de brebis, des étables à porcs, oh elles vécurent avec leurs palefrois humiliés, mais qu elles décoraient des lances et des épées oisive de leurs époux, et qu'elles parfumaient d'un mé? lange ineffable de grâce, de piété et d'infortune
Les éveques qui n'avaient point encore quitté les vallées du Tarn, de l'Aude et de la Garonne eu
itsTxilÏ r M* ? '' "''''^''' "^'«"blièrent pas les exiles de Montségur. Guilhabert de Castres
Mnt lui-même inaugurer de sa présence et de sa parole ce second exil du Paraclet Levêque de Tou
louse célébra dans le château la fête de S n IT sola un peuple de proscrits qui ne devaient Z' rentrer dans leurs manoirs paternels. Il ne devai pas tarder lui-même de ramener le sacerdoce ca-
thare à Montségur. Effectivement, ce n'est que de la cime de ce refuge pyrénéen, que le chef généreux des faidits verra désormais, à deux lieues dans Ja plaine, ses châteaux de Pérelha, de Lavelanet et de la Roca usurpés par les croisés. De la plate-forme de son donjon, il peut entrevoir, comme un fantôme, vers le nord, noyées dans le brouillard, les tours de Mirepois, séjour du maréchal de la croisade; et plus loin encore, comme une ombre à peine perceptible, la sombre masse du Castellar de Pamiers, résidence d'un sénéchal du roi de France. Ses compagnons n'avaient pas même ce triste bonheur : du fond de leur val sauvage, ils n'apercevaient que d'âpres rochers, des crêtes aiguës, de noirs sapins. Bien des fois sans doute, les châtelaines exilées du Peyrat, deMassabrac, de Bélestar, de Roquefissade, montèrent sur les cimes, qui semblent inaccessibles, 'au-dessus des forêts. Là, elles s'asseyaient sur une roche, cherchaient dans la brume des ^vallons leurs manoirs d'où s'élevait la fumée de l'étranger, regardaient en silence, et pleuraient jusqu'au soir.
Montségur reçut donc une seconde fois et pour toujours les chevaliers dépossédés parla croisade. Le premier exil avait duré huit ans, mais il avait fini par la délivrance et la victoire; le second devait en durer douze, et devait se terminer par le bûcher, les tortures et les basses-fosses de Garcassonne. Les Consolateurs vinrent tour à tour visiter ces proscrits et reprendre un moment haleine dans les bois et la paix du Thabor. Mais ils redescendaient bientôt dans les vallées et dans les